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Falcao et le désamour des buteurs à l’ancienne

Arrivé pour 40M€ à l’Atlético Madrid pour reprendre le numéro 9 du grand Diego Forlan avec les sous de la vente du génial Kun Aguëro, Falcao avait la pression. Neuf mois plus tard, El Tigre colombien s’est imposé comme l’une des références de la Liga sans pour autant convaincre son public, lui reprochant de ne pas « savoir jouer au football ». Car Falcao ne joue pas, il marque ; comme les autres purs buteurs Huntelaar, Gomez, ou encore Higuain. Comme eux, il ne trouve pas vraiment sa place dans le football de 2012 que dominent les attaquants ultra-complets que sont Messi, Cristiano, Rooney, Zlatan ou Van Persie, et ce malgré des stats comparables. N’y a-t-il plus de place pour les purs buteurs dans le football européen de 2012 ? Considérés par certains comme le Mal absolu et par d’autres comme les sauveurs d’une certaine idée du football, FT revient sur le désamour du public à leur égard.

Portrait du colombien à la double casquette d’héritier de Zamorano et d’Inzaghi, et réflexion sur le peu d’écho que trouvent ses buts, aussi nombreux soient-ils.

 

« Qué cabrón, ce mec ne sait même pas jouer au football »

Rappelez-vous, l’arrivée du matador colombien à Madrid l’été dernier avait été accompagnée de nombreux doutes. Les colchoneros attendent un investissement important depuis des années, et du jour au lendemain quarante millions sont dépensés sur un colombien de la Superliga portugaise qui avait coûté trois petits millions deux ans plus tôt. Pas simple de débarquer dans ces conditions, surtout quand la mission est de faire oublier Forlan et Aguëro. A l’époque, un chauffeur de taxi colombien installé à Madrid nous avait confié que Falcao allait se faire bouffer en Europe, « lui qui vient du paradis de Santa Marta, là où tout le monde est beau et gentil ». Mais depuis, Falcao s’est imposé. En 29 matchs de championnat, il marque 22 fois, soit un taux hallucinant de 50% des buts de l’Atlético. Ajoutez à cela 8 buts en Europa League (sur 17 tirs, pas mal) et cette faculté à marquer dans les rendez-vous importants (Barça, Real Madrid, Bilbao, Lazio, Udinese) et vous vous rendrez compte de la super saison du colombien. Même Shakira avait mis plus de temps à conquérir le marché espagnol. Ainsi, si vous ne regardez que les résumés des matchs de l’Atlético, vous êtes sans aucun doute convaincu de l’apport de l’avant-centre. Une carrure et des stats de franchise player, les paillettes, ce beau numéro 9, Falcao doit logiquement régner sur la partie rouge et blanche de Madrid, non ?

Non, car le Vicente Calderon ne se laisse pas avoir si facilement. Voilà, sans exagérer, le récit d’un match d’un aficionado colchonero cette saison : répéter durant quatre-vingt minutes que Falcao est mauvais, qu’il n’est pas un vrai joueur de football, qu’il ne sait pas doser une passe ou réaliser un contrôle décent, et puis se voir finalement sauver par l’un de ses coups de têtes ou buts opportunistes dans les dernières minutes de la rencontre. « Qué cabron ! » s’exclament-ils tous. Enfoiré, salaud, escroc pour certains, Falcao est adoré par El Cholo Simeone mais questionné par la foule. Copieusement sifflé par le Calderon en mars, le colombien en a vu d’autres douter de son football atypique : « Je ne suis personne pour juger ceux qui viennent au stade. »

Il faut dire que Falcao n’a pas le profil idéal pour le football espagnol. Une équipe qui joue avec El Tigre, elle joue avant tout pour El Tigre : que ce soit un 4-2-3-1 ou un 4-3-3, ça se termine toujours en 10-1, et tant pis pour la posesión del balón. Le Calderon n’est pas de mauvaise foi : Falcao n’est pas un attaquant complet et à côté de lui, Higuain a le toucher d’un meneur de jeu. D’où cette dépendance envers la création des trois artistes Adrian, Arda Turan et Diego qui sont devenus les véritables héros du public. Des ingrats, vous pensez ? « Personnellement j’ai essayé d’aider l’équipe en mettant des buts, surtout, ce qui est la raison pour laquelle on m’a fait venir. » dit le colombien. Le « surtout » est assez génial pour être souligné : si Falcao ne sait faire qu’une seule chose, il le fait très bien. Ses 72 buts en 84 matchs avec Porto n’ont pas été marqués par hasard.

Un spécialiste, un goleador, rematador, matador Falcao, arrivé à 14 ans dans le centre de formation du River Plate, est fait de asado argentino. 177cm de force, d’agilité, de détente verticale incroyable (photo) et d’opportunisme. Le colombien s’impose à la fois comme le véritable héritier de la lignée des derniers grands goleadores sud-américains que sont les Zamorano, Batistuta ou Crespo, mais aussi comme un survivant de ces vieux renards de surface dont la mort était annoncée. Né dans la même ville que le génial Carlos Alberto Valderrama, Falcao est aussi intraitable avec les défenses européennes que Gabriel Garcia Marquez a été critique avec la politique en Colombie. El Tigre a tous les atouts pour devenir un attaquant mythique : le numéro 9, des célébrations sympas, des tonnes de buts, des titres, ce côté sauveur qu’ont les joueurs qui sont là quand tout va mal, et puis enfin cette tête de lover de telenovela et ces cheveux longs qui alimentent le folklore de l’avant-centre sud-américain qui fait chavirer les cœurs. Mais voilà, de nos jours il faut croire que cela ne suffit plus pour séduire les foules…

Les raisons du désamour des buteurs à l’ancienne

Non, en 2012 le football n’accroche pas avec Falcao. Et il n’est pas le seul mal-aimé. Les Gomez (97 buts en 104 matchs depuis deux saisons), Huntelaar (48 buts en 51 matchs cette saison) ou Higuain (qui a la stat hallucinante de 21 buts sur 54 tirs en Liga cette saison, 39% de réussite !) n’ont pas plus de crédit. Le constat est simple : marquer des buts ne suffit plus pour être considéré comme un très grand attaquant. Prenons la liste des meilleurs attaquants au monde : Messi, Zlatan, Rooney, Van Persie, Cristiano, Aguëro, ou même Tevez, Luis Suarez, Torres, Cavani, Robben ou encore Benzema (liste non exhaustive), des joueurs qui non seulement marquent beaucoup mais qui savent faire bien plus. Ils jouent à la mène, participent à la construction, peuvent évoluer très loin de la surface, dans l’axe ou sur l’aile, lâchent des assists, des diagonales.

En fait, nous avons assisté durant les années 1990 et 2000 à la naissance d’une génération d’attaquants capables de tout faire (les Ronaldo, Rivaldo, Sheva, Raul, Henry, Totti, Eto’o, Adriano, etc.) qui a fini par tuer les vrais tueurs, produisant des combos 7-9-10-11 que sont devenus les Messi et les Cristiano. Quand Falcao plante 38 buts en 42 rencontres en 2010-2011 pour Porto (quatre titres), il est dit qu’il ne sait faire que des têtes. Pipita Higuain est annoncé sur le départ à Madrid, malgré une efficacité incroyable, victime de la polyvalence d’un Benzema qui « participe plus au jeu ». Gomez et Huntelaar sont des joueurs « chanceux », n’est-ce pas ? Il faut croire que Gerhard Muller n’a pas laissé un héritage très positif. Une évolution du football ? Certainement. Une concurrence plus rude pour jouer près des buts ? Sans aucun doute. Mais pourquoi ce désamour ? La reconnaissance de ces génies unidimensionnels a deux facettes : celle du public, faite d’amour et de popularité, et celle de leurs entraîneurs, faite de temps de jeu et de confiance.

