Archives pour la catégorie Questions tactiques

Tactique – Le « Pogbà tout faire » qu’attend Mourinho

C’était le Pogback : un feuilleton projeté quotidiennement sur la toile de Paris à Miami, mêlant un jeune athlète, des millions de livres sterling et des tonnes de marketing durant tout l’été. Mais alors que l’officialisation est tombée ce matin, le bruit du mercato s’apprête enfin à laisser place à la musique du jeu. Quelle sera la place de Paul Pogba sur la piste de ce Manchester United en recherche de rythme ?

D’un côté, Paul Pogba. Une aura délirante, un talent exceptionnel et un horizon de possibilités footballistiques qui ressemble à l’infini. L’ordre technique, la discipline tactique, l’athlétisme, la spontanéité et l’état d’esprit d’un champion. De l’autre côté, José Mourinho. Un charisme dévastateur, un style unique et un savoir-faire légendaire. Devant les deux partenaires se dresse une Premier League remplie d’adversaires aux caractéristiques tactiques plus variées que jamais, et un contexte extraordinaire. Dans un environnement compétitif extrême, Mourinho veut à nouveau conquérir le monde. Mais alors que Pogba était la cerise d’un très beau gâteau à Turin, le numéro 6 devrait faire beaucoup de pâtisserie à Manchester.

Ce mariage est assimilable à une équation à quatre inconnues. La première est la position qu’occupera Pogba dans le schéma de Mourinho. Celle-ci devrait osciller entre celle de milieu défensif, milieu relayeur, milieu gauche et meneur de jeu. La seconde est le rôle de Pogba dans l’animation offensive et l’équilibre défensif : organisation, élaboration, création et/ou finition ? La troisième est le besoin d’épanouissement personnel de Pogba, qui s’est toujours montré plus épanoui en bianconero qu’en bleu, en dribbleur qu’en constructeur, et qui revient à Manchester pour aller chercher un Ballon d’or. La quatrième, enfin, est le besoin immédiat de résultats de Mourinho et les mesures tactiques qui en découleront.

Le besoin de fantaisie de la Pioche
Chez Pogba, l’épanouissement personnel passe forcément par celui de sa créativité. Au-delà du physique dominateur, du jeu de passes maîtrisé et de la frappe de balle puissante, un élément presque génétique fait de la Pioche le joueur qu’il est : le dribble. À Turin, la structure imposée par Conte puis Allegri a posé les bases de cet épanouissement créatif. Que ce soit via le 3-5-2 originel ou le 4-3-1-2 qui a émergé lors des deux dernières saisons, Pogba a toujours pu compter sur une organisation suffisamment équilibrée et intelligente pour mettre sa fantaisie dans les meilleures conditions. La sortie de balle de la ligne à trois, le jeu long de Pirlo et Bonucci, l’implication dans le jeu et la hauteur des latéraux, l’activité de Vidal, Marchisio puis Khedira. Avant même que Pogba ne touche le ballon, les phases d’organisation et d’élaboration étaient bien entamées voire terminées. Situé plus ou moins haut sur le terrain à gauche, Pogba était encouragé à « y aller » et à laisser parler ses pieds. À la suite d’un Euro Français lors duquel la Pioche a été baladée d’un coin à l’autre du milieu de Deschamps, il semble évident que cette liberté est essentielle au développement du joueur. Mais l’option d’un Pogba fantaisiste à Manchester n’est pas favorisée par le contexte de reconstruction des Red Devils et leur effectif actuel.

