Les Oubliés : Adriano, Gascoigne et Scirea

Dans cette rubrique, retrouvez chaque mercredi le portrait et les meilleures vidéos de trois joueurs plus ou moins oubliés qui ont pourtant marqué leur époque. 
Cette semaine : Adriano Leite Ribeiro, Gaetano Scirea et Paul « Gazza » Gascoigne.



 

Adriano Leite Ribeiro, l’Imperatore

Le plus grand gâchis de la dernière décennie. Ce mec là aurait pu entrer dans l’Histoire du football mais s’est contenté de rester une promesse éternelle. La faute à un caractère fragile et influençable qui a pris le dessus sur ses qualités techniques et athlétiques indiscutables. C’était un attaquant complet, moderne, doté d’une frappe hors du commun et d’un pied gauche magique. Mais surtout il dégageait une puissance physique énorme (1m90 pour près de 90 KG) qui le rendait inarrêtable.

14 août 2001, Stade Santiago Bernabéu, Adriano se présente à ses nouveaux supporters intéristes. Entré à la 78ème minute du match amical Real Madrid – Inter de Milan, l’Imperatore di Milano rend complètement fous les légendaires défenseurs madrilènes de l’époque. Grand pont à Helguera, crochet à Fernando Hierro, personne ne semble pouvoir l’arrêter. A la 91ème minute de jeu, cerise sur le gâteau, il envoie un coup franc dans la lucarne de Casillas et fait taire tout un stade. Une frappe monstrueuse qui atteint la vitesse de 150 km/h et qui permet aux nerazzurri de remporter le trophée Bernabéu. Un extra-terrestre a fait ses débuts dans la planète football.

Mais, malgré cette performace, Adriano n’arrive pas à s’imposer tout de suite comme titulaire indiscutable dans le onze de Cùper. L’Inter décide donc de l’envoyer en prêt à la Fiorentina pour la fin de la saison 2001/2002 et à Parme l’année d’après. Deux ans d’exil durant lesquels l’imperatore marque 32 buts en club et s’affirme comme la prochaine grande star de la Seleçao en scorant deux fois lors de Coupe des Confédérations 2003. Le lent mais inéluctable déclin de Christian Vieri pousse Moratti à rappeler Adriano à Milan. Et là c’est l’explosion. Il forme avec “Oba Oba” Martins la paire d’attaquants la plus excitante et imprévisible de la Serie A et relègue l’inimitable Bobo Vieri au statut de remplaçant. Il entre définitivement dans le coeur des intéristes lors de la dernière journée du championnat 2003/2004. A Empoli, il met un superbe doublé qui qualifie l’Inter au tour préliminaire de la C1 et sauve la saison de son équipe.

Le triomphe en Copa America 2004 et la première partie de la saison 2004/2005 représentent donc le sommet de la carrière du brésilien. Il est de loin l’attaquant le plus sexy sur le Vieux Continent et Moratti se permet même de refuser une offre de 100 millions d’euros de la part d’Abrahamovic. Adriano est décisif et accumule les performances sensationnelles, comme son but Maradonesque contre l’Udinese en championnat.Une chevauchée de 70 mètres qui se termine par une frappe imparable à la gauche de l’impuissant De Sanctis.
 
Puis tout d’un coup, la magie se termine, le succès lui monte à le tête. Le garçon des favelas de Rio n’arrive pas à gérer son immense notoriété. L’Hollywood, la boîte de nuit milanaise à la mode, devient sa deuxième maison où il enchaîne les soirées arrosées. Suite à la mort de son père en 2005, il devient dépressif et s’enfonce encore plus dans le monde de la nightlife milanaise. L’alcool et les drogues sont ses solutions pour faire face à son deuil. Malheureusement, ses performances sur le terrain réfléchissent sa vie nocturne déchaînée. N’est pas Maradona qui veut. Adriano perd sa place de titulaire et n’est que l’ombre de ce qu’il fût un temps. Il se justifie avec l’argument classique des brésiliens éxilés en Europe : la saudade, la nostalgie de son pays. Mais le problème est bien plus grave, l’Inter lui propose même les services d’un psychologue, rien n’y fait. Son but (de la main) lors du derby milanais en Mars 2009, restera son dernier grand accomplissement en noir et bleu. Malgré une brève résurrection sous les couleurs de son club formateur, le Flamengo, Adriano n’arrivera jamais à retrouver son vrai niveau. Aujourd’hui au Corinthians, l’ex Imperatore continue à faire parler de lui pour ses exploits en dehors du terrain plutôt que pour ses buts. Une triste fin pour un garçon doté de qualités extraordinaires mais d’une fragilité désarmante.

 
 

Gaetano Scirea

Formé à l’Atalanta de Bergame, Gaetano Scirea est un monstre sacré du football italien et son palmarès le prouve : 7 Serie A, 2 coupes d’Italies, 1 Coupe de l’UEFA, 1 Coupe des Coupes, 1 Ligue des Champions mais surtout le mundial 82 gagné par la Squadra Azzurra. Il a fait partie de la Juventus la plus mythique de tous les temps, celle des Zoff, Gentile, Cabrini, Tardelli, Platini, Boniek et avec un certain Giovanni Trapattoni sur le banc. Jusqu’à l’arrivée de Del Piero, c’était le recodman absolu des matchs disputés avec le maillot bianconero, 552. Des chiffres impressionnants qui justifient le statut de légende qu’on lui attribue en Italie.
 
