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Pepe, le Joker du Clasico

Présenté comme le grand méchant de l’équipe des méchants, le personnage Pepe a donné une dimension extraordinaire aux derniers Clasicos. Alors qu’en France, on se demande souvent si ce type est vraiment un joueur de foot, nous vous expliquons pourquoi c’est même le meilleur défenseur de la planète, et pourquoi il est indispensable au succès incroyable de la série des Clasicos. Batman n’a qu’à bien se tenir, le Joker revient…

Avril 2011, match retour du Clasico au Bernabéu dans une Liga qui est déjà dans les mains des barcelonais. Ce jour-là, Mourinho innove. En 1986, Beckenbauer (alors sélectionneur allemand) avait placé Matthaüs en chien de garde sur Maradona, mettant un attaquant, rapide et endurant, pour suivre à la trace le Pibe de Oro. Le fameux « comme cela nous jouerons à 10 contre 10 ». En ce mois d’avril, Mourinho nous la fait à l’envers. Si l’invention de Guardiola a révolutionné le jeu offensif avec Messi en« faux 9 », Mou va révolutionner le jeu défensif en instituant un« faux 4 ». Pepe est placé en position de milieu défensif, sorte de libéro avancé et détaché des taches de couverture. Son objectif : détruire toutes les attaques blaugrana passant par l’axe. Après avoir inventé l’Airbus intériste en 2010, Mou invente le bouclier mobile, sorte de tank destroyer hyper rapide.

Ce soir-là, les jambes de Pepe semblent avoir la taille du palmarès du Real et le brésilien-portugais met le pied sur tout ce qui bouge. Impassable, il bloque complètement l’axe barcelonais. Le match finit à un penalty partout. Mourinho, par Pepe, a détruit le Barça. Si bien que la Copa del Rey est remportée par le Real, et qu’à l’approche de la demi-finale de Champions League, le Real est (presque) favori. Jusqu’à que M. Stark expulse Pepe pour une faute qu’il n’a jamais commise, du moins. Certains (beaucoup) diront que le brésilien a mérité d’être expulsé pour l’ensemble de son œuvre. C’est idiot, ce serait comme dire qu’un attaquant qui a plusieurs fois touché le poteau mérite de marquer, et lui accorder un but non valable… Mais Pepe le sait, et il compte bien avoir sa revanche.

Le super-méchant

Dans tous les grands films de super-héros, il y a des super-méchants. Des types qui sont détestables de la tête aux pieds, sans aucune nuance. La manière avec laquelle Pepe a été assimilé à ce rôle est fascinante. Une tête d’alien fou, le crâne rasé, un regard d’enragé, un corps maigre, une allure quelque peu repoussante. C’est le Joker de Batman, version Clasico. Diaboliquement génial. Si Messi est le fils de Dieu, Pepe est certainement celui du Diable. On oublie rapidement que le mec a du ballon et dès qu’on le peut, injustement ou pas, on le punit. Un bouc-émissaire pour qui personne n’a d’affection. Un vrai méchant, sur qui on peut taper autant que l’on veut sans culpabiliser. Quand le personnage du méchant a des nuances de gentil et parvient à être louable, il est difficile de gagner sans compassion. Dans les Clasicos, rien de tout cela. Pepe assume parfaitement ce rôle de super-méchant, et quand il gagne la Coupe du Roi, il le rend bien aux culés présents au Mestalla…

Pepe est présenté comme le grand méchant parce que personne n’arrive à le comprendre. Pepe est inexplicable, et les gens n’aiment pas les zones d’ombre, les mystères, les inconnues. Comment expliquer que le brésilien-portugais soit maigre et surpuissant ? Fou mais hyper discipliné défensivement ? Haï par tous les footix de la planète mais adoré par Mourinho ? Pepe est inexplicable, incontrôlable, différent, aliéné. Alors, on le met dans le camp des méchants, en espérant ne pas trop le voir.

Alors que Mourinho avait trouvé avec Lucio-Samuel une paire centrale fantastique (Samuel Il Muro l’argentin rugueux au corps à corps, et Lucio le brésilien possédé qui rentre au mental dans la tête de son adversaire), il a trouvé en Pepe le niveau supérieur. Ce joueur est LE défenseur mourinhesque. Plus que Terry, plus que Lucio. Encore plus que Carvalho. A la fois puissant, intelligent dans son placement, rugueux et mentalement difficile à jouer. Tout simplement, le gars fait peur. Si vous étiez un avant-centre de classe mondiale, nul doute que Pepe serait le dernier défenseur que vous aimeriez affronter. C’est tellement plus cool de jouer contre Nesta ou Piqué, de se faire prendre le ballon proprement et de s’échanger le maillot à la fin de la rencontre. Avec Pepe, c’est un autre univers, une lutte sans merci, un combat sans fin. La crainte de s’en prendre une et de ne pas terminer le match est omniprésente dans les pensées de l’attaquant.

Le super-méchant Pepe était donc fait pour le super-méchant Mourinho. Les deux sont détestés, les deux entraînent et jouent comme ils pensent, à l’instinct, au talent, au cœur. Sans se préoccuper de ce que l’on peut penser d’eux. Sans demi-mesure, ils mettent dans leur « travail » une intensité remarquable, et leur détermination est exemplaire.

Délit de faciès

Le jour de son agression sur Casquero face à Getafe, FT était au Bernabéu. Oui, il s’agit une agression terrible. Oui, c’est dangereux de donner un coup de pied à l’adversaire (deux, en l’occurence) et son attitude est d’une violence rare dans le football. Oui, on ne fait pas cela sur un terrain de football et c’est un exemple scandaleux. Mais cela peut être compris, pour plusieurs raisons. D’abord, le contexte général. Avec cette exagération de Casquero (qui est parfaitement en son droit et joue bien le coup), le Real perd définitivement la Liga. Ensuite, le match en soi. Provoqué sans cesse, mal puni par l’arbitre (carton jaune non mérité), Pepe s’est plaint de l’arbitrage à plusieurs reprises lors de la rencontre, et on peut dire que le Bernabéu était alors au moins aussi nerveux que lui. Enfin, Casquero ? Est-ce qu’un seul journaliste en France, avant d’envoyer Pepe en prison, s’est demandé qui était ce joueur ? Vulgairement, nous dirions que c’est Pepe, le talent en moins. Pas un ange. Nous vous laissons imaginer. Si Pepe avait tapé Materazzi, qu’aurait-on dit d’ailleurs ?

