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Les Leçons Tactiques de Chelsea-PSG

Après le chavirage apocalyptique et dembasbesque de 2014, et le combat de boxe cinématographique de 2015, Stamford Bridge a vécu une soirée bien moins émouvante hier. Côté parisien, les hommes de Blanc ont produit une prestation pleine de paradoxes, réussissant à se faire peur tout en transmettant une impression de puissance. Si le PSG se qualifie en s’imposant lors des deux rencontres face à des Blues coriaces, il puise son autorité dans le bruit du résultat plutôt que dans la musique de la manière.

Il est 20h20 à Fulham Broadway, et le ballon ne s’arrête plus de dévaler la pelouse de Stamford Bridge. Alors que le PSG est décidé à « jouer son jeu » en terres ennemies londoniennes, usant de possession plutôt que de longs ballons, Ángel Di María se retrouve seul dans le rond central à la demi-heure de jeu. Le ballon suspendu au bout de son pied gauche, l’Argentin lève le menton en recherche de mouvement. Il n’y en a pas. Le score est figé à 1-1, Matuidi n’a pas les poumons ni l’aisance technique pour sublimer le côté gauche, la paire Rabiot-Motta peine à élaborer plus qu’une gestion hachée de la possession, et les latéraux parisiens s’interdisent toute aventure offensive. Sans le savoir-faire génial de Verratti, le génie ludique de Pastore ou encore la puissance gourmande d’Aurier, la création parisienne se retrouve enchaînée dans son costume de Ligue 1 : les coups de pinceau de Di María, les slaloms aventuriers de Lucas et la présence d’Ibrahimović.

Malgré de nombreux moments de souffrance forcés par un grand Diego Costa et les récupérations forcenées des Blues, le PSG marquera ainsi deux buts taillés dans un format habituel : un brillant décalage en profondeur sur le côté, un centre fort et de la présence dans la surface, le tout orchestré par la sage simplicité d’Ibra et le talent explosif de Di María. Entre autorité et fébrilité, le PSG a livré une prestation complexe qui reste difficile à jauger. Côté enthousiasme, le résultat est là, indiscutablement gravé dans l’histoire. Le PSG a gagné deux fois 2-1. Paris est allé gagner à Stamford Bridge. Ibra a délivré une passe décisive et marqué un but. Et le club de la capitale a dominé 62% de la possession. Mais si l’analyse devait simplement colorier le verdict, la toile n’aurait pas besoin d’être travaillée. Or, les hommes de Blanc ont durement souffert entre la 30e et la 65e minute. Trapp a dû se montrer décisif. Rabiot, Motta et Matuidi n’ont jamais dominé les terres du milieu. Et la blessure de Diego Costa est certainement le tournant du match.

Confiance, expérience et jeu

Il est inutile d’évaluer l’adversité a posteriori. Qui sait si ces Blues ont été plus ou moins coriaces que les vainqueurs de 2014 et les perdants de 2014 ? Les contextes sont différents, les formes sont distinctes. Mais hier, la première leçon à tirer était que le PSG a eu le mérite d’insister et de presque forcer son plan de jeu, au contraire du cru 2014. Préparés par un Laurent Blanc qui n’a cessé de demander de poser le jeu dans sa zone technique – debout durant 90 minutes – les Parisiens ont eu la force mentale de rarement céder au long ballon, à commencer par Rabiot et Motta, pourtant sous pression. Les premières minutes en sont une belle illustration. Pedro accélère sur le côté droit, et Paris concède un premier long ballon vers Ibra. Hazard talonne sur le côté gauche et Rabiot perd un ballon sur une relance risquée dans sa surface. Diego Costa intercepte, tandis que Zlatan perd la balle. En clair, l’introduction tourne largement à la faveur d’Anglais tranchants et précis. La réponse du PSG ? Son jeu.

Dès la 4e minute, les hommes de Blanc mettent en place une première longue possession. Ibra distribue au milieu, Di María est un milieu droit ouvert, et Lucas est un électron libre dans l’axe. Personne ne joue attaquant, parce que le PSG essaye de construire plutôt que d’attaquer, au contraire d’il y a deux ans. Une fois que la réflexion est posée, les premières idées font mal : une bonne percée de Lucas aboutit sur une frappe du droit de Di María – sauvetage de Cahill –, puis sur un but d’Ibra en position de hors-jeu. On joue la 10e minute, et Rabiot part au pressing comme s’il avait l’audace de Verratti. Une minute plus tard, Motta récupère le ballon zone adverse, le dialogue Lucas-Di María fonctionne à merveille, et Paris obtient un corner. Courtois doit déjà s’imposer devant Ibra, Rabiot résiste aux coups d’épaule britanniques, et Motta obtient des fautes quand Willian le presse. Quand il ouvre le score au quart d’heure de jeu, le PSG semble sûr de sa force. Et les supporters parisiens chantent qu’ils prennent le Pont par derrière.

Autorité relative, contrôle nul

Les minutes qui suivent vont dans le même sens. Alors que Chelsea peine à faire circuler le ballon rapidement autour d’Obi Mikel et Ivanović, Ibra s’arrange pour obtenir une faute dès que Paris veut souffler. Quand Di María repeint Obi Mikel, Hiddink demande à Loïc Rémy de partir s’échauffer. Ainsi, et même si Pedro joue au cycliste avec ses bicicletas et si Hazard se secoue à gauche, le combat semble largement déséquilibré. Mais le jeu sans crainte des Parisiens finit par faire tomber le masque. Le gain d’expérience est indéniable à la quatrième campagne européenne, mais il n’empêche pas la volonté de contrôle de se transformer en élaboration approximative. Un symbole de cette vulnérabilité ? Les deux cartons pris par Rabiot et Motta à la 34e et la 41e, alors que le PSG tient sa qualification. Ou encore la passe-grenade lancée par Rabiot dans le genou de Motta sur le but londonien. Ou encore l’image d’un Matuidi à court de jus, mais surtout d’idée pour aider ses coéquipiers. Privé de la tendresse coquine de Verratti, le milieu parisien a longtemps souffert et jamais dominé.

