Archives pour la catégorie Inter Milan

Helenio Herrera, et le football fut

Helenio Herrera, et le football fut

Le football des cinquante dernières années est marqué par les initiales « HH ». De Buenos Aires à Venise en passant par Casablanca et Paris, Helenio Herrera a révolutionné le rôle de l’entraîneur, la tactique, la psychologie des joueurs, le professionnalisme et même l’animation des tribunes. Son héritage reste pourtant mystérieux : décrié pour un football soi-disant destructeur, « Il Mago » a aussi été le guide du Barça le plus offensif de l’histoire. S’il ne finit pas numéro un, ce top 100 n’aurait jamais existé sans lui.

L’immense journaliste et écrivain italien Gianni Brera, notamment inventeur du terme « libero » et ex-rédacteur en chef de La Gazzetta dello Sport, l’avait décrit comme « un clown et un génie, vulgaire et ascétique, sultan et croyant, rustre et compétent, mégalomane et obsédé par la santé… Tout cela et même plus ». Helenio Herrera n’était pas un homme comme les autres. La preuve, il avait deux dates de naissance : 1910 et 1916. Né dans ces eaux-là au bord du Río de la Plata à Buenos Aires, Helenio quitte l’Argentine à quatre ans, direction Casablanca. Fils d’anarchistes espagnols réfugiés, Herrera débarque finalement à Paris à 16 piges, pour une carrière de défenseur d’un niveau tout à fait correct (convoqué deux fois avec les Bleus, il n’entrera jamais en jeu en match international). Entraîneur du Stade Français de 1946 à 1948, il quitte finalement la France pour l’Espagne

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Article écrit par Faute Tactique sur SOFOOT.com le 17/04/2013.

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C’était l’Empereur Adriano

C'était l'Empereur Adriano

Dimanche 17 février, Adriano Leite Ribeiro a fêté ses 31 ans. Loin de l’Europe, de la Seleçao, du football qui compte et de ce Mondial 2014 qui aurait pu être le sien. Adriano, c’était des dribbles et des frappes, des explosions de joie, des célébrations rageuses et un grand sourire. Mais aussi des pleurs, de la honte, de la tristesse, des rails de « gros sel », des bouteilles et des réveils qui sonnent encore. Retour sur le souvenir laissé par celui qui peut être considéré comme le meilleur footballeur brésilien né dans les années 1980. Un pied gauche qui valait 100 millions.

Le 14 août 2001, l’Inter est invitée à jouer le trophée Bernabéu contre le Real Madrid. Adriano a quitté Vila Cruzeiro et rejoint l’Inter pour un été, avant d’aller faire mûrir sa patte gauche à Florence et Parme. Plus tard, il deviendra « l’Imperatore di Milano ». Mais en cette soirée d’été madrilène, il entre à huit minutes de la fin. Petit pont à Karanka, crochet mortel devant Fernando Hierro. Et ce coup-franc terrifiant de 150km/h sous la barre de Casillas. Adriano repousse déjà certaines limites. Le correspondant du Corriere della Sera à Madrid écrira alors : « Peut-être était-ce une hallucination, mais hier soir, à la 39è minute de la seconde mi-temps, on a cru que Ronaldo jouait pour l’Inter (blessé depuis un an, ndlr). Ce n’était pas lui, mais un autre qui a montré en huit minutes, si c’est possible, qu’il peut être encore meilleur ». « Si possible ». A l’époque, Ronaldo est le plus grand phénomène du football mondial. Adriano arrive et fait croire au miracle : et s’il y avait encore plus fort ? Et si le Brésil pouvait avoir couvé un animal encore plus dominant?

L’arrivée au pouvoir

Entre 2003 et 2006, Adriano bouleverse le monde du football comme une véritable météorite. Les hiérarchies sont alors bien établies. Il y a la génération des Ronaldo, Henry et Shevchenko, et la montée en puissance de certains jeunes comme Zlatan et Eto’o. Quand Adriano se révèle, il tape dans le haut du panier. On le surnomme l’Empereur, et son sacre consiste à bouleverser l’ordre des choses, en Europe, mais aussi en Seleçao. Soudainement, le numéro 7 du maillot auriverde devient plus attrayant que le 9 de Ronaldo. Evidemment, la nouveauté est toujours intrigante, mais Adriano apporte quelque chose que l’on n’avait plus vu depuis le Ronaldo pré-1999 : la violence. Voir jouer Adriano, c’est être balancé au fond de son canapé sans pouvoir réagir. Un joueur d’une violence inouïe, capable de déboîter n’importe quel défenseur d’un seul coup d’épaule, et d’exploser les filets de sa frappe de balle exceptionnelle (ce but contre Atalanta…).