Pour ce qui est de l’amour du public, les vautours ont clairement du mal à séduire. Leur mojo est parti. Il suffit de comparer la réaction du spectateur à l’action de l’attaquant moderne et à celle du buteur à l’ancienne pour comprendre pourquoi.

L’attaquant moderne qui a la finesse des gestes d’un meneur de jeu sait caresser la balle, dribbler en douceur, brosser le ballon d’une façon si plaisante que nous ne nous lassons pas des ralentis de ses buts. C’est beau, cela fait sourire, cela fait plaisir. Parfois, en admiration totale devant une action, nous pouvons même tenter d’anticiper le prochain geste de cet attaquant moderne, avant de se laisser surprendre et guider par son talent angélique. Le temps se suspend lorsque le stade admire la trajectoire de ce ballon qui contourne les gants du gardien pour aller se loger dans la lucarne opposée, aussi bien pour le supporter adverse que pour le spectateur neutre. Parfois, le seul fait de regarder le gros plan sur la chaussure réalisant un petit pont lors d’un super ralenti fait émerveiller le peuple. Le talent à l’état pur.  La joie.

A l’opposé, le geste du pur buteur est fait d’une seule touche de balle, ou deux s’il y a contrôle. Ce geste est sec, rapide, inattendu, moche, terrible, méchant, cruel. Imaginez que le ballon traîne dans la surface de votre équipe, il passe le premier poteau, vous frémissez, il continue sa course, vous êtes terrifiés, mais personne ne le touche, vous reprenez vos esprits, vous vous apprêtez à souffler un peu lorsqu’au fin fond du second poteau, là où vous ne pensiez qu’il n’y avait plus aucun danger, là où personne ne devrait se trouver par raison, un bout de pied (ou autre) vient pousser le cuir au fond des filets. Tragique, diabolique, d’une brutalité inouïe ! En plus, le ballon n’est jamais bien touché, le gardien arrive toujours à toucher le cuir sans jamais en dévier la trajectoire, la sphère trouve forcément le moyen de passer entre les deux cuisses du défenseur central adverse là où il n’y a physiquement pas assez de place ! L’impuissance de l’homme bon face à la cruauté du football. Si nous étudions ce match de football comme une tragédie, ce but diabolique ne rentrerait pas dans l’analyse de la « machine infernale » de Cocteau : il n’y a pas d’engrenage tragique, pas de mal entraînant le mal, pas d’erreur défensive entraînant une autre et donc un but encaissé. Nous serions plutôt dans le fameux « jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici tout va bien » de La Haine. Accepter de jouer face à un tel buteur revient à accepter l’inévitable, et attendre, attendre, attendre, jusqu’à la chute.

Ce buteur va alors courir à toute vitesse vers un côté du terrain, comme un fou, un taré, un possédé, preuve ultime que ces actions sont dessinées par le diable. Pire, parfois le ballon ne touche même pas les filets. Il passe alors lentement la ligne et s’arrête au milieu du but. Comme s’il n’y avait pas eu but, comme si le tableau d’affichage nous mentait, nous riait au nez. Pas de bruit, pas de secousse émotionnelle provoquée par le mouvement des filets, mais juste un fait : le ballon a passé la ligne. « Ça compte, ça ? », demanderait un enfant. Enfin, si jamais cet attaquant cruel ose avoir la dégaine subtile d’un Pippo Inzaghi, vous avez alors l’impression de vous être fait violer par le Mal incarné. D’ailleurs, cela n’est pas seulement désagréable pour vous, mais bien pour tout spectateur neutre qui voit ce spectacle en se disant : « quelle horreur, ce genre de choses ne devrait pas arriver ». Dans ces moments-là, vous vous dites que la question n’est pas de savoir comment Inzaghi a pu « naître hors-jeu », mais plutôt pourquoi il est né tout court ! Préférez-vous perdre une finale de LDC comme Manchester en 2011 ou comme Liverpool en 2007 ?

Quant à la confiance des entraîneurs, là aussi nous pouvons observer une évolution, et celle-là nous ne la comprenons pas. Pourquoi Allegri ne met pas Inzaghi sur la liste Champions League du Milan cette saison quand nous savons tous ce que Pippo aurait pu apporter face au Barça ? Beaucoup de choses ont été racontées sur les exploits de Kaka et Seedorf lors de la LDC 2007, mais si Inzaghi n’avait pas été là… Pourquoi n’a-t-on pas réussi à convaincre Trezeguet de terminer sa carrière en Ligue 1 ? Et pourquoi Blanc ne l’emmenera-t-il pas à l’Euro ? Si Huntelaar et Klose jouent à la pointe de l’attaque de leur sélection, il doit y avoir une raison. Pourquoi Aulas n’avait-il pas un Brandao à faire rentrer samedi soir ? Le talent du buteur-inné est finalement peut-être trop négligé dans la détection des talents. Ou alors, dans ce football où les coachs cherchent à avoir le contrôle le plus total sur tous les éléments, ont-ils peur ? Peur de ne pas pouvoir contrôler ce Mal incontrôlable ? Peur de ne pas pouvoir expliquer pourquoi le nombre de buts de ces êtres n’est pas proportionnel à leur nombre d’heures d’entraînement ? Il n’y a pas de réponse générale. Certains buteurs trouvent un certain temps de jeu dans certains systèmes de certains coachs pour certains matchs dans certaines compétitions, et c’est suffisamment incertain comme cela.

Mais ce qui ne changera jamais, c’est la finalité du football : mettre le ballon au fond des filets plus de fois que l’adversaire, peu importe le nombre de passes réalisées ou les statistiques de possession de balle. Si le football est un sport unique, c’est aussi grâce à ces joueurs uniques. Au tennis, au rugby, au basket, au hand, il est rare qu’un camp bien plus faible que l’autre parvienne à l’emporter. Dans le football, tout est possible. Faire passer un ballon rond derrière une ligne blanche, rien de plus. Pour ça, vous pouvez avoir besoin de tactiques élaborées, de dribbles fantastiques, de courses impressionnantes, ou alors juste d’un bout de pied, cuisse, mollet, hanche ou tête qui traîne quelque part dans la surface au bon moment.

Notons que nous pouvons malheureusement observer la même évolution en ce qui concerne les joueurs de tennis jouant systématiquement le service-volée. Stefan Edberg le magnifique avait cette même façon de « tuer » le point cruellement.

Quel destin pour Falcao ?

L’Atlético est actuellement neuvième de Liga à six points de la zone de la Ligue des Champions. Les saisons moyennes aux gros parcours en Europa League, Falcao les connaît déjà. Ses talents exceptionnels auront du mal à rester dix ans à l’Atlético, sauf investissement massif à venir, ce dont nous sommes clairement en mesure de douter. Quelle sera alors sa prochaine destination ?

