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Les Oubliés : Le Hat-trick de Rivaldo contre Valence

Si vous vous demandez encore si vous devriez lire cet article, sachez qu’il raconte l’histoire du seul match ayant provoqué une invasion de terrain au Camp Nou. Si cela ne vous convainc pas, dites-vous que lors de ce match, un homme a marqué l’un des hat-tricks les plus grandioses de l’histoire de notre sport (si vous avez mieux, on est preneur, et non, Rossi ne compte pas). Vous hésitez encore ? Les trois buts de notre héros ont été marqués en dehors de la surface. Ce n’est pas suffisant ? Le dernier a été marqué à la dernière minute, de « la plus belle des manières »…

What else? 
 
Dernière journée de la saison 2000-2001 de Liga. Au Camp Nou, le Barça reçoit Valence pour un match à l’enjeu énorme : une qualification pour la Champions League. Les temps ont bien changé. En face, ce n’est pas le Valence « subprimes » des dernières années. Non, il s’agit de celui qui vient de jouer (et de perdre) sa deuxième finale de Ligue des Champions consécutive. Une non-qualification serait donc un coup d’arrêt terrible dans la quête européenne des Chés. Donnée importante : il suffit d’un match nul aux valenciens, tandis qu’il faut les trois points au Barça.
 
Voilà pour le scénario. Et les acteurs ? Côté Barça, on a le combo classique de l’époque : Rivaldo et les Hollandais. De Boer (Franck), Kluivert, Overmars, Cocu, tous titulaires. Et puis Guardiola est là aussi, pour sa dernière saison (il s’agit de son dernier match de Liga en tant que joueur, pas mal comme finish). De l’autre côté, Valence vient d’aller (presque) au bout en Europe, et son effectif a de la gueule : Mendieta, Ayala, Aimar, Baraja, Kily Gonzalez, Canizares.
 
Dans ce film, pas question de laisser le spectateur s’installer tranquillement. Rivaldo montre d’emblée qu’il est venu pour prendre les choses en main, et qu’il n’a pas l’intention de jouer l’Europa League (pardon, l’UEFA) quelques mois plus tard. Après trois minutes, il vient poser le ballon à 25m des cages du rempart Canizares pour un coup-franc a priori lointain. Le brésilien s’élance, dans son style habituel, et fouette la balle du gauche, le corps couché sur la sphère. La balle surpasse mur, Canizares plonge, Canizares est loin… Le ballon tourne, il prend l’effet, Canizares ne l’aura jamais, poteau rentrant. Le coup-franc parfait. Imparable. La star du film, c’est lui. Le match peut commencer. 1-0 Barça.
 
Après 26 minutes, Valence égalise par Baraja.
 
On sent Rivaldo agacé. Sur ce qui est devenu son terrain, il demande tous les ballons, tricote, provoque, tombe, prend les fautes, feinte tout le monde. Il fait du Rivaldo, en somme.
Vient la 45e minute. L’ancienne star du Depor regarde sa montre, et se dit qu’il est temps de plier le match. Il vient chercher le ballon près de la touche, le touche, le soigne, mais pas d’espace. Puis Rivaldo la redemande, comme si une idée de génie venait de lui traverser l’esprit. Il repique vers le centre sur son pied gauche, prêt à charger, fusil au pied dirait-on. Il jette un dernier coup d’œil à la teinture de Canizares, et se décide. Pour ceux qui l’ont oublié, Rivaldo a un tir particulier. On pourrait dire qu’il est le Kevin Durant du football. Un tir peu conventionnel et efficace au possible, sans besoin d’élan ni de position de tir. Un mélange de style et d’efficacité diabolique. Ainsi, quand il lève la tête, on sait tous qu’il va tirer. Sauf que si l’on dit que son tir est efficace, il faut ajouter que sa feinte de tir est redoutable. Une première petite feinte, puis une vraie feinte de tir. Et pendant que son défenseur termine son petit 360 humiliant, Rivaldo s’avance et fait boum. Sans élan, son pied gauche fouette le ballon qui se transforme en projectile, même pour le meilleur gardien espagnol de l’époque. Une telle violence, une telle ferocity comme dit le commentateur anglais, que Rivaldo en tombe à la renverse… A côté de ça, même les coups-francs de Cristiano ou les frappes de Zlatan ont l’air travaillées. Rivaldo fait mouche et pousse un cri de rage que le Camp Nou n’a pas oublié. 2-1 à la mi-temps.
 
Deuxième égalisation de Valence, à la 47e, encore Baraja.
 
Rivaldo a compris, dans cette équipe du Barça qui a pas mal galéré cette saison, il est le seul qui peut renverser le destin. Le projet collectif, ce sera pour plus tard, Més que un club ou pas. Valence est meilleur, et Valence n’a besoin que du nul. Jusque là, on a un scénario classique : l’équipe qui a faim (désespérée ?) ouvre le score sur une prouesse de son fuoriclasse, puis les adversaires, plus sereins, égalisent sans forcer. Au Camp Nou, les culés se disent que ça peut durer longtemps comme ça. 1-1, 2-2, 3-3 ?
Non, Rivaldo a de la suite dans les idées. D’abord, il sait que son doublé lui donne carte blanche, c’est son soir, tout le monde le sait et il a la légitimité pour tenter ce qu’il veut. C’est trop d’honneur pour le croqueur do Brasil qu’il est, et il se met donc à tenter des gestes fous. A la 76e minute, il dépose un corner rentrant sur la barre de Canizares, qui a bien du mal à s’en sortir. Tous ceux qui ont vu ce match s’en souviennent certainement, on a cru à l’impossible ce soir-là. Mais ce n’était pas l’heure : l’impossible allait arriver un petit quart d’heure plus tard… Le temps de déposer un magnifique double coup du sombrero qui rendrait Neymar bien jaloux.
 
