Archives pour la catégorie Réflexion

QPR, et si ça marchait ?

Entre 2007 et 2011, les folies de Flavio Briatore et Bernie Ecclestone ont fait rire toute la planète football. Et depuis le rachat du club et sa montée en Premier League en 2011, le nouveau propriétaire malaisien Tony Fernandes a bien du mal à démontrer que QPR est un projet sérieux. Pourtant, les arguments ne manquent pas chez les Hoops : de la passion, des vues à long terme et une ambition sans limite.

QPR, et si ça marchait ?

Article écrit par Faute Tactique sur SOFOOT.com le 13/07/2012.

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Patologia

Arrivé à l’AC Milan encore trop jeune pour voter ou conduire, Alexandre Pato devait tout casser et s’imposer comme la nouvelle grande star du football européen. Galliani pensait tenir entre ses mains un autre ballon d’or rossonero. Quatre ans plus tard, force est de constater que tout ne s’est pas déroulé comme prévu

13 Janvier 2008 : la naissance d’un fuoriclasse


Janvier 2008. La fin d’un cycle pour l’Ac Milan de Carlo Ancelotti. Champions d’Europe en 2003 et 2007, finalistes lors de la fameuse édition 2005 contre Liverpool, ce Milan-là  ne semble plus avoir d’essence dans son réservoir. Vieux et démotivés, les Rossoneri galèrent en championnat pour accrocher la dernière place qualificative pour la Ligue des Champions. Une situation inattendue et déprimante pour tout supporter du Diavolo. Pourtant, un brésilien à la gueule d’adolescent en pleine puberté amène une lueur d’espoir au clan milaniste. Alexandre Rodrigues da Silva dit Pato, à seulement 18 ans, se voit déjà obligé de jouer le rôle du héros qui doit ramener « le club le plus titré » du monde aux sommets de la Serie A.

Paolo Maldini dit de lui “Il a une technique époustouflante et une rapidité de frappe incroyable. Même si c’est encore un gamin, il a une présence physique extraordinaire qui me met personnellement en grosse difficulté à l’entrainement. Ce gosse a tout pour devenir le prochain grand attaquant rossonero”. Carlo Ancelotti, complètement d’accord avec la déclaration de son capitaine, va même plus loin en disant que Pato deviendra un fuoriclasse du football européen. Il Papero semble en effet pouvoir répondre aux attentes placées en lui. Il joue son premier match officiel le 13 Janvier 2008 contre le Napoli et marque son premier but sous les couleurs milanistes. Sur une longue balle de Favalli, Pato se libère facilement de Domizzi, feinte un lob sur le portier Iezzo et place le ballon sous le corps du gardien. Un finish parfait, froid, cruel. Surtout, un finish qui dégage une facilité impressionnante. A tout juste 18 ans, pour son premier match officiel en Italie et malgré l’impact visuel et auditif de San Siro, Pato ne sent pas la pression. Bien au contraire, il est omniprésent tout au long du match. Il pose un danger constant pour la défense napolitaine, toujours en mouvement, toujours prêt à donner une option de passe en profondeur pour ses coéquipiers. En 90 minutes, il frappe 5 fois au but et tente sa chance dès qu’il le peut. La Gazzetta dello Sport du lendemain le surnomme “il campiocino” (c.f ‘le petit champion’) et exalte le trio offensif brésilien Ka-Pa-Ro (Kaka’, Pato et Ronaldo). Un fuoriclasse vient de naître.

Pourtant, 4 ans après, ce même fuoriclasse semble mort. Après avoir encensé ses qualités en 2008, Maldini revient sur ses pas: “Pato est conscient d’avoir un grand talent, mais cette certitude pourrait ralentir sa croissance. Quand je verrais Pato prendre par main l’équipe non seulement par ses buts mais aussi par son comportement, alors on pourra parler d’un super champion”. Il Papero, qui en 2008 semblait être la pièce maitresse du Milan du futur, est presque vendu au PSG  cet hiver pour laisser place à Carlos Tevez, de 6 ans son aîné. Symbole d’un échec, comme le prouvent ses performances cette saison : à peine 4 buts en 17 apparitions. Jamais décisif, presque insolent sur le terrain à l’image de sa piètre performance contre la Juve il y a deux semaines, ou encore lors du derby de janvier, Pato n’est plus que l’ombre de lui-même. Les milanistes incrédules se demandent : comment est-ce possible?

