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Mathieu Bodmer à Paris

Bodmer to the Dream !

Mathieu Bodmer est sans aucun doute un footballeur de génie. Mais il ne s’appelle ni Juan Roman, ni Diego Armando, est né à Evreux, porte le numéro 12 et n’a jamais quitté la Ligue 1. En clair, son jeu est de loin son atout le plus attractif pour plaire au large public français. Et quel jeu… Par son toucher, sa vision du jeu, sa faculté à tout simplifier, sa technique et son coup d’œil, Mathieu Bodmer devrait être une évidence pour cette équipe de France en manque de sex appeal. Le genre de joueur qui donne à une équipe le droit de perdre avec la manière. Le joueur dont les Bleus ont besoin pour éviter le pire (2008-2010) et espérer le meilleur (un bel Euro, tout simplement). De la folie, de la simplicité, du jeu et du talent. Si toute l’Europe s’est agenouillée devant l’Athletic Bilbao et le Napoli cette saison, toute l’Europe se rendra devant le talent de Mathieu Bodmer en juin.

Bodmer, des faits et des gestes. D’abord, des faits. Lille, Lyon et enfin Paris pour neuf saisons de Ligue 1 et cinq participations à la Ligue des Champions. Champion de France en 2008 avec les Lyonnais, Bodmer nous a enthousiasmés lors de quasiment 300 soirées de Ligue 1 et une cinquantaine de nuits européennes, pour une quarantaine de buts et d’innombrables gestes éblouissants. Car Mathieu Bodmer, c’est avant tout des gestes. De belles frappes (Lille-OM), de magnifiques reprises (Lyon-Paris), quelques têtes et beaucoup de spectacle (le chef d’œuvre, Lyon-Bordeaux). Petits ponts malins, déviations délicieuses, diagonales chevaleresques. Le Président de l’Evreux Football Club 27 sait faire les choses les plus compliquées avec une simplicité déconcertante. Surtout, sa sélection apporterait une variété de jeu qui manque cruellement au milieu de l’EDF, c’est à dire enfin un joueur capable de faire sauter les lignes et de nous sortir d’un jeu stéréotypé. Malheureusement, à l’image de son alter-égo Boris Diaw, avec qui il partage un jeu de passes fantastique, cette faculté à être performant sans courir et une polyvalence incroyable, Bodmer est trop talentueux pour être compris par tous.

Le préféré des romantiques

A l’heure où nous regrettons le choix d’une insistance de la formation française sur la taille et la puissance des milieux de terrain, Bodmer est un îlot de toque dans l’Hexagone, que ce soit au poste de milieu défensif ou de meneur de jeu. Devant la défense, Bodmer a du Xabi Alonso. Jeu long serein, relance brillante, contrôle du rythme du jeu, fautes tactiques, Mathieu aussi porte très bien la barbe. Plus avancé au milieu, Bodmer pourrait être assimilé à un Guti français. Attention, nous disons bien pourrait. Celui que tout le monde voudrait voir toujours titulaire, même si tout le monde sait bien au fond de soi que cela n’arrivera jamais. Talonnades, passes impossibles, et coups de virtuose. La panoplie est complétée par cette nonchalance éternelle qu’ont les talents les plus fascinants. Les plus beaux, les plus bruts. Pas forcément les meilleurs dribbleurs ou buteurs, mais ceux qui savent simplifier toutes les manœuvres offensives par leur lecture du jeu hors-du-commun. Tous ces joueurs dont le niveau ne pourra jamais être fidèlement retranscrit dans un jeu vidéo. Xabi Alonso, Guti, le mélange est tout trouvé : Bodmer est notre Pirlo national.

