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FT&Co : La triste victoire de l’arbitrage vidéo ?

Luis Garcia contre Chelsea

La défaite 4-0 du FC Barcelone face au Bayern de Munich en demi-finale aller de C1 a fait ressortir l’éternel débat. Faut-il ou ne faut-il pas offrir aux arbitres l’assistance vidéo pour les aider dans leurs prises de décision ? Depuis plus de dix ans, cette question a été posée à tous les experts de France et de Navarre et les réponses sont toujours les mêmes.

L’arbitrage vidéo : une évidence ?

D’un côté, les pro-vidéo affirment que les règles sont faites pour être respectées. Que l’équité doit être de rigueur afin que le mérite sportif triomphe. Que l’assistance vidéo serait une preuve de considération à l’égard d’arbitres vilipendés pour leurs erreurs par des supporters et des journalistes intransigeants. De l’autre, les anti-vidéo avancent des arguments statistiques. Ils reconnaissent des injustices mais affirment qu’elles s’équilibrent sur l’ensemble d’une saison, et que l’arbitrage reste donc équitable. Ils sont en outre convaincus que l’arbitrage vidéo couterait bien trop cher à installer dans tous les stades.

A chaque débat télévisé, tout le monde est généralement d’accord pour dire que « l’arbitrage pose problème ». Pire. A chaque fois, le débat commence à peine que sa conclusion semble entendue : les défenseurs de l’arbitrage traditionnel mèneraient un combat d’arrière-garde et seraient juste de vieux réactionnaires. Aussi, l’excuse de Platini sur le coût de son installation serait une vaste blague. Attaque standard contre l’UEFA, dernier bastion des anti-vidéo, et son président réac’. Et d’ailleurs, c’est terrible, mais les pro-vidéo ont tout à fait raison. Les arguments anti-vidéo sont faiblards, pour ne pas dire farfelus. « L’argument statistique » n’a en effet aucun sens. Défendre l’équité d’une saison de football au détriment de l’équité d’un match est complètement stupide. De même que personne ne peut croire au fait que le football, sport le plus populaire au monde, et donc brassant des milliards d’euros tous les ans, n’a pas les moyens de se payer quelques caméras alors que le Top 14 de rugby se l’autorise…

Vidéo

Les anti-vidéo sont les fossoyeurs de l’arbitrage traditionnel

Le véritable problème des anti-vidéo est qu’ils ne disent pas vraiment ce qu’ils ont sur le coeur. Platini se fiche des statistiques, comme il se fiche royalement du coût supposément « exorbitant » de l’arbitrage. Pour défendre sa paroisse, il possède dans sa manche une carte bien plus puissante et dévastatrice sur le plan intellectuel. Le problème est qu’il n’ose pas la dévoiler en raison de sa nature politiquement incorrecte. Réélection oblige.

En effet, ce que les anti-vidéo ne disent pas lorsqu’ils prennent la défense de l’arbitrage traditionnel, c’est qu’ils aiment l’injustice dans le football…  Ils aiment crier de joie lorsqu’un but de leur équipe a été accordé alors qu’il y avait hors-jeu. Ils aiment se congratuler lorsqu’un de leur joueur se sert de l’adversaire comme d’un ascenseur pour aller claquer une tête dans le petit filet. Ils aiment hurler contre l’adversaire qui s’est laissé tomber dans la surface et a obtenu un pénalty. Ils aiment voir Suarez mordre Ivanovic, ne pas se faire expulser, et marquer le but égalisateur dans les arrêts de jeu. Ils aiment la fourberie du bon défenseur qui, sur coup de pied arrêté, agrippe discrètement le slip de l’avant-centre  adverse. Ils aiment faire preuve de mauvaise foi sur un high-kick à la Nigel De Jong qui méritait objectivement un rouge. Et surtout, ils aiment pouvoir aller au bistrot entre potes les lendemains de match litigieux et s’étriper tout en s’enfilant des bières.

En somme, les anti-vidéo aiment le vice. Car le vice est l’une des deux jambes du football, l’autre étant la vertu. La force mythique de ce sport repose sur cette ambivalence. Toute sa dramaturgie en dépend. De même que la grandeur a besoin de la bassesse pour prendre sa pleine mesure, de même que le bien a besoin du mal pour se définir, la vertu a besoin du vice comme maître étalon.