Et puis il faut dire la vérité, avec Pepe on fait un délit de faciès monstrueux. Si jamais le brésilien avait eu le visage d’un Gourcuff, ou même celui de Carvalho, jamais il n’y aurait eu de critiques aussi virulentes à son encontre. Quand t’as une tête de fou, tu es pris pour un fou. Quand t’as une tête de monstre, tu es pris pour un monstre. Trop facile.

Lors de la rencontre Portugal-Bosnie des barrages pour l’Euro 2012, Pepe subit une faute grossière qui rappelle étrangement l’action du carton rouge du Bernabéu sur Alves. L’arbitre ? M. Stark, toujours. Sauf que là, aucun carton n’est sorti (vidéo). Bref, on ne lui fait pas de cadeaux.

Sous-coté : le défenseur le plus abouti actuellement ?

Excellent dans les airs et au sol, au corps à corps et dans la fermeture des espaces, dans la relance au pied et la remontée en dribbles, Pepe est tout simplement le défenseur le plus complet que le football peut nous offrir aujourd’hui (juste devant Vidic et Thiago Silva, certainement). Au contraire d’un Piqué ou d’un Nesta, s’il jouait en Premier League, il n’aurait aucun mal à supporter le rythme du jeu « anglais ». S’il jouait en Serie A, la discipline de son placement et sa capacité à éliminer l’adversaire en ferait un très grand. Il peut s’imposer partout. O Monstro est énorme, mais il n’est jamais allé plus loin que les huitièmes de finale de Champions League. Vidic a commis pas mal de bourdes dans sa carrière (Torres en sait quelque chose). Et Pepe, on peut nous rappeler sa dernière grosse erreur ? (si Messi est de la partie, cela en compte pas bien entendu).

Quand le sujet Pepe est abordé, le premier mot que l’on entend est souvent le mot « bourrin ». A un poste où l’exigence tactique est énorme, Pepe est avant tout un défenseur hors-norme. Plus rapide que n’importe quel autre central, il n’est jamais mis en difficulté par la vitesse des attaquants adverses. Pepe ne défend pas au corps. Pepe ne défend pas au sol (Pepe ne fait pas de tacles glissés). Non, quand Pepe défend, il défend debout. Fier. Fort. Puissant. Debout. Le pied en avant. Bim. Chlak. Pepe transperce les attaques adverses en mettant son pied en opposition, prenant toujours le ballon, quelques fois un bout de pied avec. Mais le ballon avant tout.

Pepe, c’est LE guerrier. Un Gattuso doté de qualités athlétiques exceptionnelles. Le joueur qui va laisser toutes ses forces dans la bataille. Le joueur qui ne va rien calculer. Le joueur qui va défendre et attaquer à l’instinct, guidé par son cœur et sa passion. Le joueur qui joue à la limite, toujours. Prise de risque maximale. Calcul minimum. C’est ce qu’il faut voir en Pepe, à la place de le prendre pour un assassin qui rentre sur le terrain pour faire mal. Certainement traumatisé par des otaries dans son enfance brésilienne, Pepe se concentre sur une seule chose : récupérer le ballon. Voir jouer Pepe revient à voir un carnivore à la recherche d’un ballon. Peu importe ce qui se trouve sur son passage, il va mettre toute sa détermination dans l’interception de ce ballon, un peu à l’image d’un grand méchant prêt à tout donner afin de vaincre enfin le super-héros du peuple.

Samedi à 22h, le Joker du Clasico fera son grand retour. On n’attend que ça.

Markus

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« Les Dictateurs » : Xabi Alonso, The Gentleman

Xabi Alonso Xabi Alonso of Real in action during the Copa del Rey quarter final first leg match between Real Madrid and Atletico Madrid at Estadio Santiago Bernabeu on January 13, 2011 in Madrid, Spain.

The Dictator (en anglais, l’homme qui dicte le jeu). FAUTETACTIQUE.com s’intéresse ici aux deux joueurs qui représentent le mieux leurs clubs respectifs  dans ce Clasico. Xavi, El Maestro, incarne mieux que personne ce génie  révolutionnaire mêlant travail et invention dans un Barça qui a su se  réinventer dans les années 1990. Xabi Alonso, The Gentleman, est le  symbole de ce Real Madrid élégant, beau et majestueux qui réduit, avec  classe, ses adversaires à l’impuissance la plus totale. C’est LE duel de ce Clasico.

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Classe et élégance, le Real dans le sang

Personne ne peut se vanter de dégager autant de classe et d’élégance que Xabi Alonso  sur un terrain de football. Les épaules larges, la tête haute, le regard perçant : le basque est bien plus qu’un simple sportif, il est le  joueur qui combine parfaitement esthétique et pragmatisme. Ses ouvertures millimétrées de soixante mètres sont à la fois une délice pour le spectateur et la manière la plus efficace pour contourner la défense adverse ou profiter d’une erreur de placement.  Le numéro 14 madrilène a tout simplement la classe, et ce, malgré sa barbe rousse. Ou peut-être grâce à sa barbe rousse. On ne sait pas. Ce qui est sûr, c’est qu’il représente un certain échantillon de la population espagnole, un noble-bourgeois gracieux, raffiné et charmant. Pas de tatouages, pas de cheveux longs, pas de gomina. Un homme d’un autre temps. Même lorsqu’il se prend les crampons de De Jong sur le torse en finale de Coupe du Monde, il se relève rapidement, droit, fier et, bien sûr, avec la classe.

