Les Oubliés : Suker, Stam et Makaay

Dans cette rubrique, retrouvez chaque mercredi le portrait et les meilleures vidéos de trois joueurs plus ou moins oubliés qui ont pourtant marqué leur époque.
Cette semain
e : Davor Suker, Jaap Stam et Roy Makaay.
 
 
Davor Suker, The Patriot
 
La Croatie a deux dates de naissance : 1991 pour la déclaration d’indépendance et 1992 pour la reconnaissance internationale. En football, c’est pareil : 1996 pour la déclaration d’indépendance (seule équipe ex-yougoslave présente à l’Euro anglais) et 1998 pour la reconnaissance internationale (demi-finaliste au Mondial). Les deux fois, Davor Suker conquit le monde entier en chef d’Etat.
 
Davor Suker fait partie de ces grands attaquants qui n’ont pas pris le temps de rigoler : 0.52 buts par match sur 19 ans de carrière en club, dans quatre championnats différents. En comparaison, Thierry Henry en est à 0.42 en 16 ans. Suker aura surtout fait le plaisir de la aficion du FC Seville durant cinq saisons (1991-1996) puis du Real Madrid (1996-1999), succédant à Ivan « l’Hélicoptère » Zamorano à la pointe de l’attaque merengue, avec laquelle il remporte la Ligue des Champions en 1998. Mais malgré une centaine de buts marqués en Liga, Davor Suker aura surtout marqué les esprits avec la sélection de son pays, la Croatie. 
 
A notre époque, la carrière internationale est largement mise de côté, comme en témoigne la désignation de Messi pour le Ballon d’Or 2010. Alors que les carrières en club servaient auparavant de tremplin pour briller en sélection, au “niveau supérieur”, les sélections sont devenues moins importantes, parfois même dérangeantes. Messi en est à 17 buts en 62 matchs, Rooney n’en a planté que 28 en 72 matchs et Zlatan n’en a mis que 28 en 71 rencontres. Et la liste est longue de ces icônes du football moderne, pourtant incapables de porter leur pays là où leur talent devrait l’emmener. Des mecs comme Klose ou Podolski se font de plus en plus rares.
 
Dans cette perspective, Davor Suker ressemble à un ovni. Ou plutôt un héros. 45 buts en 69 matchs, soit 0.65 buts par match. Meilleur buteur du mondial 1998 (6 buts en 7 matchs), membre de l’équipe All-Star de l’Euro 1996, 2e meilleur buteur à l’Euro 1996 (3 buts). Record de 12 buts en 10 matchs de qualification pour l’Euro 1996 ! Le genre de mec qui se transcende quand il joue pour sa nation, symbole d’une génération de joueurs des Balkans dont les frères, cousins, pères et oncles ont fait la guerre. Alors que « représenter son pays » ou « porter son drapeau » sont des expressions qui semblent parfois avoir perdu leur sens dans le football moderne, la carrière de Davor nous rappelle la magie des compétitions internationales. Son lob mythique sur Schmeichel en 1996 ou encore son but contre l’Allemagne en quarts du mondial 1998 (3-0) resteront gravés dans les mémoires.
 
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Jakob « Jaap » Stam
 
 
Eh oui, Jaap Stam s’appelle en fait Jakob Stam. Un nom d’origine hébraïque, qui aurait pu s’y attendre ? Terrifiant et intimidant, Jaap Stam faisait tellement peur qu’il aurait fait passer Vidic pour un mec cool.
 
Terrifiant certes, mais terriblement bon, élu deux fois meilleur défenseur de la Champions League en 1998 et 1999. Quand on connaît son impact à United, il n’est pas étonnant de voir qu’il est devenu en 1998 le joueur Hollandais le plus cher de l’histoire (record battu, bien entendu). Plutôt gratifiant pour un défenseur central quand on connaît la tradition offensive des bataves. En trois saisons de Premier League, le Red Devil remporte trois championnats et la Champions League de 1999, étant l’artisan défensif principal de l’incroyable treble. Bien entendu, il participe grandement aux 45 matchs d’invincibilité du Manchester de l’époque, symbole d’une équipe injouable.
 