Nous avions écrit un article sur Özil et Iniesta, résumant le Clasico au duel entre les deux magnifiques. Mais il n’y a pas que le Clasico. En France, aussi, il y a de tels joueurs, et Bodmer est alors le premier de la classe. Ces hommes qui, ballon aux pieds, défendent l’enchantement contre la raison. Le rêve contre la réalité. Ces génies capables en une seule fulgurance de faire oublier 89 minutes médiocres. Comme nous l’avions écrit dans cet article sur la Beauté, les bijoux d’un joueur irrégulier sont rares et donc d’autant plus appréciables. Car les principales critiques à l’encontre du normand ont toujours concerné son physique jugé fragile, principalement après ses deux longues saisons à l’infirmerie à Lyon (2008-2010). Bodmer est un peu le grand frère typique à la technique incroyable mais qui ne court jamais. Il aurait pu chercher la gloire à l’étranger, mais il est resté près de chez lui, à jouer sur le synthé du coin, et vivre de nombreux barbecues et quelques clopes. Un grand Nicolas Kiefer, les nerfs en moins. Une sorte de James Bond, finalement, dans le sens où sa nonchalance n’a d’égale que son efficacité. Mais voilà, Bodmer vient d’enchaîner plus de soixante-dix matchs en deux saisons parisiennes. Et puis, les hommes ont toujours eu un faible pour tout ce qui est fragile. Quand la solidité inspire du respect et de la crainte, la fragilité fait chavirer les cœurs. Cela tombe bien, cette équipe de France a besoin d’amour.

Bodmer pour faire aimer les Bleus

Oui, la liste des concurrents au(x) poste(s) de Bodmer pour l’Euro est très longue. M’Vila, Cabaye, Martin, Nasri, Alou Diarra, Lass, Matuidi, Capoue, Sissoko, Gonalons, Toulalan et l’irrésistible Chantôme (si Gourcuff est « sélectionnable », alors…) se disputent quatre voire cinq places. Disons quatre, sans Nasri. Avec cette liste, il est très compliqué de choisir quatre joueurs aux profils différents. Bodmer ne serait pas titulaire, mais il serait un plus précieux.

Un plus que Laurent Blanc doit emmener à l’Euro, même si nous avons bien conscience des maigres chances de Mathieu de faire le voyage. Evidemment, Bodmer ne va pas débarquer en Bleu, enfiler le numéro 10 et donner une fluidité zidanienne à la sélection française. Mais faire rentrer Bodmer dans un match de poule à l’Euro, c’est l’assurance d’avoir un joueur avec le talent et les couilles nécessaires pour mettre un petit pont à Lampard ou Zlatan et enchaîner sur une grosse frappe qui démangerait soixante millions d’âmes en attente de vibrations. Nous faire rêver, nous divertir et puis surtout nous rendre fiers. Montrer au reste de l’Europe que la France aussi produit des joueurs frissons, vendre les mérites de notre belle Ligue 1. Rajoutez Ben Arfa et Trezeguet, et les Bleus deviendraient même une équipe sacrément sexy.

Le débat ne se situe ni sur son niveau de jeu (largement international, jurisprudence Alou Diarra), ni sur son expérience (jurisprudence Valbuena), mais plutôt sur l’enthousiasme. Vulgairement dit, nous parlons du kiff des Français. Après le niveau d’enthousiasme atteint en 2008 et 2010, l’équipe de France nous doit ce genre de surprise en 2012. Car l’enthousiasme, le rêve et l’espoir restent de loin les éléments les plus importants lorsqu’un pays joue une compétition internationale. Pour une sélection qui sort dès la phase de poule, une telle compétition ne dure que 270 minutes, soit 4h30 seulement. Pas grand chose. Rien à côté de toutes les heures que le peuple Français passera à penser aux possibilités et au potentiel de cette équipe. Toutes ces heures passées à imaginer la formation, le parcours des Bleus ou même à jouer virtuellement avec l’équipe. Une équipe fait rêver à partir de là, à partir de ces moments où les « et si… » savent si bien nous envoyer au paradis. Sélectionner Bodmer, Ben Arfa et Trezeguet (pas forcément titulaires) permettra d’offrir ce potentiel de rêve essentiel aux supporters des Bleus.

Bien sûr, l’Espagne a remporté le doublé Euro-Mondial sans Guti. Mais la Roja a eu la chance de pouvoir compter sur des joueurs à la fois hyper performants et hyper enthousiasmants. Prenons plutôt l’exemple de l’Italie. Peu importe la piètre performance de la Squadra Azzurra en Afrique du Sud, les seules présences de Cassano et Balotelli  font très facilement croire à l’impossible pour le mois de juin. Il est certain que Bodmer n’est ni Fanantonio, ni Supermario. Mais il est tout aussi sûr que l’aisance de Bodmer est capable de surclasser les milieux de terrain anglais, suédois et ukrainiens, ce qui n’est pas le cas de celle de tous ses concurrents… « Un joueur fantastique« , comme dit Carletto.