Alors que l’horloge affiche la 89e minute, c’est l’heure de la dernière chance. Et des choses sérieuses. De Boer, à l’expérience, fait ce qu’il y a de plus intelligent à faire : la donner au gaucher en feu. L’Hollandais ne fait même pas gaffe, et se dit qu’il peut lui donner n’importe comment, après tout le Barça n’est plus à ça près. Peu importe si Rivaldo est dos au but, peu importe si tous les défenseurs de Valence sont placés autour de lui. On pourrait imaginer un contrôle classique, puis une pression des adversaires sur celui qui, après tout, n’a pas d’yeux derrière la tête, et une perte de balle comme on en voit souvent. Rivaldo le sait, et surtout, tel qu’on le connaît, Rivaldo n’aurait jamais lâché son ballon. Des yeux derrière la tête ? Il n’a jamais aimé la donner cette balle, et puis tout ce qui compte, c’est qu’il sait très bien où se trouve le but.
C’est là que le génie intervient. En une fraction de seconde, Rivaldo conçoit ce qui est sur le point de devenir une œuvre d’art. Contrôle de la poitrine, pardon, jongle de la poitrine, arrêt du temps, silence religieux dans le stade, et exécution du geste parfait, comme au ralenti. Une chilena dans les règles de l’art, l’une des plus belles que l’homme ait eu la chance de voir. Le pied gauche prend le ballon au sommet de sa trajectoire, la jambe est perpendiculaire au sol…
La suite, seules les images peuvent la raconter fidèlement.
 

Markus

 

 

Simone Pepe, le soldat inconnu


La Semaine dernière, FT vous dressait le portrait du Enano Maxi Moralez. Ce mercredi, on vous propose de découvrir l’autre grand oublié de ce Calcio de début de saison : Simone Pepe.
Lorsqu’on scrute le Mercato 2011 de Beppe Marotta, on se dit que la Juventus a rencontré de sérieuses difficultés sur les ailes la saison passée. Problématique pour le nouvel entraîneur de la Vecchia Signora, Antonio Conte, dont l’objectif est de mettre en place un système de jeu offensif qui repose principalement sur la qualité des joueurs de couloir. C’est pour cette raison que les dirigeants bianconeri ont décidé de satisfaire les désirs de leur Mister en lui procurant trois ailiers jeunes et prometteurs : Eljero Elia, Emanuele Giaccherini et Marcelo Estigarribia. Un certain Simone Pepe, qui a pourtant toujours accompli son devoir avec dignité et sérieux lors de la saison 2010/2011 désastreuse, semble donc sur le point de partir en juillet. Ailier de profession, il interprète le mercato juventino comme un message clair et sans appel : on n’a plus besoin de toi. Les rumeurs les plus folles circulent dans la presse italienne. Selon le Corriere dello Sport, Simone est destiné soit à la nouvelle Roma de Luis Enrique, soit au Napoli de Walter Mazzarri. Une histoire d’à peine un an semble sur le point de se terminer, au grand désespoir de l’ailier romain. Mais tout change le jour de l’officialisation de Conte à la tête de la Juve, qui est rapidement filmé par les caméras de Sky Italia en train d’avoir une longue conversation avec Pepe. Tout le monde pense que l’entraîneur est en train de communiquer au natif de Rome sa décision de le laisser partir. En fait, Simone révèlera quelques semaines plus tard que Conte lui avait tout simplement dit : « J’ai une grande confiance en toi. Si tu joues comme tu en es capable, tu seras titulaire ». Le stage de préparation commence quelques jours plus tard, et devinez quel joueur se met le plus en évidence ? Pepe bien sûr. Stimulé par les mots de son coach, le manque de confiance de ses dirigeants et la terrible concurrence à son poste, Simone défonce tout. Lors des rencontres amicales de préparation, il marque, court, tacle, et marque encore. Tout simplement, il joue pour sa survie, son boulot, avec la même grinta qu’il mettrait sur le terrain pour une finale de Ligue des Champions. Conte apprécie son dévouement et, comme promis, le met titulaire lors du premier match officiel de la Juve dans la nouvelle cathédrale du football bianconero : le Juventus Stadium (pas top le nom…).