Son histoire personnelle est importante pour comprendre son parcours professionnel. Xabi Alonso a le football dans le sang. Né à Tolosa dans le Pays Basque, il a eu le  »privilège »(il le dit lui-même) d’être le fils d’un père footballeur au grand succès, passé par la Real Sociedad et le Barça. Dès son plus jeune âge, Periko Alonso lui transmet sa passion pour le ballon rond et influence sa manière de jouer. Xabi ne veut pas marquer des buts, mais distiller des passes, dicter le tempo, organiser le jeu ; à aucun moment il n’a l’ambition de finaliser le jeu, son seul désir est de « construire » les piliers sur lesquels reposera la philosophie de l’équipe. Vingt ans plus tard, nous pouvons sereinement dire qu’il  a réussi à satisfaire son rêve de gosse.

Le joueur moderne par définition

Intelligence, rapidité et leadership, les ingrédients idéaux pour réussir dans le football moderne. Xabi est un maître des trois.  Il  est le joueur moderne par définition et exprime toutes les qualités exigées par le football du XXIème siècle.

Son intelligence de jeu est exceptionnelle. Que ce soit à San Sebastian, Liverpool ou Madrid, Xabi a toujours été le cerveau de l’équipe. Il comprend plus rapidement que les autres les situations de jeu, le cours du match, les faiblesses des adversaires. Il sait quand il faut accélérer le jeu et quand gagner du temps, quand partir à l’abordage et quand défendre le résultat. C’est un analyste. Il interprète le match comme un joueur d’échecs. Il dirige ses pièces (ses coéquipiers) avec maestria, en les utilisant de la manière la plus rationnelle possible pour que l’équipe mette échec et maths les adversaires, ou pour protéger son propre Roi. Mourinho a récemment affirmé « on se retrouvera tous les deux sur des bancs de touche d’ici quelques années« . En effet,  Xabi Alonso est de facto l’entraineur sur le terrain, le relais entre le banc et le rectangle de jeu, celui à qui s’adresse le Mou pour bousculer tactiquement l’équipe.

Le football moderne exige de la rapidité. Le rythme des matchs, surtout au niveau européen, est ahurissant. Et Xabi est l’un des joueurs les plus rapides du monde. Pas dans le sens conventionnel du terme, comme Obafemi Martins ou Theo Walcott, capables de couvrir 100 mètres de terrain en 11 secondes. Non, il est rapide dans sa tête et dans son style de jeu. Il analyse le positionnement de ses coéquipiers et de ses adversaires avant de recevoir le ballon, de telle sorte que, dès que le cuir arrive dans ses pieds de velours, il sait déjà comment l’utiliser, où l’envoyer. Ce qu’il perd en athlétisme, il le gagne en intelligence et arrive toujours à passer le ballon avec cette demi-seconde d’avance qui permet au destinataire du cuir de profiter du mauvais placement de son adversaire. Il est la plaque tournante qui rend les attaques madrilènes si rapides et meurtrières.

De plus, la confiance qu’il dégage, associée à son intelligence footballistique, en font un vrai leader silencieux. Relativement peu médiatisé au vu de son talent et de son importance au sein des Galacticos, il a pourtant conquis le vestiaire madrilène sans problème. Et avant cela celui d’Anfield Road. Et avant encore, celui de San Sebastian et d’Eibar. Cette caractéristique a toujours fait partie du footballeur Alonso, il a constamment été un meneur d’hommes par l’exemple plus que par les paroles. A tout juste 20 ans, John Toshack, ex-entraineur de la Real Sociedad lui confie le brassard de capitaine. Il déclarera quelques années plus tard que  » à 20 ans, je l’ai fait jouer  face à Albelda et Baraja contre Valence au milieu. Il les a bouffés. Sur l’autre banc il y avait Benitez. Je peux vous dire que c’est ce jour-là qu’il a décidé de l’emmener avec lui à Liverpool. » Aujourd’hui, il suffit de le voir aboyer sur ses latéraux pour comprendre que s’il y en a qu’on écoute à Madrid, c’est le barbu du milieu.

Le même style que Xavi ?

« Il a le même style de jeu que Xavi » dixit le Mou. Pour une fois, nous ne supporterons pas la thèse du Special One. D’accord, ils ont le même rôle, ce sont les cerveaux de leur équipes respectives, les « hommes de l’ombre »,indispensables pour la réussite de leur clubs mais souvent éclipsés par les dribbles de Leo et les passements de jambes de CR7. Mais Xavi est plus un métronome, une horloge suisse, un train allemand : jamais en retard, aucune erreur, distribuant le jeu calmement et intelligemment. Passes courtes et précises, sans exagérer, et puis la magie d’une superbe passe en profondeur pour lancer les Messi, Pedro ou Villa devant le goal adverse. Xabi Alonso est plus imprévisible. Il réussit à alterner le jeu court et posé avec des ouvertures magiques de soixante mètres qui sautent les défenses adverses. Le Mou adore sa capacité de surprendre les adversaires : il les endort avec des passes courtes pour ses défenseurs centraux et puis, boum, ouverture géniale qui catapulte Cristiano ou Di Maria en position très menaçante pour l’équipe adverse. Une vraie rampe de lancement.

Défensivement, le basque, un peu comme son collègue catalan, a un rôle très important à jouer. C’est là que son expérience britannique se fait le plus sentir, et le secteur du jeu où il a le plus gros avantage par rapport à Xavi. Le jeu viril, le duel aérien, il connaît. Même lorsqu’il est épaulé par Khedira, Mourinho lui demande de détruire le jeu « ennemi ». Il veut qu’il recule et se positionne devant les défenseurs centraux pour protéger les cages madrilènes. Ou, s’il est hors-position, faire le pressing et se sacrifier en prenant le jaune pour une faute tactique qui empêcherait la contre-attaque adverse. Xabi Alonso est un pur milieu « constructeur-destructeur ». Il peut et sait être dur, laissant traîner le pied, faire sentir sa présence et José adore ça. Mais même lorsqu’il détruit, c’est toujours avec sa classe habituelle.