Angleterre-Allemagne 2010

Les jeux du cirque

L’intuition des anti-vidéo est simple. Elle s’appuie sur plus de cent ans d’Histoire. La dire, c’est presque dire une évidence : si les arbitres avaient disposé de la vidéo dès le début du 20ème siècle, la légende du football serait aujourd’hui bien plus faible qu’elle ne l’est. Oubliez la main de Dieu de Maradona. Terminé le retour de bâton karmique lorsque, quatre ans plus tard, Voller obtient un pénalty imaginaire en finale du mondial 90, laissant le génial argentin en pleurs dans le rond central. Fini l’éternel scandale autour de l’attentat de Schumacher sur Battiston. Effacé le but imaginaire de Geoff Hurst en finale de la coupe du monde 1966. Enterrée la main scandaleuse de Vata qui priva Marseille d’une finale de C1 en 1990.

Les puritains rétorqueront probablement que sans ces erreurs d’arbitrage, le meilleur aurait gagné. Que le « sport » en serait ressorti grandi et que l’innocence de nos enfants aurait été préservée. Mais les anti-vidéo ne se laissent pas attendrir par ce genre de discours politiquement correct. Ils savent que l’héroïsme naît de grandes injustices. Ils savent que c’est dans l’adversité que les masques tombent et que le vrai visage d’une équipe se dévoile.

Dios

Prenons Chelsea pour exemple. Dès son arrivée à la tête du club, Abramovitch fait de la Ligue des Champions son objectif numéro un. Des sommes colossales sont immédiatement dépensées par le fantasque homme d’affaires pour offrir aux londoniens une dream team. Partant de là, l’équipe se construit une légitimité nationale, sans jamais réussir à gravir le dernier échelon européen. Abramovitch ne relâche pourtant pas son effort mais rien n’y fait. Les millions ne suffisent pas. C’est alors que les Blues sont victime d’une injustice majeure. En demi-finale de la C1 2009, les compagnons de Lampard se font littéralement voler la qualification pour la finale suite à deux pénaltys non sifflés par l’arbitre. À la fin du match, Iniesta plante un but d’extra-terrestre et élimine les londoniens. Drogba perd alors les pédales et se met à hurler face caméra : « It’s a disgrace ! It’s a disgrace ! It’s a fucking disgrace ! ». Suite à cette défaite cuisante, Chelsea, qui était une équipe suffisante, devient une équipe assiégée. La vengeance est un plat qui se mange froid et le groupe va prendre son temps pour la préparer. Il faut attendre 2012 pour que les Blues arrachent la C1 à la surprise générale. Les bookmakers ne pariaient pourtant pas un centime sur le dernier tour de piste des vieux briscards de Londres. Cette victoire, c’est l’histoire d’une épopée. C’est l’histoire d’une immense bataille menée par des guerriers prêts à crever sur le terrain pour l’emporter. C’est l’inverse du football total proposé par les Barcelonais et les Munichois. C’est les besogneux contre les artistes. De la grinta pure et dure déployée par onze hommes qui savent que seule une défense héroïque peut les faire triompher.

Chelsea aurait-il gagné la ligue des champions si l’arbitre avait sifflé les fameux pénaltys en 2009 ? Peut-être. Mais leur victoire aurait-elle été si glorieuse ? Certainement pas.

Drogba

La passion contre la politique

Si l’on aime le foot par-dessus tout, c’est parce qu’il s’agit de loin du sport le plus passionnant. Par passion, il faut comprendre « une émotion très forte qui va à l’encontre de la raison« . Celle des supporters de football a de multiples visages. C’est tout à la fois le plaisir de se perdre dans le collectif, le bonheur de laisser ses tracas personnels de côté le temps d’un match, la jouissance énorme d’aller au stade et de chanter avec tous les supporters. C’est l’émotion de pouvoir rire et pleurer dans la même minute.