Dans son nouveau stade, Pepe entame sa reconquête. Il réalise un match exceptionnel qui consolide son nouveau statut dans les hiérarchies de Conte. Infatigable sur son aile droite, il livre l’une de ses meilleures prestations sous les couleurs blanches et noires, offrant plusieurs caviars à Matri et signant d’une belle frappe croisée le 2-0 provisoire pour la Vieille Dame.  Mais surtout, il se fait apprécier par son nouveau coach et mentor pour son esprit de sacrifice et ses replis défensifs. Dans un système offensif comme celui de Conte (un 4-2-4 borderline 4-4-2), son apport lors de la phase défensive est essentiel. D’ailleurs, lui-même dit que le highlight de son match n’est pas son but, mais son repli de 70 mètres pour stopper la contre-attaque de Parme menée par ce diable de Giovinco.  

Depuis ce Juve-Parme, Pepe est indéboulonnable. Il a réussi à taire les critiques et à reléguer des joueurs comme Krasic ou Elia sur le banc.  Conte déclare à maintes reprises que son numéro 7 est le seul ailier capable de donner de l’équilibre à l’équipe, comme le prouve la prestation de son bonhomme face à l’Inter samedi dernier (jusqu’à la 38è, Maicon fait terriblement souffrir la Juve à droite, puis Pepe et Vucinic changent de couloir et le problème Maicon disparaît). D’ailleurs, l’intelligence tactique et l’esprit de sacrifice ont toujours été les points forts de Simone, depuis ses débuts en Serie C avec le Teramo. Des points forts grâce auxquels il arrive à combler ses lacunes   techniques (voir Pepe se tape la honte). Son style de jeu est d’ailleurs similaire à celui de Conte lui-même, bandiera de la Grande Juve à cheval entre les années 90 et 2000, devenu célèbre pour sa mentalité de gagnant et sa grinta plus que par ses dribbles et sa technique. 
Les mauvaises langues diront que la raison pour laquelle un joueur médiocre comme Pepe est titulaire dans une institution telle que la Juve est seulement parce que Conte se reconnaît en lui. Mais ceux qui suivent assidûment le glorieux début de saison de la Vieille Dame savent sans doute que la vérité est autre : qu’on le veuille ou non, depuis septembre, Pepe est le meilleur ailier de l’effectif bianconero. Prends ça, Marotta.
Ruggero

Maxi Moralez, nouveau « Best Kept Secret » du Calcio



 

 

Ce mercredi, Fautetactique ne dresse pas le portrait de grands joueurs ou illustres coachs passés, mais s’intéresse au joueur le plus ignoré de ce début de saison, l’oublié Maxi Moralez.

 

En deux mois, le mètre cinquante-neuf de Maxi a charmé toute l’Italie. La vitesse, la percussion et la précision de tir du trequartista en font un danger permanent, aussi bien en meneur de jeu qu’en attaquant de soutien. Le véritable Enano (« nain ») du football argentin, c’est lui. Un mètre cinquante-neuf pour cinquante-sept kilos, Maximiliano chausse du 39. La comparaison avec Valbuena s’arrête là, car le champion d’Argentine serait plutôt une sorte de mini-moi argentin du génial Fabrizio Miccoli (cf. le portrait de Miccoli) : la même vista, la même grinta, le même instinct, les mêmes coups francs, en plus petit. Pour résumer, Moralez casse des chevilles tous les weekends en Serie A depuis deux mois.


Certains le connaissent de Football Manager, d’autres n’en ont jamais entendu parler. Apparemment, les journalistes de L’Equipe.fr n’ont pas joué à FM, sa fiche n’étant pas actualisée depuis deux ans. Ou alors le championnat argentin ne leur plaît pas. Après tout, Messi n’y a jamais joué, doivent-ils se dire…



Toujours est-il que quand Maxi Moralez (génération 1987) débarque à l’Atalanta cet été pour 7 millions de dollars, ce n’est pas surprenant de voir le Mister Stefano Colantuono déclarer : « Nous l’attendons à bras ouverts ». Car le chaos règne à Bergame. L’été des Bergamaschi a été terrible. L’implication de l’Atalanta dans le scandale de paris sportifs Last Bet a ruiné la joie (déjà mince) du titre de champion de Serie B, et les 6 points de pénalité attribués au club ont fini d’achever les rêves d’un possible retour au premier plan. Pire, la bandiera Doni, « le vrai Cristiano » du coin, ne foulera plus la pelouse du Stadio Atleti Azzurri d’Italia pendant au moins trois ans et demi, suspendu. Une tragédie. Et en août, on commence déjà à parier sur le nombre de matchs qu’il leur faudra pour obtenir total de points positif. Saleté de paris…



Cent cinquante-neuf centimètres de talent argentin plus loin, l’Atalanta a déjà engrangé 14 points et se positionnerait à la deuxième place du classement si Doni&Co n’avaient pas joué aux plus malins avec la justice sportive italienne (ils ont 8 points du coup). Car Maxi Moralez ne perd plus de temps. En 8 matchs toutes compétitions confondues, le trequartista en est déjà à 5 buts et la paire qu’il forme avec El Tanque Denis terrorise les stades de la Botte autant que les supporters bergamaschi, et ce n’est pas rien.