 
 
Mais les statistiques ne suffisent pas à cerner le personnage. Elégant et raffiné, Scirea avait une classe incroyable qu’il maintenait à tout moment, sur et en dehors du terrain. Enzo Bearzot, sélectionneur de l’Italie championne du monde en 1982, dit de lui : “Gaetano est un modèle sous tous les points de vues : technique, stylistique mais surtout au niveau du comportement”. Avec le Kaiser Franz Beckenbauer, il a grandement contribué à la révolution du poste de libéro, en lui donnant un caractère plus offensif. C’était lui qui commençait les actions de son équipe, qui donnait le rhytme du match et même qui offrait des passes décisives à ses coéquipiers. Une sorte de Pirlo des années 80’mais positionné derrière la ligne des trois défenseurs, et non pas devant. D’ailleurs, on se rappelle que ce fût Scirea qui offra la dernière passe à Tardelli pour le 2-0 de l’Italie en finale contre l’Allemagne en 1982. Il a même inscrit 27 buts lors de sa longue carrière, symbole d’un défenseur qui aimait aller vers l’avant.

Malheureusement, la fin de ce grand joueur est tragique. Le 3 Septembre 1989, alors qu’il vient d’être nommé nouveau recruteur de la Juve, Scirea est envoyé en Pologne pour observer les futurs adversaires des italiens en Coupe de l’Uefa, le Górnik Zabrze. De retour vers Varsovie pour prendre son vol direction Turin, la Fiat 125 dans laquelle il voyageait prend feu suite à un accident de la route. Quelques heures après, malgré une course folle à l’hopital, il meurt succombant à ses blessures.

Mais, malgré sa carrière liée aux couleurs de la Juventus, Scirea fait encore aujourd’hui l’unanimité au sein du monde footballistique italien. Peu importe l’équipe supportée, tout le monde est d’accord pour dire que Gaetano est un emblème du football transalpin en général, un gentleman, une figure qui va au-delà des rivalités entre clubs et qui rend honneur à la tradition centenaire du sport italien.


 

Paul “Gazza” Gascoigne

Considéré, à juste titre, comme l’un des joueurs les plus doués de sa génération, “Gazza” est sans aucun doute le plus aimé par les supporters anglais. Et ce malgré n’avoir jamais vraiment exprimé son plein potentiel. Mais alors pourquoi jouit-il d’une si grande popularité?

Tout simplement parce que les moments clés de sa carrière se sont déroulés en équipe nationale. En 1990, lors du Mondial en Italie, l’Angleterre de Bobby Robson atteint les demi-finales d’un championnat du monde pour la première fois depuis son triomphe en 1966. Malgré les buts de Gary Lineker et l’expérience de Peter Shilton, LA vraie star anglaise est un jeune milieu offensif de 23 ans nommé Paul Gascoigne. Rapide, technique et muni d’une grande vision de jeu, “Gazza” est l’élément essentiel du dispositif de Robson, celui qui crée la magie et qui ouvre les défenses adverses. En demi-finale contre l’Allemagne, les fans anglais tombent définitivement amoureux de leur numéro 8 qui prend un cruel carton jaune en prolongations qui le priverait d’une éventuelle finale. Paul se met à chialer comme un gosse sur le terrain, déchiré par la décison de l’arbitre. Malgré cela, il continue à disputer un excellent match que son équipe perdra aux penaltys. Ses larmes symbolisent celles de tout un peuple qui échoue encore une fois à quelques gradins du paradis. Cet épisode rentre tout de suite dans l’imaginaire collectif anglais, les supporters s’identifiant dans le désespoir de leur idole “Gazza”.

Episode numéro deux, six ans plus tard, lors de l’Euro 1996 disputé en Angleterre. Les anglais sentent que c’est leur Euro, ils doivent et vont le gagner. 30 ans exactement après la victoire de 1966, le temps est venu pour montrer au monde que Football is coming home. Le match le plus attendu des poules est le derby britannique Angleterre-Ecosse. Et là, bien sûr, Gascoigne signe une prestation exceptionnelle, couronnée par un but magique en reprise de volée suite à un sombrero sur un défenseur écossais impuissant. “Gazza” offre un autre moment mythique aux 80000 supporters anglais présents à Wembley. Encore une fois, l’Angleterre s’arrêtera en demi-finale, toujours contre ces terribles allemands, qui auront l’audace de soulever le trophée à Londres, capitale de la patrie du football.

Au niveau de club, ses années les plus brillantes sont, ironiquement, en Ecosse avec les Rangers où il marque 39 buts en 3 ans. Il est passé un peu partout, commençant à jouer à Newcastle, pour ensuite expérimenter la Serie A avec la Lazio et finir sa carrière au Gansu Tianma en Chine. Un parcours atypique pour un joueur extraordinaire mais freiné par ses fameux problèmes avec l’alcool, la fête et les femmes. Aujourd’hui “Gazza” lutte encore contre ses problèmes de santé et a risqué plusieurs fois sa vie. Il est en train de combattre sa plus grande bataille, son addicition à l’alcool. Bonne chance, Paul.
 

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