D’une part, Rabiot et Motta n’ont pas su prendre la mesure du pressing londonien mené par Fàbregas, Willian et Diego Costa. Motta a parfois semblé manquer de temps et d’espace, un comble pour un métronome. Rabiot a eu le crochet facile et son élégance balle aux pieds a dû charmer une bonne partie de Londres, toujours friande de french touch, mais sa sélection de passes a lourdement handicapé le PSG. Le Parisien a alterné les excès de prudence – ces multiplications de passes en retrait – et les prises de risques mortelles – un assist sympa pour Diego Costa. Ce milieu à trois ne fatigue pas son adversaire, et pire, il le nourrit de munitions. Mais la paire de gauchers n’est pas la seule responsable. D’une, Matuidi a rapidement quitté le circuit de la possession : trop pressé pour aider la construction, trop fatigué pour aider la destruction. De deux, malgré toute la classe du monde de Maxwell, les latéraux ont rarement été en mesure d’élargir l’élaboration du jeu parisien. De trois, Rabiot a tout de même démontré de la personnalité (4 fautes qu’il fallait commettre dans un contexte compliqué). De quatre, la rencontre de Motta est paradoxale, comme souvent cette saison. Malmené sans ballon, c’est sa vision qui crée le second but. Finalement, alors que les hommes de Blanc célèbrent leur qualification, un seul joueur est chanté par le parcage parisien : Marco Verratti.

Nouille endiablée et sobre viking

Si le milieu parisien a longtemps flirté avec les limites de l’écroulement sans jamais céder, il le doit à son trio offensif. Appliqué dans son rôle d’accélérateur et de protecteur de ballons, Lucas semble gagner en maturité cette saison. À ses côtés, Ibrahimović a réalisé une rencontre sobre mais juste : si le Suédois fait les gros titres ce matin, il a bien plus brillé dans la simplicité que dans le génie, et c’est bien là où les Parisiens avaient besoin de lui. Enfin, positionné en créateur perturbateur censé jouer partout et surtout dans le dos des milieux londoniens, l’Argentin a rempli son rôle à merveille. 118 ballons touchés, 3 passes clés, 92% de passes réussies, 5 dribbles réussis, 3 fautes provoquées, 7 longs ballons (changements d’aile et passes en profondeur) réussis sur 8. Et encore, les statistiques sont bien incapables de décrire cette sensation de menace permanente que transmettent ses mollets aussi frêles qu’explosifs. Une nouille endiablée que les Red Devils regrettent amèrement en ce grand jour de Ligue Europa.

Markus, à Stamford Bridge

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Article publié le 10/03/2016 sur SOFOOT.com

Les Leçons Tactiques de PSG-Chelsea

Dopés par le retour de la tendresse coquine des pieds de Verratti, les Parisiens se sont imposés à la maison et aborderont la bataille de Stamford Bridge avec un léger avantage. En face, la solidarité défensive de Chelsea a laissé voir le visage d’une équipe consciente de ses limites, sans oublier de dévoiler ce sourire malicieux qui sait que tout est possible quand on est à la fois le pauvre 12e de Premier League et le riche champion d’Angleterre en titre.

S’il fallait ordonner ces huitièmes de finale, la place de ce PSG-Chelsea serait toute trouvée dans la dramaturgie footballistique des années 2010. Barça-Arsenal est l’histoire de deux philosophies similaires et d’un ballon qui a semble-t-il choisi son camp. Derrière le duel Spalletti-Zidane, ce Real Madrid-Roma pourrait furtivement prendre une place intéressante au cœur de la rivalité italo-espagnole. L’affiche Bayern-Juve est attirante par son poids historique, ses airs aristocratiques et sa richesse tactique. Et enfin, PSG-Chelsea s’impose à l’Europe comme une bataille tendue et équilibrée. Tendue parce que la confrontation s’est transformée en classique européen des années 2010. Équilibrée parce que chaque saison à ce stade de la compétition les deux équipes semblent aimer s’aligner sur le niveau de leur adversaire, peu importe sa forme du moment. Et enfin bataille parce que du sang a coulé, des têtes ont volé et après deux manches en parfaite égalité, la belle a sonné.

Premier quart d’heure modèle

En 2014, le PSG affrontait un Chelsea en pleine construction mourinhesque, fait de produits recyclés et d’antiquités, de fougue et d’orgueil. En 2015, Paris s’était préparé à affronter l’une des équipes les plus dangereuses du continent : les Blues de fin 2014, portés par la fluidité de la connexion Matić-Cesc-Costa. Faute de réseau, le combat avait fini au couteau, et le PSG de Saint Marco s’était montré bien plus habile. Sous le commandement calme mais autoritaire d’Hiddink, cette année, les Blues devaient avoir la surprise de leur côté. Mais les hommes de Blanc ont rapidement annulé ses effets. Côté parisien, Blanc récupère son milieu à trois et laisse Cavani sur le banc. Dans le couloir droit, l’application de Marquinhos remplace l’éloquence de Serge Aurier. En face, Hiddink réinvente sa défense sans Terry. Capitaine Ivanović est replacé dans l’axe avec Cahill, Azpi passe à droite, et le jeune Baba Rahman entre en scène à gauche. Guidée par Courtois, la défense blanche est protégée par Mikel et Cesc. Devant, Diego Costa est nourri par les courses de trois milieux polyvalents aux missions variées : Hazard, Willian et Pedro. Et c’est ici que l’effet de surprise aurait pu être intéressant. Avec la titularisation d’Hazard, Hiddink fait le choix des beaux pieds, et tant pis pour les espaces laissés par Fàbregas au milieu. Un choix audacieux qui permettra de fluidifier la relance et de conserver le ballon quelques précieuses secondes supplémentaires tout au long du match, mais qui ne suffira pas pour bouleverser l’équilibre instauré par les Parisiens. Car mardi soir à 20h45, c’est bien Paris qui commande.