Du temps, Maximiliano en a perdu. Après avoir été révélé au Racing par le Cholo Simeone et avoir émerveillé le monde du football lors du Mondial U20 de 2007 où il est élu deuxième meilleur joueur derrière El Kun Agüero, Moralez s’imagine déjà réussir en Europe, et choisit un chemin étonnant : le FC Moscou. Six mois, six matchs et pas le moindre but. En Russie, on ne rigole pas avec la force physique. Et quand on sait que Messi lui met dix kilos… Pendant ce temps-là, le Kun régale le Calderon, Zarate fait bander l’Olimpico et le Bernabéu rêve déjà de Di Maria.



Puis Moralez reprend son chemin. A 21 ans, à peine revenu au pays, il sauve le Racing de la rélégation. Frasquito (« le petit flacon ») se révèle être un joueur plutôt clutch. Un an plus tard en 2009, c’est lui qui donne le titre de champion (clôture) au Velez Sarsfield lors de la dernière journée contre l’Huracan. La légende est en marche. La saison dernière, aux côtés de Ricky Alvarez (Inter) et de Santiago Silva (Fiorentina), Moralez récite ses gammes et fait à nouveau grimper le Velez sur le toit du football argentin avec un nouveau titre, sans oublier d’impressionner tout le continent  sud-américain en plantant cinq pions en Copa Libertadores. Maxi a grandi. Pour un peu plus de 5 millions d’euros, comme tout argentin qui se respecte, il choisit « le plus beau championnat au monde » et rejoint le club qui avait vu grandir avant lui Inzaghi et Pazzini, entre autres. Depuis, les nerazzurri rêvent de recroiser leur ennemi juré Brescia afin de montrer de quoi leur pépite est capable et de marquer l’histoire d’un club pour qui les titres sont encore plus rares que les grands joueurs.



Entre temps, on espère que l’Europe aura remarqué que cette saison un géant de 159 centimètres enchante la Lombardie.





Markus

 

Les Oubliés : N. Rocco, Z. Zeman et T. Santana

« Pour s’améliorer, il faut changer. Donc, pour être parfait, il faut avoir changé souvent. »

W. Churchill

S’améliorer, c’est l’objectif de FT. On écoute donc le conseil de notre cher Winston et on change. Cette semaine, pas de vidéos, pas de joueurs. Cette semaine, on rend hommage à trois entraîneurs plus ou moins oubliés qui ont pourtant marqué les esprits. A vous l’honneur de les (re)découvrir : Nereo Rocco, Zdenek Zeman et Telê Santana.

Nereo Rocco (Trieste, 1912- Trieste, 1979)

« Tuto quel che se movi su l’erba déghe, se xe ‘l balon pazienza »

« Tapez sur tout ce qui bouge sur le terrain ; si c’est le ballon, tant mieux »

Froid, pragmatique, rationnel, condescendant, anticonformiste, controversé. Voici seulement quelques-uns des adjectifs utilisés par la presse italienne pour décrire « El Paròn » (dans le dialecte de la ville de Trieste, « le Patron ») Nereo Rocco, coach légendaire du football transalpin et européen. Beaucoup de gens ne sauraient énumérer ses succès, pourtant il est à la base de la période d’or du football milanais des années 60’ (4 Coupes des Champions gagnées par les milanaises) en ayant eu le mérite d’introduire en Italie un système de jeu quasiment imbattable : le catenaccio. En effet, on associe souvent cette tactique ultra-défensive à la Grande Inter d’Helenio Herrera, celle qui triompha en Italie et en Europe. Mais le catenaccio fut introduit en Serie A non pas par les nerazzurri  de l’HH, mais par une petite équipe nommée Triestina, dirigée justement par Nereo Rocco.

Retour dans le passé : on est en 1947. La Triestina  est arrivée dernière du championnat 1946/1947 mais la Fédé italienne, afin de donner une lueur d’espoir aux habitants de la ville de Trieste complètement détruite par la guerre, décide de laisser l’équipe en première division. Le club se résoud donc à faire confiance à un local pour la saison 1947/1948, un jeune natif de Trieste : Nereo Rocco. Et là, l’inimaginable se produit : inspirée par le génie du « Patron », la Triestina se transforme en une des grosses cylindrées de la Serie A. 17 victoires, 15 matchs nuls pour un total de 49 points qui permettent à l’équipe de Trieste d’arriver incroyablement deuxième à égalité avec la Juventus et le Milan, derrière l’intouchable Grande Torino. Un exploit insensé, basé sur la solidité défensive garantie par le catenaccio de Rocco, qui réadapte le « verrou » suisse des années 30’ aux particularités du football transalpin. Le « Patron » est aussi le premier entraîneur à donner sérieusement de l’importance à l’aspect psychologique du jeu. Il comprend qu’un match de football se joue avant tout dans la tête. C’est pour cela qu’il ordonne à ses joueurs d’intimider les adversaires en entrant toujours en derniers sur le terrain et en n’hésitant pas à faire quelques fautes dures en début de match pour donner le ton… Pour faire comprendre qui est le patron. Il utilise les interviews et les conférences de presse pour entrer dans la tête de ses adversaires, déclarant souvent que son équipe est largement inférieure et qu’elle n’a que très peu de chances de gagner. Innovant. En faite, niveau comm’, le Mou n’a rien inventé.