Or, la passion est un sentiment profondément humain. Car se laisser envahir par elle, c’est s’exposer, perdre le contrôle, se donner à l’autre, accepter d’être vulnérable et puissant en même temps. L’assistance vidéo ne rend pas service aux arbitres, comme le prétendent les pro-vidéo. En leur offrant l’infaillibilité, elle les prive d’être des gens comme nous, supporters, à savoir des personnes capables de prendre une décision brillante à un moment donné, avant de se planter lamentablement dix secondes plus tard. Ce que prônent les apôtres de la vidéo, c’est le devenir-machine des arbitres. Les machines ne se trompent pas. Elles sont programmées pour fonctionner selon un processus précis. Les arbitres, eux, se trompent. Et c’est tant mieux. Instaurer l’arbitrage vidéo équivaut à retirer de l’humain au football, et lui retirer de l’humain revient à lui soustraire de la passion. C’est mathématique.

Malheureusement pour les anti-vidéo, l’Histoire est en marche. Bientôt le débat sera clos L’arbitrage vidéo sera devenu la norme. Les injustices auront disparu, et avec elles les héros capables de les surmonter. On se souviendra d’un temps que les moins de vingt ans ne pourront pas connaître. D’un temps où le football était le plus beau des miroirs sociologiques. Malgré cela, nous continuerons certainement à vivre notre passion pour le ballon rond, mais avec un peu moins d’intensité, moins d’émotion et moins d’amour. Car il sera un peu moins football.

Par Arthur Goisset

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FT&Co : Le mur, âme dénaturée du football

Le mur marseillais...

Un coup franc axial aux abords des 30 mètres est un moment particulier pour les deux équipes. Celle qui attaque a la possibilité de marquer sur un coup de pied arrêté, celle qui défend a le droit de mettre en place un stratagème pour rendre plus difficile cette frappe. Cependant, si la phase d’attaque est une affaire individuelle (un joueur, suppléé d’un ou deux coéquipiers), la phase défensive requiert une coordination relevant de la stratégie militaire afin de parachever une œuvre digne du quinconce romain : le mur. Il était temps d’écouter ce qu’ils ont à dire sur le jeu. 

Le mur du coup-franc est un mouvement défensif primordial pour gêner l’adversaire lors d’une franche occasion de but. Pourtant, il est rarement mis en avant et peu travaillé à l’entraînement. L’une des raisons de ce peu d’intérêt porté à la construction du mur est justement son caractère d’autant plus défensif que, contrairement au corner, il est une opération arrêtée : aucun mouvement, aucun génie, du bétonnage pur et simple. Autre raison, le côté masochiste que le défenseur éprouve lorsqu’il se positionne pour sauver son club. Vous vous imaginez travailler cette position à l’entrainement ne serait-ce qu’une demi-heure à risquer vos neurones, voir plus (on se souvient de cette vidéo de Djibril Cissé) ? Alors autant mettre des faux joueurs en plastique et s’amuser à tirer. Oui, sauf qu’en match, c’est vous qui vous y collez, et un mauvais positionnement peut coûter cher, même à 40 mètres comme ce coup-franc de Zlatan contre l’OM nous le montre (si Valbuena ne bouge pas, il sauve son équipe tout en devenant le premier nain à aller sur la Lune).

En fait, toute la difficulté de construire un mur défensif révèle l’essence même du football : un sport d’équipe qui sublime l’individu, et non l’inverse. Contrairement au rugby, où la mêlée est un acte crucial pour défendre ou attaquer (qui parle de la possibilité de contre que permettrait un mur bien placé ?) et où l’on chante chaque minute les qualités des « joueurs de l’ombre » qui la compose, le football ne met pas en lumière ces gestes ou ces joueurs qui sauvent leur équipe tous les trois jours. Au football, les commentateurs médiatisés ne font jamais les louanges d’une équipe qui fait corps, comme Chelsea 2012, et préfère dénigrer ces mécréants qui « garent le bus » devant leur but. Alors pour ce qui est de prendre en considération un mur de coup-franc, mis à part pour le dénigrer lorsque Benoît Cheyrou marque, il ne faut pas rêver. Vous pouvez placer vos paris sportifs en allant sur https://www.bwin.fr/sportsbook.aspx . Ils ont la meilleure cote sur toutes les meilleures équipes et les joueurs, donc vous avez de bonnes chances de gagner. 