Adriano, c’était des courbes que l’on pensait avoir oubliées. La frappe de Rivaldo, avec encore plus de puissance. Et pas seulement. Une puissance physique hors-norme, que l’on pourrait qualifier de « puissance technique ». Adriano avait tout. De la même génération, on peut comparer avec Zlatan Ibrahimovic et Samuel Eto’o. Ibra n’a jamais de jeu de tête, Eto’o n’a jamais eu la puissance (ni le jeu de tête, d’ailleurs). Pas Adriano, qui n’avait aucune faiblesse. La frappe de balle de celui qui a appris à jouer pieds nus. Le jeu en déviation. La finesse brésilienne. Le sens du jeu d’un danseur qui connaît la musique. Et puis aussi le jeu de tête. Adriano enchaînait roulettes, coups d’épaule, coups-francs, buts sur corner, traversées du terrain et on se demandait tous où il s’arrêterait. Et puis cette force ! Encore aujourd’hui (à 2min50), c’en est presque comique…

Un pied gauche à 100 millions

Ne nous trompons pas, Adriano a eu le temps de concrétiser son potentiel. En 2004/2005, Adriano marque 10 buts en Ligue des Champions et fait dire à Abramovitch qu’il dépenserait bien 100 millions sur l’attaquant du futur. Le Brésilien porte le numéro 10, non pas celui du meneur de jeu, mais celui du meilleur joueur de son équipe. Lors de la Copa América 2004, l’Europe voit jouer un ovni. Un titan. Adriano finit meilleur buteur (7 buts) et marque en finale. Même en 2006/2007, Ibra allait se placer sur un côté et servait l’Empereur. Surtout, Adriano nous a laissé des images marquantes. Forcément, le premier réflexe est de penser à cet enchaînement roulette-petit pont à l’aveugle contre Valence. Ce but complètement dingue contre Pérouse : 360, feintes de corps, petit piqué. Cette frappe sur la transversale contre  Palerme, qui revient aux trente mètres. Et puis tous ces buts décisifs. Le doublé du Derby de décembre 2005 marquera certainement l’apogée de sa carrière. Enfin, il y avait ces célébrations qui feraient passer celles de Balotelli et Hulk pour de vulgaires remakes. D’ailleurs, le but de Cristiano contre Porto (trophée Puskas 2009) n’est qu’un remake de celui d’Adriano contre la Roma.

Adriano

Le numéro 9 qui manque à la Seleçao

Adriano a fêté ses 31 ans. L’âge de la maturité, l’heure d’affronter les derniers défis. Au même âge, Ibra et Eto’o sont capitaines de leur sélection. De 2003 à 2006, Adriano marque 22 fois en 29 matchs. En tout, cela fait 29 buts en 52 matchs pour la Seleçao. Pour comparer, Ronaldo aura planté 62 fois en 98 rencontres. Des ratios comparables : 0,56 contre 0,63 but par match. Mais ces défis, cela fait longtemps qu’Adriano les a abandonnés. Aujourd’hui, le Brésil est plein de promesses, mais manque cruellement de champions. Neymar, Oscar et Lucas sont tous les trois en train de confirmer leurs grandissimes capacités et de faire oublier Kaka et Robinho. Seulement, devant, cela fait longtemps que c’est le vide. Fred a joué en février contre l’Angleterre. Luis Fabiano était titulaire en Afrique du Sud. Une attaque Neymar-Oscar-Lucas derrière Adriano, cela aurait fait trembler la terre entière. Cela aurait pu valoir une Coupe du monde.

La mort du père

Mais non. A la fin de l’année 2004, son père meurt subitement de problèmes cardiaques, à 44 ans. Adriano tient le coup six mois, un an. Puis sombre. « Avec la mort de mon père je suis tombé dans une grave dépression que seul l’alcool arrivait à me guérir. Je n’étais heureux que quand je buvais. Et je n’arrêtais jamais de boire. Tous les jours, j’arrivais saoul à l’entraînement. Je sortais tous les soirs et je ne dormais jamais de peur de ne pas me présenter à l’heure. Sauf que j’arrivais dans un état pitoyable. On m’envoyait alors dormir à l’infirmerie et on disait aux journalistes que j’avais un problème musculaire. La situation était insoutenable jusqu’à ce que j’entre en conflit avec Roberto Mancini. » En 2007, Adriano part se refaire une santé au Brésil avec Sao Paulo. Puis revient sous les ordres de Mourinho. On joue la saison 2008-2009. Mourinho est perçu comme un dernier espoir. « Seul lui peut retrouver l’Adriano que l’on a connu », se dit-on.