Le catenaccio de Nereo fonctionne à la perfection et de plus en plus d’équipes se convertissent à cette tactique. L’Inter d’Alfredo Foni gagne deux Serie A d’affilée (1952/1953, 1953/1954) en adoptant ce système de jeu, appelé aussi par la Gazzetta dello Sport « difesa e contropiede ». Quelques années plus tard, Helenio Herrera consacrera le catenaccio sur le plan international en dominant le monde du football avec son Inter. Nereo Rocco a donc réussi à rendre populaire une tactique qui marquera la période de domination du football italien à cheval sur les années 60’ et 70’. En effet, en une décennie, les deux milanaises gagnent quatre C1, deux Coupe des Coupes, trois Coupes Intercontinentales alors que la Squadra Azzurra triomphe lors de l’Euro 1968 et arrive en finale du Mondial 1970 (perdu contre le Brésil de Pelé).

Le « Patron » légitimera le statut de légende dont il jouit maintenant lors de son double séjour milanais (1961-1963, 1967-1973) du côté rossonero bien sûr. Deux scudetti, deux C1 et deux C2 le font entrer dans l’Histoire de l’AC Milan. Mais la découverte et la valorisation d’un jeune talent, un certain Gianni Rivera, l’entérinera définitivement comme l’un des plus grands entraîneurs du football transalpin. Encore aujourd’hui, les italiens se rappellent avec affection et nostalgie de ce personnage bizarre, différent, qui a eu le courage d’introduire une tactique jugée lâche par les observateurs de l’époque, mais qui a permis au football de son pays de dominer le monde l’espace d’une décennie.

Zdenek Zeman (Prague, 1947- ), le bohémien

Comment un entraîneur qui n’a gagné qu’un championnat de Serie B et un championnat de Serie C2 lors de sa carrière peut se vanter d’avoir marqué une époque ? Tout simplement par son culot, son entêtement et son football nouveau et ultra-offensif qu’il introduisit dans le pays du culte de la défense .

Un clash de cultures. Voici comment on peut résumer la relation entre Zdenek Zeman, né dans la Tchécoslovaquie communiste de 1947, et son pays d’adoption, l’Italie. Toujours une clope au bec, le « bohémien » a voulu aller contre les dogmes du football translapin : il a réfuté les tactiques défensives, le 4-4-2 d’Arrigo Sacchi, l’idée qu’un 0-0 puisse représenter le « match parfait », la prédominance du résultat aux dépens du jeu et des prestations… Lui se foutait des règles de l’époque et a tout fait à sa manière, introduisant une pointe de folie dans un football emprisonné dans ses maximes intouchables.

Il arrive au pays de la botte grâce à son oncle Čestmír Vycpálek, ex-entraîneur de la Juventus, qui l’accueille à Palerme et lui transmet sa passion pour le football. Privilégié par le statut de son oncle, Zdenek enchaîne les expériences sur le banc de petites équipes régionales (Licata, les jeunes du Palermo…) mais se révèle au grand public en 1989 à la tête du Foggia. Zeman transforme l’équipe des Pouilles en un show magique : il adopte un 4-3-3 révolutionnaire pour le foot italien, une ligne défensive très haute et une grosse utilisation des joueurs de côtés ; une tactique complètement dingue vouée à cent pour cent à l’attaque, ignorant complètement les concepts d’ « équilibre » ou de « couverture ». L’important n’est pas d’éviter de prendre des buts, mais d’en mettre des tonnes. Et c’est exactement ce qui se passe, le Foggia remporte la Serie B en marquant quasiment 70 buts et en enchaînant les prestations spectaculaires. La presse italienne, impressionnée par ce nouveau phénomène, qualifie l’équipe de Zdenek comme le « Foggia dei Miracoli ».

Le sommet de sa carrière sera dans la Ville Eternelle. En 1994, il signe à la Lazio de l’ambitieux Président Cragnotti et exporte à Rome sa philosophie. Il obtient une deuxième et troisième place avant de se faire licencier en janvier 1997, mais surtout il divertit la plèbe romaine avec son jeu spectaculaire : sa Lazio a une moyenne supérieure aux 2 buts par matchs et termine deux fois meilleure attaque du tournoi. Puis, en juillet 1997, coup de tonnerre, Zdenek signe pour l’autre club de la ville, l’AS Roma. Contexte différent mais même scénario, les joueurs de la Louve terminent deux fois de suite meilleure attaque pour deux placements plus qu’honorables, une 4ème et une 5ème place. Zeman contribue aussi à l’explosion du futur capitano Francesco Totti, en le désignant comme la pièce maîtresse de son dispositif.

Le problème avec le coach tchèque est qu’on s’amuse beaucoup mais on ne gagne pas grand-chose. Comme un symbole, Franco Sensi le licencie en 1999 pour faire arriver un coach qui est l’opposé total de Zeman : Fabio Capello, qui logiquement sera critiqué à maintes reprises pour son jeu chiant et prévisible mais qui finalement ramènera le Scudetto à Rome en 2001…

Enfin, Zeman  a aussi eu le courage de remettre en question les hiérarchies du football italien de l’époque. Il a déclaré plusieurs fois qu’il était convaincu que certains joueurs de la Juventus se dopaient (allant même jusqu’à dire que « Le football doit sortir des pharmacies ») et a remis en question des figures emblématiques et autoritaires telles Marcello Lippi et… Luciano Moggi. Il est allé contre le système, insinuant même que certains matchs étaient vendus. Bien vu, Zdenek. Et c’est comme ça qu’on veut le rappeler. Avec un style totalement différent, il a les mêmes qualités qui ont rendu immortel Nereo Rocco : anticonformiste, rebelle, innovateur. Un caractère fort qui a sans doute marqué les mémoires.