Falcao n’ira vraisemblablement ni au Real ni au Barça. Pas assez complet, pas assez joueur pour les deux géants, qui préfèreront sans aucun doute investir sur la polyvalence d’un Kun, d’un Mata ou d’un Tevez. En fait, Falcao représente tout ce que détestent les Espagnols dans le football argentin (et italien) : l’opportunisme, la philosophie du « une action suffit », l’anti-possession. Du coup, sans vouloir manquer de respect envers la Bundesliga, il reste l’Angleterre et l’Italie. Nous pourrions nous tromper, mais un colombien en Angleterre, malgré les sous de la Barclays, ça n’est pas très sérieux. Juan Pablo Angel est d’ailleurs l’exception qui confirme la règle. D’où cette conclusion inévitable : Radamel, nommé après le vrai Falcao de la Roma, a pour destin de venir exercer ses talents de killer en Serie A. Et de devenir le nouveau Batigol de la Roma, le Bierhoff du Milan, le Trezegol de la Juve, le Crespo de la Lazio ou encore le Zamorano de l’Inter. Dans le pays où les buteurs sont d’autant plus vénérés si leur talent se limite à la mettre dedans, personne ne lui en voudra pour des passes ou des contrôles approximatifs. Klose ne lui dira pas le contraire.

 

Markus

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Ronaldo était-il meilleur que Messi ?

Mercredi dernier, Messi s’est vu incapable de prendre le dessus sur un Nesta de 36 ans revenant de blessure. Ça nous a fait penser à une finale de Coupe de l’UEFA de mai 1998, lors de laquelle Ronaldo Luiz Nazario de Lima avait fait du Romain de 22 ans une victime de plus.  Et si le Ronaldo 1994-1999 était meilleur que le Messi 2008-2012 ? Il ne s’agit pas ici de dire que Ronaldo a fait mieux que Messi, dont les records parlent d’eux-mêmes, mais plutôt de poser la question : et si le brésilien était peut-être tout simplement plus fort ? Mais que l’Histoire a mal tourné. Ce soir-là au Parc, Ronaldo n’avait que 21 ans. Cet article ne cherche pas à démontrer que Ronaldo fût meilleur, car c’est impossible à prouver, mais il invite modestement à la réflexion et souligne l’oubli prématuré que souffre Ronaldo dans le débat du meilleur joueur ayant jamais joué à notre fabuleux sport.  

 

Ces trois dernières années ont consacré le roi Messi. Ses performances des derniers mois l’ont même élevé au rang d’intouchable auprès de ses contemporains. « Comparer Cristiano et Messi, c’est une insulte au football », aiment dire de nombreux observateurs. Une cinquantaine de buts par saison et autant de titres, c’est certainement du jamais vu. Alors, plus grand joueur de l’Histoire ? Meilleur joueur ayant joué au football ? Il faut faire ici une distinction. Dans notre article The Pulga’s Speech, nous avions parlé du titre de « plus grand joueur de l’Histoire », selon nous inaccessible pour Messi du fait de son déficit de grandeur en comparaison à Maradona. Mais ici, notre réflexion se concentre sur le titre de « meilleur joueur » : celui qui a atteint le plus grand niveau de jeu sur une période donnée. Et malgré les discours nuancés qu’avaient pourtant provoqués le Mondial 2010 et la Copa América 2011 de Leo, ce titre lui est à nouveau décerné quasi unanimement. Mais affirmer qu’aucun joueur n’a jamais su faire ce que réalise Leo sur ces deux dernières saisons, ce n’est pas oublier un peu vite Ronaldo ? Car il y a une douzaine d’années, un brésilien qui répondait au surnom de Il Fenomeno atteignait déjà un niveau inimaginable. Quitte à fâcher les pro-Messi, posons la question suivante : qui a atteint le plus haut niveau de jeu, Ronaldo ou Messi ?

Deux époques différentes, des défenses différentes, des clubs et des joueurs différents, des styles différents et même des compétitions différentes. Tout cela rend toute comparaison exacte impossible, mais il existe tout de même des critères de référence qui nous permettent de jauger leur talent respectif. Surtout, nous pouvons analyser les éléments qui font que Ronaldo a été oublié si vite, comme ses blessures ou le manque de timing de sa carrière. Oublié, balancé à la poubelle, réduit à se faire traiter de gros pour toujours ? Aujourd’hui, si vous tapez « Ronaldo wikipédia » sur google, le profil de Cristiano apparaît avant celui de Ô Fenômeno. Terrible réalité. Le pire, c’est d’aller voir ce profil wikipédia et se rendre compte que la légende n’a que 35 ans. 

Stats et palmarès

De nos jours, une performance est vite disproportionnée. Neymar a dépassé la barre des 100 buts en pro en février à tout juste 20 ans. C’était il y a deux mois, et tout le monde semblait oublier qu’à 20 ans, Ronaldo en était aussi à plus de 100 buts, mais en Europe. De 1994 à 1998 (18 à 22 ans), Ronaldo marque 101 buts en 115 matchs de championnat. Messi en est à 123 en 127 matchs sur les quatre dernières saisons, mais seulement 53 en 102 matchs de 18 à 22 ans. Ronaldo a remporté deux coupes du monde (et une finale), deux Copa América (et une finale) et une Coupe UEFA tandis que Messi a gagné trois Ligues des Champions. En 2010 et 2011, Messi marque 31 et 34 buts en Liga, à 22 et 23 ans, dans un Barça qui tourne à une différence de buts de +74 lors des deux saisons. En 96-97, à 20 ans, Ronaldo marquait déjà 34 buts dans le championnat d’Espagne, dans un Barça qui finissait deuxième avec une différence de buts de +54. Une Liga hyper compétitive qui comptait dans ses rangs des légendes qui marquaient pourtant bien moins, comme Suker (25), Raul (21) ou Rivaldo (21). Enfin, Ronaldo a remporté deux Ballons d’or et trois Fifa World Player, tous avant d’avoir soufflé ses 26 bougies, et de son côté Messi en est à trois et trois, à 25 ans cette année. Match nul ? Oui, même s’il faut forcément prendre en considération ces merveilleux 15 buts en Coupe du Monde, record inégalé et certainement inégalable (Klose en 2014 ?). Messi et Cristiano en sont à combien, d’ailleurs ? Messi répond toutefois avec ses exploits en Champions League (déjà 49 buts et 14 assists en 65 matchs !).

Un joueur trop en avance sur son temps

Si Ronaldo était né dix ans plus tard, s’il avait pu profiter des dernières avancées extraordinaires en termes de préparation physique, jusqu’où aurait-il pu aller ? A propos de ces avancées, le témoignage du mythique Puyol est assez révélateur (lien vers l’interview) : « Je prends un supplément alimentaire Powergym avant le match et à la mi-temps. […]Avant, je prenais du café avant mes matchs. Si tu n’as pas de bons suppléments, c’est difficile de tenir 70 matchs par saison ». Révélateur, on vous disait. A son arrivée à l’Inter, la Gazzetta définissait Ronaldo comme « le prototype du champion du nouveau millénaire ». Ronaldo a accéléré le football comme personne ne l’a jamais fait. Beaucoup plus vite, beaucoup plus fort. Et même trop vite, trop fort. Un niveau que son corps ne pouvait pas supporter. L’histoire de Ronaldo, c’est celle d’un joueur trop avancé sur son temps. Un jeu « so 2010 » dans les années 1990. D’où un petit problème. Comme le souligne Sandro Mazzola, meneur de jeu de la Grande Inter des années 60 : « Ronaldo avait un jeu brésilien avec la vitesse du football européen. » La Gazzetta aura vu juste en avançant qu’ « avec les caractéristiques qui sont les siennes, il ne peut en fait peut-être qu’exister un joueur virtuel. » Wenger a bien raison quand il affirme : « Messi a six ou sept grandes années devant lui et il peut devenir incroyable. Touchons du bois pour que rien ne lui arrive. » Sans se pencher sur la question de savoir si Messi aurait percé au plus haut niveau s’il avait été né en 1976, nous pouvons nous demander jusqu’où serait allé le joueur Ronaldo s’il était né dix ans plus tard.  