Résultats : des assists, quelques buts (cinq), et une impression de croissance. Finalement, l’histoire se joue sur quelques centimètres. Ceux d’un poteau à Old Trafford. Ibra est alors titulaire pour le huitième de finale retour 2009 de la C1. Zlatan bute sur son pire ennemi, la phase finale de la LDC. Alors qu’il a une tête toute faite, le ballon rebondit sur la barre. José comprend : Adriano entre en jeu, avec ses kilos en trop, mais aussi son brin de folie. Tant pis si c’est Old Trafford. Tant pis s’il est en surpoids. Le ballon est lancé par Cambiasso. Adriano s’envole, reprend de volée. Poteau rentrant, qui ne rentrera en fait jamais assez (vidéo, à 1min22). L’aventure européenne se termine.

Adriano

« De quoi, ça ? C’est du gros sel »

Mourinho s’exprime sur son cas : « Il ne s’agit pas d’un manque de discipline ou d’une plaisanterie, c’est beaucoup plus sérieux. La seule chose que je peux faire, avec tristesse et sans énervement ni critiques, c’est de ne rien dire. Nous devrons attendre et voir comment tout cela se termine pour lui, mais pour le moment je suis bien plus inquiet pour l’homme que pour le joueur ». L’occasion de revenir au Flamengo, dans son club de toujours, est inespérée. Cette saison-là, Adriano montre que même en cure de désintoxication, il est capable de remporter le championnat du Brésil et finir meilleur buteur et meilleur joueur. Une façon de rappeler à tous ce que l’on a raté. Puis vient l’échec de la Roma, tandis qu’Adriano est en plein déboire avec la justice italienne. Devant des clichés compromettants sur lesquels on le voit affalé sur une table pleine de poudre blanche, Adriano marque son dernier but italien d’une frappe à la trajectoire imprévisible, cette fois-ci en plein tribunal : « De quoi, ça ? C’est du gros sel ».

Ironie du sort, Adriano est né le même jour que Michael Jordan, le compétiteur acharné, le malade de la victoire, le fou à lier de la réussite totale. Adriano aussi avait le talent pour tout écraser. Il en a progressivement perdu l’envie, puis le mental, le physique et la force d’insister. Evidemment, Adriano restera le plus gros gâchis des dernières années. Oui, l’Imperatore aurait pu tout gagner, créer son agence, gérer l’image de Neymar et grossir une fois sa carrière terminée, peinard, comme Ronaldo. Adriano restera plutôt le gamin de Vila Cruzeiro qui a rapidement montré à tous qu’il était capable d’écraser le football mondial, et qui s’est peut-être rendu compte que ni l’argent et ni les titres n’en valaient vraiment la peine.

Markus

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Les Leçons Tactiques de l’Inter de Stramaccioni

À cet âge-là, Mourinho était encore assistant à Barcelone et Sacchi terminait seulement son apprentissage avec la Primavera du modeste Cesena. Mais « Strama », lui, a sauté une classe, passant du statut de bon chef de chorale, avec la Primavera, à celui de chef d’orchestre. Il a vaincu la Juve invincible et fait passer Allegri pour un flûtiste. On attendait Naples pour son équilibre et la Roma pour ses idées, mais c’est finalement bien l’Inter qui s’est chargée de dépuceler le Juventus Stadium. Vigoureuse, impertinente et surtout bien menée.

Les Leçons Tactiques de l’Inter de Stramaccioni

Article écrit par Faute Tactique sur SOFOOT.com le 08/11/2012.

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L’Inter repart à zéro

Après une saison 2011 pleine de regrets et le départ inattendu de Leonardo, il y a eu l’échec Gasperini, les montagnes russes de Ranieri et l’espoir Stramaccioni. Une saison gentiment qualifiée de « saison de transition », c’est-à-dire une vilaine septième place synonyme d’Europa League. Difficile à encaisser pour une institution championne du monde dix-huit mois plus tôt. Et pourtant, l’Inter affronte cette nouvelle saison avec bien plus de certitudes que l’an passé. Ma perchè ?

L’Inter repart à zéro

Article écrit par Faute Tactique sur SOFOOT.com le 16/07/2012.