Suivent cinq saisons dans le football italien. Trois avec la Lazio, où il fait bien plaisir aux laziale, qui l’utilisent comme représentant principal de la virilité de leur club (vidéo), à une époque où le maillot Kappa de Totti&Co est encore une nouveauté. Et forme surtout avec Nesta un duo magique en 2001-2002, sorte de remake de La Belle et la Bête. Puis à 32 ans, il rejoint Alessandro pour deux saisons au Milan AC, avec qui il atteint à nouveau la finale de la Champions League, mais s’incline face à Liverpool. Au moins, on pourra dire que le mec a bien choisi ses finales : millésimes 1999 et 2005. Une fois du bon côté, une fois du très mauvais. Avec Stam, le Milan se permet d’aligner en défense : Maldini à gauche, Stam&Nesta dans l’axe et Cafu à droite…
 
Symbole d’une carrière bien menée, il termine son parcours à l’Ajax avec le brassard de Capitaine. Monsieur Propre n’aura jamais arrêté de faire les choses bien. Aujourd’hui, il est scout pour ManUnited en Amérique du Sud, ce qui doit être sympa, même si on le voit mal se passionner pour des petits dribbleurs do brazil.
 
En dehors du palmarès et des trois saisons incroyables avec Ferguson, Stam nous aura surtout marqué par sa gueule et son physique monstrueux. Jamais un sourire. Jamais un dribble. Jamais impressionné par les attaquants adverses (vidéo), il avait l’image d’un fou à lier qui aurait pu vivre dans une cellule et que l’on sortait seulement pour jouer au football, ou plutôt pour empêcher les autres de jouer (vidéo). Certainement l’un des seuls mecs qui aurait pu jouer du côté des méchants dans la pub Nike du Colisée…
 
Cliquer ICI pour voir la vidéo de Jakob « Jaap » Stam
 
Rudolphus « Roy » Antonius Makaay, Das Phantom
 
 
Le Fantôme. Un surnom ambigu pour un attaquant, qui rend pourtant hommage aux qualités de Makaay… Insaisissable, Roy Makaay pouvait surgir de nulle part et était impossible à attraper, donnant l’impression que les crampons des défenseurs adverses glissaient sur ses jambes. Avec un prénom comme ça, cela ne faisait aucun doute qu’il allait devenir un vrai démon pour les défenseurs adverses. C’était écrit. Résultat : 314 buts en un peu plus de 600 matchs pour le Vitesse, Tenerife, le Deportivo, le Bayern puis Feyenoord. Trois championnats différents (Pays-Bas, Espagne, Allemagne) dans lesquels il marque 95, 117 et 102 buts. Pas de problème d’adaptation pour Rudolphus, un mec qui ne se posait pas trop de questions devant le but. Reprise du droit, du gauche, enchaînement avec Diego Tristan, lucarne opposée, lob, , tête, extérieur, intérieur, coup-franc. Il savait tout faire. Et pourtant, on l’a oublié…
 
La preuve ? Quand Raul part en Allemagne, tout le monde lui prédit une adaptation longue et difficile. Un petit souvenir de Makaay aurait permis de voir qu’il est possible de claquer une centaine de buts en Liga et d’aller en claquer 100 autres en Bundesliga, sans temps d’adaptation. En fait, il y a une raison pour cet oubli. Makaay, c’est tout le contraire de Davor Suker : seulement 6 buts en 43 matchs de sélection… Pas facile de vivre à la même époque que Kluivert et Van Nistelrooy.
 
Mais il aura trouvé le moyen de marquer les esprits, et aura bien choisi le lieu du crime : la Champions League. Et oui, car dans nos souvenirs, Roy Makaay est avant tout le mec qui plantait des triplés en match de poule avec le Bayern, et celui qui enflammait le Riazor et humiliait la défense de Lens d’une reprise extérieur pied droit dans le petit filet opposé (vidéo). De 2002 à 2005, il plante 22 buts en 27 matchs de Ligue des Champions, avec deux équipes différentes. Soit une moyenne plus élevée que celle de Leo Messi sur les trois dernières saisons (0.8 but par match, 29 en 36 rencontres), pas mal. Et il s’en va avec le record du but le plus rapide de l’histoire de la compétition (9 secondes, vidéo). 
 
Tout naturellement, pour son dernier match avec Feyenoord, Roy plante un triplé. Trois buts « magnifiquement dégueulasses », dirait-on (vidéo pour les amoureux du genre). Il y a des mecs qui commencent leur carrière par un triplé (un certain Gignac, pour sa première titularisation), il y en a d’autres qui préfèrent la terminer de cette façon, histoire de se retirer en beauté. Coup du chapeau, Monsieur Makaay. 
 
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Markus
 
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