Une fragilité désarmante

Le 1er Mars 2012, le site officiel de l’AC Milan annonce une nouvelle blessure de Pato: élongation de la cuisse droite, quinze jours de stop. Cette blessure suit celle du 18 Janvier, toujours élongation de la cuisse, la gauche cette fois-ci. Depuis Janvier 2010, Pato a souffert de treize problèmes musculaires, et une moyenne de quatre blessures par saison depuis son arrivée en Septembre 2007. La Gazzetta et les tifosi commencent même à surnommer le brésilien “Patologia”. Les milanistes l’ont bien compris, l’ironie est peut-être le seul moyen pour affronter ses infinis pépins physiques. A chaque fois que Pato semble pouvoir décoller, l’un de ses muscles lâche et le ramène brusquement sur terre. Ce fût le cas après le derby de la saison 2010/2011. Pato marque un doublé, donne la victoire aux siens et s’apprête au rush final pour le Scudetto. Dommage, il se blesse deux semaines plus tard, le 16 avril 2011. Même scenario il y a quelques semaines. Pato, aligné titulaire suite aux rumeurs qui le disaient partant pour Paris, enfile un but décisif contre Novare en Coupe d’Italie. Berlusconi parle d’un nouveau début pour le brésilien, qui se blesse le jour d’après à Milanello. Une malédiction ? De la malchance ? Une grande fragilité physique ? Un semblant de réponse est esquissé par Stefano Grani, l’un des nombreux physios du club. D’après Grani, interviewé par Mediaset après l’énième blessure de Pato, le brésilien est “surdéveloppé” et sa structure corporelle ne peut supporter ses muscles, qui sont donc mis continuellement sous pression. Une théorie hasardeuse mais qui expliquerait pourquoi le brésilien a (relativement) peu souffert de blessures lors de ces deux premières saisons au club, avant qu’il ne commence à développer le physique qu’il possède aujourd’hui (les comparaisons entre son gabarit en 2008 et en 2012 sont impressionnantes). Tant que Pato ne sera pas épargné de ses problèmes musculaires, il ne pourra pas s’imposer comme LA star de l’effectif rossonero.

A cette malédiction physique s’ajoute une fragilité mentale évidente. Malgré ses 61 buts en 141 apparitions sous le maillot rossonero, Pato a été très, trop, rarement décisif. On se rappelle tous bien sûr son doublé lors du derby de la saison dernière qui lança les milanistes vers le Scudetto (Milan-Inter 3-0, 3 avril 2011), son but décisif pour la course au titre contre le Chievo (Chievo-Milan 1-2, 20 Février 2011) ou encore sa grosse performance contre la Fiorentina lors de sa première saison au club pour entretenir l’espoir de se qualifier pour la Ligue des Champions (Fiorentina-Milan 0-1 3 février 2008). Mais cela constitue un bilan plutôt maigre en quatre saisons. En Ligue des Champions, il n’a marqué que 7 buts en trois éditions disputées, et aucun décisif. Naturellement, les milanistes n’oublieront jamais son superbe doublé au Bernabeu en Octobre 2009 (Real-Milan 2-3) et sa magnifique percée contre le Barca après seulement 11 secondes de jeu en Septembre dernier. Des buts beaux et prestigieux, mais pas vraiment décisifs. Même si le Milan avait perdu ces matchs de gala, il se serait sans douter qualifier en huitièmes de finales, where things really matter. Dommage que Pato n’ait jamais marqué au deuxième tour de la compétition la plus prestigieuse du continent… Peut-être que le gamin a grandi trop vite, qu’il est légèrement immature. Qu’il a, comme tant de ses compatriotes exilés en Europe, la saudade, la nostalgie de son pays. Peut-être tout simplement qu’il ne met pas le football au premier plan dans sa vie, préférant se concentrer sur sa vie privée, comme le témoignent ses relations avec son ex-femme Stephany Brito, Debora Lyra (Miss Brésil 2010) et maintenant avec la fille du patron, Barbara Berlusoni. Au début de la saison Allegri l’avait pourtant prévenu en lui préférant Robinho ou El-Sharaawi, qui “travaillent plus pour l’équipe”. Lors des derniers mois turbulents lors desquels il a failli quitter Milan, il est frappant de voir que Pato a durement échoué malgré deux opportunités parfaites pour prouver qu’il méritait sa permanence au club: le derby de janvier et le choc face à la Juve d’il y a deux semaines. Résultat, zéro buts, zéro passes décisives et deux fois remplacé par la nouvelle promesse rossonera: l’italo-égyptien El Shaarawi. Une passation de pouvoir ?