Bodmer à l’Euro, un choix raisonnable ?

Alors bien sûr, Bodmer ne fait pas (encore) partie du groupe France et ne compte qu’une seule sélection en A’, mais que vaut la raison face au rêve ? La raison, parlons-en. Trois arguments vont à l’encontre de la sélection du « frère blanc » de Bernard Mendy : une expérience inexistante en Bleu, un âge avancé pour un début (le classique « il a laissé passer sa chance, laissons de la place aux plus jeunes pour le futur ») et une présence pas automatique dans le 11 parisien. Sauf que, premièrement, il est difficile de douter de la capacité d’adaptation d’un bonhomme comme lui (un joueur qui à 21 ans rachète son propre contrat pour quitter Caen), qui connaît bien mieux le très haut niveau que nous voulons bien le croire (photo et photo). Deuxièmement, Marcos Senna avait 32 ans à l’Euro en 2008. Enfin, Bodmer arrivera peut-être à l’Euro avec un nouveau titre de Champion de France. Maturité, confiance et peur de rien. Sans oublier de rajouter que 190 centimètres et 90 kilos supplémentaires pourraient s’avérer utiles à l’heure d’aller affronter des vikings, des ukrainiens et des rosbifs.

Au mieux, si l’équipe de France continue sur sa lancée des matchs amicaux (rappelons les victoires sur l’Angleterre, le Brésil et l’Allemagne) et parvient à allier solidité et efficacité, Bodmer chauffera le banc et apportera de nouvelles options dans le cas d’une impasse ou de difficultés. Au pire, si les Bleus sont pathétiques et confondent solidité et peur de jouer, alors les gestes et le jeu décomplexé de Bodmer nous mettront du baume au cœur, voire plus…

Parce que l’équipe ne doit pas être divisée en deux, parce que la fantaisie ne doit pas être la propriété exclusive des numéros 7, 9, 10 et 11, nous espérons voir Bodmer en bleu en juin. Et même si c’est extrêmement improbable, il n’est pas interdit de rêver. Imaginez…

Markus

PS : Le titre de l’article fait référence à la chanson « Hold on » de Sean Paul, reprise par le camp socialiste lors de la campagne présidentielle (le fameux « Hollande to the dream » )

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Protéger Pastore, un enjeu national

Octobre 2011. A peine une dizaine de matchs de Ligue 1 dans les yeux et Javier Pastore a déjà marqué six fois. Le trophée UNFP de meilleur joueur du mois de septembre lui revient alors justement, triste révélateur de l’injustice que subissent ses collègues. Il y a Pastore, et il y a les autres, Lisandro et Hazard compris. Pour décrire le talent argentin, les siciliens répètent en sanglots le même discours depuis six mois : « La classe non è acqua ». L’impact de El Flaco en Ligue 1 démontre bien que le talent ne se partage pas, il s’exhibe.

Collectionnant petits ponts et actions mêlant l’élégance et la force de l’Argentine de Darin, le cordobés se montre décisif face à Toulouse, Brest, Evian, Nice, Montpellier et Lyon. Le tout malgré une préparation physique estivale de dix jours, la fatigue d’une Copa América, l’adaptation à une nouvelle culture du football, la barrière de la langue, le système de Kombouaré. Et surtout malgré la pression des snipers français prêts à dégainer un headshot au moindre écart. Javier déroule, assassine Lyon au silencieux et détruit Montpellier au fusil à pompe. Presque trop facile. Puis, Pastore enchaîne trois matchs médiocres. Et là, c’est le drame.

Suivez Carlo

C’est indéniable, Pastore a été mauvais sur certains matchs et sur de nombreux bouts de matchs cette saison. Inconstant sur quatre-vingt dix minutes, parfois transparent durant une demi-heure, le génie a montré certaines limites. Que ce soit dû à son niveau intrinsèque ou alors à son placement dans la formation parisienne, le débat reste ouvert. Mais peu importe, l’essentiel est ailleurs. Comme Zlatan au même âge, comme le jeune Zizou ou encore Cristiano à ses débuts, Pastore est encore en train d’apprendre. S’il était écrit que ces joueurs allaient tous devenir des grands Jedi, ils ont pris leur temps pour apprendre à maîtriser la force. Et Ancelotti semble avoir bien défini sa stratégie, comme prévu. « Quand Pastore est entré, le rythme et la qualité de jeu se sont améliorés », disait Carlo dimanche soir après le duel contre Montpellier. On a tous vu les vingt minutes de Pastore et ses quelques contrôles ratés : ce que dit le Mister est loin d’être évident. Carlo protège son génie avec brio. Reste à voir si les médias français, qui ont eu faux sur toute la ligne jusque là, sauront suivre Carletto sur la route de l’intérêt général : protéger Pastore à tout prix.