Ce qui est sûr, c’est que le Clasico se jouera au milieu de terrain, et le vainqueur du duel Xavi Hernandez-Xabi Alonso amènera son équipe  vers le triomphe. Les deux joueurs ayant réussi le plus de passes en  Liga (le barcelonais a l’avantage), les deux joueurs sur lesquels  reposent les deux meilleurs clubs au monde actuellement, leurs deux  joueurs les plus indispensables. Les voir jouer l’un contre l’autre sur  la pelouse du Santiago Bernabeu sera magique. On attend ça avec  impatience. On en est convaincu, c’est le duel “El Maestro vs The  Gentleman” qui décidera du sort de ce Clasico.

Ruggero

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« Les Dictateurs » : Xavi, El Maestro

The Dictator (en anglais, l’homme qui dicte le jeu). FAUTETACTIQUE.com s’intéresse ici aux deux joueurs qui représentent le mieux leurs clubs respectifs dans ce Clasico. Xavi, El Maestro, incarne mieux que personne ce génie révolutionnaire mêlant travail et invention dans un Barça qui a su se réinventer dans les années 1990. Xabi Alonso, The Gentleman, est le symbole de ce Real Madrid élégant, beau et majestueux qui réduit, avec classe, ses adversaires à l’impuissance la plus totale. C’est LE duel de ce Clasico.

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Ces dernières années, le discours général autour du Ballon d’or était de le donner à Messi, et non à Cristiano, parce qu’en plus de qualités individuelles exceptionnelles, Leo savait jouer pour le collectif, et le rendre meilleur. On nous a dit que Messi faisait le collectif de son équipe, alors que Cristiano n’était qu’un mercenaire égoïste. Vraiment ? A-t-on des nouvelles du collectif de l’Argentine ? On se moque de nous. Nul doute que si Xavi avait été argentin, l’Argentine aurait fêté un titre dans cette dernière décennie. Et pourtant, on parle toujours de « l’un des meilleurs joueurs au monde », seulement. On n’ose jamais parler du meilleur. Ce serait honteux pour le football d’avoir un inconnu, une anti-star comme numéro un ? Quand il est dit que Xavi mérite le ballon d’or, il est souvent entendu qu’il s’agit de récompenser l’ensemble de son œuvre et de celle du football espagnol en général.

Et si Xavi était, aujourd’hui, tout simplement le meilleur joueur au monde ?

Le maître du milieu de terrain

« Au Barça, on m’a dit que si je jouais au milieu, alors je n’avais pas le droit de perdre la balle. Moi, je suis un mec responsable, donc j’ai appris à la garder. Et j’aime ça. »

Lors du match aller de la Supercoupe d’Espagne au Bernabéu (à lire, le « FT y était »), le Real Madrid a plus de possession de balle que son rival après 45 minutes. Ce n’est pas arrivé depuis que Guardiola est sur le banc barcelonais… Finalement, le Barça termine avec 52% de possession. Beaucoup y voient un tournant majeur dans le duel Guardiola-Mourinho. En fait, il fallait juste y voir que Xavi Hernandez (blessé, entré en jeu à la 56e) est l’âme, le cerveau et le meilleur joueur du meilleur milieu de terrain au monde.

Si nous devions décrire le rôle tactique de Xavi, nous dirions qu’il fait partie de la catégorie des rares milieux de terrain qui savent aussi bien attaquer que défendre, des génies inclassables qui travaillent des deux côtés. Il y a Pirlo et Cambiasso en Italie, Gerrard, Scholes et Lampard en Angleterre, et Xabi Alonso au Real. Ces joueurs-là pèsent plus que n’importe qui dans leur équipe : milieu défensif, milieu relanceur, meneur de jeu et très souvent meneur d’hommes. Nous les retrouveront tous sur un banc d’ici dix ans.

La domination au milieu du terrain, Guardiola en a fait une science. Et Xavi en est son meilleur spécialiste. Jeu court et jeu long, dribbling et pressing, un contre un et coups-francs, pied droit et pied gauche. Dans l’art du contre-pied et de la feinte de corps, il est devenu maître absolu. Ses yeux donnent un signe au défenseur, ses bras en font un autre, sa tête lâche un autre indice, encore différent, et finalement, ses pieds mettent le ballon là où l’on ne s’y attend jamais. Comme s’il était facile de mesurer 1m70 et de dompter tous les milieux défensifs européens. Comme quoi, il est possible de devenir le meilleur joueur du monde de hand sans faire 90 kilos. En effet, à la différence des autres milieux tout-terrain, Xavi n’est pas un guerrier. C’est un artiste, dont l’instrument n’est en fait pas le ballon, mais la lecture du jeu. Une sorte d’intellectuel du football. Comme dit Denoueix, « Xavi, c’est le foot ». Un artiste dont l’art est de rendre le jeu de ses coéquipiers aussi simple et beau que le sien. Van Bommel aux côtés de Xavi en 2006 ? Aussi délicat qu’Iniesta.

Ballon d’or en puissance

Depuis la saison 2008-09, Leo Messi a remporté trois ballons d’or (2011 quasi certain). Le premier après le triplé du Barça, le second après l’année du Mondial sud-africain, le troisième après le doublé de cette année. Xavi a remporté le même triplé et le même doublé et les trois mêmes Ligas. A la place des trois ballons d’or, il a préféré un Euro (désigné meilleur joueur), une Coupe du monde et un éliminatoire 100% (10 victoires sur 10) pour l’Euro 2012. Qui a dit que le Ballon d’or était injuste ?