La première mi-temps aura offert trois périodes riches et variées. Lors du premier quart d’heure, le PSG instaure une pression étouffante, relance avec vitesse et précision, enchaîne les frappes dangereuses et crée un cycle continu de création d’occasions. Alors que nos yeux excités sont encore en train de tâter le terrain à la recherche d’enseignements ponctuels, une accélération turbo, puis un coup de talon de Zlatan lancent les débats. Di María fait chuter Baba d’un coup d’œil, Verratti frappe des 30 mètres, Thiago Silva fait l’aigle royal en défense et le PSG déjoue aisément le pressing appliqué de Willian. Ce PSG-là ferait reculer – presque – n’importe qui. Peu importe si les Blues alternent le 4-4-2 et le 4-5-1 en phase défensive, peu importe si Willian se place intelligemment près de Motta, Paris est trop fluide et tranchant. Pris à la gorge notamment par les longues lames de Matuidi, impressionnant en première période, Ivanović et Hazard capitulent et se replient rapidement autour de Courtois. Mais ils résistent.

« C’était très dur de jouer l’attaque, il a fallu les arrêter »

La deuxième phase se situe approximativement entre la 15e et la 25e minute. Phénomène physique logique – il arrivait la même chose au Barça de Pep –, l’intensité retombe au bout du premier quart d’heure. Paris perd le ballon plus vite et augmente sa prise de risque, tandis que Chelsea trouve plus facilement des canaux de remontée de balle, surtout via Willian. Cesc lance une passe laser pour que Costa aille enfin tester la profondeur parisienne, et quelques instants plus tard, le guerrier balance un coup de casque sur le bout des doigts de Trapp. Après la résistance, voilà la contre-attaque. Dans cette phase bâtarde où les transitions règnent, le choix joueur d’Hiddink s’avère payant : si le milieu Cesc-Mikel-Hazard n’est pas le plus intimidant défensivement, il est assez technique pour offrir aux Blues des transitions vives. Mais malgré la qualité de certains éléments, la structure collective des Blues ne leur permet pas d’espérer mieux : les latéraux ne montent que ponctuellement, et Pedro semble terriblement manquer de partenaires de toque dans sa zone (et de partenaires tout court) : le Canari la rend toujours plus vite, mais l’attend toujours plus longtemps. Comme l’a dit Ivanović au coup de sifflet final, « c’était très dur de jouer l’attaque, il a fallu les arrêter » .

La troisième phase démarre aux alentours de la 25e minute, dure jusqu’à la mi-temps, et commence par un argument d’autorité parisien : une possession aussi longue que variée, sophistiquée par le toucher de Verratti et Di María et musclée par les montées de Maxwell. À l’image de la dernière prestation des Parisiens à Stamford Bridge, les hommes de Blanc n’ont jamais abandonné leur football mardi soir, revenant sans cesse à la patience des pieds de Verratti et Motta. À l’image des 45 dernières minutes, cette troisième phase met en évidence l’importante création d’occasions parisiennes sans pour autant effacer le danger permanent des Blues : quel serait le score sans l’omniprésence de Thiago Silva ? Le but d’Ibrahimović sur coup franc n’est que la récompense d’attaques répétées – la tête d’Ibra (33e), la frappe de Di María (36e), la faute sur Lucas – tandis que le but d’Obi Mikel est le fruit de plusieurs facteurs : l’insistance de l’expérience des joueurs d’Hiddink, qui semblent capables d’obtenir un coup franc dangereux sur commande, le talent combatif de Diego Costa et un sursaut d’orgueil personnifié par Mikel, héros coupable.

Les monstres Willian et Thiago Silva, le funambule Di María

La deuxième période respectera les équilibres de la fin de la première, avec deux différences fondamentales : Paris a besoin de marquer pour gagner, et Chelsea peut se contenter de défendre son match nul. Le camp de Hiddink reprend confiance, et c’est le moment où Hazard décide de lancer sa session de crochets et d’accélérations. Enfin. Mais ce n’est pas grand-chose à côté du spectacle Willian. Intelligent, physique et habile, le Brésilien donne des formes à la cause défensive anglaise et nourrit les contres londoniens avec justesse. En tout, il provoquera 5 fautes et créera 4 passes-clés. Mais lorsque Paris parvient à nouveau à pousser Chelsea loin du ballon, la domination territoriale fait son effet : sans ballon, Cesc et Hazard ne sont pas les meilleurs éléments pour défendre l’axe d’une défense regroupée, et il est étonnant que ni Matuidi ni Motta n’aient pas plus souvent trouvé de faille dans leur dos. À travers cette possession et la montée en puissance de Di María, véritable lien entre le contrôle et l’accélération (93 ballons touchés, 4 tirs, 2 cadrés), Paris montre de la maturité et alterne l’envie d’un contrôle total du jeu et le besoin génétique d’attaques rapides de ses joueurs. Thiago Silva ne tentera qu’un seul long ballon, et Trapp n’en jouera que 5 (contre les 28 de Courtois). Pour résumer, il y aura une frappe de Lucas, une autre d’Ibra et au moins une tonne de corners mal tirés par le Brésilien, qui a su toutefois se montrer utile : des accélérations tranchantes lorsque Paris ne sait plus quoi faire du ballon (à l’origine du premier but) et une faute tactique nécessaire sur Baba, malgré le peu de fluidité et de finition de son jeu par rapport à Pastore et Cavani.