Jamais au bon endroit au bon moment

SI l’impact de Messi a une telle portée dans le monde du football de 2012, c’est aussi parce qu’il joue dans le Barça de Guardiola. Cette équipe qui allie rêve et rigueur comme peut-être aucune autre auparavant a réussi l’exploit d’à la fois tout gagner et de paraître sympathique aux yeux de la plupart. D’ailleurs, plus il gagne, plus on l’aime, aux contraires des Schumacher, Nadal ou encore Armstrong qui sont vite devenus insupportables aux yeux du public français par exemple. Messi en est l’une des principales raisons, mais les choses auraient sans doute été différentes si Rijkaard était encore le coach des blaugrana ou si Eto’o était resté au Barça. D’ailleurs, jusque là le Barça a toujours fait le bon choix, vu que les résultats leur donnent encore raison.

Ronaldo, c’est tout le contraire. Non seulement il ne joue jamais dans « l’équipe du moment » (à part avec la Seleçao), mais en plus il doit s’adapter à un nouveau championnat et à de nouveaux coéquipiers chaque saison. Pas de quoi avoir une progression optimale. L’adaptation, parlons-en. 55 buts en 56 matchs au PSV pour ses deux premières saisons en Europe (malgré d’incessants problèmes au genou gauche et une première opération). Puis 47 buts en 49 matchs avec le Barça, Ronaldo croque la Liga. Mais comme le dit Capello en 1997 (alors à la tête du Real Madrid, vainqueur de la Liga avec 92 points), « on ne peut pas remporter un championnat tout seul ». Si, avec ce Barça de 96-97, Ronaldo marque 34 buts en Liga, qu’aurait-il fait avec Xavi et Iniesta à côté ? Aux Pays-Bas, son PSV doit affronter la génération dorée de l’Ajax de Van Gaal (saison invaincue en 95, LDC 95 puis finale en 96). Ensuite à l’Inter, son premier championnat se termine le 26 avril 1998 sur la fameuse faute de Iuliano non sifflée au Stadio delle Alpi et pas loin de provoquée une crise institutionnelle dans la Federcalcio (photo). Le Scudetto que Gigi Simoni dit encore aujourd’hui avoir gagné. Pendant ce temps-là, le risque de voir Messi triompher seulement en Catalogne est tristement très élevé, au vu des dernières déclarations de l’argentin et du peu de perspective de succès de son Albiceleste, sans titre depuis 19 ans.

Finalement, lors de ses plus belles années, Ronaldo ne joue que l’édition 98-99 de la Ligue des Champions,  lors de laquelle il se blessera et ne disputera que six matchs. Enfin, Ronaldo arrive au Real en juin 2002, quelques semaines seulement après que le club madrilène ait remporté sa neuvième Ligue des Champions. Comme un symbole.

Une autre époque, une autre adversité

Un autre élément à prendre en compte est le fait que Ronaldo jouait à une époque plus « difficile » pour les attaquants : celle des Thuram, Cannavaro, Nesta, Maldini, Stam, Hierro, Costacurta. Qui dit mieux ? Une ambiance nineties made in Dennis Rodman et Dikembe Mutombo. A l’époque, on ne rencontre pas Bate Borisov, Viktoria Plzn puis ce Bayer Leverkusen en Ligue des Champions. Bien entendu, il faut répéter que Messi n’a pas choisi son époque et que cela n’enlève rien à ses mérites. Ce serait le comble de lui faire un tel procès. Mais il est aussi vrai que Messi a eu de grosses difficultés face au Milan en 2012 ou l’Inter en 2010, ou encore dans les matchs très fermés du Mondial 2010 et de la Copa América 2011. Un petit but (pénalty) en sept matchs contre des équipes italiennes, statistique qu’il pourra améliorer ce soir face au Milan. Personne ne peut savoir si Ronaldo aurait su résoudre ces matchs, mais nous pouvons toujours nous poser la question.

Deux exemples de ces matchs compliqués. 22 mars 1998, Milan-Inter 0-3. Son duel avec Maldini est fantastique, Ronaldo marque le deuxième but (vidéo). Comme Messi lors des Clasicos, Ronaldo se transcende lors des Derbys della Madonnina. Et puis Spartak Moscou-Inter Milan en demi-finale de Coupe UEFA 1998. Sur un terrain absolument impraticable qui ferait passer la pelouse du Meazza de mercredi dernier pour un billard, Ronaldo se transcende, joue comme à la plage et marque un doublé d’anthologie, dont un chef d’œuvre ponctué par sa feinte classique sur le gardien (vidéo).

N’oublions pas le mythe Ronaldo

Entre 1994 et 1999, Ronaldo, c’est avant tout l’image d’un jeune brésilien au look génial et aux airs de super-héros. Malgré la proximité temporelle avec le grand Diego Maradona, Ronaldo se fait facilement une place dans le cœur de tous les footeux de la planète. C’est R9, la virgule Nike, les pubs Pirelli. Ronaldo représente la prise de pouvoir de la jeunesse, de la vitesse. Il est le symbole de cette révolution qui fait définitivement entrer le football dans la mondialisation. Pour reprendre la Gazzetta, Ronaldo est irréel. Lors du Mondial 98, il est l’attraction numéro un. The Big Thing, c’est lui.

Une autre caractéristique qui en a fait une légende est sa faculté à toujours aller vers l’avant. Jamais une passe en retrait, comme si Ronaldo n’avait pas le temps de temporiser. Il allait toujours au duel et tentait quelque chose à chaque prise de balle. Ronaldo donnait l’impression d’un rythme endiablé par des accélérations continues qui usaient les plus grands défenseurs au monde, comme nous le rappelle cette merveilleuse anecdote : à la fin d’un match amical contre le Brésil, le gardien de but islandais Birkn Christiansen souffre d’un vilain torticolis : « C’est la faute de Ronaldo, je n’arrivais pas à suivre ses mouvements ». Imaginez le plaisir que l’on aurait si Messi se mettait à chaque prise de balle dans le sens du but et venait défier ses adversaires.

Se rappeler de Ronaldo, c’est aussi se souvenir de ses larmes en 2000. Et ses larmes en 2008. Et ses larmes en 2011. Une facette que l’on espère ne jamais connaître chez Lionel Messi, même si elle aura rendu Ronaldo plus humain, vulnérable et touchant. D’abord une première grave blessure au genou avec l’Inter, le 21 novembre 1999. Puis vient le fameux 12 avril 2000, six mois plus tard. C’est son grand retour, à l’Olimpico de la Lazio. Six minutes après son entrée en jeu, Ronaldo prend la balle, deux feintes, une de trop. Le brésilien s’écroule lentement au sol. Fernando Couto lève les bras au ciel comme s’il venait d’assister à un massacre. L’ordre du monde se dérègle, l’impensable arrive. Simeone, Zamorano, Panucci, Lippi, tous se demandent ce jour-là comment la vie peut être si tragique (vidéo, sortez les mouchoirs). La nature décide de ne pas laisser jouer celui qui était devenu incontestablement le meilleur de tous. Deux années, les doutes, les remises en question, les images terribles de sa rééducation, les nombreux soutiens et le T-shirt « Non mollare » de Seedorf. Et enfin le Mondial 2002. Huit buts. Dont un doublé en finale. « Vous ne pouvez pas imaginer ce que signifie passer deux années sans pouvoir travailler, sans pouvoir faire ce que vous aimez faire. Coupez les mains d’un écrivain, puis redonnez-lui après deux années, on verra si c’est pour l’argent qu’il écrira, ou par passion. La vie m’a appris beaucoup durant ces deux longues années. »

L’an dernier, le 14 février 2011, triste jour de la Saint-Valentin, en conférence de presse à Rio de Janeiro, Ronaldo fond en larmes en moment de lâcher un émouvant « J’ai perdu contre mon corps », avant de s’excuser de ne pas avoir remporté la Libertadores avec les Corinthians. Pourtant, même avec tous ses kilos en trop, Ronaldo plante 29 buts en 52 matchs de championnat au Brésil. Nous verrons si Cristiano et Messi seront capables de faire ça quand ils seront gros. Il est aussi là le niveau, et ouais.