 

Un vrai mur allemand

Si l’on reste sur la comparaison avec la mêlée, on comprend rapidement qu’il est impossible pour 5 joueurs de balle au pied de former un seul corps, là où il est simple pour 8 gars du Sud-ouest de former une tortue à seize pieds qui marche comme un seul homme. Les joueurs de mêlée sont liés de tout leur corps, marchent ensemble sur l’adversaire. Les joueurs du mur, eux, ne sont en contact que par leur épaule, et ont davantage l’envie de se barrer que d’affronter le cuir (et non le joueur adverse). Le mur est donc plus un acte de courage individuel que de cohésion collective, alors qu’il demande le contraire. Ce qui, somme toute, est on ne peut plus naturel pour un sport où la liberté est tellement grande que ce genre de mouvement est un supplice.

Or le caractère décisif du coup-franc tiré rend primordial la bonne construction de son mur. S’il est mal placé, il peut y avoir but. Et un but fait souvent la différence, contrairement au hand ou au basket. C’est donc un geste défensif capital, et mieux vaut en suivre les règles élémentaires : se retourner pour l’un des joueurs (généralement celui situé à l’extrémité orthogonale au poteau) ; écouter et suivre attentivement les consignes de son gardien car seul lui à la visibilité et – espérons-le – la vision nécessaire pour placer ses joueurs) ; se servir de ses deux mains pour se protéger les parties sensibles ; ne surtout pas sauter ; et enfin prier pour que le tireur ne soit pas un génie.

Par Meta W.

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FT&Co : Toulouse, chronique d’une génération manquée

TFC

Talent, potentiel, infrastructures, passion, envie, jeunesse… Un cocktail de paramètres qui, tous conjugués à la hausse, tendent à mener un club vers les sommets du football national et européen. Le Toulouse FC ne manque de rien, sauf, paradoxalement, de titres. Le palmarès est rachitique depuis la création du club en 1970 et une nouvelle saison vierge de tout trophée se termine… Un club peut-il être destiné au vide du milieu de tableau ? 

Génération dorée, et…?

Etienne Capoue, Moussa Sissoko, Cheikh M’bengué, Franck Tabanou, Wissam Ben Yedder, Ali Ahamada… autant de talents formés et façonnés au sein du centre de formation du TFC, et ayant démarré l’exercice 2012-2013 avec l’envie d’offrir au public toulousain une saison digne des espoirs placés en eux. Les fidèles du Stadium n’ont pas eu grand-chose à se mettre sous la dent depuis 2003 et la remontée de leur club de cœur dans l’élite du football français. Certes, ils ont eu la chance de voir leurs protégés accrocher les cadors de la Ligue 1, comme Lyon en Novembre dernier (3-0) ou Marseille en 2007, toujours sur le score de 3 buts à zéro. Certes, le supporter toulousain a vécu une troisième place et une qualification surprise pour la Champions League décrochée au terme d’une saison 2007-2008 exceptionnelle. Il a même eu l’honneur d’accueillir le grand Liverpool de Gerrard et consorts sur sa pelouse, le temps d’une trop courte aventure européenne.

Cependant, le supporter toulousain est comme tout bon fan de football qui se respecte. Il aime le goût de la victoire, le son d’une finale, l’odeur  d’un trophée. Et ce n’est pas peu dire que ses sens ne s’activent qu’à de trop rares occasions. Pourtant, cette saison encore plus que les précédentes, le TéFéCé avait l’occasion de ravir ses fidèles grâce à une génération dorée arrivée, pense-t-on, à maturité. La majorité des joueurs cités plus haut, en plus d’être locaux, font partie des joueurs clés d’un effectif jeune, ambitieux, encadré par l’expérience et la constance d’Etienne Didot ou du capitaine Jonathan Zebina. Un savant mélange qui se devait d’aboutir sur une saison pleine, riche en émotions et en succès. Sauf que…

TFC

Le yo-yo, pour toujours ? 