Alors que la rencontre se résume de plus en plus aux duels Ivanović-Ibra et David Luiz-Costa (qui a rapidement abandonné le combat face à Thiago Silva), Blanc fait enfin des changements : à la 74e pour Cavani, à la 81e pour Pastore et Rabiot. Si l’Uruguayen se distingue par son appel admirable et son sang-froid retrouvé (l’absence de contrôle, c’est la clé), l’Argentin séduit à l’aide d’un coup de talon et de deux ouvertures inspirées. Autour de la structure du milieu à trois et d’une défense impérialement guidée par la tête de Thiago Silva et les pieds de Trapp, le PSG semble toujours dépendre de deux facteurs incertains : la créativité de ses individualités, qui prime encore sur sa créativité collective, et l’intensité de son pressing à la perte de balle. Un collectif orchestré par des individualités, et non l’inverse. Et si Di María et Pastore étaient alignés ensemble ? Cette imprévisibilité pourrait-elle devenir « plus » permanente ? L’an passé, cette double confrontation nous a appris que ce Classique n’est pas une vie en soi. Le perdant meurt, mais le vainqueur a encore un long chemin devant lui. À Stamford Bridge en 2015, le PSG avait lâché bien trop d’énergie pour espérer poursuivre sa route au tour suivant. L’enjeu est donc ici : écarter Chelsea de la course à la table ronde, et le faire avec suffisamment d’autorité pour s’en sortir sans dette fatale.

Markus

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Article publié le 17/02/2016 sur SOFOOT.com

Les Leçons Tactiques de Real Madrid-PSG

Le football a ses secrets, et parfois, une défaite peut s’avérer plus intéressante qu’un match nul. Mardi soir au Bernabéu, le PSG a paradoxalement perdu mais convaincu : si les hommes de Laurent Blanc n’ont pas marqué, ils ont beaucoup joué et créé, portés par un Di María révolutionnaire. Les soucis de finition peuvent s’avérer inquiétants pour les Parisiens, mais pas autant que le manque d’élaboration et de création de leur performance au Parc il y a deux semaines. Une défaite réjouissante, en poule, ça existe.

La nuit est déjà tombée alors que les troupeaux de la Castellana s’empressent de sortir des bureaux pour aller assister au saint-spectacle. L’Estadio Santiago Bernabéu affiche complet pour la première fois de la saison, mais l’effectif de Rafa Benítez ne peut pas en dire autant : l’automne n’a pas attendu Benzema et Bale pour imposer son air frais à Madrid. En revanche, il a soufflé dans le dos de Luka Modrić pour faire revenir le playmaker. Par rapport à l’aller, l’entraîneur espagnol abandonne le 4-4-2 compact et lance un 4-3-3 quelque peu déséquilibré. Alors que le trio Casemiro-Modrić-Kroos est cohérent au possible, rythmé, puissant et intelligent, le trident offensif ne danse pas comme il faut. Isco et Jesé tentent de percer, mais dialoguent peu, et Cristiano Ronaldo se retrouve sans mot. Dans une position de numéro 9 libre, le Portugais avait besoin de vitesse et de soutien. Thiago Silva et David Luiz – mais aussi Aurier et Maxwell – lui ont refusé ce luxe. Et ce Real Madrid a accouché d’une performance européenne bien pâle, malgré un super Casemiro – celui que l’on attendait le moins, finalement. Avec Benzema, les contres auraient été chantés avec plus de justesse et de volume, évidemment. Mais la lecture défensive des hommes de Blanc a sa part de responsabilité dans le manque de production de jeu des Blancos.

Test réussi sans Saint-Marc

Un petit quart d’heure, et pas une minute de plus. Dans l’arène où Carlo Ancelotti rêvait de le voir imposer son génie technique à une Liga qui aurait adoré ça, Marco Verratti n’a pas fait long feu. À la 15e minute, l’Italien abandonne ses coéquipiers, et Blanc choisit Adrien Rabiot pour le remplacer. Du poste pour poste ? Pas exactement. Si le Français se place bien à droite de Motta, son entrée en jeu bouleverse le fond et la forme du jeu parisien, pour le meilleur. En 15 minutes, Verratti avait caressé 22 ballons. Lors des 15 minutes qui suivent, Rabiot en touche seulement 8. Moins de contrôle, plus de liberté. Le Français accompagne l’animation offensive parisienne de telle sorte que le PSG s’appuie sur un seul milieu défensif : Motta. Le résultat est une accumulation d’occasions : la frappe de Matuidi, l’enroulé et le coup franc d’Ibra, le poteau de Rabiot, le centre fuyant de Maxwell, le un-contre-un de Cavani…

Malgré un premier dégagement craintif de Maxwell et une erreur de marquage de Rabiot sur Casemiro dans la foulée de la blessure de Verratti, Paris tient le coup pour trois raisons. D’une part, Thiago Silva et David Luiz réalisent un enchaînement d’interventions audacieuses qui coupent le souffle des contres madrilènes, et mettent notamment en échec les remises talentueuses de Cristiano. D’autre part, Paris parvient à se projeter dans le camp madrilène et à insister : Ibra, Cavani, Matuidi et Di María pressent avec une intensité que l’on n’espérait plus, et le camp parisien n’en finit plus de monter. En plus, Zlatan remporte ses duels aériens et multiplie les solutions. Enfin, si la relance parisienne est moins brillante et fluide en l’absence de Verratti, la science de Motta, ainsi que la patience de Maxwell, Thiago Silva, David Luiz, Aurier et Trapp permettent à Paris de ne pas reculer. Le jeu au pied du gardien est crucial, malgré sa sortie hideuse. Et mardi, les longs ballons de David Luiz ont tous été précis (6 sur 6).