Personne ne saura jamais jusqu’où aurait pu aller Ronaldo s’il ne s’était jamais blessé. Combien de Coupes du monde aurait-il pu gagner ? Combien de Ligues des Champions ? Combien de Scudetti ? Notre seule certitude, c’est que le niveau de jeu que Il Fenomeno nous a proposé lors de ses cinq premières saisons européennes de 1994 à 1999 venait d’un autre monde, tout comme celui de Messi actuellement. Faisons donc honneur au plus grand des gros quand l’on cherche à savoir si Messi joue mieux que personne, en rappelant qu’il y a une douzaine d’années, le ciel semblait être la seule limite d’un autre grand champion sud-américain, devenu avec le temps presque virtuel.    

 

Markus

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Özil et Iniesta, La Beauté sauvera le monde

Leur conduite de balle allie un toucher magique, une imprévisibilité déconcertante et un coup d’œil qui relève parfois de l’irréel. Le talent à l’état pur, irrégulier, flamboyant, émouvant même. Le football réuni dans les pieds et les yeux de deux hommes. L’un ressemble à Némo, l’autre à Casper. Et ça rend leur duel d’autant plus épique. Andrés et Mesut sont les deux couches de peinture qui rendent le tableau du Clasico merveilleux. Qui font sourire, peu importe le résultat et la manière. Ils sont là pour autre chose, pour nos yeux, au service de la beauté du jeu.

En décembre, FT avait publié une série d’articles à l’occasion de la « semaine Clasico ».  En plus du portrait de Guardiola et d’un « FT y était au Clasico », deux duels avaient été traités : celui des dictators (ceux qui dictent le jeu) Xavi et Xabi Alonso, et puis celui des destructeurs Pepe et Puyol. C’est-à-dire deux duels focalisés sur les thèmes de la construction et de la destruction, les bases structurelles de ces deux équipes hors-normes. Nous aurions pu aussi parler du duel stratosphérique qui oppose depuis 2009 Cristiano Ronaldo et Lionel Messi. Cela aurait alors été le duel des « finisseurs », ou plutôt des décideurs. CR7 et Leo sont devenus les decision makers du Clasico (et peut-être même de tout le football européen si une finale de Champions League 100% espagnole a lieu). Pourtant, ce serait une erreur si, d’ici à la fin mai, vous accordiez plus d’importance à ce duel-là qu’à celui opposant, ou plutôt réunissant, Mesut Özil et Andrés Iniesta.

La beauté contre la performance

Le duel sur lequel nous nous concentrons ici traite ainsi de nouveaux thèmes : la création, l’art, la beauté. Ces thèmes ne se focalisent ni sur le résultat, ni sur la construction et la destruction du jeu. Ils font un zoom sur des moments, des éclairs, des instants. En 90 minutes, seulement une petite dizaine peut-être. Et c’est bien pour ces moments-là que nous devrions profiter des Clasicos à venir, confrontations directes et à distance comprises. Il ne s’agit pas ici de dire qu’untel est meilleur que l’autre, ou que le style de jeu d’Özil et Iniesta est « meilleur » que celui de Cristiano et Messi. Il y a des joueurs dont on tombe amoureux, et d’autres qui ne nous le permettent pas. Aujourd’hui, le duel « Cristiano vs Messi » occupe énormément d’espace. Des stats incomparables, des popularités inégalables, des salaires inimaginables, etc. C’est unique, fantastique, efficace, impressionnant, inhumain, intraitable, cruel pour les autres, et diaboliquement puissant. Deux véritables machines lancées à toute allure, que rien ne peut arrêter. Ni la pression, ni les échecs.

Mais voir évoluer ces deux êtres supérieurs aussi bien physiquement que mentalement, ce n’est ni beau, ni émouvant. Vous raconteriez à vos enfants, vous, que vous avez versé une larme en voyant Cristiano et Messi marquer une cinquantaine de buts cinq saisons d’affilée ? Auriez-vous préféré « witness » la grandeur du métronome Tim Duncan ou les tours de magie d’un Pistol Pete Maravich ? De notre côté, on préférera raconter à nos gamins notre inestimable chance de voir tous les weekends Iniesta conduire son ballon entre des défenses entières sans le regarder une seule fois, ou alors Özil distiller des passes aveugles entre des lignes que personne n’aurait pu distinguer. Certains peuvent être assez présomptueux pour penser qu’il est possible de reproduire les gestes de CR7 et Messi, mais personne n’est capable de dire qu’il a ne serait-ce qu’un dixième de la grâce du toucher d’Iniesta et Özil. Ce sont ces gestes, ces conduites de balle, ces angles de crochet, cette façon de danser, de passer, de feinter, de dribbler, de voir sans regarder et de frapper si naturellement qui nous fait dire que le football peut être un art. Si Kant avait eu la même chance que nous, il aurait certainement utilisé Mesut et Andrés pour démontrer que la beauté s’impose à l’être humain.  

Attention, Özil et Iniesta ne sont ni les premiers « beaux joueurs », ni les seuls à évoluer aujourd’hui. Dans l’Histoire, de nombreux joueurs ont atteint ce niveau de beauté sur le terrain. Un joueur comme Zidane a même réussi à l’associer à la force de frappe, à la puissance, pour devenir à la fois le meilleur et le plus beau. Si Maradona sera pour toujours le plus grand, c’est bien parce qu’il a su mieux que quiconque regrouper le côté extra-terrestre de celui qui réalise des exploits surhumains chaque semaine au côté nonchalant de celui qui joue pour la beauté du geste. De nos jours, d’autres spécialistes que Mesut et Andrés exercent leur art à travers le monde. Tout en restant ouvert au débat, on peut parler de David Silva en Angleterre, Javier Pastore en France, Cassano en Italie dans une certaine mesure, ou encore Riquelme en Argentine, qui continue à faire chavirer les cœurs.

Deux chefs d’œuvres

Le chef d’œuvre d’Iniesta lors du Clasico aller de Liga, au Bernabéu, vous a certainement émerveillé (vidéo). En cette nuit de décembre, le natif d’Albacete est absolument intouchable et fait fantasmer toute la planète football de ses fabuleux slaloms, y compris le Bernabéu qui en oublie son morbo envers le Barça. « Ce joueur à la peau transparente joue comme le fils de Dieu », entend-on alors dans les travées du stade. Comme un ange, tout aussi fragile que magique. Durant une heure et demi, Andrés dribble Pepe, Ramos, Xabi Alonso ou encore Coentrao avec une grâce presque religieuse. Le fait qu’il n’ait inscrit aucun but rend sa prestation encore plus mythique, car le tableau de score que l’Histoire retiendra ne le valorisera pas comme un acteur majeur de la rencontre. Un peu comme s’il n’était jamais venu, comme s’il n’avait pas existé, comme si les 80 000 témoins de ce match avaient rêvé.