Sauf que le Toulouse FC a la fâcheuse habitude de jouer au yo-yo. Comprenez par là que les Violets  sont capables de tutoyer les sommets du championnat pour, une série de défaite plus tard, se retrouver englué au milieu du tableau. Deux saisons auparavant, les hommes d’Alain Casanova évoluent aux alentours de la 14ème place avant de finir en trombe et de remonter significativement au classement. Lors de l’exercice précédent, inversion des courbes, Toulouse lutte avec les meilleurs pour les places européennes mais, au printemps, enchaîne les contre-performances et dégringole. Résultat : Deux années consécutives terminées à la 8ème place de Ligue 1. Le yo-yo a la fâcheuse habitude de revenir toujours à la même position, au milieu, dans le vide, entre les vertiges des titres et les souffrances des relégations… L’exercice actuel, plein de promesses suite à un début de saison canon, ressemble étrangement à ses prédécesseurs. Sur le podium après dix journées, le TFC se retrouve aujourd’hui englué à une modeste 12ème place, loin des ambitions européennes fixées en début de saison par Olivier Sadran.

Sur le pré, le Toulouse FC possède des arguments non-négligeables dans un championnat de France homogène. Les pépites du centre de formation toulousain se sont d’ailleurs vite montrées à leur avantage en début de saison, comme Wissam Ben Yedder. Malheureusement, à l’image de l’ensemble de ses coéquipiers, le buteur et ancien international de Futsal s’est éteint à peine l’hiver entamé. Eliminé des deux coupes nationales par Lille et le PSG, habitués de ce genre d’épreuves, le TFC ne possède plus aucun espoir d’agrandir un palmarès qui commence à sentir la poussière. Pas vraiment un problème de talents. Alain Casanova, toujours protecteur envers ses joueurs, parle d’une équipe « très jeune » dans les colonnes de l’Equipe le 15 février dernier, et avance la thèse d’un groupe inexpérimenté incapable de supporter la pression. Que penser, alors, lorsque l’on se rend compte que la majorité de ses joueurs font partie de leurs sélections nationales, au moins au sein des équipes de jeunes, et même que trois d’entre eux (Zebina, Capoue, Sissoko) ont connu l’Equipe de France A ? Ont-ils justement la tête ailleurs qu’à Toulouse ?

Non au surendettement, non à la victoire ?

Un manque de progression, un manque d’ambition ? Lorsque M. Sadran déclare cet hiver que « Ce qui est arrivé de mieux au foot français depuis longtemps, c’est l’arrivée des Qatariens, dans l’audiovisuel et au PSG », l’amoureux du Tef’ qu’il est pose certainement le doigt sur un point sensible et délicat. De tradition économe et gestionnaire, le club de la Ville Rose n’a jamais cédé au faste que son statut de quatrième agglomération de France aurait pu lui conférer. A tel point que, pourtant renflouées par les ventes onéreuses de Gignac à l’OM ou de Congré à Montpellier, les caisses du club ne se sont pas ouvertes à n’importe quels joueurs. D’après, le rapport sur les comptes des clubs pros de la DNCG (2011-2012), le TFC est le quinzième club le plus endetté de France (déficit sporadique de 800K€), sans même compter les transferts de Rivière et Sissoko. Olivier Sadran a préféré améliorer les infrastructures destinées à la formation des jeunes, nouer des partenariats de toutes sortes, renforçant du même coup l’image de « club sympathique » que s’est forgée le TFC ces dernières années…

TFC

La raison, pour quoi faire ?

Certains loueront l’abnégation du président, qui est parvenu à maintenir un niveau constant de performances sans succomber au charme de l’endettement et de la dépense démesurée. D’autres auront l’amère impression que, pour remporter des trophées et progresser de façon significative, ces solutions qui ressemblent à des fléaux se révèlent en fait être nécessaires. Mais un club ne peut rester éternellement dans le vide du milieu de tableau. Un endroit où les saisons se terminent avant le printemps, où les supporters finissent par ignorer le goût de la joie et des pleurs, où l’ambition des joueurs consiste systématiquement à venir pour mieux repartir. Toulouse serait un « tremplin ». Un tremplin sympathique, mais un tremplin quand même.

Loin de percer le mystère toulousain, les faits nous rappellent que le dernier titre remporté par une section des Violets n’est autre que la Coupe Gambardella en 2005, et que les derniers espoirs du club de glaner un trophée cette année reposent encore une fois sur les jeunes, toujours engagés dans cette même Coupe Gambardella.