Di María le révolutionnaire

Le match nul du Parc il y a deux semaines avait soulevé de nombreuses interrogations autour de la capacité de l’animation offensive parisienne à retrouver de la fluidité. Certains avaient vulgairement pointé du doigt la supposée lenteur et les imprécisions d’Ibrahimović. D’autres préféraient remettre en cause la mauvaise utilisation de Di María (et Cavani, évidemment) dans ce trident qui semblait incapable d’interagir. Mardi soir, Blanc a trouvé une solution pour lier à nouveau élaboration et création : déplacer Ángel Di María. Placé entre les lignes à l’intérieur du jeu dans un rôle de milieu offensif droit, l’Argentin a révolutionné le jeu parisien. D’une, Di María touche bien plus de ballons et se montre plus influent dans une zone historiquement abandonnée par Paris en l’absence de Javier Pastore : 108 ballons, autant que Motta. De deux, il libère le couloir droit aux appels explosifs d’Aurier. De trois, Ibrahimović retrouve deux pieds malins pour venir semer le trouble aux abords de la surface adverse. De quatre, l’Argentin se retrouve au centre du jeu dans une position où il peut aussi bien lancer Aurier à droite, repiquer sur son pied gauche ou prolonger l’action vers Maxwell et Cavani (13 longs ballons réussis sur 16 !).

Ainsi, le 4-3-3 se transforme rapidement en 4-2-fantaisie avec Di María et Matuidi (superbe en début de match, plus discret ensuite) entre les lignes, Cavani en attaquant gauche (l’énigme : pourquoi ?) et Ibrahimović en avant-centre mobile. En seconde période, le PSG a été carrément dépendant de sa recrue estivale : toutes les occasions ont été pensées par sa gourmandise. Un bon appel dans le dos des Madrilènes suivi d’une reprise molle, un corner-tir et un coup franc sur la transversale. Jamais découragé par ses pertes de balle et ses excès de confiance, l’appétit de création de Di María semble inépuisable. Une arme capitale à l’heure de se confronter aux meilleures défenses d’Europe. Si la rigidité de Van Gaal en a eu assez de ce surplus d’improvisation, Blanc aurait tort de ne pas encourager son numéro 11 à continuer à essayer. Dans son ancien jardin, l’amoureux de Rosario Central a réussi 8 dribbles mardi soir, soit bien plus que tous les joueurs madrilènes (5).

La déception de la scène finale

Mais en seconde période, le reste de l’équipe a semble-t-il arrêté d’essayer, lui. L’intensité de la première période y est pour beaucoup, tant il semble évident que le PSG a manqué de jus pour maintenir un rythme élevé durant toute la rencontre. Mais alors que la première heure avait offert pressing, transitions et occasions, la dernière demi-heure s’est limitée à un contrôle du jeu stérile tristement typique de l’équipe de Blanc. Si l’entraîneur se satisfera peut-être d’avoir assiégé le Real Madrid de Benítez au Bernabéu, il ne faudra pas oublier que ce contrôle du jeu a coïncidé avec une absence totale de création (hormis l’insatiable Di María). Alors que Maxwell, Aurier, Lucas et Rabiot multipliaient les passes en retrait au nom d’un gain de territoire illusoire, Ibra et Cavani se battaient futilement dans la surface adverse. Mobile et même omniprésent en première période, le Suédois a tout intérêt à continuer à évoluer près du ballon si le PSG veut réussir à accélérer le jeu avec constance : mardi comme souvent, le jeu de position parisien s’est montré plus défensif qu’autre chose. Le problème, c’est que les hommes de Blanc étaient menés au score.

Markus

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Article publié le 04/11/2015 sur SOFOOT.com

De la cohérence du projet technique du PSG

En matière de résultats, le Paris Saint-Germain réalise un départ canon et se lance vers une quatrième saison riche en trophées. Sur le plan du jeu, en revanche, les hommes de Laurent Blanc ne parviennent pas à épanouir un potentiel qui tutoie pourtant les sommets européens. Faut-il accabler le choix des joueurs ? Le niveau de ces derniers ? Le coaching ? Certes, certaines grandes rencontres des Parisiens se sont décidées sur des erreurs tactiques ces deux dernières années. Mais alors que Laurent Blanc est la cible des critiques, c’est bien toute la cohérence de la stratégie sportive du club qui pourrait être remise en question.

Et si le football était un tango ? Sur la piste, habillé de son costume d’homme autoritaire et charmeur, c’est l’entraîneur qui dirige, donne le tempo et annonce les changements de rythme. Déterminé et convaincu par son idée du mouvement, c’est lui qui persuade sa partenaire de la direction à prendre. Les joueurs, eux, sont cette partenaire chargée de mettre en mouvement ces consignes, de les faire vivre. Ils peuvent y ajouter de la fantaisie, à condition de suivre le rythme dicté. En fonction de leur talent, la danse peut ainsi prendre une dimension plus ou moins fabuleuse, mais l’essentiel est ailleurs : c’est la cohérence entre les consignes données et le potentiel de la partenaire à les réaliser qui décide de la grandeur de la danse. Ailleurs, un beau football est aussi le résultat du mariage entre une idée de jeu et le potentiel des joueurs à la réaliser.