Deux mois plus tard, lors du quart de finale retour de la Copa del Rey 2012, Mesut Özil réalise ce qui reste sans aucun doute aujourd’hui sa meilleure partition face au Barça. Des feintes de corps qu’Abidal (courage, gros) n’oubliera jamais, des passes aveugles que le spécialiste Busquets n’interceptera finalement jamais, et cette faculté fabuleuse à créer du mouvement, à dynamiser toute une animation offensive, à inventer. Entre autres, le ballon que l’allemand dépose sur la barre de Pinto à la 25ème minute est pour toujours gravé dans nos mémoires (vidéo). La façon avec laquelle le ballon s’envole, flotte silencieusement dans l’air barcelonais, puis retombe violemment sur la barre symbolise bien la délicatesse du jeu d’Özil. Un joueur qui nous met des claques en jouant avec finesse. Finalement, c’était un tir trop parfait pour devenir un simple but de plus. Il sera maintenant rangé à jamais dans une catégorie à part, comme la tête de Zidane face à Buffon un fameux soir de juillet 2006.  

Ode à l’irrégularité

Il est intéressant de noter que ces deux joueurs n’ont jamais un rendement continu sur quatre-vingt dix minutes. Si Özil et Iniesta sont assurément capables de réaliser des prouesses comparables à celles de Cristiano et Messi, ils sont tout aussi certainement incapables de les répéter avec autant de régularité, d’où un certain nombre de critiques envers les deux joueurs, que ce soit pour leurs blessures ou leur manque de constance. Il ne fait aucun doute que leur irrégularité est fâcheuse pour leurs clubs respectifs, mais pour nous ? Au contraire, on aime affirmer qu’un joueur irrégulier ne fait pas la même chose deux fois, d’où un sentiment de rareté. On regrette tous de ne pas avoir assisté aux plus belles courses de Senna, aux meilleurs moments de Sebastian Daisler ou encore aux meilleurs matchs de Drazen Petrovic. L’exceptionnel n’arrivant pas tous les weekends, un hat-trick de Cristiano ou de Messi n’a plus rien d’exceptionnel. C’est l’art contre la performance, l’homme contre la machine. Nos deux artistes réalisent parfois une heure, quelques fois une demi-heure, plus souvent une mi-temps de niveau incroyable. Comme s’ils ne contrôlaient pas cet art. Comme si les entraînements quotidiens avec les meilleurs préparateurs au monde ne suffisaient pas pour maîtriser cette force interne incontrôlable, plus forte qu’eux, plus forte que Mourinho et Guardiola, plus forte que nous tous. Une impulsion qui donne l’impression qu’ils ne choisissent pas vraiment le moment où elle sort. Une sorte de révélation. Le talent à l’état pur.

Une métaphore des Clasicos avec le jeu d’échecs permet de mieux comprendre cette créativité, incontrôlable par définition. Prenons un jeu d’échecs. Deux camps, les blancs d’un côté face aux noirs de l’autre. Il est possible de rapprocher les personnages majeurs du Clasico aux pièces d’un jeu d’échecs.

Pour les deux « équipes », le but est de faire tomber le Roi adverse. Ces deux rois, ce sont Casillas et Valdés. La Reine est la pièce la plus puissante, la plus douée, capable de plier une partie d’une seule accélération ou d’une seule frappe, d’une seule fulgurance. La Reine est celle qui termine les parties, elle est Messi et Cristiano (Benzema également et Eto’o à une époque). Ensuite, les tours. Chargées en premier lieu de défendre le Roi, elles couvrent plusieurs lignes et il est préférable de les bouger de façon coordonnée, de la même manière qu’une défense joue le hors-jeu. Ce sont Piqué et Puyol (et Abidal) d’un côté, et Pepe et Ramos de l’autre. Dans le jeu offensif cette fois-ci, viennent les fous. Capables de se déplacer en diagonale sur toute la largeur du jeu, ce sont les pièces chargées de déséquilibrer le camp adverse par des percées au sein de la défense ennemie ou sur ses côtés. Ce sont les ailiers Di Maria et Callejon, Pedro et Alexis Sanchez. Puis viennent les cavaliers. Ayant un rôle à la fois offensif et défensif, ce sont les pièces les plus polyvalentes du jeu, capables d’enchaîner replis et attaques selon la tactique employée. Ils apportent le surnombre en sautant des mètres de défense, tout en pouvant revenir fermer les espaces laissés derrière. Ce sont Dani Alves et Marcelo. Dans cette perspective, toutes les pièces ayant été prises, il faut trouver de la place pour Xavi et Xabi Alonso. Chargés de l’organisation et de la construction du jeu de leurs équipes respectives, ils sont les maîtres à penser, les cerveaux de leur camp. Logiquement, ils prendraient alors le rôle du joueur d’échecs, celui qui place les pions.

Et Özil et Iniesta ? Trop imprévisibles, trop irréguliers, trop libres, trop inventifs pour faire partie d’un jeu avant tout délimité par des lignes géométriques. L’expression « mettre quelqu’un dans une case » prend tout son sens ici : c’est impossible pour ces deux génies. A moins que vous ayez des idées ?

Nous allons assister lors des deux prochains mois à une opposition infernale entre le Real Madrid et le Barça, entre Liga et Europe, opposition à distance et records battus. Quand toute la planète n’aura d’yeux que pour Cristiano et Messi ou Busquets et Pepe, portez votre attention sur Mesut et Andrés, ils vous le rendront bien.

 

Markus

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Davide Moscardelli, de toute beauté

Il existe en Italie un attaquant qui distribue virgules et petits ponts, et que personne ne connait. Il est gaucher, porte une queue de cheval et pèse 90 kilos. Sa frappe de balle est un délice esthétique. Il n’est pas titulaire et ne marque que très peu de buts, mais quand il en met… ce sont des bijoux. Un joueur qui choisit ses buts, ses dribbles et ses matchs. Une barbichette soignée, forcément. Un blouson en cuir à la sortie des vestiaires, toujours. Un rital, un vrai, qui joue pour la beauté de l’art, en toute simplicité, sans pression. Avec le look de Santos Mirasierra.

Portrait d’un inconnu grandiose.

Le mot « artiste » est très souvent employé pour parler des beaux footballeurs, ces joueurs qui « traitent bien le ballon », avec amour. Et comme partout, il existe dans le football des artistes qui travaillent pour l’argent, des artistes qui travaillent pour le plaisir de travailler, d’autres qui travaillent pour la fame, et enfin, des artistes qui travaillent « pour l’art ». Ceux-là refusent de parler de « travail ». Ce qui les motive, c’est la recherche de la beauté, de l’art suprême, d’une relation divine certainement. Des romantiques ? Ils sont souvent des travailleurs acharnés. Mosca, « la mouche », est l’un d’eux.

Vous pouvez vous demander : pourquoi écrire cet article, sur Davide Moscardelli, maintenant ? C’est vrai qu’il n’est pas actuellement le meilleur buteur de son club, et même qu’il n’est pas toujours titulaire. Mais attention, il ne faut pas voir en Moscardelli un footballeur, mais un artiste. Et vu le nombre impressionnant d’artistes qui sont révélés après leur mort, on s’est dit qu’il ne fallait pas attendre.