Comme si le Toulouse FC semblait ne pas pouvoir grandir. Qu’il est dur de vivre au milieu…

Ghislain

Vous pouvez suivre l’auteur sur Twitter : @ghislaincorrea

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(FT&Co) Le phénomène José Callejón

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José Callejón

Durant cette première moitié de saison, José Maria Callejón a disputé vingt-trois rencontres, dont dix en tant que titulaire, pour un total de 1091 minutes. Un temps de jeu qui fait de lui le douzième joueur du Real Madrid, alors que tout le monde le pensait condamné aux tribunes. En fait, personne n’a voulu considérer Callejón comme autre chose qu’une caution morale du Special One et du Real Madrid : son retour au club n’aurait été rien de plus qu’une opération de communication visant à séduire les socios désireux de voir jouer plus de joueurs madrilènes. Si bien que lorsque Callejón fait de bons matchs, plutôt que de louer ses qualités de footballeur, la presse madrilène choisit de nous faire croire à la résurrection du vieux concept marketing « Zidane y las Pavones » sous le nom de « Cristianos y Callejones ». Callejón est-t-il seulement un symbole ? Pourquoi est-il si important dans l’effectif madrilène ? Peut-il aspirer à plus ?

Franchise player de l’Espanyol Barcelone

Lorsque Callejón revient à Madrid, il est bien plus qu’un simple jeune qu’on rapatrie après un prêt. Il a 25 ans et sort de trois saisons avec l’Espanyol. En Catalogne, il découvre la Liga et laisse les observateurs découvrir son style, se distinguant en envoyant un missile dans les filets de Pinto lors du derby catalan et en provoquant l’expulsion de Casillas grâce à un appel assassin face au Real. Lors de sa dernière saison à l’Espanyol, il est d’ailleurs le joueur subissant le plus de fautes en Liga, devant CR7 et Messi. Callejón devient la star des Pericos et peut aspirer à une place de titulaire dans n’importe quel club de la deuxième Liga. Il se fait même approcher par le Barca de Pep. Finalement, il choisit de retourner au Real Madrid. Le choix du cœur, certes, mais aussi le défi le plus difficile.

Callejon avec l'Espanyol

Professionnel, polyvalent, performant…

« Je rejoins le meilleur club du monde ». Pas un mot sur un retour à la maison. José sait très bien que pour s’installer dans la durée dans un Bernabeu qui a vu partir Raul et Guti, seuls les résultats comptent. Cette préparation mentale, qui a fait défaut à des joueurs comme Pedro León ou encore Coentrao, est la clef de son intégration rapide à l’effectif. Callejón ne joue pas pour être le meilleur mais pour être compétitif : il accepte le banc, joue simple lorsqu’il est sur le terrain, et se donne toujours à fond. Un joueur très polyvalent que le Mou peut utiliser à tous les postes selon la situation. On a ainsi vu Callejón entrer en tant que milieu droit dans les dernières minutes du match contre l’Espanyol la saison dernière. Contre Séville, il est titulaire pour la première fois en Liga avec le Real et joue la première mi-temps sur le côté gauche de l’attaque avant d’être sacrifié pour l’équilibre de l’équipe après l’expulsion de Pepe…

À Majorque, il revêt le rôle de sauveur en inscrivant le but de la victoire dans les dernières minutes d’un match fou où Mourinho empile les joueurs offensifs pour remonter au score. Plus récemment, il a même joué latéral pour pallier l’hémorragie défensive madrilène. Callejón n’est pas un joueur de onze de gala, mais il le sait. Joueur d’équipe exemplaire, il connaît bien son rôle et ses limites. En somme : un bon joueur qui évolue parmi les meilleurs et apporte un véritable plus au collectif grâce à sa discipline et son engagement. Un professionnel authentique. De ce point de vue, Callejón ressemble beaucoup à Álvaro Arbeloa, avec qui il partage le fait d’être un canterano qui a dû briller loin de la casa blanca pour y revenir en tant que joueur accompli. Et quel joueur…