Telê Santana (Itabirito 1931-, Belo Horizonte 2006)

Telê est souvent associé à l’image d’un coach ayant donné un jeu spectaculaire à ses équipes sans pourtant gagner grand-chose. Cette affirmation est sans doute vraie au niveau international (Brésil 1982 et 1986) mais est carrément fausse en ce qui concerne sa carrière d’entraîneur de clubs. Santana est l’un des entraîneurs Sud-américains ayant remporté le plus de trophées (19 !), et pas toujours avec la manière…

Son palmarès est donc impressionnant, pourtant, on se rappelle de lui plus pour ses non-victoires lors des Coupes du Monde 1982 et 1986 que pour ses triomphes … Normal, rien ne remplace la visibilité d’un Mondial. Surtout, rien n’est comparable à la qualité qu’exprimait son Brésil. Une maitrise complète et totale du ballon, grâce à des joueurs exceptionnels (Falcao, Zico, Socrates…) et à la tactique ultra-offensive mise en place par Santana. Pelé, lui-même, définit l’équipe de 1982 comme le Brésil plus fort de tous les temps. Un Brésil qui est entré dans le cœur des supporter carioca qui adorait sa mentalité « tout ou rien »et  ambitieuse inculquée par Telê. Son envie de conserver et de jouer le ballon à tout prix, sans jamais faire de calculs, sans jamais s’arrêter et penser. Le football en son état le plus populaire, sans rigidité tactique et strictes schémas de jeu. Tout simplement, une équipe qui jouait au football et qui incarnait l’idéal brésilien du « bon football ». Encore aujourd’hui, selon un récent sondage du O Globo , le Brésil de Santana reste le plus aimé de l’histoire du foot carioca, bien plus que celles gagnantes de Parreira ou de Scolari. Telê a juste eu la malchance de tomber sur un Paolo Rossi en état de grâce lors du Mondial 1982 (Italie-Brésil 3-2, triplé de Rossi) et sur la France du « carré magique » quatre ans plus tard au Mexique. Mais bon, ce n’est pas plus mal, mystérieusement cette sensation d’inachevé rend encore plus mystique son équipe. Presque comme si elle n’avait pas besoin de remporter quelque chose pour entrer dans l’Histoire. Presque comme si elle snobait la victoire, le résultat.

Ceci dit, Santana, contrairement à Zeman, a réussi à gagner et beaucoup. C’était un nomade, un voyageur, qui ne s’est jamais arrêté dans un club pour plus de 5 saisons. Il peut se vanter d’avoir entraîné pratiquement tous les plus grands clubs brésiliens : de Fluminense jusqu’au Sao Paolo, en passant par l’Atletico Mineiro, le Palmeiras, le Gremio de Porto Alegre et le Flamengo. Son plus grand succès est d’avoir remporté deux Copas Libertadores avec Sao Paolo en 1992 et 1993. Pourtant, les deux fois son équipe gagne sans enthousiasmer, notamment en 1992, lorsque « El Tricolor » ramène le trophée à la maison aux pénos après n’avoir marqué qu’un seul but lors de la double confrontation en finale contre le Newell’s Old Boys. Quand on dit l’ironie…

 Ruggero

Les Oubliés : Savicevic, Yorke et Hasselbaink

Jimmy Floyd

Dans cette rubrique, retrouvez chaque mercredi le portrait et les meilleures vidéos de trois joueurs plus ou moins oubliés qui ont pourtant marqué leur époque.

Cette semaine : Dejan Savicevic, Dwight Yorke et Jimmy Floyd Hasselbaink.

Dejan Savicevic, Il Genio

Berlusconi rachète le Milan AC en 1986. Son Milan connaît alors rapidement deux grandes ères : celle de Sacchi (1987-1991), puis celle de Capello (1991-1996). Si ce Grande Milan est très souvent associé au trio d’Hollandais Van Basten, Gullit et Rijkaard ou alors aux redoutables Boban et Weah, celui que Silvio appelait Il Genio, c’était Dejan Savicevic.

Jouer dans une grande équipe, Dejan l’avait déjà fait avant d’arriver au Milan. Avec l’Etoile Rouge, il partage l’affiche avec les monuments Dragan Stojkovic,  Robert Prosinecki et Darko Pancev, rien que ça. Gaucher brun et frisé qui excelle dans un maillot rouge au début des années 1990, Savicevic est la raison pour laquelle on a attendu les années 2000 pour se rendre compte du talent de Ryan Giggs. A Belgrade, Savicevic fait du Giggs mieux que Ryan. Pied gauche à tout faire, il brille par sa vision du jeu imparable et ses décalages imprévisibles.