Le besoin d’ordre des Red Devils
Effectivement, tout pousse à croire qu’il sera difficile pour Mourinho d’offrir à Pogba cet équilibre dès sa première saison à Manchester, dans la mesure où il faudrait alors imaginer un milieu à trois pour un effectif dessiné pour le 4-2-3-1. D’une part, l’effectif du manager portugais est aujourd’hui largement déséquilibré. D’un côté, l’influence dans le troisième quart du terrain est disputé par pas moins de dix joueurs : Ibrahimović, Rooney, Martial, Mkhitaryan, Mata, Lingard, Depay, Januzaj, Young et même Fellaini… De l’autre, le champ de bataille du milieu est seulement emprunté – personne ne s’est imposé depuis le départ du grandissime Scholes – par Carrick, le même Fellaini, Herrera, Schneiderlin et les « options » Schweinsteiger et Blind. Dans cette perspective, alors que Pogba a besoin d’être proche du but, Manchester United a besoin de Pogba au milieu, loin au milieu. Comme en bleu. Par ailleurs, une construction aussi urgente devrait pousser Mourinho à mettre le talent là où il manque le plus. Pogba le soldat devra donc sacrifier sa créativité – plus de 3 dribbles et 3 tirs par match la saison dernière – au détriment de Pogba l’artiste turinois. Mais si l’utilisation reculée de Pogba pourrait masquer les problèmes de construction des Red Devils, elle pourra difficilement les régler : au-delà du besoin de qualité au milieu, Manchester a aussi besoin de plus de savoir-faire chez ses latéraux et plus d’aisance à la relance.

Pogbà tout faire
Concrètement, si le 4-2-3-1 du Community Shield est repris, Mourinho devrait placer Pogba aux côtés de Carrick (ou Schneiderlin), à la place de Fellaini. Une position pour laquelle Pogba a été formé en France, en double pivot, et aussi une position dans laquelle Pogba touchera beaucoup de ballons. Dimanche contre Leicester, Fellaini a été le joueur qui a réalisé le plus de passes (68 en 95 minutes). À Turin, Pogba en réalisait entre 40 et 50 par match ces deux dernières saisons – plus de création, moins de construction – tandis que le chiffre s’élevait à 63 sous Deschamps à l’Euro. Alors que cette position reculée permettrait au Français de développer sa science du jeu et de peut-être atteindre une emprise majeure sur le jeu mancunien – il en deviendrait la plateforme principale – la question est de savoir si le reste du collectif lui permettra de faire la différence.

À quelques jours de la première journée de Premier League, le défi semble aussi exceptionnel que son contexte : remplacer Paul Scholes en devenant un Patrick Vieira buteur, à la Yaya Touré, le tout avec une attente à la hauteur de celle offerte par le Bernabéu aux Galacticos. Un projet fou cousu sur-mesure pour l’ambition du milieu de terrain, comme il le racontait dans le numéro de mai 2016 de So Foot : «  Moi, je veux tout faire parce je pense que je peux tout faire et que l’entraîneur dit que je peux tout faire. J’ai envie de créer quelque chose. De créer le nouveau milieu de terrain. » Et il fait quoi ce nouveau milieu de terrain ? « Tout ! Il sait récupérer le ballon, il sait remonter le ballon, il sait faire le jeu, il sait faire des passes, il sait marquer. » L’attaque et la défense, la fantaisie et l’ordre, les buts et le jeu. Une mission sacrée : réunir Paul Scholes, Roy Keane et Éric Cantona dans deux pieds.

Markus

Lire l’article sur sofoot.com

Article publié le 11/08/2016 sur SOFOOT.com

Deschamps et Löw, la glace puis le feu

C’est inévitable, un France-Allemagne fait toujours appel à notre imaginaire guerrier le plus primaire, d’autant plus lorsque la rencontre met en jeu la conquête de l’Europe à Paris. Mais si une bataille aura bel et bien lieu sur la pelouse du Vélodrome ce soir, elle opposera avant tout des idées de jeu. Les capacités d’adaptation de Löw, d’un côté. Et Didier Deschamps, de l’autre. Aux armes…