Coexistence difficle avec Ibra

Pato se définit lui-même comme un “centravanti”, un numéro 9 sans pitié devant le but. Il faut qu’il joue seul devant, ou du moins comme point de référence de l’attaque. Ses deux premières saisons, il les joue ainsi. Devant, pratiquement isolé. Il écrase la concurrence d’un fantômatique Gilardino et d’un vieillissant Pippo Inzaghi, et se place au centre du trident Ka-Pa-Ro: Kaka’-Pato-Ronaldo, Ronaldinho à partir de l’automne 2008. Phare de cette attaque brésilienne, il exalte ses qualités de buteur et joue ses saisons les plus réussies statistiquement. Il profite du génie de Kaka’ et de Ronaldinho, qui jouent légèrement derrière lui formant une sorte de paire de trequartisti, pour se procurer une montagne d’occasions. Très bon pour attaquer la profondeur, il joue toujours sur le fil du hors-jeu et reste un poison constant pour les défenses adverses qui ont du mal à contenir sa rapidité. Les choses changent pendant la saison 2009/2010, où Leonardo décide de donner les clefs de l’attaque à Borriello et faire jouer Pato “seconda punta”, en le plaçant à gauche de l’attaque du Diavolo.  Dans ce contexte nouveau, le brésilien s’adapte et réussit sa saison. Borriello, physique et peu mobile, lui ouvre les espaces nécessaires pour qu’il s’infiltre dans les défenses adverses. Pato est LA star offensive de l’équipe, bien au-dessus des vieillissants Ronaldinho et Inzaghi, et des moyens Huntelaar et Borriello.

Malheureusement pour lui, Zlatan arrive au Milan le dernier jour du Mercato 2010 et bouleverse la hiérarchie offensive milanaise. Le cauchemar de Pato a commencé : en moyenne, il marque deux fois plus lorsqu’il joue sans le suédois plutôt qu’avec. Ses buts décisifs (voir derby Milan-Inter 3-0, avec Ibrahimovic absent) sont marqués lorsqu’il est épaulé par Robinho ou Cassano. Coïncidence ?

Absolument pas. C’est vu et prouvé, Zlatan est décisif seulement lorsqu’il est le point de référence absolu de toutes les attaques de l’équipe. Le jeu doit tourner autour de lui, sinon il aura plus de mal à être déterminant. D’ailleurs, c’est cela qui explique son (relatif) échec au Barça : il n’a pas su s’insérer dans un dispositif de jeu qui ne le voyait pas comme le phare offensif de l’équipe, mais plutôt comme une simple pièce de l’engrenage catalan. Zlatan est comme ça : tout ou rien. Lors de ses saisons les plus abouties, il était d’ailleurs épaulé par un attaquant prêt à accepter un rôle ‘secondaire’, comme par exemple Julio Cruz, Adriano ou Crespo  à l’Inter ou encore Robinho au Milan. L’arrivée de Zlatan, très réussie niveau marketing et résultats (le Suédois a quand même amené Milan au sommet de la Serie A), a donc ralenti, pour ne pas dire stoppé définitivement, le développement du Papero. Zlatan est encombrant, et le jeu du Milan s’est adapté aux nécessités de sa star. Thiago Silva et Nesta préfèrent sauter un milieu de terrain qui a souvent manqué cruellement de créativité et optent souvent pour la longue passe de 50 mètres facilement négociable par l’énorme présence physique d’Ibracadabra. Pato, si habitué à profiter des passes en profondeurs de Pirlo ou Ronaldinho, est devenu un spectateur passif. Les milieux ne lui offrent plus de caviars, il doit se contenter de voir ses défenseurs balancer des balles vers Ibra en espérant qu’il arrive à les contrôler. Malheureusement pour le brésilien, Zlatan y arrive bien trop souvent et concentre donc toutes les attaques milanaises. Comme en 2009/2010, Allegri place Pato plutôt sur les côtés du front d’attaque milaniste afin de profiter de ses accélérations et de sa capacité à rentrer sur son pied droit et frapper instantanément. Ça avait marché avec Borriello en pointe sous le règne de Leonardo, mais avec Ibra c’est différent. Le beau gosse napolitain ouvrait les espaces dans lesquels s’enfilait le natif de Pato Branco, Paraná. Zlatan, lui, les occupe. Encombrant et mobile, il arrive à jouer dos au but mais aussi à trouver les espaces pour déchainer sa créativité. Le résultat : Pato ne sait plus où aller, n’arrive plus à trouver les espaces derrière les défenses adverses et les deux se marchent souvent sur les pieds.