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Les oubliés du Calcio: Giuseppe Prisco


A l’heure où le football italien est à nouveau mis sur le banc des accusés pour paris truqués et stades délabrés, FT tient à rendre hommage à l’une des personnalités les plus charismatiques qu’a connu le football italien, celui qui aurait su défendre les couleurs du calcio mieux que personne, le grand Peppino Prisco.

10 ans après, toujours avec nous

« A Milano ci sono due grandi squadre: l’Inter e le riserve dell’Inter. »

« A Milan il y a deux grandes équipes: l’Inter et la réserve de l’Inter. »

Giuseppe, dit Peppino, Prisco (Milan, 10 Décembre 1921- Milan, 12 Décembre 2001)

Du côté nerazzurro de Milan, quand on parle de l’Avvocato, on ne fait pas référence au mythique surnom de Gianni Agnelli, propriétaire de la Fiat et Président de la Juventus de 1947 jusqu’en 2003. Non, non, bien au contraire, les tifosi intéristes associent le terme “l’Avocat” à Giuseppe Prisco, l’une des personnalités les plus charismatiques du football transalpin, malheureusement méconnu de l’autre côté des Alpes. Vice-président emblématique de l’Inter pendant presque quarante ans de 1963 jusqu’à sa mort, Peppino reste, à dix ans de sa disparition, l’un des personnages phares du Calcio du XXème siècle.


 Une vie dédiée à l’Interismo.

Peppino Prisco naît dans la Milano de l’entre-guerre. Durant ces deux décennies, Milan est la capitale du sport italien. Au début du siècle, la Gazzetta dello Sport s’installe via Solferino, pas loin du quartier de la mode et du divertissement de la ville Lombarde. Elle soutient la création du Giro d’Italia, rend populaires les paris sur les courses de chevaux mais contribue surtout à rendre le football le sport le plus suivi par les italiens.  En 1899, le Milan Football and Cricket Club est fondé près du siège de la Gazzetta. Neuf ans plus tard, l’Internazionale est créée par des rebelles du Milan voulant intégrer des joueurs non-italiens à l’effectif. Ces deux équipes permettent à la ville de rivaliser avec Turin pour la domination footballistique du pays.

A neuf ans, comme tous les gamins de son âge, Peppino doit donc choisir entre la foi nerazzurra et celle rossonera. Le choix est facile, l’Inter sera sa vie. Les couleurs sont “plus belles” mais surtout, les noirs et bleus gagnent plus que leurs cousins. Champions en 1930, 1938 et 1940 ils sont les patrons de la ville. Ils peuvent compter sur le meilleur buteur de leur histoire, Giuseppe Meazza, qui en plus ajoute une dimension glamour aux nerazzurri dont les milanistes ne peuvent se vanter. Prisco révèlera dans son autobiographie que son amour inconditionnel pour Meazza (qu’il qualifie comme « un Seigneur parmi des animaux ») l’avait définitivement convaincu à supporter l’Inter. Et c’est un amour qu’il revendique fièrement jusqu’à la fin : quelques jours avant sa mort, il annonce à la télé italienne avoir remplacé la photo de ses parents sur sa table de chevet par celles de Meazza et Ronaldo, ses deux idoles incontestables.

Alors que Prisco commence à cultiver sa passion pour les couleurs nerazzure, la deuxième guerre mondiale éclate. La Serie A est donc interrompue et Peppino part avec les Alpini affronter la Campagne de Russie. Seul parmi  les trois officiers de son régiment à survivre au froid russe, il rentre chez lui en 1943 et en profite pour obtenir un diplôme en droit en 1944. Prisco s’inscrit à l’ordre des avocats, se marie et a deux enfants. Mais il lui manque encore un aspect fondamental pour se sentir satisfait de sa vie. Il faut qu’il se rapproche de l’Inter. Devenir dirigeant de son club, de l’équipe qu’il suit tous les weekends au Meazza et en déplacement autour de l’Italie. Finalement, en 1949 il devient secrétaire personnel de Carlo Rinaldo Masseroni, Président Intériste de l’époque. En 1963, il est nommé par Angelo Moratti vice-président du club, fonction qu’il ne quittera plus jusqu’à sa mort. And the rest is history.