Le 4 juillet 2014, il est 13h12 au Maracaña lorsque l’Argentin Nestor Pitana aperçoit une légère faute de main de Paul Pogba sur l’épaule de Toni Kroos. L’Allemand se charge lui-même de l’offrande et dépose une merveille de centre avec le soin, la méthode et l’élégance qui le caractérisent depuis toujours. Mats Hummels n’a même pas besoin de sauter pour devancer Varane. Le ballon effleure la transversale de Lloris et envoie les Allemands en demi-finales du Mondial. En toute fin de match, Benzema mènera la dernière charge française, en vain. Une-deux avec Giroud, frappe puissante du gauche. Mais non. Trop ferme, trop forte, trop bien placée, la main droite de Neuer repousse une fois de plus l’idée bleue. Après l’insupportable 1982 sous la chaleur andalouse, les Allemands éliminent les Bleus sous le soleil brésilien et nous laissent une faim au goût sec et amer. Un petit but, sur coup de pied arrêté, et basta. Ainsi, pour que l’histoire de cet Euro soit la plus belle possible, il fallait que les Bleus de Deschamps rencontrent à nouveau Toni Kroos et l’Allemagne de Löw. Parce qu’entre-temps, la Mannschaft est certainement devenue la meilleure sélection au monde. Et parce que si cette équipe de France veut avancer dans la construction de son identité, il lui faut une opposition à la hauteur du défi entrepris.

La dentelle et les bottes de Löw

Des finales, des demi-finales et un titre de champion du monde. Ces vingt dernières années, le football allemand a révolutionné son style, mais n’a cessé d’obtenir des résultats sur les plus grandes scènes mondiales. Cette année à l’Euro, peut-être plus que jamais, elle a offert une formation d’une sophistication extrême. De la fine dentelle des pieds d’Özil, Hummels et Draxler aux lourdes bottes de Schweinsteiger, Höwedes et Gómez, Löw a mis au monde un groupe proposant un football romantique avec une méthode industrielle. La discrétion géniale de Toni Kroos au milieu, l’omniprésence musclée et technique de Jérôme Boateng, Manuel Neuer en dernier rempart robotique, et un phénomène jusque-là silencieux : Thomas Müller. De Lille à Bordeaux, l’Allemagne a offert le football le plus développé d’Europe parce qu’elle maîtrise toutes les facettes du jeu.

Elle sait rivaliser avec l’Espagne sur le terrain de la possession huilée. Elle sait pousser dans les cordes les adversaires les plus coriaces, notamment grâce à son goût inoxydable pour les frappes lointaines. Elle est venue à bout des schémas cérébraux de l’intense Italie de Conte. Et surtout, elle sait gagner de toutes les manières. Car la particularité de ce maître du monde est de dominer la planète sans idéologie. Les Allemands sont les plus forts, point. Son prédécesseur, la Roja, avait pris le plaisir d’imposer ses idées à la terre entière. Une réflexion, un style, un modèle et même une philosophie pour les plus fidèles de la langue de Xavi. Joachim Löw, lui, est au pouvoir depuis 10 ans. Et il a tout changé. En fonction des époques du Bayern, d’une part, parce que les dernières compétitions internationales ont toutes eu droit à une dose de Van Gaal, Heynckes ou Guardiola. Et en fonction de ses adversaires, d’autre part.

Des choix de Löw

À l’Euro, la Mannschaft a varié entre la brutale montée en puissance offensive et la mise à l’épreuve d’un système défensif rodé. Contre l’Ukraine, la Pologne et l’Irlande du Nord, elle a dominé outrageusement la possession (60%, 65%, puis 75%) et concédé seulement quatre tirs cadrés pour aucun but encaissé. La Slovaquie et la classe d’Hamšík n’ont pas changé la donne et ont même subi le retour de l’efficacité germanique, incarnée par la titularisation de Gómez à la place de Götze (à partir de leur 3e rencontre). Et puis vint l’Italie. Là, Löw a cédé : fini le 4-2-3-1, voilà le 3-4-2-1. Fini aussi la domination territoriale dans le camp adverse, voilà la possession dite « intelligente » ou « prudente » , qui dépend de la lecture des moments de la rencontre, et qui cherche aussi à faire sortir l’adversaire de son camp. Un changement de schéma courageux dans la perspective du changement de disposition désastreux de l’Euro 2012. Mais un choix qui a payé : Löw a battu l’Italie en pensant comme un technicien transalpin.