Et Pato souffre. Lui qui s’occupait de résoudre les situations les plus compliquées de son équipe, lui qui amenait ce brin de folie qui manquait tant au ‘vieux’ Milan d’Ancelotti, se retrouve à jouer un rôle secondaire au sein des rossoneri. La grande star du futur s’est transformée en un Julio Cruz milaniste : il fait son boulot, marque sa dizaine de buts par saison et aide son coéquipier suédois à briller. Mais il n’est plus LA star du club, ni même le chouchou du public qui préfère les coups de taekwondo d’Ibra aux accélérations de Pato, l’arrogance du suédois à l’insolence du brésilien, la mentalité gagnante du numéro 11 à la fragilité du numéro 7.

Qui privilégier ?

L’été prochain l’AC Milan sera donc obligé de répondre à un dilemme. Continuer à se reposer sur le génie d’un Ibra vieillissant (31 ans en Octobre prochain), un mec qui a déjà dit l’année dernière d’être ‘fatigué par le football’, ou bien parier jusqu’au bout sur l’explosion définitive d’un Pato en difficulté mais encore très jeune ? Le brésilien a montré qu’il avait des qualités exceptionnelles mais il ne semble pas encore être mature pour tirer son équipe vers le haut, département dans lequel excelle le suédois. Ce qui est sûr, c’est que pour le bien du Papero, il faut qu’il joue dans un club qui le traite comme un roi. Des dirigeants qui croient aveuglement en lui et des coéquipiers qui jouent pour et en fonction de lui. Le danger le plus grand pour Pato serait que le Milan ne prenne aucune décision. C’est-à-dire qu’il reste à Milan avec Ibra pour une saison de plus au purgatoire, une saison au cours de laquelle il pourrait définitivement se perdre et finir comme tant d’autres futures stars du football international. Le risque s’appelle Berlusconi, ou celui qui a ordonné à Galliani de ne pas vendre Pato au PSG. Admirateur sans limites du jeune brésilien, père de sa douce moitié Barbara Berlusconi, Il Cavaliere doit avoir le courage de prendre une décision douloureuse : si, comme on le pense, Ibra reste, il faut laisser partir Pato afin qu’il puisse à nouveau éclairer le monde du football de son immense talent. Comme lors de cette lointaine nuit du 13 Janvier 2008.

Ruggero

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Oui le Barça est favorisé par l’arbitrage UEFA, mais pourquoi ?