En trois saisons pleines, il remporte trois championnats, deux coupes, une Ligue des Champions et une Intercontinentale. Un palmarès fantastique. Pourquoi seulement trois saisons alors qu’il a passé quatre années à jouer au Marakana ? Quand il arrive en 1988, c’est après avoir refusé de jouer pour le Partizan, club historique de l’armée… C’est par pur hasard qu’il est ainsi appelé à effectuer son service militaire dès le début de la saison. Il ne disputera donc aucun match de championnat, étant qualifié seulement pour les matchs européens et l’équipe nationale. Ironie de l’histoire, Savicevic écrira sa carrière à travers des rencontres européennes et ne parviendra jamais à trouver la régularité nécessaire en championnat. Savicevic, c’est l’anti-Zlatan. Un type qui réussit ses gestes les plus spectaculaires lors des matchs les plus spectaculaires. A côté de son lob contre le Barça, les ailes de pigeon ou autres reprises de volée du suédois contre la Fio ou Lecce font bien pâle figure dans le cœur des rossoneri.

En 1991, l’année de la Coupe d’Europe, il finit deuxième pour le Ballon d’Or, derrière Papin. C’est d’ailleurs aux côtés du français qu’il débarque à Milanello.

Souhaité par Berlusconi et non par Capello, qui n’a que faire d’un nouveau fantaisiste,  il ne joue que 10 matchs et attend six mois avant de faire trembler les filets de San Siro. Il est même exclu du groupe qui va à Munich disputer la finale de la Ligue des Champions 93 et ne fera pas partie des hommes emmenés par Don Fabio au Japon pour l’Intercontinentale. Après le départ du trio Hollandais (Van Basten pour blessure, Gullit à la Samp, Rijkaard à l’Ajax), Capello installe un 4-4-2 hyper défensif : 34 matchs, 36 buts marqués et seulement 15 encaissés… Mais heureusement, Il Genio a le soutien de son président, et il participe grandement au doublé de 1994.

Car Savicevic, c’est ce genre de joueur qui restera dans l’Histoire grâce à un coup de génie lors d’un match inoubliable. Si on peut se demander quel aurait été le statut de Zizou s’il n’avait pas mis ses deux coups de tête face au Brésil, cet article n’aurait jamais existé si Savicevic n’avait pas joué la finale de la Ligue des Champions 1994 face à la Dream Team de Cruyff. Baresi et Costacurta suspendus, Capello choisit une formation hyper offensive pour lutter contre la possession barcelonaise. Un peu comme Mourinho et ses quatre attaquants en 2010 avec l’Inter, Fabio souhaite combattre le « mal » par le « mal ». Pendant 90 minutes, Savicevic est magnifique. Ce mélange si harmonieux entre le pur génie yougoslave, la finesse d’un pied gauche fabuleux et la rigueur du football italien du début des années 1990… Une première assist pour ouvrir le score, et puis ce but… Si spontané, si audacieux, son lob sur Zubizarreta est certainement le but avec lequel l’impreditore Silvio Berlusconi s’identifie le plus après 25 annnées passées à la tête des rossoneri.

Les supporters parisiens se souviennent également de leur impuissance face à son doublé lors de la LDC 94-95 en demi. En finale, alors qu’il se déclare apte, il est mis de côté pour « blessure ». L’Ajax de Van Gaal punit l’excès défensif d’un Fabio trop rigide, 1-0.

Après avoir grillé un feu rouge en 2004, Dejan déclare à la police serbe : « Je suis Dieu, ce n’est pas comme si les lois allaient s’appliquer à moi ». L’anti-Zlatan, disait-on ?

Dwight Yorke, The smiling assassin

Un mec qui assassine ton équipe et qui te balance un gros sourire dans la gueule. La terreur de la fin des années 1990 en Europe, venu tout droit de Trinidad-et-Tobago. Un mec adoré par ses fans et insupportable pour ses victimes, qui venait d’un pays que personne ne connaissait, qui avait des qualités athlétiques que personne n’avait jamais vu, et qui gardait toujours ce putain de sourire presque arrogant. Finalement, Usain Bolt n’a rien inventé.

Après avoir fait tremblé les filets 97 fois pour Aston Villa de 1989 à 1998, il gâche son image auprès des fans de Villa en exigeant son départ coûte que coûte. Le manager de l’époque, refusant la vente de son joueur star et espérant un échange avec Andy Cole, aurait même dit qu’il aurait préféré tuer Yorke plutôt que de le voir évoluer sous les ordres de Sir Alex.

Mais Yorke sait ce qu’il veut. Pour sa première saison avec les Red Devils, Yorke atteint un niveau de jeu spectaculaire. C’est la saison du fameux Treble de 1999, tout simplement. Il termine meilleur buteur du championnat (18 buts) et marque en Champions League contre le Bayern, le Barça, l’Inter et la Juve. Solide. Aucun avant-centre n’a réussi une telle première saison à ce niveau jusqu’à Diego Milito en 2010. Son entente avec Andy Cole surprend le monde du football et terrorise les défenses adverses, les deux numéros 9 et 19 contribuant à 53 buts ensemble pour United, dont le fameux « but FIFA » au Camp Nou (link). Après un troisième titre de champion consécutif avec l’équipe composée à l’époque de Schmeichel, Stam, Neville, Blomqvist, Nicky Butt, Scholes, Roy Keane, Beckham, Giggs, Sheringham, Solksjaer et Cole, Dwight réalise qu’il a déjà suffisamment contribué à l’histoire de ManU, et décide de passer un peu plus de temps avec la fameuse Jordan… (il lui fait un enfant aveugle et autiste, puis refuse de le reconnaître jusqu’au test ADN prouvant qu’il est bien le père).