Mais au cours de sa réflexion tactique en amont de l’opposition face à Deschamps, Löw s’est certainement rendu compte que cette équipe de France n’est pas un animal comme les autres. Difficile d’établir une grille de lecture à partir des dernières partitions des Bleus : la mélodie change toutes les 45 minutes, le rythme n’est jamais le même et les musiciens changent souvent d’instruments. Difficile dans ces conditions de transmettre des convictions à ses joueurs, puisqu’il est impossible de prévoir si les Bleus peuvent encore changer de disque. La partition est presque illisible, et dans la pénombre, il faut croire que Löw choisira une fois de plus de s’adapter. Comment battre Deschamps ? En pensant à la Deschamps : Löw devrait aligner la formation la plus versatile possible, au cas où des modifications s’avéreraient nécessaires au cours de la rencontre. Et c’est ici que la suspension du bourreau Hummels fait le plus mal.

Des choix de Deschamps

Les Bleus, eux, peuvent-ils « imposer leur jeu » aux Allemands ? « Tout dépendra de l’équipe allemande alignée au départ. Si l’un d’entre vous la connaît, je suis intéressé… C’est un rapport de forces » , a répondu Deschamps en conférence de presse. Si la balle est généralement dans le camp du grand favori, Deschamps ne semble absolument pas pressé d’aller la chercher. Car les Bleus se présentent en demi-finale avec un arsenal offensif flambant neuf, certes, mais aussi vierge au plus haut niveau. Ainsi, tout porte à croire que le Bayonnais fera le choix du 4-3-3 pour débuter la rencontre. D’une, le 4-2-3-1 a montré ses lacunes et les espaces laissés entre Matuidi et Pogba au milieu seraient impardonnables face à la verticalité exquise de Kroos et Özil. De deux, il est difficile d’imaginer Deschamps se privant de Kante et Matuidi face à une formation à la circulation de balle aussi déséquilibrante, même si la perspective d’une paire Pogba-Kante est alléchante. De trois, Deschamps ne devrait pas prendre le risque de se retrouver en infériorité numérique sur les ailes. Ainsi, on peut s’attendre à des Bleus au schéma conservateur face à des Allemands prêts à abuser de la possession pour user les flèches offensives françaises et limiter leur marge de manœuvre. Le sort du champ bataille tactique serait alors remportée par celui qui commet le moins d’erreurs, d’une part, et celui qui saura réorganiser ses troupes au moment opportun, d’autre part.

Souvenir : en juillet 2014, Deschamps avait déjà choisi le 4-3-3 et deux trios formés par Cabaye-Pogba-Matudi et Valbuena-Griezmann-Benzema. Il était passé au 4-2-3-1 (Rémy pour Cabaye) à la 73e, puis au 4-4-2 à la 85e (Giroud pour Valbuena). En 2016, alors que les trois matchs de poule avaient laissé une impression de brouillon inachevé, la seconde période contre l’Irlande, puis la première contre l’Islande ont enfin donné de la substance à une classification. Le tableau a encore besoin de quelques couches de peinture pour devenir un ensemble cohérent, mais il propose déjà deux familles de couleurs. Le 4-3-3 du côté sombre, conservateur, travailleur, presque lourd. Et le 4-2-3-1 du côté éclairé, talentueux et même léger. Le tableau n’est pas encore fidèle à la réalité, mais il a le mérite d’offrir à Deschamps un plan de jeu lisible pour ce soir : la glace pour commencer et le feu pour finir. À moins d’oser mêler les éléments et défier le monde avec un Moussa Sissoko lebronesque dans le trio du milieu.