Tout faux à son arrivée en doutant ouvertement de sa valeur, puis ensuite en gesticulant au moindre petit pont, et enfin en le critiquant durement lorsqu’il connaissait des difficultés. Trop d’erreurs pour un enjeu si capital. L’arrivée de Pastore en France, le test ultime pour notre championnat : une opportunité fabuleuse de grandir vite, non seulement derrière ce PSG ambitieux, mais aussi en ouvrant nos portes à de jeunes joueurs cherchant à confirmer dans un championnat où la pression est moins importante que chez nos voisins. Il y a un sacré coup à jouer. Est-ce qu’un « beau joueur » peut réussir (facilement) ici ? Est-ce qu’un jeune talent international peut vraiment apprendre sans (trop) souffrir ? Et surtout est-ce qu’une telle star peut prendre du plaisir dans notre championnat ? Après six mois, il semble que non. Et ce n’est sûrement pas de la faute de l’artiste.

Les médias français ont simplement oublié de faciliter l’adaptation de Pastore. Il aurait fallu une mise au point dès le départ : Pastore n’est pas un colon venu en France pour faire le malin, voler la vedette à nos champions français ou encore prendre notre argent (qui n’est pas le nôtre, d’ailleurs). Pastore vient pour devenir un champion et, par la même occasion, faire briller le football français en Europe. Gagner des titres, acquérir de l’expérience, grandir, et nous avec. A partir de là, pourquoi tant de doutes, de rumeurs de rivalités dans le vestiaire et de tentatives de déstabilisation ? Il aurait fallu être clair : « Javier, tu es le bienvenu, fais comme chez toi tu as carte blanche, on sera là dans les bons et les mauvais moments. Merci d’avoir choisi notre championnat ». Attention, il n’est pas dit que n’importe quel joueur proclamé star quelque part doit exiger un respect sans conditions à la France du football, et d’ailleurs des échecs par problèmes d’adaptation ou par manque de niveau sont souvent arrivés dans notre championnat très exigeant. Ayant un génie entre les mains, les médias devraient tâcher de le faire briller quand l’eau est calme, et de le protéger quand les premières vagues s’élèvent.

Oser la passion

Il faut dire aussi que Pastore a involontairement touché l’orgueil de tout un pays – qui plus est peu hospitalier avec les talents étrangers ces temps-ci – prêt à s’indigner dès la première insolence. Pastore place des petits ponts en veux-tu en voilà et fait croire à tout le monde que c’est facile. Les plus susceptibles se sont sentis offensés, forcément ! Riche, talentueux, beau gosse, Pastore est une cible de choix. Il doit échouer, sinon c’est louche. Quelque part, les médias français n’attendaient que ça, de le voir mauvais, de le voir lent, de le voir échouer. Par peur, sans doute. Avoir une star du football dans notre championnat, cela serait trop compliqué à gérer ? Cette fameuse crainte de devenir grand, cette autosatisfaction dans le médiocre, dans le connu, il est temps de s’en séparer. Il n’y a pas d’autre option valable que de prendre le risque de protéger Pastore coûte que coûte, quitte à le voir échouer. Pour gagner un pari, il faut d’abord oser le prendre.

Le jeu de El Flaco a même provoqué des débats. Le supporter français peut être exigeant, mais entendre dire que l’artiste Pastore n’est pas assez accrocheur dans un pays qui fait passer Nadal pour un boucher, cela fait sourire. Refuser à tout prix de tomber amoureux des joueurs qui jouent en marchant et qui font gagner leur équipe sur des coups de génie, c’est renier l’essence du football, le sport aux 0-1 injustes. Un peu de romantisme ne nous ferait pas de mal. Demander à Pastore de faire le pressing, et puis quoi encore ? En vouloir à Pastore de ne pas courir assez, c’est un peu comme reprocher à l’acteur principal d’un film de se reposer entre les prises.