La Serie B, puis le Chievo

De 2003 à 2010, Moscardelli passe sept années en Serie B. De Triestina à Rimini, puis de Cesena à Piacenza. Il y plante quelques 75 buts en deux centaines de matchs et impose surtout son style dans toute la botte : un attaquant qui marque, pousse, défend, conserve la balle, pèse et transmet sa grinta, avec un faible pour les beaux gestes. En 2010, il finit par séduire les recruteurs du Chievo Vérone, qui l’avaient déjà recruté en 2003 pour finalement le prêter. Il débarque en Serie A à 30 piges. « Je ne saurais pas expliquer pourquoi je suis arrivé en Serie A si tardivement. Mais je considère que je suis chanceux, parce que c’est arrivé ». Tout simplement.

Pourquoi le Chievo ? Pas vraiment un hasard quand on connait la philosophie de Luca Campedelli, le président des gialloblu, qui déclarait à So Foot que « l’époque enchantée où le football était magique est terminée », ou encore que « le football doit se jouer avec amour ». Un nostalgique, un romantique, un amoureux, l’un de ces présidents qui aime être fasciné par ses calciatore (lire l’interview).

Car Moscardelli est fascinant. Il existe différentes sortes d’attaquants. Certains vivent pour le but : les renards, chasseurs ou même tueurs s’appellent Ruud, Pippo, Mario ou David. D’autres existent pour être décisifs, tout simplement. Que ce soit par le but ou l’assist, ils portent souvent le numéro 10 et s’appellent Alex, Wesley ou Francesco. Moscardelli ne fait partie d’aucune de ces catégories : Moscardelli ne joue ni pour le but, ni pour les autres. Moscardelli joue, et vit, pour le geste, l’esthétique de ses actions. En résumé, Moscardelli joue pour la beauté du football. Et donc pour nous.

Et cela ne l’a pas empêché de s’adapter très rapidement à la Serie A. Août 2010, premier match, premier quart d’heure, premier but. Puis un autre, contre le Genoa. Avant de perdre en réussite, à l’image de son équipe. Il termine la saison avec six buts (dont celui-ci), la plupart décisifs, et signe jusqu’à 2013. Mission accomplie.

Batigol ?

La Mouche est surnommée Le Roi Lion. Lequel, me direz-vous ? Le vrai : Gabriel Omar Batistuta. Un surnom aussi fort que Batigol, pour un joueur de Serie B ? « Cela vient de ma foi giallorossa, de mon rôle sur le terrain et des cheveux que je porte à la Batistuta. Mais il n’existe pas d’autre analogie ». Juste.

Car Mosca a une autre passion : l’AS Roma. Né dans la Capitale du monde, romain et romaniste, il n’a jamais caché sa « foi giallorossa ». Le 5 décembre 2010, c’est Chievo-Roma. Moscardelli est titulaire. Lorsqu’il marque le but du 2-1 à la 61e, sa frappe semble être celle d’un mec qui tire pour tirer, sans trop de conviction, un tir « pour les stats » comme on dit. Quand il voit que Julio Sergio se troue, il n’ose même pas regarder les filets trembler et se retourne immédiatement, les mains sur le visage, éhonté, semblant se dire « Mamma mia, ma cosa ho fatto ? ». Mieux, quelques minutes plus tard, De Rossi, molto arrabiato et déjà averti, le tacle violemment par derrière. Sa réaction ? Davide se relève immédiatement et se dirige vers l’arbitre pour lui montrer que ce tacle n’est rien et que cela ne mérite pas de sanction ! L’arbitre ne bronche pas et le grand Daniele directement va aux vestiaires. Tifoso avant d’être joueur pro, Davide avait échangé son maillot avec son idole à la mi-temps (résumé du match).

Tellement romaniste qu’il ne peut cacher qu’il est plus motivé contre certaines équipes… En première ligne, bien évidemment, l’Inter.

Acte I. Novembre 2010, il marque le but du 1-0 à la 81e contre les nerazzurri. Cette fois-ci, il ne cache pas sa joie pour un succès qui a un goût de revanche, six mois après que la Roma ait perdu Scudetto et Coppa Italia (vidéo).

Acte II. Inter-Chievo, octobre 2011. Sa virgule sur Nagatomo, à la 85e, est un chef-d’œuvre. A croire que le fantôme de Ronaldo se ballade encore du côté du Meazza (vidéo).

Acte III. Chievo-Inter, août 2011. Un match amical contre un ennemi n’est jamais amical. La défense intériste, qui joue un match de préparation plutôt tranquille contre une équipe dite « amie » (il est connu que Campedelli est intériste), ne s’attend absolument pas à voir « La Mouche » débarquer le couteau entre les dents. A la 60e minute, Moscardelli déborde sur le côté gauche, efface de manière élégante deux intéristes avant de déposer un petit pont d’une rare finesse, pour enfin finir son action avec le pied droit dans le petit filet. Il aurait pu finir par une lucarne, mais il a du se dire qu’une action en finesse devait se terminer avec légèreté, et il choisit certainement le pied droit comme un peintre choisirait la craie, pour soigner la finition et montrer qu’il sait utiliser toute sa palette (vidéo, 1min37). Il en profite pour aussi mettre un coup-franc, un enroulé à l’ancienne.

Quelle (fin de) carrière ?

Moscardelli aurait pu faire le choix d’exporter son talent à l’étranger pour percer, aller par exemple en Argentine où son talent lui aurait sans doute permis de devenir la gloire d’un club de milieu de classement. Mais Moscardelli, comme tout italien qui se respecte, ne quittera jamais son pays, pour le meilleur et pour le pire.

Mais on sait que l’Italie est un pays qui regorge d’attaquants à la personnalité géniale, ces franchise players qui plantent tous les weekends pour un club de province : Di Vaio à Bologne, Di Natale à Udine bien entendu, Pelissier à Vérone… D’ailleurs, on peut comparer la trajectoire de Mosca avec celle du grand Luca Toni, qui aura passé près de dix saisons en division inférieure avant d’exploser en A… sauf que Toni aimait par-dessus tout faire trembler les filets, quand Mosca le Gladiatore préfère secouer les foules. Jamais il ne regrettera ses beaux gestes de trop, comme un peintre ne peut s’en vouloir après quelques couches de trop, tant que la dernière est la bonne. On souhaite à Moscardelli de trouver son club de province (ou la Roma ?) et d’en porter le numéro 9 durant de longues années, jusqu’à qu’un jour…

Jusqu’à qu’un jour, Moscardelli marque l’un des plus beaux buts de l’histoire du football italien, ou plus modestement de son époque. Ce jour-là il pourra s’arrêter la conscience tranquille, ayant réalisé son chef-d’œuvre, et enfin on appréciera ce joueur à sa juste valeur.

Dostoïevski disait que « La beauté sauvera le monde ». Il ne pensait certainement pas alors à un footballeur italien portant une queue de cheval, une barbichette et un maillot jaune fluo. On est tenté de dire pourtant que Moscardelli est bien un sauveur de ce football qu’on aime tant.

Markus

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Carles Puyol, le Self-Made Man

Quand on entend parler du Barça version coach Guardiola, les expressions qui reviennent le plus souvent sont certainement « génies footballistiques », « maîtrise technique », « jeu de passes » et « beau jeu ». Et pourtant, son joueur le plus emblématique s’appelle Carles Puyol : la technique d’un rugbyman, le physique de Tarzan et le talent de Franck Leboeuf.