Markus

Lire l’article sur sofoot.com

Article publié le 07/07/2016 sur SOFOOT.com

Peur bleue à l’arrière

Une relance hachée par des dégagements pressés, un ballon qui cherche encore son maître et une répétition de duels qui ne tournent pas toujours à l’avantage des Bleus. Si la défense de Deschamps n’a encaissé que deux buts, sur penalty, l’arrière-garde française semble jouer avec la peur au ventre. Un problème de qualité ? Pas vraiment, non. Un problème de culture ? En partie, oui. Mais surtout un problème psychologique que l’Islande a hâte de venir chatouiller…

À l’heure où le trio Barzagli-Bonucci-Chiellini a roulé sur l’Euro au nom de la gloire de la tradition défensive italienne, difficile de ne pas repenser à l’équipe de France 98. Un bloc renforcé par les années de Desailly au Milan, Thuram à Parme, Blanc au Napoli, Deschamps et Zizou à la Juve, Djorkaeff à l’Inter, et tant d’autres. Des joueurs passés entre les mains de Fabio Capello, Marcello Lippi, Carlo Ancelotti ou encore Gigi Simoni. Près de vingt ans plus tard, en conséquence des bouleversements qu’a connus la hiérarchie financière des championnats européens dans les années 2000, les trois quarts des défenseurs titulaires des Bleus ont l’ADN de la Premier League dans leurs crampons : Sagna, Koscielny et Évra (et Lloris). Seul Rami n’a pas connu les espaces gigantesques de la première division anglaise, et Deschamps alignerait donc une formation 100% football anglais s’il choisissait Mangala pour le remplacer, si l’on accepte de considérer que le style d’Évra a plus été façonné à Manchester qu’à Marsala, Monza et Turin. Or, cette culture anglo-saxonne a une vraie influence sur le jeu des Bleus.

La culture Premier League et la normalisation de l’erreur défensive

Dans les colonnes de So Foot Club en cours de saison, Kurt Zouma s’était avancé sur les particularités tactiques de la phase défensive dans le football anglais, dressant le portrait d’une culture unique : « Le jeu est plus rapide parce qu’ici, en Angleterre, on ne pense pas à défendre de la même façon qu’en France. On pense à défendre, évidemment, mais différemment. En France, il faut défendre et ensuite peut-être attaquer. Ici, il faut faire les deux en même temps. Dès que t’as la balle, c’est une obligation d’aller vers l’avant pour aller marquer. C’est culturel. Tu récupères, tu attaques. Pas le choix. » Une façon de penser alléchante, certes, mais qui se retrouve à des kilomètres de la philosophie conservatrice des Bleus de Deschamps. « En Angleterre, on dit qu’ils (les défenseurs, ndlr) ne savent pas défendre, je sais. Mais en fait, y a trop de spectacle ! À force de vouloir attaquer, toutes les équipes laissent des espaces. Et c’est pour ça que c’est aussi intéressant pour un défenseur. Parce que t’as tellement de situations à gérer ! T’as plus de duels, t’as des trois contre deux à gérer tout le temps… Il faut savoir réfléchir vite, il faut être physique. Et puis t’as des attaquants qui te défient vraiment. Donc je pense que tu t’améliores plus rapidement. »

Une autre école, donc, qui a également un autre public : « En Premier League, ça bouge dans tous les sens. Et puis si tu marques, les supporters sont contents. Si tu tacles, les supporters sont contents. Si tu mets un coup de tête, les supporters sont contents. » Une dépense d’énergie qui ne suffit pas à Deschamps et au public français, évidemment, et qui implique par ailleurs une conséquence négative : quand tu es confronté à une telle répétition de duels, tu as le droit à l’erreur. Or, pour le moment, avec les Bleus lors de l’Euro, ton adversaire n’a une seule occasion par match, très souvent en contre, et tu n’as pas intérêt à perdre ton duel parce que le bloc-équipe est déjà dépassé. Ce décalage peut-il expliquer que nos centraux jouent avec la peur au ventre ? En partie, seulement.