Xavi meilleur que Messi parce qu’il gagne avec l’Espagne ? Certains penseront détruire cet argument en disant que Xavi a autant besoin de Messi que l’argentin a besoin de l’espagnol au Barça. En disant qu’ils seraient complémentaires, et en ajoutant que l’effectif espagnol est bien plus fourni que l’argentin. Sauf que Xavi a tout gagné avec le Barça et avec l’Espagne, et il a tout gagné avec tout le monde et n’importe qui. A ses côtés pour protéger sa défense, dans le rôle de Busquets aujourd’hui, il avait déjà gagné avec Van Bommel (2006), Marcos Senna (2008), Yaya Touré et Xabi Alonso (2010). Devant lui pour accélérer le jeu, dans le rôle de Messi, il avait déjà gagné avec Ronaldinho (2006), Silva (2008) et Iniesta (2010). Sur le front de son attaque aussi, il a gagné avec des joueurs aussi différents que Eto’o, Torres, Henry, Villa ou Ibrahimovic. Xavi leur a dicté le jeu, à tous. Aux ordres d’entraîneurs aussi différents que Rijkaard, Guardiola, Aragones et Del Bosque.

Aujourd’hui, le meilleur joueur au monde est un inconnu, fait rarissime dans l’histoire de notre sport. Xavi ? En dehors des fans de football, personne n’en a entendu parler. Qui aurait pu prévoir qu’un homme allait diriger pendant trois saisons (to be continued ?) les deux meilleurs équipes au monde, sans médiatisation excessive et en portant les numéros 6 et 8 ? Xavi aurait pu demander le numéro 10 du Barça, il ne lui aurait pas été refusé. Xavi aurait pu exiger le 10 de la Roja, il l’aurait eu. Mais non, un peu comme le Baresi du Milan de Sacchi, il est le meilleur joueur d’une équipe de grandes stars sans en être la vedette. Du coup cette semaine, quand le duel Real-Barça vous sera présenté, tout le monde vous parlera des duels Messi-Cristiano et Pep-Mou. Alors qu’on devrait accorder bien plus d’importance au face-à-face fascinant que vont se livrer Xavi et Xabi Alonso.

Le problème de sa succesion

On l’a compris, il n’y a pas deux Xavi. Et c’est un problème pour le Barça, car Xavi aura 32 ans en janvier. Pas très vieux certes, mais il n’est pas interdit de se dire que trouver un successeur est d’actualité chez les Culés. A une époque, le Barça pensait aussi qu’il ne trouverait pas de deuxième Guardiola, et finalement l’élève a dépassé le maître. Mais personne ne se pointe encore pour dicter le jeu des blaugrana façon Guardiola-Xavi. Thiago ? Nous avons bien vu lors de l’aller de la Supercopa que ses racines brésiliennes prennent souvent le dessus. Ce n’est pas un dictateur, mais plutôt un artiste. Et Cesc ? Son expérience anglaise l’a rendu tellement polyvalent que nous ne savons plus trop à quel poste il devrait jouer. Mais en général, ce n’est pas à la place de Xavi. Et il ne devrait d’ailleurs pas abandonner cette tendance à toujours se lancer dans la profondeur.

Comment organise-t-on la succession d’un dictateur ? Soit elle est faite naturellement et souhaitée par le dictateur qui « choisit » son fils spirituel, soit elle est forcée, par la défaite du régime ou un changement de celui-ci. Passerons-nous à la monarchie du roi Messi, épaulé par le général Fabregas ?

Ce qui est sûr, c’est que le Clasico se jouera au milieu de terrain, et le vainqueur du duel Xavi Hernandez-Xabi Alonso amènera son équipe vers le triomphe. Les deux joueurs ayant réussi le plus de passes en Liga (le barcelonais a l’avantage), les deux joueurs sur lesquels reposent les deux meilleurs clubs au monde actuellement, leurs deux joueurs les plus indispensables. Les voir jouer l’un contre l’autre sur la pelouse du Santiago Bernabeu sera magique. On attend ça avec impatience. On en est convaincu, c’est le duel « El Maestro vs The Gentleman » qui décidera du sort de ce Clasico.

Markus


The Pulga’s Speech

Dire que le footballeur Messi est génial est un euphémisme. Incroyable techniquement, physiquement et mentalement, Leo sait tout faire et peut jouer partout sur la cancha. Ses dribbles sont tellement violents et imprévisibles que ses adversaires situeront son centre de gravité à peu près au niveau de ses talons. Les limites de son inventivité sont repoussées chaque semaine et en cette année 2011, il va remporter son troisième ballon d’or consécutif. C’est énorme, fantastique, etc. Alors que l’on pose comme vérité générale que Messi est l’actuel meilleur joueur du monde, nombreux sont ceux qui le voient devenir le meilleur joueur de l’Histoire de notre sport.

Mais il manque quelque chose à Messi. Le point de départ du problème, c’est que le football, ça n’est pas du hand ou du volley. Qu’est-ce qu’on attend du meilleur joueur au monde de volley, ou de hand ? Qu’il soit le meilleur sur le terrain, et basta. Mais le meilleur joueur de football de la planète, ça doit être un héros. Un mec à moitié divin. Dieu parmi les hommes, en gros. Le joueur que tout le monde envie, respecte, admire, adore, vénère. Ses actions font rêver tous les gosses de la planète et il pourrait même être vu comme un symbole d’espoir et de paix. Ce mec là, c’est Pelé, Maradona, Ronaldo. Un homme qui marque toute une génération par son style, ses déclarations, voire sa coupe de cheveux. Après tout, et heureusement vu l’étendue de la personnalité de Blatter, c’est lui l’ambassadeur du football mondial. Un héros dont le mode « demi-dieu » est systématiquement activé et qui dépasse le cadre du football, un personnage qui va au-delà du terrain et de la baballe. Un gars comme Zidane, il a marqué même nos chères mamans. Jusque là, Messi reste un jeune introverti qui joue au ballon, comme personne certes, mais avec pas grand chose d’autre à nous offrir. Oui, Messi a les pieds de Maradona, mais il a encore moins de charisme qu’Iniesta… Une voix d’adolescent, un regard souvent frustré, un gars qui marche en regardant ses pieds. Qu’il se tienne droit, le meilleur joueur au monde !