Dwight n’en avait pas tout à fait fini avec le football. Pour sa première saison avec Blackburn où il rejoint Cole, il ramène un semblant de gloire à Edwood Park en marquant 13 buts et qualifiant les Rovers pour l’Europe. Rappelez-vous de cette époque durant laquelle on se mettait à regarder les matchs des Blue and Whites, juste pour revoir certains instants magiques du duo Yorke-Cole.

Yorke ne quittera pas l’Angleterre avant de trahir une deuxième fois Villa en signant à Birmingham City en 2004, puis ira passer quelques belles années en Australie, où il pourra pleinement vivre sa passion pour le cricket.

Bien évidemment, Dwight Yorke est une légende dans son pays. Dès 2001, on y construit un grand stade à son nom. En 2006, il réalise le dernier exploit de sa carrière en qualifiant Trinité-et-Tobago pour la coupe du monde en Allemagne. Un exploit, c’est le cas de le dire. Le comble, c’est qu’il est élu homme du match d’un 0-0 contre la Suède. Assez ironique pour un type dont l’autobiographie s’intitule Born to score.

Jimmy Floyd Hasselbaink

 

Jimmy Floyd

Que ce soit avec les numéros 9, 18 ou 36, Jimmy Floyd Hasselbaink restera gravé dans nos mémoires comme un buteur redoutable à la dégaine unique. Quand un Hollandais noir appelé Jimmy Floyd se pointe en Premier League avec la gueule de Wesley Snipes et le jeu de Georges Weah, le monde du football s’incline.

Pied droit, pied gauche, puissance, vitesse, jeu de tête, conduite de balle. L’avant centre complet par excellence. Hasselbaink pouvait tout faire, et il le faisait avec un style magique.

Après trois saisons au Portugal, JFH débarque à Leeds en 1997. En deux saisons seulement, le Néerlandais s’impose comme l’un des meilleurs joueurs de l’histoire de Leeds, finissant meilleur buteur lors de sa seconde campagne. Mais Jimmy Floyd est un mec qui n’a pas le temps. Il refuse une prolongation juteuse et s’en va à Madrid, à l’Atlético. Toujours aussi performant, son séjour en Espagne se termine pourtant sur une note dramatique. Malgré ses 24 buts en Liga (32 toutes compétitions confondues), Jimmy Floyd manque un penalty lors du dernier quart d’heure de l’avant-dernière journée (match décisif contre le concurrent direct Oviedo), provoquant la descente al infierno en deuxième division des Colchoneros… Quelques semaines après, il est incapable d’apaiser la douleur terrible des Rojiblancos et ne peut empêcher la défaite de l’Atlético en Coupe du Roi contre le FC Valence de Cuper.

JFH rebondit à Londres, où Chelsea fait sa première folie en cassant le record du transfert le plus cher de l’histoire du club : 15 millions de livres. Parti meilleur buteur de Premier League un an plus tôt, JFH revient en patron et récupère son titre dès sa première saison Blue en 2000-2001 (23 buts). La paire qu’il forme avec Eidur Gudjohnsen est lethal. C’est le Chelsea de Ranieri, celui de l’époque des Le Saux, Babayaro, Desailly, Zenden, Melchiot, Petit, Zola, Gronkjaer, et déjà Lampard et Terry. Dans cette équipe qui a de la gueule, le old school Chelsea, Jimmy Floyd est le buteur, la star, le numéro 9. Pour les Blues, Hasselbaink devient une légende. A l’époque, le répondant de Henry à Arsenal, de Van Nistelrooy à Manchester et de Michael Owen à Liverpool a la gueule de Wesley Snipes et le passeport de Van Basten. Didier comment, déjà ?

Après l’arrivée des Mutu, Crespo et surtout de Roman, il quitte (gratuitement) les Blues pour Middlesbrough, passant d’un extrême à l’autre du football anglais… De South Kensington au Bloody North, JFH démontre qu’il sait s’adapter à n’importe quelle situation. Pour sa deuxième saison, il atteint même une finale historique en Coupe de l’UEFA (perdue 4-0 contre Séville…).

Né au Suriname, Jimmy Floyd joue pour les Pays-Bas. Comme Bergkamp, Kluivert, Van Nistelrooy ou encore Makaay à cette époque. Autant dire que Jimmy Floyd ne joue pas beaucoup. 23 matchs pour 9 buts, et une participation au Mondial 98, avec la génération dorée qui perd (tristement) en demi aux tirs aux buts contre le Brésil.

Merci aux parents de Jimmy Floyd d’avoir eu le génie de mêler ces deux prénoms, et à JFH lui-même pour avoir su être à la hauteur de son blase, dégageant tout autant de style que de puissance au cours d’une carrière que l’on refuse d’oublier.

Markus