La peur au ventre

Le schéma se répète depuis l’entrée en matière des Bleus à l’Euro : lorsque Rami et Koscielny portent le ballon à la relance, ils s’arrêtent avant même de se confronter aux attaquants adverses, comme s’ils se heurtaient systématiquement à un « mur invisible » , dixit Florent Tonuitti. Mais voilà, mettre les difficultés des Bleus sur le compte de la culture défensive de la Premier League reviendrait à utiliser un raccourci casse-gueule. D’une part, Adil Rami a connu la Serie A (mais pas celle des années 90) et joue aujourd’hui à Séville, dans le pays où l’on joue au sol et où l’on insiste sur le soin du ballon. D’autre part, les deux seuls buts encaissés par les Bleus ont été concédés sur penalty, à la suite d’erreurs de jugement d’Évra et Pogba, qui évoluent tous les deux à la Juve d’Allegri et qui font preuve d’une intelligence tactique irréprochable. Il y a donc forcément une autre explication. Et celle qui s’immisce le plus souvent chez les grands favoris est psychologique : l’excès de tension crée un stress inévitable et engendre des mauvaises prises de décision.

Diego Latorre, ex-fantaisiste du Boca des années 90 et international argentin, est aujourd’hui une référence de l’analyse footballistique au pays de Bielsa et Simeone. Observateur à la fois de la Copa América et de l’Euro, il compare les deux contextes dans le quotidien La Nación : « D’un point de vue purement optique, les matchs de la Copa América sont vite devenus plus attrayants. On a pu apprécier une plus grande envie de développer du jeu et plus de fraîcheur sur les terrains américains, alors que dans les stades français, tout cela semblait recouvert par un excès de solennité. On perçoit plus de relaxation en Copa América, peut-être du fait de l’ambiance cordiale et détendue des stades aux États-Unis, qui contraste avec la tension externe excessive qui accompagne l’Euro. » Pour donner un exemple, l’Argentine de Martino insiste sur une relance au sol avec des relanceurs qui font preuve de grandes difficultés dans ce domaine en Europe (Otamendi et Funes Mori). Latorre poursuit : « Pour donner le meilleur de soi, n’importe quelle personne doit être tranquille et même heureuse dans l’accomplissement de son travail, parce qu’elle sera ainsi plus lucide et aura plus de souplesse dans sa prise de décisions. (…) En France, les précautions abondent. » Dans une équipe de France qui doit affronter à la fois des « petites » nations – avec un statut de favori grand comme la tour Eiffel – et la pression de celui qui accueille la compétition, le stress semble inévitable. Et c’est encore plus le cas pour des centraux qui doivent assimiler la lecture du jeu à l’italienne de Deschamps tout en essayant de remplacer Varane avec un pistolet sur la tempe.

Le piège islandais

Malheureusement, la perspective d’un quart de finale contre l’Islande ne devrait pas changer la donne. Peu importe si l’Islande est une des cinq meilleures équipes de l’Euro depuis le début de la compétition (avec l’Allemagne, l’Italie, la Croatie et le pays de Galles), les Bleus n’ont pas le droit de perdre. Pas encore. Pas comme s’ils jouaient l’Allemagne en demi-finale, en clair. Et si la physionomie de ce match semblerait mettre en avant les qualités de l’arrière-garde française – les Bleus se sont montrés très à l’aise dans la bataille des duels aériens –, cet aspect est trompeur. Contre l’Angleterre, l’Islande a perdu 67% des duels aériens (35 perdus, 17 gagnés), Cahill et Smalling en ont gagné 19 à eux deux et même le flop Harry Kane s’est imposé 5 fois dans les airs. L’enjeu est à la retombée du ballon et dans l’anticipation : il faut savoir transformer un duel gagné ou perdu en récupération, contre-attaque ou nouvelle phase de possession. L’utilisation et la lecture du duel est bien plus importante que le duel lui-même. D’où la perte dramatique de N’Golo Kante, royal dans la lutte pour les seconds ballons, mais aussi l’arrivée salvatrice de Samuel Umtiti, dont la mobilité et le sang-froid balle aux pieds pourraient garantir à l’arrière-garde bleue le surplus de confiance dont elle a tant besoin. À condition que le Lyonnais joue comme un colonel et non comme un aspirant.