…et buteur

L’essence du football. Un joueur qui peut jouer partout, et qui marque beaucoup. Les buteurs ne manquent pourtant pas à Madrid : la technique de Benzema, l’instinct de tueur d’Higuain, la patte gauche de Di Maria, l’inspiration d’Özil, une éventuelle résurrection de Kaka, et surtout Cristiano Ronaldo qui sait tout faire. À côté de tous ces internationaux, Callejón apparaît désarmé. Et il l’est. Dribbles, frappes lobées, reprises acrobatiques ? Callejon ne possède aucune de ces armes, ou plutôt n’en maitrise aucune suffisamment bien pour tenir la comparaison avec ses coéquipiers. Ainsi, il se repose exclusivement sur une arme qu’il domine à la perfection : les appels dans le dos de la défense. Une technique d’appel extraordinaire qui fait qu’il a déjà éliminé la défense avant de toucher le ballon, lui assure d’avoir suffisamment de temps pour contrôler, et l’autorise à profiter d’une erreur de placement du gardien à bout portant. Le numéro 21 du Real a beau n’avoir qu’une seule corde à son arc, sa précision est étonnante : l’an dernier à la même période de la saison, Callejón possédait le meilleur ratio « buts par minute » d’Europe avec un but toutes les 75 minutes. Un espagnol choisi pour faire le nombre, vraiment ?

Ses nombreux détracteurs (à croire qu’un attaquant qui marque sans dribbler peut déranger) expliquent ses bonnes statistiques par le fait qu’il entre en jeu alors que la défense adverse est épuisée, dispute des rencontres contre des adversaires faiblards, et profite des caviars de ses coéquipiers… Mais Callejón en est à 11 buts en 21 matchs titulaires à Madrid, soit un but toutes les deux titularisations. Pour ce qui est de bénéficier des talents de passeurs de ses partenaires, il faut préciser que les passes décisives que reçoit le 21 du Real sont très souvent de longues transversales suivant une course à la limite du hors-jeu. Des buts sur lesquels l’appel est au moins aussi important que la passe. Un jeu simple avec le ballon aux pieds, une discrétion maximale, et un appel croisé à la limite du hors-jeu. Mortel. Chirurgical. Son sang-froid et sa précision font le reste.

Callejon

Supersub, de Madrid à Rio ?

Si le football était analysé au travers des statistiques comme les sports américains, nul doute que Callejón aurait une place de choix au moment de décerner le prix du « meilleur douzième homme ». Canterano, madrilène et madridiste, Callejón sait ce que représente ce club et le fait sentir aussi bien dans ses actes que dans ses déclarations. Son attitude et ses buts ont fait de lui un chouchou du Bernabeu en un temps-record. Ses célébrations valent d’ailleurs le détour. Celle où il met en avant l’écusson du Real est devenue sa marque de fabrique. Le but que le Mou célèbre en lui sautant sur le dos a fait le tour du monde. Et la célébration de la Liga où Callejón grimpe sur le dos de son coach est formidable.

Mais la plus belle de toute reste certainement la célébration de l’expulsion d’Adriano durant le retour de la Supercoupe à Madrid : alors sur le banc, Callejón se lève et s’avance les bras en croix. La même croix que celle du Cristo Redentor de Rio, qui accueillera le Mondial en 2014. Voir José porter le maillot de la Roja semblait inimaginable il y a moins d’un an, mais les malheurs de Villa et Torres conjugués à sa régularité et son profil rendent l’hypothèse envisageable. Comment dire non à un joueur à l’esprit d’équipe irréprochable, à la polyvalence sans limite et qui, en plus, marque des buts ?

Hadi

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Le talon du Prince (FT&Co)

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Antonin Panenka en finale de l’Euro 1976, Rabah Madjer en finale de la Ligue des Champions 1987 ou Marco van Basten en finale de l’Euro 1988 : les grands joueurs choisissent les grands matchs pour signer des gestes d’exception. Ce qui nous amène donc à Fernando Redondo…

Fernando Redondo, dit « Le Prince ». Ce joueur d’une élégance rare, à la technique de velours, numéro six légendaire du grand Real Madrid de la fin des 90’s. Celui-là même qui avait manqué le mondial 1998 parce qu’il refusait de se couper les cheveux, comme l’imposait le sélectionneur, Passarella. Ce joueur qui, étant blessé, allait refuser d’être rémunéré le temps de son invalidité, lors de sa fin de carrière au Milan AC… La classe à l’état pur, en somme. Ce 19 avril 2000, son club, le Real Madrid, se déplace sur la pelouse de Manchester United, en 1/4 de finale retour de la C1 et le score est de 2-0 (0-0 à l’aller) pour les Merengues, en noir ce soir-là, quand un dribble va faire entrer ce joueur, et ce match du même coup, dans la légende du ballon rond.