En fait, cet accueil maladroit est la confirmation de ce que l’on savait déjà : en France, il n’existe ni ce respect qu’ont les Anglais pour les professionnels, ni cette admiration des Italiens pour les calciatori et encore moins cette folle passion du football qu’ont les Espagnols. Chez nous, le footballeur n’est ni un professionnel, ni un chevalier et encore moins un héros. Sans vouloir dresser un sombre tableau de la situation du ballon rond dans notre pays, la France (d’aujourd’hui) n’aime pas tant que ça le football et le sport en général, et il est d’usage courant de se permettre de remettre en cause gratuitement un professionnel sans choquer personne. Malgré cela, la base de footeux a toujours été suffisante pour faire naître de très belles histoires, du Reims de Kopa aux duels Paris-Marseille des années 90, en passant par les Verts de Platini. Alors faisons en sorte de réunir les conditions de création d’un joli conte en ces années 2010, et protégeons Pastore.

Savoir gérer les grands joueurs

Forcément, un jeune joueur qui met l’Europe à ses pieds est un sale gosse. Autrement, ce serait louche encore une fois. « Encore jeune et immature », dit Antoine Kombouaré. L’homme, sans doute. Et le joueur ? En accordant plus d’importance à son système de jeu, AK a relativement gâché le joueur et complètement frustré l’homme.

En Ligue 1, il nous manque encore cette aptitude à traiter, gérer et faire jouer les fuoriclasse. Les mettre dans les bonnes conditions, en prendre soin, admirer leur talent et respecter leur travail. Tout ce qui fait que Ribéry s’éclate en Allemagne et que Ben Arfa se voit offrir une occasion d’exploser outre-Manche. Il s’agit de prendre du recul, et Ancelotti est un expert en la matière. Tout le monde n’est pas Cristiano ou Eto’o, capables de s’imposer dans n’importe quel vestiaire et sur n’importe quelle pelouse. Certains de ces top players ont besoin d’un traitement particulier. Il faut parfois leur faire la place qu’ils ne savent pas se créer tout seuls, et la réussite de Messi au Barça en est l’exemple le plus grandiose.

Ce discours ne s’arrête pas aux stars étrangères, peu nombreuses finalement. Les grands joueurs français ne sont pas non plus restés longtemps au pays. Ils sont même étonnamment peu nombreux à être revenus, et encore moins nombreux à avoir été heureux de revenir. Trop souvent, les grands joueurs assez courageux pour revenir sont accusés de venir pour rouler des mécaniques et récolter les chèques. Ils ont gagné de l’argent sans payer leurs impôts en France, ils sont forcément très méchants ou très bêtes, voire les deux. Trezegol en est à son troisième club depuis son départ de la Juve, et on ne peut que constater qu’il s’éloigne de plus en plus de l’hexagone (Espagne, Qatar, Argentine), et pas forcément pour l’argent.

Quitte à mettre notre orgueil de côté, l’arrivée de Pastore aurait dû déclencher une métamorphose. Oui, un club français a déboursé 42M€ pour se payer un simple joueur de football. Jeune, étranger, ne parlant pas français, bref, avec tous les défauts du monde. L’occasion de s’adapter, de se montrer et de grandir, enfin. Malgré des débuts houleux, ce n’est pas trop tard et Ancelotti pourrait bien assumer un rôle de guide, à condition que la presse ne prenne pas en grippe El Flaco dans le cas de performances décevantes dans les semaines à venir. En France, les joueurs des autres championnats européens ont longtemps été adulés pendant que les « locaux » étaient méprisés. En faisant le choix de la Ligue 1, Pastore nous a offert une belle opportunité de bouleverser les mentalités. Ne prenons pas le risque de la gâcher. A moins que certains croient encore que notre championnat sortira gagnant d’un échec de Pastore…avant de le voir exploser à Chelsea sur Canal + Sport, un sourire médiocre aux lèvres.