Markus

Lire l’article sur sofoot.com

Article publié le 03/07/2016 sur SOFOOT.com

La France, son six perdu et Cabaye

Orpheline du chef d’orchestre virtuose qu’elle aurait dû mettre au monde et qu’elle n’a jamais eu la force d’engendrer, la France de 2016 se retrouve à jongler avec différentes solutions d’urgence devant sa défense, au cœur du jeu. À la suite de la suspension de N’Golo Kante, Didier Deschamps doit encore redessiner son milieu avant d’affronter la limpidité du jeu de l’Islande : repasser à un double pivot ou conserver son 4-3-3 et replacer Cabaye ?

Didier Deschamps. Marcel Desailly. Alain Boghossian. Emmanuel Petit. Christian Karembeu. Patrick Vieira. Claude Makelele. Olivier Dacourt. Benoît Pedretti. Alou Diarra. Jérémy Toulalan. Mathieu Flamini. Abou Diaby. Rio Mavuba. Lassana Diarra. Yann M’Vila. Blaise Matuidi. Maxime Gonalons. Étienne Capoue. Francis Coquelin. Josuha Guilavogui. Paul Pogba. Geoffrey Kondogbia. Morgan Schneiderlin. Et enfin N’Golo Kante. L’héritage de France 98 ne se résume pas qu’à celui de Zizou : grande adepte du double pivot et donc de la formation de milieux défensifs, la France n’a cessé de produire des joueurs capables d’évoluer devant la défense, que ce soient des stoppeurs replacés (Desailly au Milan), des milieux tout-terrain (Pogba) ou de véritables sentinelles de formation (Gonalons). Souvent placé devant la défense tel un bouclier humain ou une assurance-vie pour son entraîneur, le milieu défensif à la française rime avec un champ lexical bien particulier, presque islandais : générosité, combat, sacrifice, devoir. Le placement plutôt que la vitesse, la course plutôt que le dribble, le travail du physique plutôt que l’art de la technique. Mais si la France a choisi le grand gourou Deschamps pour la guider en 2016, les années 2010 ont eu le temps de retracer la géographie des milieux européens.

Ainsi, à l’heure où le Vieux Continent s’est mis à peupler ses milieux de chefs d’orchestre modernes, la France s’est retrouvée désemparée. Elle qui est si cérébrale, philosophe, musicale… La France a perdu son six et ressemble à une mère abattue. Pourtant, un Pirlo lui serait bien allé. Modrić aurait été un bon représentant du football à la française. Et ce n’est pas un hasard si Paris se fête au rythme des crochets de Verratti. La France, pour des raisons géographiques et culturelles plus ou moins évidentes, aurait même dû réconcilier la récupération nécessaire nordique et la technique esthétique méditerranéenne. Ce projet est finalement né à deux heures de route de Perpignan, mais de l’autre côté de la frontière, à Sabadell. Il s’appelle Sergio Busquets. Il aurait pu s’appeler Serge Bouquet et parfumer l’Europe tel un cadeau empoisonné. Enivrant de beauté, rageant de perfection. Très français, finalement, n’est-ce pas ? Mais non. Durant toutes ces années, les milieux français sont majoritairement partis se former en Premier League, de plus en plus tôt et de plus en plus bas dans la hiérarchie des clubs anglais. Là-bas, ils ont appris à courir alors que le reste des championnats s’efforçait de penser. Et depuis quatre ans, le seul espoir de voir un regista français est endormi sur les épaules de Yohan Cabaye.