« Les images parlent », disait Mourinho trois jours après l’acte II des Clasicos de mai dernier. Les tours de magie de Laporta ou de Cruyff semblent plaire à l’UEFA : le Barça de Pep a été indéniablement favorisé par les arbitres en Champions League depuis trois ans, sans même avoir eu besoin de corrompre les hommes de Platini. 
Por qué ?
Comme souvent pour un article sur l’arbitrage dans le football, afin d’apaiser la colère de certains fans, on rappellera que l’arbitre est humain et qu’il peut donc faire des erreurs.
En trois ans de pontificat du Pep, le Barça version coupe européenne a toujours atteint les demis et  a remporté deux Champions League sur trois. Mais alors que certains parlent de « la meilleure équipe de l’histoire du football », qu’en serait-il si les mains de Piqué et Eto’o ou les accrochages sur Drogba avaient amené un penalty à Stamford Bridge ? Ou si Pepe n’avait pas été exclu au Bernabéu en mai dernier ? L’arbitre aurait vu juste, et on parlerait peut-être d’un groupe qui n’aurait toujours pas gagné de Champions League. Une sorte de Babygunners 2.0 qui aurait succombé à chaque fois face à la détermination diabolique des trois enfants élevés par Mourinho : son Chelsea, son Inter, son Real. Peut-être que le Barça était trop beau pour être vrai. Une équipe à la majorité des joueurs formés au club qui joue un football innovant sous les ordres d’un jeune dandy sympathique et anti-polémique, c’est beau. En face, des équipes de riches propriétaires (exception des socios du Real, riche de toute façon) plus travailleuses que talentueuses et menées par un entraîneur arrogant, calculateur et prétentieux, c’est moins beau. C’est même moche et méchant, diront certains. Cette histoire comporte des faits indéniables, et deux théories FT. Commençons avec les faits. 

En 2009, le Barca tombe sur un Chelsea de Guus Hiddink non seulement trop fort physiquement et tactiquement, mais aussi plus expérimenté. A tel point qu’à Londres, alors menés 1 à 0, les catalans ne parviennent pas à cadrer une seule frappe en 89 minutes et donnent à l’arbitre l’opportunité de siffler jusqu’à cinq penaltys. Attention, on dit bien « l’opportunité ». Les cinq sont plus ou moins justifiés, mais le doute s’est installé cinq fois dans la tête du spectateur, et – on l’espère – également dans celle de l’arbitre. L’année suivante, encore la même domination de la Liga, une victoire de plus en Coupe du Roi et puis – à nouveau – ces demi finales de Champions League. Cette fois-ci, ce n’est plus Guus et Didier qu’il faut surmonter, mais José et Diego. Encore trop pour ce Barça qui garde beaucoup le ballon, mais ne parvient pas à marquer plus de deux buts en quatre matchs à ce stade de la compétition. Le Barça sort et se plaint ouvertement de l’arbitrage : « cet arbitre portugais est un ami d’enfance de Mourinho », crie Xavi. Portugais ou pas, le Barça a joué 65 minutes en supériorité numérique après le fameux « Busquets show » au match retour.


En 2011, les Portugais José et Cristiano viennent se dresser contre les blaugrana. Après deux rencontres qui auront vu l’arbitrage UEFA malmené comme jamais, avec un carton rouge sans contact décidant le sort du match aller, et une faute involontaire (est-ce vraiment la peine de le préciser ?) du dos annulant un but madrilène au match retour, le Barça passe. On se rappelle aussi de l’expulsion de Van Persie en quarts pour avoir vilainement poursuivi son action quelques dixièmes de seconde après que l’arbitre ait sifflé pour un hors-jeu. On sait très bien que ces faits ne sont pas nouveaux, et le plus souvent, on entend la réponse « de toute façon, le Barça était au-dessus ». Mais aussi bien à Stamford Bridge qu’au Giuseppe Meazza, ce n’était clairement pas le cas. Au Bernabéu, personne n’avait rien produit avant l’expulsion de Pepe à la 62e et le Real a montré au match retour qu’ils auraient pu mériter passer. En ce qui concerne Arsenal, si un attaquant s’était présenté devant Valdés à la place de Bendtner au Camp Nou, Wenger tiendrait peut-être son exploit…
 

Certains affirment qu’il est possible que sur trois années, cinq arbitres de classe internationale se soient trompés innocemment en faveur de la même équipe. « I just say it is possible ! » dirait Henry Fonda dans Douze hommes en colère. M. Övrebo n’aurait pas vu les mains de Piqué et d’Eto’o. M. Busacca n’aurait pas cherché à tout prix à tuer le match en expulsant Van Persie. M. De Bleekere aurait pensé que Cristiano avait trop fait le malin à rouler par terre pour venir écraser le pauvre Mascherano. M. Stark à 30m de l’action et avec un mauvais angle de vision, aurait estimé qu’il n’y avait pas la moindre chance que le réputé Dani Alves sorte sur civière pour un contact imaginaire. Seulement, la vidéo dément catégoriquement cette théorie. Pour le premier, elle montre bien que le champ de vision entre M. Övrebo et le ballon est libre au moment où Piqué et Eto’o touchent le ballon de la main dans leur surface. L’arbitre a tout vu, au contraire de M. Stark, qui n’a pas vu Pepe mettre le pied « sur » Alves, comme le montre la photo suivante. Sa vue était gênée par deux joueurs du Barça, et Pepe était de dos. 