Portrait d’un capitaine unique

Nous jouons la 73ème minute de la demi-finale de Coupe du Monde 2010. La Roja et la Mannschaft sont sur le fil du rasoir : toujours 0-0 à un quart d’heure de la fin. Mais les ibères semblent avoir l’ascendant psychologique. A tout moment on s’attend à une magie de Villa, Iniesta ou Xavi pour lancer la Seleccion en finale du Mondial. Un dribble de génie, une ouverture surprenante ou une frappe de rêve. Mais, incroyablement, qui se charge de marquer l’un des buts les plus importants de l’histoire de la sélection espagnole et libérer les siens ? Carles, dont le casque s’élève au-dessus de Piqué et entre à jamais dans l’Histoire avec une tête venue d’ailleurs. Sans doute le mec le moins technique de son équipe. Sans doute le joueur le moins charmant de son pays. Certainement le moins talentueux, aussi. Mais on s’en fout, le football, comme d’habitude, se joue et se gagne dans la tête (et les cheveux). Ni avec les pieds, ni avec le style. Par sa hargne et sa détermination inégalables, Puyol a grimpé sur le toit de l’Europe et du monde, en club et en sélection. Et le tout sans savoir frapper un ballon du pied gauche. Belle histoire.

Pas de talent inné

Pour une grande partie des joueurs, on connaît depuis leur naissance le poste qu’ils occuperont sur un terrain de football. Les gardiens naissent gardiens, ils ne le deviennent pas. Les buteurs à la Inzaghi naissent buteurs (ou hors-jeu dans son cas, dixit Sir Alex), ils ne peuvent pas le devenir. Les dribbleurs naissent dribbleurs. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’ils ont des qualités innées, des qualités qui ne s’aprennent pas. Une sorte de bagage génétique incontournable, comme un héritage.

De son côté, Puyol est le self-made man du football. Ou comment devenir l’un des tout meilleurs joueurs mondiaux sans être doué avec le ballon. Né en 1978 à Pobla de Segur en Catalogne, Carles le gamin n’a pas de don ou de qualité exceptionnelle à exploiter. Il n’a ni la vitesse, ni l’anticipation, ni le toucher de balle. Un peu perdu, un peu dégouté, il ne sait pas trop à quel poste il pourra s’épanouir. Tout ce qu’il sait, c’est qu’il veut jouer sur ce maudit terrain de foot. Il s’essaye donc dans les cages, puis s’installe à droite en tant qu’ailier. Puis recule, encore et encore. A 17 ans, lorsqu’il est admis à la Sainte Masia, il se reconvertit en arrière droit.

Finalement, il s’installe et excelle au poste de stopper, défenseur central, rugueux et sans pitié, même si Pep profite encore de sa polyvalence pour le faire jouer arrière latéral droit ou gauche. Si l’on devait définir au mieux son poste, on dirait que Puyol est un marcador : à l’image d’un guerrier ayant pour mission de suivre son ennemi à la trace, Puyol le spartiate prend les attaquants adverses au marquage, sans les lâcher, jamais.

L’intrus du Barça ?

Carles est  un intrus parmi les stars barcelonaises. Au Barça, même le gardien doit avoir un jeu aux pieds bien supérieur à la moyenne des joueurs de champ adverses. Valdès pourrait tranquillement jouer milieu de terrain. Les défenseurs centraux qui lui ont succédé ont tous eu une grande maitrise du ballon. Piqué, Gabi Milito, Mascherano et Busquets (saison 2008/2009 et 2010/2011) ont une technique impeccable pour des défenseurs, que ce soit du pied gauche ou du pied droit. Malgré cela, le seul joueur toujours présent dans le quatuor défensif catalan depuis le 2 Octobre 1999, c’est bien Puyol. Et c’est lui qui s’est imposé comme le seul capitaine Blaugrana à avoir soulevé six coupes en une année. Comment expliquer ce paradoxe ?

Le Petit Jean du Barça

Le vice-capitaine des Culés, ou celui qui aurait dû gagner au moins un ballon d’or ces dernières années, a.k.a El Maestro Xavi Hernandez nous donne le premier élément de réponse : “Moi, je ne suis pas indispensable. Puyol est notre vrai joueur clé, et non pas parce qu’il est le meilleur défenseur du monde, mais grâce à son caractère. Il ne baisse jamais les bras, c’est incroyable”. Puyol est le Petit Jean du Barça : allant toujours vers l’avant, optimiste et battant, il protège le Barça comme sa famille et transmet son mental de boxeur à ses coéquipiers.

Dire que Puyol est un gagnant serait un euphémisme : Carles est un guerrier, un combattant qui associe la défaite à la mort. Sans aucun doute le plus gros mental de l’effectif barcelonais. C’est un stakhanoviste, qui se présente toujours en avance lors des sessions d’entrainements et part toujours en dernier. Son père ouvrier lui a inculqué les valeurs du travail et de la souffrance. D’ailleurs, d’après El Mundo Deportivo, lorsque Pep décide d’insérer Thiago Alcantara en équipe première, il lui dit: “Si tu bosses comme Carles, tu deviendras une de nos pièces maîtresses. Sinon, vu ton potentiel, tu deviendras un des plus grands gâchis du club”. Puyol, au Barça comme en sélection, est l’exemple à suivre, la définition du bon professionnel. Un leader qui met la barre très haut et oblige ses coéquipiers à atteindre son niveau, son envie. Capitán des Blaugrana en 2003, à tout juste 25 ans, bosseur et hargneux sur le terrain, tranquille et poli en dehors, il est le rêve de tout entraîneur.

Un défenseur exceptionnel. Le deuxième élément de réponse se trouve dans ses qualités défensives développées sous la supervision de Louis Van Gaal, en 1999. Ces dernières années, la défense barcelonaise n’a semblé réellement  dépassée par les évènements qu’une seule fois,  à Milan, contre l’Inter en demi-finale de LDC 2010. Défaite sans appel 3-1. Puyol joue l’un des pires matchs de sa carrière et, cerise sur le gâteau, se prend un carton jaune qui le privera du match retour. Lorsque Carles coule, toute la défense prend l’eau.

Alors oui, l’élégance lui fait défaut. Mais au niveau du placement et de l’organisation défensive il n’est aujourd’hui inférieur à personne. Tel un général expérimenté sur son champ de bataille, c’est lui qui dirige ses défenseurs, qui les place, qui les engueule, qui décide quand il est temps de tenter le hors-jeu (souvent) ou de défendre bas (pratiquement jamais). Piqué dit de Puyol :  »c’est lui qui m’a appris à me positionner sur un terrain de football  ». Et ce après avoir vécu quatre ans à la cour de Ferguson.  Voir Puyol aboyer sur ses défenseurs pour les remettre en place est un spectacle. Et les rares fois où il est mal positionné, il possède la rapidité et l’athlétisme nécessaire pour remédier a son erreur. Ajoutez à cela son jeu de tête exceptionnel (malgré ses 178 centimètres), et vous aurez la description de l’un des meilleurs défenseurs centraux de la planète. De 2008 à 2010, la paire fantastique qu’il forme avec Piqué, sorte de duo Chewbacca – Ian Solo revisité, n’a encaissé que 59 buts en Liga, soit 0.77 par match. Solide.

Pas de Clasico ?

D’après El Mundo Deportivo, demain soir Piqué et Mascherano seront préférés à Puyol lors du Clasico. Un coup dur pour les amants de cette rivalité : Carles devrait toujours participer à ce genre de rencontres. D’autant plus quand on sait à quel point il est devenu le talisman d’un Barça qui ne perd jamais avec lui sur le terrain. 

Mais même s’il sera sur le banc, Puyol participera sans aucun doute au résultat de son équipe, à sa manière, c’est-à-dire en transmettant sa hargne et son sérieux, gueulant sur ses coéquipiers, conseillant ses jeunes apprentis, encourageant le capitaine Xavi, et surtout en acceptant les choix de Pep pour montrer, comme toujours, l’exemple à suivre.

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