« Exilé sur le sol au milieu des huées, ses ailes de géant l’empêchent de marcher ». Sans protection, notre Albatros risque bien de s’envoler vers d’autres cieux…

Markus

Le Grand Paris de Leo


Un demi-été. C’est ce qu’il a fallu à Leonardo pour retransformer le Paris Saint Germain en grand club. Le Brésilien est arrivé et a pu, merci aux qataris, directement appliquer les principes appris au Milan et à l’Inter : l’objectif principal d’un club de football n’est ni de gagner de l’argent, ni de remporter des titres. C’est de vendre du rêve à un maximum de personnes, d’abord les supporters traditionnels de ce club, et puis le reste du monde. En France, personne ne l’avait encore compris, ou plutôt tout le monde l’avait oublié.
 
 
Au départ, si les clubs se disputent les « âmes neutres » pour les convertir à leurs couleurs, ce n’est pas pour vendre plus de maillots, mais pour exercer plus d’influence. Le football est source de pouvoir, et non d’argent. Et Russell Crowe nous a tous appris que pour prendre le pouvoir, il n’y a rien de mieux que de se faire aimer par la foule. Voilà pourquoi il fallait ramener à Paname des authentiques vendeurs de rêve et d’enthousiasme, des artistes, cracks ou autres fuoriclasse… C’est un ouragan de fantaisie qui va réveiller Paris.
Aujourd’hui, quelle est la condition nécessaire et suffisante pour être considéré comme un grand club ? Jean-Michel Aulas dirait que c’est de participer chaque saison à la Champions League. En Espagne, Séville, Villareal et Valence sont des grandes équipes et au moins une d’entre elles est exclue de la CL chaque saison. En Angleterre, on peut aujourd’hui parler de Big Six (United, City, Chelsea, Arsenal, Liverpool, Tottenham), d’où deux exclus.
 Car les grandes équipes ne se construisent qu’en partie sur les résultats. Le reste, c’est un imaginaire créé par l’empreinte laissée par les joueurs sur les fans. Une marque qui restera à jamais dans l’esprit de passionnés. Prenons le Lyon de 2000-2007. On ne se rappellera de leurs records de points ou de leurs 7 titres d’affilée qu’à titre anecdotique. Ce qui fera surgir chez nous une émotion passionnelle dans quelques années, ce sont avant tout les coups-francs de Juninho, les remontées de balle de Govou, la puissance d’Essien ou les passements de jambes de Benzema. Si l’on dit toujours que les titres se jouent sur des détails, c’est peut-être bien parce que finalement le titre est un détail de l’Histoire. L’Histoire, c’est les joueurs, les manières de l’entraîneur, le caractère du Président, le flair du directeur sportif, l’atmosphère qui entoure l’équipe et le club.



 
Etre une grande équipe, c’est donc vendre du rêve à ses fans dans un premier temps, et conquérir les fans du monde entier dans un second temps. Et pas besoin de Champions League pour cela, comme l’ont montré Porto, Villareal ou Naples l’an dernier, mais plutôt de types comme Falcao, Hulk, Rossi, Nilmar, Cavani, Hamsik ou Lavezzi. De la jeunesse, de l’arrogance, des buts, du style, du talent. Les jeunes Allemands, Hollandais ou Suédois amateurs de Fifa joueront plutôt avec Paris ou Marseille cette saison ? Préféreront-ils mettre des grigris indécents avec Pastore et Menez ou plutôt des récupérations-passes en retrait avec Alou Diarra ? Cela peut paraître idiot, mais le plaisir de jouer avec une équipe sur PES ou FIFA a aujourd’hui une importance non négligeable dans le fun qu’apporte cette équipe aux fans de football internationaux. Et l’arrivée de Pastore va certainement propulser Paris dans une nouvelle dimension au niveau de l’influence internationale. A quand une pré-saison en Chine, par exemple ?

Leonardo a compris tout cela mieux que personne en France, et n’a pas tardé à remettre le PSG sur la carte du football européen. Un rapide coup d’œil la liste des joueurs approchés par Paris cet été démontre cette recherche de joueurs talentueux à personnalité : Nagatomo, Ganso, Kaka, Forlan, Milito… Leonardo sait très bien que la personnalité des joueurs est importante pour le bien de l’intérieur du groupe, mais il sait aussi qu’elle est vitale pour l’image extérieure du groupe. Il veut des joueurs qui amènent de l’émotion dans les tribunes, des joueurs qui ne peuvent laisser indifférents, qui marquent les esprits. Les chants milanistes en l’honneur de Kaka seront chantés jusqu’au prochain siècle chez les rossoneri… L’image du Principe à Madrid lors de la finale de Champions League 2010 restera gravée à travers des générations d’intéristes. Sans parler de l’impact de Diego Forlan sur tout le peuple uruguayen…
 