Pour les deux autres, il s’agit de deux très lourdes erreurs d’interprétation de l’arbitre, inhabituelles à ce niveau. Sur l’action de Van Persie, le laps de temps écoulé entre le sifflet et le tir est si faible qu’on peut même croire que Van Persie n’a pas entendu l’arbitre avant de tirer. Même s’il avait entendu à coup sûr le sifflet, l’arbitre doit faire preuve de psychologie et ne pas l’expulser, mais alors s’il y a une possibilité qu’il ne l’ait pas entendu… Quel arbitre donnerait un carton jaune à ce moment-là lors d’un tel match s’il n’avait pas d’autres considérations…? Nous préférerons ne pas faire de commentaire pour ce qui est de la « faute du dos » de Cristiano, qui est l’une des décisions arbitrales les plus étranges qui aient été prises à ce niveau.

Evidemment, le Barça ne paye pas les arbitres. Mais cette répétition de faits ne peut pas être seulement liée au hasard. D’où notre effort pour trouver une explication rationnelle. Voici nos deux théories FT.

La première met en cause la toute-puissante UEFA.
Les années 2000 ont été difficiles pour l’image du football européen auprès du grand public. Les cas des riches Chelsea et City ont mis des bâtons dans les roues des dirigeants UEFA souhaitant un football plus sain et transparent. Et en 2008, en pleine domination de Premier League sur le vieux continent, l’UEFA a besoin de trouver un exemple qui redonne espoir et enthousiasme au monde du ballon rond, et surtout qui lui redonne une légitimité vis–vis du monde « civil », non spectateur et souvent très critique (Knysna serait à l’origine de la crise d’identité de la jeunesse française). Dans le meilleur des cas, cet exemple doit être un club dont la réussite n’est pas liée à l’argent ou à un investissement important. C’est malheureusement impossible dans le football aujourd’hui. Donc, il faut trouver un modèle dont les autres éléments qui contribuent à son succès peuvent d’une certaine manière cacher la façade « argent ». Par exemple, mettre en relief la partie de la formation. Ou la soi-disant bonne conduite d’un club et de ses joueurs hors du terrain. Ce Barça de 2008, complètement lifté par Guardiola lors du mercato (out les pêcheurs Ronaldinho, Deco et Zambrotta et in les Dani Alves, Keita ou Piqué), répond au mieux possible à cette nécessité d’exemple. Le Barça est une équipe jeune sans joueurs « à réputation » (Eto’o étant l’exception qui confirme la règle) qui joue collectif et qui est associé à une image de « petits et gentils ». Six joueurs sur les 11 titulaires sont formés au club, Unicef est fièrement floqué sur la poitrine de ses stars, il y a de nombreux joueurs blacks-africains (Keita, Touré, Abidal) et la propagande Barça faite de « Més que un club » et de « nous nous battons pour tous les peuples opprimés de la terre » (Laporta) fait partiellement oublier que depuis 2000, le Barça a dépensé 550 millions d’euros de transferts. La Masia, un nouveau modèle économique, disait-on ?

En 2009, c’est Chelsea qui se présente en face, soit tout le contraire de l’exemple recherché par l’UEFA. Le Chelsea de Abrahamovich, russe, juif, arrogant et très riche. Bref, le mec qui aime foutre la merde. Quand il débarque en 2003, il dépouille tous les championnats européens à coups de millions. Pas question de parler de morale, Roman est là pour gagner. On associe Chelsea à un club de nouveaux riches, dont le jeu est physique et se repose sur des individualités. Le dernier joueur venant du centre de formation n’est autre que Captain Terry et c’est un sponsor coréen qu’affichent fièrement les Blues. Qui plus est, Chelsea est reconnu pour avoir longtemps été le refuge des hooligans les plus dangereux d’Angleterre. Un mélange de cynisme et d’efficacité redoutable, tout le contraire d’une équipe populaire et révolutionnaire, autoproclamée « meurtrie » par l’Histoire comme le Barça.
Peut-être que rien de tout cela n’a de sens. Toujours est-il que lorsque Stamford Bridge accueille les blaugrana pour le match retour de cette demi-finale, on sait depuis la veille que Manchester United est en finale. Et oui, Manchester-Chelsea, c’était la finale de Moscou, un an avant… En pleine domination de PL, le public veut changer d’air. Peut-être qu’à Nyon, certains l’avaient bien compris. Fucking disgrace ?