Peu importe le style de la musique, les attaques placées ou les contres éclair, le public apprécie toujours la symbiose, la cohérence, l’intelligence. Au-delà du niveau tactique de l’entraîneur et bien au-delà de la maîtrise technique de ses interprètes, la cohérence prime avant tout : c’est la fameuse « fonctionnalité » des joueurs. Quand Arrigo Sacchi répond à la question « d’où est sorti votre grand Milan ? », la réponse est claire : « C’est venu grâce à la réunion de nombreux facteurs. Avant tout grâce à un club ambitieux, bien organisé, patient, et aussi compétent, qui nous a fait travailler dans les meilleures conditions possibles. Un club où le projet technique a pu prendre plus de place que les intérêts qu’imposent le merchandising et le marketing, un projet qui a fait comprendre qu’il fallait prendre les joueurs les plus fonctionnels pour le jeu que nous voulions réaliser. »

Boucs émissaires et crise du jeu

Cette saison, le potentiel du groupe du PSG est immense. Verratti, Ibrahimović, Pastore, Di María, Thiago Motta, Thiago Silva, Matuidi, Cavani, Marquinhos, Aurier, Maxwell, Lucas, Lavezzi, Rabiot, Trapp, Sirigu… À vrai dire, si ce groupe ne possède pas la qualité et l’expérience pour remporter la C1, qui la possède ? Seulement, sa production collective s’avère décevante. Son apogée ? Le huitième de finale de l’édition 2014 de la Ligue des champions, à Leverkusen. Car depuis, la progression dans le jeu semble enrayée. En une demi-saison, Laurent Blanc avait réussi à imposer des principes édifiants : un contrôle du jeu maîtrisé, l’influence créative de Zlatan dans le troisième quart du terrain, les courses de Matuidi, Lavezzi et Cavani… Aujourd’hui, en revanche, le jeu parisien a moins de fluidité. Mercredi soir au Parc contre le Real, comme contre Marseille, le PSG s’est parfois retrouvé coupé en deux, n’a pas réussi à porter le ballon dans le camp adverse et a mis en scène une attaque sans solution. Comment une troupe de danseurs étoiles peuvent s’éloigner autant du bon rythme ? Comme il fallait s’y attendre, le public de l’opéra parisien n’a pas tardé à chercher des boucs émissaires. La première victime serait Ibrahimović, l’étoile la plus prestigieuse. Historiquement, après tout, la France aime couper les têtes les plus puissantes. Les critiques tombent aussi sur Di María parce qu’il vient d’arriver et que sa saison à Manchester le rend peut-être plus vulnérable que d’autres. Enfin, Laurent Blanc ne convainc pas. Paris lui crie, à raison, que Pastore doit être titulaire. Paris lui crie, à tort, qu’Ibra doit aller s’asseoir. Mais peu importent Ibra, Pastore et Di María : le PSG ne traverse pas un problème de choix d’interprètes. La capitale vit une crise de jeu.

Le projet technique est-il vraiment la priorité ?

Depuis son arrivée, Blanc a clairement décrit sa danse idéale. Possession, maîtrise du ballon, contrôle du jeu, « philosophie barcelonaise ». « J’aime qu’on garde le ballon », répète le Président. Et c’est tout à son honneur. Seulement, si le PSG parvient à garder le ballon aisément dans son camp, à l’aide des pieds exceptionnels de Verratti, Motta et Thiago Silva, il n’a jamais réussi à étendre la domination territoriale jusqu’au camp adverse avec la constance et les variations du Bayern et du Barça. À vrai dire, il ne s’en est même pas approché. Et la raison est très simple : les interprètes choisis depuis l’arrivée de Blanc n’ont absolument rien à voir avec cette idée de football placé. Il y a eu Lucas l’ailier de débordement, Cavani l’attaquant guerrier aux pieds rebelles, Cabaye le milieu à l’anglaise, Di María l’animal mourinhesque du football de contre, David Luiz le bouclier mobile, Marquinhos le défenseur à l’italienne, Stambouli la lourde sentinelle, Kurzawa et Digne les latéraux accélérateurs. Parmi tous ces grands joueurs, qui serait une cible intéressante pour les projets de jeu du Bayern et du Barça aujourd’hui ? Personne.

Aucun de ces joueurs n’est apte pour faire briller un système visant 70% de possession de balle. Aucun. Ces joueurs ont les pieds et la tête pour jouer un football direct, rapide, agressif, comme Di María au Real, David Luiz à Chelsea, Motta à l’Inter, Cavani à Naples, Cabaye en Premier League. Le PSG n’est pas allé chercher les joueurs capables de satisfaire les exigences tactiques de Blanc : le projet technique ne serait pas la priorité du recrutement ? L’ambition de recruter Cristiano le démontre aussi. Paris n’est jamais allé chercher un milieu intérieur ayant une relation fusionnelle avec le ballon, à la Iniesta, Isco, Borja Valero, Modrić, David Silva ou Herrera. Paris n’est pas allé chercher non plus un ailier sachant presser et construire, à la Pedro. Dans la lignée de la construction opérée par Leonardo et Ancelotti, le PSG a continué à construire une équipe de joueurs habiles en contre. Et le plus beau symbole en est évidemment Javier Pastore. Mais pourquoi ?

Mais qui décide ?