 
Paris n’a pas retrouvé de franchise player depuis Pedro Miguel
 
Un joueur évoluant dans une grande équipe doit aujourd’hui être international ou prétendre sérieusement à le devenir (ou l’avoir été pour le cas des vétérans). A Paris, il n’y a plus de place dans le 11 titulaire pour des Jérémy Clément, des Luyiundula ou des Maurice car ce ne sont tout simplement pas des joueurs de grand club. Sirigu est international italien. Pastore international argentin. Matuidi international français. Sissoko international malien passé par Liverpool et la Juventus. Menez international français passé par la Roma. Gameiro est international français et aurait pu être en train de planter à Valence à l’heure qu’il est. Bisevac est international serbe. Lugano est le capitaine de l’Uruguay. Chez tous ces joueurs, on retrouve également un certain sens de la grinta, ce qui manquait à Sessegnon, le dernier avant Nêne à avoir fait rêver le Parc durant quelques mois d’hiver 2008. Des guerriers derrières, des artistes devant. Emotions garanties.

Le PSG a maintenant les joueurs pour marquer l’Histoire, il lui faut un entraîneur. Oui, Kombouaré est un bon coach. Il l’a prouvé avec Valenciennes d’abord, et ensuite avec Paris l’an dernier : arrivé dans un contexte compliqué, il a su donner à cette équipe une identité de jeu et de bons résultats au vu des moyens qu’il avait à sa disposition. « Un bon entraîneur, c’est un entraîneur qui sait tirer le maximum de ses joueurs », dit le génial Unai Emery. On peut dire que Kombouaré a fait son job, au vu de la qualité de l’effectif parisien 2009-2011, et surtout de la profondeur de son banc… Quand vous faites joueur Jean-Eudes Maurice titulaire en Coupe Européenne, il faut vraiment avoir confiance en son système. « L’équipe qui produit le plus beau jeu de Ligue 1 – avec Lille » pouvait-on entendre en janvier dernier.
Mais Kombouaré n’a pas la notoriété, le charisme ou la vision de grand club qu’a un prétendant comme Ancelotti. Oui, Kombouaré pourrait gagner le titre avec Paris dès cette saison, et peut-être même l’Europa League. Mais Ancelotti aussi, et en mieux. C’est-à-dire en faisant la Une de la Gazzetta, en provoquant la réalisation d’un reportage sur le PSG par Sky Sports et en donnant immédiatement une stature internationale au PSG 2011-2012. Il serait une figure supplémentaire au grand club que redevient Paris. Le Barça a Messi et Guardiola. Manchester a Ferguson et Rooney. Aujourd’hui, Paris a Pastore et… Leonardo, mais la figure du brésilien ne devrait pas bouffer celle du coach. En attendant un grand nom, Ancelotti, ou un autre. Et tant pis pour Kombouaré. Le club est au-dessus des individualités.
 
 
 
 
 
Paris a maintenant retrouvé (presque) tous les attributs d’un grand club. La ville extraordinaire. Le stade mythique. L’Histoire magique. Les grands joueurs passés. Le maillot Nike. Un certain appeal au Brésil ou aux Balkans…mais Paris n’a plus de supporters.
Avant Leproux, « Paris avait des joueurs de merde et un public incroyable. Aujourd’hui, Paris a un public de merde et des joueurs incroyables », témoignait Alex, ex-abonné d’Authentiks, à la sortie du Parc après la victoire sur Valenciennes (2-1). L’actuel public du PSG, plus habitué au Stade de France ou à Bercy qu’au Parc, n’est pas digne de voir évoluer ce grandiose Paris Saint Germain, comme l’ont montré les sifflets pour Menez contre Valenciennes… Un joueur qui délivre une passe décisive, élimine à plusieurs reprises trois joueurs adverses et demande à ses coéquipiers de venir fêter les buts en-dessous des virages (ou ce qu’il en reste), le Parc l’aurait acclamé. Ces « nouveaux parisiens », ceux qui ont certainement toujours associé la porte d’Auteuil à Roland Garros plutôt qu’au Parc, mettent mal à l’aise.
Espérons que Leonardo sache aussi ramener les passionnés chez eux, dans leur Parc.




Markus