Notre seconde théorie repose sur une certaine interprétation de l’inconscient de l’arbitre.
Mettez-vous dans la peau de l’un de ces grands arbitres européens. Vous arbitrez deux des meilleures équipes du monde devant des millions d’âmes prêtes à vibrer pour le football. A ce niveau, les équipes partagent largement le ballon, grand maximum 65% d’un côté à ce niveau de la compétition. Seulement ce soir, une équipe monopolise à tel point la sphère que vous la voyiez balle aux pieds durant 75% du match. Par la force des choses, cette équipe monopolise également les fautes subies. Il y a peu de vérités dans l’arbitrage dans le football et vous le savez mieux que personne. Néanmoins, ces années d’expérience vous ont appris une règle d’or : si vous voulez évitez les emmerdes, mieux vaut que le « meilleur » gagne à la fin. Si vous voulez vous en sortir auprès du grand public et avoir la chance d’aller loin dans les grandes compétitions, il faut que le vainqueur de vos matchs soit l’équipe qui domine (l’équipe qui domine le ballon ? l’équipe la plus dangereuse ? un mélange des deux ?). Dans l’intensité d’un tel match, on peut imaginer que l’homme qui arbitre le Barça ait tendance à favoriser les blaugrana car ils gardent le ballon, provoquent donc plus de fautes et jouent un beau football. Sans oublier qu’ils vous parlent, viennent vous assister… Car durant ces matchs à enjeu, le Barça vous aide dans votre travail, montre du doigt les fautifs si vous ne les avez pas encore vus, exagère ce qui peut (ou ne pas) être exagéré et siffle même parfois à votre place (Pinto face à Copenhague) ! Dans ces conditions, on peut croire que ces grands arbitres se soient laissés trompés par leur interprétation du match, laissant remporter celui qui leur semblait être le meilleur sur le terrain car paniqués devant la peur de prendre une décision trop importante (en Supercoupe d’Europe, la faute d’Abidal sur Guarin…).

Mais le Barça n’a pas toujours été au-dessus de son adversaire. Face à Chelsea en 2009, l’Inter en 2010 et Arsenal en 2011 dans une certaine mesure seulement, le Barça ne méritait pas clairement de se qualifier. Les erreurs de M. Övrebo ne peuvent pas venir de cet effet inconscient, le Barça n’ayant pas cadré une frappe en 89 minutes. Et l’on préfère rester optimistes et croire que ces grands arbitres ne se sont pas trompés si grossièrement à un tel niveau. On croit donc à la première théorie.


Au bout du compte, tout est une question de croyances. Justement, dans Opinions et Croyances, Gustave le Bon affirme que « l’influence de la mode est si puissante qu’elle nous oblige parfois à admirer des choses sans intérêt et qui sembleront même des années plus tard d’une extrême laideur ». Certains diront que le Barça a éclaboussé de sa classe le football mondial pendant x années, mettant l’élimination de 2010 sur le dos d’un pauvre volcan Islandais. D’autres, comme Mourinho, répéteront que Guardiola doit se sentir bien mal à l’aise de ne pas avoir gagné de vraie Champions League sans être grossièrement aidé par l’arbitrage. Berlusconi a-t-il raison lorsqu’il affirme que « le succès du Barça est dû à 50% de chance » ?

Surtout, ces erreurs d’arbitrage et ces exagérations du Barça auront pourri nos merveilleuses soirées de Champions League. Flash back, repensez à la soirée de Stamford Bridge et des visages en pleurs des petits roux, « fils de nouveaux riches », aux maillots de Lampard…

FT