Cette incohérence peut être la fille de deux facteurs. La première option est une mauvaise planification tactique : le PSG essaye de faire du projet technique une priorité, mais les joueurs engagés sont mal analysés. L’exemple de Lucas est frappant : pourquoi faire venir un joueur aussi percutant pour lui demander de jouer un football de contrôle ? La seconde est une mauvaise priorisation : les joueurs ne sont pas pris pour leur fonctionnalité dans l’idée de football de Laurent Blanc. Di María et Cavani auraient été pris parce qu’ils étaient les plus gros noms disponibles sur le marché, d’où un impact marketing conséquent, Cabaye et Stambouli auraient été pris pour leur nationalité, Lucas parce qu’il était le jeune Brésilien que l’élite européenne voulait, etc. Et c’est ici que l’on revient au rôle de l’entraîneur dans ce projet. Si les joueurs ne sont pas choisis pour leur fonctionnalité dans le projet tactique de Blanc, ils sont probablement choisis sans l’accord de l’entraîneur.

Si les joueurs lui sont imposés, Blanc a donc deux options. La première – qui serait la plus logique – est d’adapter son schéma aux joueurs recrutés, abandonner le 4-3-3 et faire jouer un football direct au PSG. Mais ce n’est clairement pas la direction prise. La seconde est de s’imposer à son tour en imposant son idée de jeu, la possession et le 4-3-3. D’après cette dernière éventualité, il y aurait un bras de fer continu entre l’entraîneur et sa direction, alors que tout semble indiquer le contraire. Alors, une dernière possibilité émerge : les joueurs et l’idée de jeu sont imposés. En clair, d’après cette hypothèse, il serait imposé à Blanc de jouer à la barcelonaise avec des joueurs de contre. Ce ne sont que des hypothèses et il est impossible de juger intelligemment cette situation d’un point de vue extérieur. Mais pour le moment, et ce, depuis maintenant deux saisons, le terrain ne ment pas sur l’incohérence du projet technique parisien.

Markus

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Article publié le 25/10/2015 sur SOFOOT.com

Les Leçons Tactiques de PSG-Real Madrid

Si le Parc des Princes n’a pas vu de but hier soir, il a assisté à une confrontation équilibrée, intense et d’un niveau technique élevé. Tactiquement, en revanche, le choc était déséquilibré : l’organisation de ce Real Madrid bis, brillamment orchestrée par un Rafa Benítez hyper actif, a fait douter un PSG qui avait pourtant une belle opportunité à saisir.

Ce PSG provoque un sentiment étrange et des émotions contraires. Il propose un potentiel gigantesque qui chatouille l’imagination, puis met en scène des prestations correctes qui épuisent nos tentatives d’explication. Entre fantasme et réalité, ce PSG provoque un jugement si nuancé qu’il en devient presque inaccessible, insaisissable. Concrètement, ce PSG fait croire à des volées de Cavani et des percées de Di María, puis offre un Uruguayen réinventé en ailier gauche stérile et un Argentin tenu en laisse dans un couloir droit qui cadenasse sa créativité et écrabouille sa finesse. Ce PSG nous suggère Pastore, puis nous crève les yeux. Et au-dessus de tous ces efforts de compréhension de son football, au-dessus de ces envies avortées et de ces théories rêvées, les choix de Laurent Blanc règnent avec l’autorité de celui qui détient le pouvoir et la pression de celui qui sera jugé à la fin. Mais la fin n’est pas encore arrivée. Et hier soir, Blanc avait l’occasion de convaincre la capricieuse cité parisienne face à un entraîneur expert des coupes européennes : Rafa Benítez. Malheureusement, la prestation de ses hommes n’a pas convaincu.

Le retour de l’agressivité authentiquement madrilène

Si l’arrivée de Rafa Benítez sur le banc du Real Madrid a donné des sueurs froides à bon nombre des sujets de la campagne galactique du roi Florentino Pérez, le style de l’Espagnol a le mérite de faire renaître un Real authentique. Si elle avait eu lieu en phase finale, la performance des Blancos au Parc aurait pu entrer dans l’imaginaire collectif madrilène : armé de quelques canteranos et de son travail tactique habituel, Rafa a privé le richissime PSG qatari d’un succès qui lui était promis. La recette ? Agressivité, récupérations hautes, courses verticales, ligne arrière intelligente et soin du ballon. Pour cela, l’homme au 4-2-3-1 a choisi le 4-4-2. Un système géométriquement épanoui que le Parc a pu admirer de la première à la dernière seconde : dix hommes blancs disposés parfaitement au milieu d’une pelouse verte. Casemiro travaille dur, le talent de Kroos est toujours aussi mystique dans ce costume blanc qui met en valeur la justesse de ses choix et le génie de son application, et le quatuor offensif agresse.

Cristiano, Isco, Jesé, Vasquez. Sans Benzema, Bale et James, Rafa a fait appel à l’esprit de Juanito et du Real Madrid pure souche. Au bout du quart d’heure de jeu, la pression autour de la surface parisienne commence à porter ses fruits. Au bout d’une demi-heure, le génie de Motta et Verratti ne suffit plus. Et le Real enchaîne les temps forts. Derrière ses lunettes, Benítez semble mesurer chaque espace et compter chaque seconde. Et le Real Madrid se montre précis et organisé. Derrière, la ligne défensive est méticuleuse : 7 positions de hors-jeu, toujours à la limite. Devant, le semblant d’anarchie offensive se régule par l’intensité du pressing et la verticalité des appels. À la fin de la première période, le PSG est coupé en deux, et le Real récolte les occasions. Mais Trapp veille. Si Benítez parvient à convaincre les médias espagnols du potentiel de son travail, le Bernabéu pourrait redevenir un enfer cette saison.