Alors que Maradona se montrait divin et faisait même croire en Dieu, Messi se montre humain comme les autres et ne fait croire en rien, à part en la science.

Dans son livre El chico que siempre llegaba tarde y que hoy es primero, le journaliste argentin Leonardo Faccio nous raconte les détails de la vie quotidienne de l’Argentine du mondial 2010. Le témoignage de Véron est sans équivoque : « Quand il est fâché, il ne te regarde pas dans les yeux« . « Leo est un garçon qui s’asseoit toujours dans le coin. Il ne fait rien de particulier, il n’utilise pas de bandage, même pas de chevillère. Un quart de finale de Mondial, il le joue de la même façon que s’il jouait avec les potes de son quartier« . En fait, Messi est présenté comme un surdoué que la pression n’atteint pas. Un joueur qui passait son temps sur son PC devant des séries, capable de dormir dix heures avant un gros match. Fernando Signorini, préparateur physique de Maradona et de l’Albiceleste version 2010, raconte que Leo est un phénomène surnaturel. « Sa fréquence de touches de balles est supérieure à tout ce que j’aurais pu imaginer, et pourtant j’en ai vu beaucoup« . Un homme que personne n’arrive à expliquer, aussi bien mentalement que physiquement. Mais Faccio raconte que cette tranquilité a été bouleversée le jour où Diego a filé le brassard à son numéro 10. Véron explique que Messi, pris de panique à l’idée de devoir faire un discours d’avant-match, lui demandait sans cesse « Qu’est ce que je dois dire ? ». Trois ans auparavant, Maradona avait déjà parlé du « manque de présence » de son héritier. « Il a tout le reste, mais s’il pouvait avoir un peu de présence, il pourrait mener notre nation lors du mondial 2010″. Comme s’il avait voulu le tester, ou alors provoquer le destin, Diego avait dû se dire qu’en lui filant le brassard, Messi vivrait la même transformation que lui-même avait vécu entre 82 et 86. Et alors ce discours ? « Il a dit quelque chose, mais il s’est arrêté tout de suite, parce qu’il ne savait pas comment continuer« . En calculant ses mots, Véron continue : « Puis il a dit qu’il était très nerveux. Et on est sorti sur le terrain. » The Pulga’s Speech ?

Inexplicable, tout comme sa dernière blessure importante. Messi se fait assassiner au Calderon, ne dit rien, ne se plaint pas, refuse toute déclaration à l’encontre de l’assassin (Ujfalusi, cible facile pourtant) et réapparaît le dimanche suivant pour en planter deux. Le mec a cracké le jeu, et à ce rythme là, Messi va finir par le tuer. Cela pourrait en dégoûter plus d’un. Lionel gagne tout en donnant l’impression de ne pas s’entraîner et ne pas souhaiter vraiment ce qui lui arrive. C’est comme si tu vois un gars médiocre sortir avec la femme de tes rêves, logiquement tu n’as plus envie. Si Messi montre à la planète entière qu’un gars comme lui peut remporter huit ballons d’or tranquille sans effort ni envie, plus grand monde ne risque d’avoir envie de tester le truc. Il détruit la méritocratie, quand un Cristiano besogneux montre que le travail peut te faire planter 41 buts en une saison. L’homme contre la machine, sauf que les rôles ne sont pas ceux qui sont distribués d’habitude.

Leo n’a jamais parlé de son ambition, voit chaque ballon d’or comme un cadeau du ciel, remercie tout le monde poliment et ne donne aucune importance aux records qu’il abat. Même si depuis 2009, on le voit plus souvent chercher à afficher son nom au tableau d’affichage (refusant parfois l’extra-passe), Messi n’a jamais révélé ce qui le fait tant courir. Un mec qui joue au football pour l’amour du jeu et rien d’autre (pas de records, pas de fame, pas de wags), certains diraient que c’est le sauveur du football moderne. Pas de Balotelli, pas de Cristiano, un joueur qui n’a rien à prouver à personne et qui aime seulement jouer au foot, comme dans la cour de récré. Justement, le fait que Messi soit présenté comme le footballeur modèle est en train de faire plus de mal qu’on ne le pense au football, sport divin, en le réduisant à taper dans un ballon, ni plus, ni moins. Lionel ne s’exprime jamais (à part pour dire que le sélectionneur argentin en poste est l’homme de la situation) et n’a pas d’aura ni de charisme.  Bon, finalement, il s’en fiche certainement de ce que tout le monde raconte et tant mieux pour lui, mais il est bien présenté comme le modèle du football moderne. C’est bien beau pour Téléfoot ou L’Equipe, mais après il ne faut pas s’étonner d’entendre des critiques sur la connerie des footballeurs. Alors que Maradona vengeait son pays à lui tout seul après la terrible guerre des Malouines, où est passée la grandeur ?

Au sein d’une équipe dans laquelle il ne peut pas compter sur le leadership de Xavi ou Puyol, Messi n’arrive pas à mener les siens vers la victoire. Messi n’a mis que 19 buts en 66 matchs avec l’Argentine, et aucun lors de la dernière Copa América. Une performance mise en relief par l’intervention de Burdisso après le nul contre la Colombie cet été : « Oh gamin, t’as pas le droit de gâcher le dernier ballon comme ça, hijo de puta ». A l’époque, c’était Jorge, le père de Messi, qui était sorti dans la presse pour protéger son « gamin » de 24 ans… A titre de comparaison, pour l’Argentine en 1986, Maradona faisait à la fois Xavi, Iniesta et Villa. Et en 1982, quand Diego se retrouve incapable de sauver son pays, il sort du mondial en prenant un rouge pour un attentat sur Batista. Diego donnait tout, pour le meilleur et pour le pire, et sa présence se faisait toujours sentir. Messi reste transparent et sort par la petite porte, souvent blessé – mais sans réaction – par le traitement que lui inflige la presse argentine.