Tout partit d’une offensive mancunienne et, ironie du sort, d’une talonnade de Dwight Yorke interceptée par Karanka. Roberto Carlos récupère et trouve Redondo, qui contrôle puis écarte de l’extérieur du pied vers McManaman, collé à la ligne de touche. L’Anglais, d’une pichenette inspirée, redonne à son capitaine, seul à l’entrée du camp adverse. Il accélère alors, filant vers la légende, qui ne demande qu’à l’accueillir.On jouait la 53è minute de jeu et Redondo allait entrer dans le cercle très fermé des joueurs ayant un geste technique portant leur nom.

On jouait la 53è minute quand Redondo prit le ballon avec son pied droit et le poussa devant lui, pour un contre mené à toute allure. Il avait alors Berg devant lui, et deux joueurs à ses trousses. Il feinta de revenir vers l’intérieur, une première fois, puis une seconde fois, le temps de prendre de la vitesse sur l’extérieur, grâce à un crocher exécuté du gauche. Mais l’étau se resserrait, et avec trois joueurs susceptibles de l’encercler, l’argentin semblait destiné à s’enfermer et à perdre le ballon. Seul un coup de génie pouvait le tirer d’affaire. Dos au jeu, dos à Berg, il inventa ce dribble que l’on n’a plus jamais revu depuis, suspendant le temps…

On jouait la 53è minute de jeu quand Redondo exécuta cette talonnade, ce « taconazo » avec le pied gauche toujours, vers l’avant, dans le sens du jeu et du but, pour contourner Berg en lui glissant le ballon entre les jambes. Le défenseur norvégien n’eut même pas la vivacité de faire faute sur le milieu argentin, parti dans son dos avant qu’il ait eu le temps de comprendre ce qui lui arrivait : tout était allé trop vite. Redondo filait déjà après ce petit pont d’exception, qui avait réussi à lier l’intelligence tactique et le génie technique. C’était le talon du Prince (référence au célèbre « talon de Dieu » de Guti).

On jouait la 53è minute de jeu quand Redondo récupéra le ballon sur la ligne de sortie de but, leva la tête, s’avança, fixa Japp Stam, et glissa le ballon dans un trou de souris, entre le colossal (par la taille et le talent) défenseur néerlandais et Van der Gouw, qui bouchait l’angle. Le ballon roula devant le but, où Raúl l’attendait pour le glisser au fond des filets et ainsi parachever de la plus belle des manières le travail de son coéquipier. Jamais le Théâtre des Rêves n’avait autant mérité son surnom que ce soir-là…

Lorsqu’on lui demandera en 2008 de relater ses plus grands buts européens, lui qui est le recordman de buts marqués dans cette épreuve, Raúl citera celui-ci en premier, en ne retenant qu’une chose : la talonnade de Redondo. « Ce soir-là, je marque deux fois, mais c’est celui du 3-0 qui est inoubliable. Ce que fait Redondo est extraordinaire. Il attire trois défenseurs anglais, fait s’avancer le gardien et quand il est complètement encerclé, il me fait la passe d’une talonnade. Le ballon roule devant le but vide, je n’ai qu’à le pousser au fond. » Même Raul, qui était au premier plan, croit se souvenir que Redondo lui a passé le ballon avec le talon. D’autres, spectateurs ou téléspectateurs, affirmeront même que la balle est passée entre les jambes de Stam ! C’est aussi ça, la légende.

Ce geste fut tellement soudain, fulgurant et génial, qu’il laissa une trace indélébile dans la mémoire des amoureux du ballon rond. D’ailleurs, le 24 septembre dernier, lors d’un sondage paru sur Marca.com, plus de la moitié des votants élisaient la talonnade de Redondo comme étant « el mejor taconazo » de l’histoire du Real. Il n’était pas loin de 22h ce 19 avril 2000 quand Redondo passa du statut d’excellent milieu de terrain au statut de joueur mythique auteur d’une action, d’un geste, d’un dribble, d’anthologie. Le Real Madrid, par la grâce d’un homme touché par le divin, menait alors 3 à 0 sur la pelouse de Manchester United…

On jouait la 53è minute de jeu.

Une vidéo du chef-d’œuvre

Marc

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