Le trimestre inquiétant du PSG

Puisque c’est le début de saison, disons que le PSG est de retour à l’école. Et alors que le premier trimestre s’achève, le conseil de classe aime faire le bilan : Paris maîtrise déjà certaines matières comme un très grand d’Europe, mais rame de façon inquiétante sur d’autres disciplines qu’il semblait pourtant dominer. Il faut donc faire la part des choses. D’une part, et c’est important de le souligner, le groupe semble encore guidé par une ambition à toute épreuve, les joueurs ont faim, l’équipe a envie. D’autre part, et on entre ici dans le domaine du jeu, le PSG a montré hier soir sa facilité pour ressortir la balle proprement. Comme Arsenal mardi soir avec Cazorla et Özil, Paris a longtemps épuisé le pressing de Benítez avec son duo légendaire Motta-Verratti. Une marque de fabrique. En défense, les Parisiens ont aussi montré une excellente organisation et une gestion intelligente de l’espace, sans David Luiz, menés par un gardien en confiance. L’équilibre des latéraux a aussi porté ses fruits : Aurier en séducteur drôle, Maxwell en beau timide.

Seulement, le reste de la partition parisienne est criblé de fausses notes. Sans même parler de création, Paris ne transforme pas sa possession en élaboration de jeu. Paris n’utilise jamais les phases de transition. Paris ne joue pas entre les lignes. Paris n’utilise pas la profondeur. Alors que le Real Madrid semblait jouer en 4-2-4 à la fin de la première période, le PSG était habillé d’un curieux 4-6-0 fait d’une étrange recherche du contrôle du jeu. Finalement, seul Aurier dépasse ses fonctions. Et ici, trois explications peuvent être avancées : l’absence de Pastore, le manque d’automatismes du trident offensif – est-ce une incompatibilité structurelle ou un manque de temps ? – et enfin le manque de participation du milieu de terrain à l’animation offensive.

Un problème Zlatan, vraiment ?

Les lignes dégoulinent partout dans la presse française, à la radio, à la télévision. Après une blessure de début de saison, Zlatan est bel et bien de retour dans le quotidien de cette France qu’il aime tant faire rire et rager. Seulement, cette fois, on le juge pour l’éloquence de ses pieds. Mais hier soir, s’il a été loin d’être brillant, Zlatan a été l’attaquant parisien le plus actif. Toujours prêt à participer à la construction dans ce rôle hybride qui est devenu le sien, le 10 a touché autant de ballons qu’un milieu de terrain (58 passes) : le Suédois a réussi à construire intelligemment, à aérer le jeu et à proposer des associations pertinentes. Et s’il a failli dans l’accélération et la création, s’il s’est montré incapable de transformer la manœuvre en danger, il faut souligner que le schéma mis en place ne l’a pas aidé. Sans les appels de Cavani – collé à gauche – et sans la profondeur de Di María – collé à droite – à qui Ibra devait-il donner le ballon ? Lorsqu’il a proposé des appels de numéro 9, il a fait sentir sa présence (passes de Di María à la 7e, Lucas à la 70e). Il devra élever son niveau de jeu pour être dominant au printemps, mais aujourd’hui le PSG peut difficilement s’imaginer sans son envergure.

Le malaise Cavani

Difficile de savoir pourquoi. Est-ce le joueur qui insiste lui-même pour jouer contre nature ? Est-ce l’entraîneur qui se trompe de consigne ? Peu importe, mais la prestation de Cavani a dû faire croire à Madrid que le joueur avait changé. Lorsque Guidolin disait qu’il n’était pas un numéro 9 (à lire : Cavani est-il vraiment un numéro 9 ?), l’entraîneur italien voulait dire qu’il était un « attaquant extérieur droit ». Mais surtout pas un ailier gauche. Collé à cette ligne qui semble l’endormir, Cavani se retrouve loin de tout – d’Ibra, de Di María, du ballon – et ne peut rien montrer. À la 49e, il s’est aventuré dans la surface et a failli marquer. Et ce n’est pas un hasard. Dans ces conditions, le guerrier ne peut même pas offrir à Paris son sens du sacrifice (zéro récupération défensive). Pour courir et récupérer le ballon, il faut au moins l’apercevoir. En jouant seulement 25 minutes, Lucas a touché autant de ballons que lui (21).

Le besoin de Javier Pastore, l’utilisation de Di María

Avant, Pastore était décrit comme ce phénomène esthétique qui séduisait les yeux sensibles. En manque du Flaco, ceux-là en redemandaient encore et encore sans forcément savoir pourquoi. Mais la saison dernière, l’Argentin est devenu bien plus qu’une drogue : il s’est transformé en remède. En devenant effectivement (il l’avait toujours été dans le potentiel) le phare de la créativité parisienne, Pastore a dépassé l’envie pour mettre les pieds dans le besoin. En clair, Pastore a rendu le beau nécessaire. Mais après une très belle Copa América (à lire : Pastore et la quête d’une idée argentine) et l’arrivée de Di María, Blanc semble convaincu de pouvoir se passer de son remède. Malade, son 4-3-3 continue à en souffrir le manque… Enfin, il faut souligner que la titularisation de Pastore ne résoudrait pas tout. Alors que l’arrivée de Di María propose une nouvelle dimension, de nouvelles associations, une possibilité infinie de jeu entre les lignes, de passes imprévisibles et de déséquilibres au milieu, pourquoi vouloir enfermer l’Argentin dans le couloir droit ? S’il joue ailier gauche ou milieu relayeur gauche, Di María sera bien plus ouvert sur le jeu, et Paris appréciera bien plus les contours de sa drôle de silhouette.

Markus

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Article publié le 22/10/2015 sur SOFOOT.com