Lionel finira peut-être par gagner huit ballons d’or mais il ne deviendra jamais le plus grand joueur de cette longue histoire et n’atteindra jamais ce qu’avait atteint Maradona, et d’ailleurs ça n’a pas l’air de le préoccuper plus que ça. Plus les échecs de l’Albiceleste se répètent, plus Messi se transforme en un Schumacher du football. Un mec qui a toujours gagné, mais qui a toujours eu la meilleure écurie. Un mec jamais méchant, mais jamais sympa. Une sorte de machine à gagner sans charme. Sauf que Schumi adorait ça, alors que Messi donne l’impression de faire ça par défaut. Tous les plus grands sportifs, tous les number one de leur sport ont représenté quelque chose, ont été des emblèmes, des modèles, ont marqué leur époque et leur monde. Ali et son « I am the greatest ever ! », Senna et sa spiritualité, Usain Bolt qui joue à Legolas, Karl Lewis qui fait la course avec un pur-sang, Jordan qui fait le malin dans Space Jam, Maradona et la mano de dios… On espère toujours que Messi apportera quelque chose à la grandeur du sport… Bien entendu, ses highlights sont déjà un joli cadeau, mais c’est loin d’être suffisant pour entrer dans la cour des plus grands. Et ce n’est pas le Time et son « top 100 des personnalités les plus influentes » qui nous fera croire le contraire.

C’est intéressant de regarder la liste des autres prétendants au titre de meilleur joueur de la planète aujourd’hui. A côté de Messi, on retrouve Cristiano, Balotelli, Luis Suarez, Rooney, Ibrahimovic. Que des hommes au fort caractère, des Cantona en puissance, et quand on se souvient du bien que Cantona a fait au football…

Fais nous rêver, Leo.

Markus

Athletic Bilbao : le Fou a lâché les Lions


Le fou, c’est Loco, le déjanté, Marcelo Bielsa. Les Lions, ce sont los Leones, les joueurs-guerriers de l’Athletic Bilbao. Un mariage inattendu, prometteur, génial : un club différent pour un type unique et des idées singulières. Aupa !
 

La cathédrale San Mamés datant de 1913, le fameux tableau de Pichichi par Emilio Arteta, le mythique Zarra (avec deux « r », le vrai, celui aux 251 buts en 277 matchs de Liga), la politique de la cantera… L’histoire de l’Athletic Bilbao est riche, très riche. Pourtant, le quatrième club le plus important d’Espagne n’a pas joué la Ligue des Champions depuis 1998. De quoi se poser des questions.

C’est comme ça que cet été, Josu Urrutia, candidat à la présidence du club, débarque avec ce qui pourrait devenir une idée de génie : votez pour moi et je ferai venir Marcelo « Loco » Bielsa afin de tout reprendre à zéro. L’Athletic a fini européen l’an dernier, mais à Bilbao on ne se fait pas trop d’illusions sur les chances de titres avec la forme actuelle du Real et du Barça. Une fois Llorente parti, aucune chance de revenir dans la zone Champions League. Du coup, Josu se dit qu’un peu d’innovation ne ferait pas de mal à un club qui dépend pas mal du talent de ses avant-centres depuis les derniers titres des années 80 (Extebarria dans les nineties, Llorente depuis). L’idée est limpide : à chaque échelle du club, on inculquera à nouveau les principes du toque, avec comme point de départ les idées de Marcelo Bielsa. Un projet à long terme très attractif pour un club dont la devise reste Con cantera y afición, no hace falta importación(« avec la formation et le public, pas besoin d’importation »)

Comme l’a montré l’échec de Gasperini à l’Inter, un tel projet a besoin de temps (l’Inter, qui voulait justement Bielsa). Et l’Athletic Bilbao, au contraire de l’Inter, a beaucoup de temps. « Nous souhaitons transformer nos joueurs en hommes, pas seulement en footballeurs » disait l’ancien Président Arrate, une façon différente, unique de voir le football. Quel autre club peut se vanter d’avoir une fan base si fidèle et si peu mobile ? L’Athletic Bilbao peut enchanter certains fans étrangers, mais finalement, ils auront toujours autant de supporters, qu’ils terminent 16e, 10e ou 4e. Du coup, Urrutia s’est dit que quitte à passer plusieurs années sans rien gagner pendant l’hégémonie des deux géants, autant en profiter pour partir sur des bases solides et se reconstruire un equipazo à partir d’une identité de jeu en cohérence avec sa formation.

Ce projet de jeu, c’est d’abord le cerveau d’un homme : Marcelo Bielsa. L’argentin, lié à jamais au Newell’s Old Boys (dont le stade porte son nom), s’est fait un nom en donnant une cohésion à l’Argentine de 1998 à 2004 et surtout en offrant à la sélection chilienne un jeu attractif et efficace. Ceux qui ont vu jouer le Chili aux éliminatoires de 2010 le savent très bien, les équipes de ce mec ont de la gueule, du courage, des idées et une âme. Ceux qui ont eu la chance de voir l’un de ses entraînements s’en rappellent également à coup sûr : on y voit des types courir après un ballon imaginaire jusqu’à l’épuisement, en simulant des situations de match dictées par Loco. Aussi exigeant que Coach Boone et innovant que Coach Carter, Bielsa a ses idées à lui, et il mourra avec. Rien d’étonnant quand on connait le parcours de l’homme : une carrière de joueur arrêtée à 25 ans pour devenir entraîneur, un frère ministre des affaires étrangères, un père avocat, une sœur gouverneure de région. Bielsa, que l’on présente souvent comme le mentor de Guardiola, est un perfectionniste acharné et étudie le football comme sa famille a étudié le Droit. Sa merveille de 4-2-3-1 adaptable en 4-3-3 fait d’ailleurs jurisprudence. 