 

Son ironie

Né à Milan d’une famille originaire de Torre Annunziata dans la province de Naples, son caractère unissait parfaitement le sérieux milanais et l’ironie napolitaine. Avec son dévouement au club, il a su gagner la confiance des cinq Présidents intéristes qu’il a côtoyés tout comme le respect et l’admiration des supporters. Surtout, dans un football italien caractérisé par les polémiques, les tensions et les scandales, il  apportait une légèreté qui faisait souffler tout le monde dans le milieu, faisant l’unanimité auprès de tous  les supporters de la Botte, même ceux ciblés par les taquineries de l’Avvocato.

Légendaires en effet sont ses phrases sur les cousins milanistes, notamment lors de l’épopée de Sacchi et Capello. Intelligemment, Peppino utilisait le seul moyen pour défendre son club des nombreux triomphes milanistes en Italie et en Europe: l’ironie. “Si le Scudetto ne peut être conquis par l’Inter, je supporterais sans aucun doute l’autre équipe de Milan: la Scarioni, dans laquelle j’ai moi-même joué” ou encore “Je suis contre toute forme de racisme, mais je ne permettrais jamais que ma fille épouse un joueur du Milan”. En 1982, alors qu’il vient d’être opéré d’une tumeur, il répond à un journaliste qui lui demande comment se passe sa réhabilitation, “Je vous avoue Monsieur, que regarder Milan-Cavese 1-2 à la télévision, avec nos chers cousins en Série B est quelque chose qui fait beaucoup de bien aux malades.”

Son autre victime préférée est bien sûr la Juventus, avec son arrogance, son stade toujours vide et ses victoires douteuses. Même s’il concède que la Juve, par rapport à l’AC, est presque une équipe aimable, il n’épargne pas son humour aux bianconeri. En effet, pour Peppino, la Vieille Dame est “comme une maladie qu’on a dès sa plus jeune enfance. Après des années, on s’y résigne”. Souvent, il arrive même à se moquer des couleurs bianconere et rossonere avec une seule intervention: “Quand je serre la main à un milaniste, je me la lave. Quand je la serre à un juventin, je me compte les doigts”. Une ironie poignante, de temps à autres très dure, mais qui n’a jamais choqué. Au contraire, Prisco initiait des débats hilarants avec des comiques milanistes et juventins tels Teo Teocoli ou Giampiero Mughini. Parce que comme pour FT, selon Peppino, le football est bien plus qu’une simple question de vie ou de mort, mais il faut l’affronter avec ironie et sarcasme. Le seul moyen pour éviter de rabaisser l’adversaire est de l’attaquer, de le chambrer et d’éviter le politiquement correct. Et l’Avvocato a toujours été loyal à cette philosophie.

Au revoir Peppino

Comme un symbole, Prisco devient Vice-Président en 1963 alors que la Grande Inter d’Herrera s’apprête à conquérir le monde et meurt soudainement d’un infarctus en Décembre 2001, avec son Inter première en Serie A. Une façon parfaite de fermer le cercle: d’un Moratti à l’autre, avec Angelo qui le nomme Vice-Président et Massimo qui pleure sa disparition. Le monde du football italien est ému par son décès, et la Fédé ordonne une minute de silence sur tous les terrains de la Botte. Du jamais vu pour un personnage si inextricablement lié aux couleurs d’une seule et même équipe. Dix ans plus tard, avant Inter-Fiorentina, les ultras de la Curva Nord déploient un immense tifo qui rend honneur à sa mémoire. Les caméras cueillent aussi une larme qui coule sur la joue de Moratti. Les joueurs intéristes l’ont bien compris, le meilleur moyen pour célébrer les 10 ans de sa disparition était de gagner le derby du 15 Janvier de la manière préférée par l’Avvocato. C’est-à-dire en souffrant tout le match, en marquant sur une erreur adverse (“grazie Abate”) et en laissant les Milanistes se convaincre qu’ils méritaient la victoire. Parce que pour Peppino, il n’y a rien de plus jouissif que de gagner un derby sans le mériter.

« La sua morte è un grande dispiacere perché, pur essendo un grande avversario, era difficile considerarlo tale. Nei nostri confronti era sempre molto spiritoso, ma era difficile arrabbiarsi per quello che diceva. Devo ammettere che vincere contro l’Inter non sarà più la stessa cosa« 

“Sa mort me remplit d’une grande tristesse parce qu’en dépit d’être un grand adversaire, il était diffile de le considérer comme tel. Lors de nos affrontements il était toujours très blagueur, mais il était impossible de se mettre en colère contre ce qu’il disait. Je dois admettre que désormais gagner contre l’Inter n’aura plus le même goût”

Paolo Maldini, en l’honneur à Prisco.

Ruggero