Ensuite, les joueurs : ce projet s’articule autour des cadres de l’équipe de la saison dernière. Fernando Llorente, Javi Martinez et Andoni Iraola sont tous les trois internationaux avec les A. Llorente est déjà une star accomplie en Liga, avec 17 buts l’an dernier et un rôle important dans la victoire du Mondial 2010. Le casque d’or espagnol est la figure principale de cet Athletic : le Roi Lion, c’est lui. Javi Martinez était aussi en Afrique du Sud, et le « Vieira blanc » a fait peser ses quatre-vingt dix kilos de guerrier sur tous les créateurs qu’il a rencontrés ces deux dernières saisons, démontrant même qu’il peut jouer aussi bien en défense centrale qu’en position de relayeur. Et puis surtout, les basques assistent depuis deux ans à l’éclosion d’un pur crack, aussi agile et vif que jeune et insouciant : Iker Muniain, 18 ans seulement et qui jouera ce weekend son 90e match pro avec l’Athletic ! Alors qu’on l’appelle à San Mamés le « Messi basque », il surprend toute l’Espagne cette saison en étant le joueur subissant le plus de fautes. Et oui, Cristiano et Messi, « l’utra-protégé » (copyright Platini), jouent pourtant dans le même championnat… Allez demander à Momo Sissoko. Finalement, la seule recrue importante a été Ander Herrera, génération 89, dont la prestation face au Barça dimanche a été magnifique.

Le constat est remarquable : Bielsa débarque, n’exige aucun renfort de luxe (en même temps, pas facile avec un réservoir de trois millions d’habitants) et crée directement une alchimie entre ses joueurs et ses système. Étonnant ? Il faut souligner autre chose : l’équipe a 24,72 ans de moyenne. Depuis deux ans, en Espagne on l’appelle même la « Garderie de la Liga », d’où une certaine capacité d’adaptation, aussi folles soient les idées de Loco. Un groupe jeune et talentueux, une structure brillante et des idées claires : ces prochaines années, il n’y aura pas que le Guggenheim à aller voir à Bilbao.

 

 
 
 
Car les résultats arrivent, déjà. Jusqu’en septembre, personne n’est convaincu, ni à San Mamés, ni ailleurs. L’Athletic est incapable de s’imposer en Liga, dire que sa possession de balle reste stérile est alors un euphémisme et les basques ne comptent que deux points après cinq journées… Mais la confiance en Bielsa est totale, pas le temps de laisser le doute s’installer, Loco peut bosser tranquille. Depuis, c’est une invincibilité qui dure depuis dix matchs (toutes compétitions confondues), 12 points pris en championnat, des matchs nuls accrochés à Valence et face au Barça, une première place de son groupe en Europa League et certaines grosses impressions, dont un très joli 3-0 planté face aux cousins de l’Atlético.
 
Enfin, le choix de Urrutia se révèle particulièrement pertinent quand on connaît l’histoire du club. Si l’on jette un œil à celle-ci, on remarque que l’Athletic Bilbao a deux visages. La première image qui nous vient à l’esprit est celle du club espagnol le plus anglais, qui invite ses adversaires à venir jouer sous la pluie deux fois sur trois, compte plus de guerriers que d’artistes, avec en bonus une tradition pour former des avant-centres forts et puissants. Cet Athletic, c’est celui de Javier Clemente, qui remporta les Liga 83 et 84 en transformant la cathédrale San Mamés en une forteresse imprenable, et s’offrant un petit triplé national en 84.  Un jeu façon « force et honneur » basé plus sur la force du cœur que celle de la technique.
 
Mais il existe un autre Athletic Bilbao : celui du légendaire Pentland. Pentland, c’est qui bordel ? Fred Pentland n’est autre que le premier mec ayant introduit les principes du « dribling » en Espagne. C’était dans les années vingt et en voyant que son savoir a enfanté des génies comme Iniesta ou Mata, on peut le qualifier d’inconscient. Et aussi de premier entraîneur ayant marqué l’histoire du football espagnol. Alors que la première Liga se joue en 1929, Pentland fait jouer l’Athletic d’une manière qui nous est très familière aujourd’hui : de la possession, des passes courtes, du mouvement, beaucoup de construction. Le contraire du one-two-three britannique jusque là enseigné. Donc non, le tiqui-taka n’a pas été inventé en Catalogne… Dès son premier entraînement, les méthodes de Bombín (il portait toujours un chapeau melon) surprennent : lors de la première séance, il apprend seulement à ses joueurs à faire leurs lacets correctement. « Get the simple things right and the rest will follow ». Au milieu de la première saison, c’est d’ailleurs ses techniques d’entraînement que le Barça « reprend » pour remporter le premier titre de l’histoire. Celle-ci finira par lui faire justice en lui adjugeant les titres suivants de 1930 et 1931, et elle lui garde encore aujourd’hui une place particulière.
 
Ainsi, ces rojiblancos version 2011 rassemblent merveilleusement les valeurs et les traditions de ce club mythique. Alors que l’équipe de Pentland jouait un football léché dans les petits espaces, celle de Clemente proposait plutôt de la virilité et de la verticalité. La technique de Muniain, la force de Llorente. Et la folie de Bielsa. Cette équipe ira loin : alors que l’introduction au livre rendant hommage au centenaire du club annonçait que « Notre seul souhait est de voir les fils de notre sol représenter notre club, voilà pourquoi nous sommes une entité sportive, et non un concept commercial », l’Athletic a maintenant de quoi aspirer à bien plus. 
 
Joli coup, M. Urrutia. 
 
 
Markus