Cabaye le déplacé

Victime de la gestion à la Blanc – peu de temps de jeu pour les seconds couteaux, zéro rythme et plongée dans le grand bain contre le Barça au pire moment – Cabaye ne s’est jamais imposé au PSG. Il ne pouvait pas, de toute façon, concurrencer Verratti et Motta. Mais il aurait pu être mieux utilisé et offrir sa mobilité, ses bons pieds et son énergie à un milieu souvent essoufflé. De retour en Premier League, quel joueur est donc Cabaye aujourd’hui ? Du haut de ses 30 ans, le Tourquennois nous a offert différentes versions de celui qui avait été qualifié de « Xavi français » par Vicente del Bosque en 2012. Le plus marquant est de se rendre compte que son rôle en club et son rôle en sélection se sont toujours tourné le dos.

Au LOSC, il était la pointe offensive du fameux triangle Balmont-Mavuba-Cabaye. Un joueur de relais, rapide dans les petits espaces, parfait pour faire vivre la possession lilloise, marquer des buts (33 sur ses quatre saisons de titulaire) et mettre Hazard, Gervinho, Frau ou encore Sow dans les meilleures conditions. À Newcastle, Cabaye a abandonné le contrôle lillois pour épouser le grand large britannique, et le rôle du skipper box-to-box lui est allé comme un gant. Milieu joueur du double pivot du 4-2-3-1, Cabaye est devenu le meneur de jeu d’équipes qui vivent pour la transition. Les frappes lointaines, longues transversales et récupérations in extremis lui ont construit une belle réputation, de Newcastle à Crystal Palace. Mais sous Blanc et Deschamps, Cabaye n’a jamais retrouvé ce contexte. Placé en sentinelle seul devant la défense, il a toujours semblé maladroit en phase défensive et incapable d’organiser le jeu de manière conquérante, privilégiant souvent la solution de facilité, à savoir les passes en retrait et le jeu long. Et si Deschamps l’a utilisé en relayeur un quart d’heure contre le Cameroun et une vingtaine de minutes contre l’Écosse – avec à la clé un sens du jeu intéressant, des occasions et du mouvement –, c’est bien un numéro 6 qu’il l’a replacé face à la Suisse.

Concours tactique de circonstances

Tant pis pour Cabaye et pour le six perdu, pensait très fort le football français au printemps 2016. Réveillé par la Ligue 1, Lass le prodige semblait avoir envie de nous gifler avec une dernière danse. Les problèmes structurels étaient résolus par un petit joueur capable de grandes choses, prêt à dévorer le continent. Mais non, crac et retour à zéro. Sans la colonne vertébrale prévue – Varane, Lass, Benzema –, la disposition tactique des Bleus lors de cet Euro 2016 est devenue un concours de circonstances : une série d’absences aura provoqué une série d’assemblages urgents qui aura elle-même abouti à une série d’agencements tactiques, pour compenser.

Aujourd’hui, la formation des Bleus n’est donc pas le produit d’un projet réfléchi a priori, influencé par tel ou tel courant : elle est le fruit d’une réaction. D’ailleurs, elle ne se montre jamais meilleure que lorsqu’elle doit réagir, après chaque mi-temps, grosso modo. Dimanche au Stade de France, Deschamps se retrouve à devoir remettre en question le peu d’acquis qu’il avait emmagasinés. En l’absence de Kante, les rôles d’organisation, première relance et couverture sont remis en jeu. Jusque-là, Deschamps a essayé quatre solutions aux résultats et contextes différents. La roumaine : 4-3-3 autour de Kante, avec le ballon. L’albanaise : 4-2-3-1 devant Matuidi-Kante, avec le ballon. La suisse : 4-3-3- autour de Cabaye, sans le ballon. L’irlandaise 2.0 : 4-2-3-1 devant Matuidi-Pogba, avec le ballon.

Contrôler le volcan islandais

Au moment d’affronter les longues touches et les transitions malignes de l’Islande de Lagerbäck, le milieu anglais a cruellement souffert : Dier est sorti à la mi-temps, Rooney a coulé progressivement, tandis que Wilshere n’a jamais sonné la révolte. C’est bien ce secteur du jeu qui devra hausser son niveau de jeu dimanche : accélérer la circulation de balle, ralentir les transitions islandaises, répondre présent au duel. Dans ce contexte, Deschamps devra choisir entre l’option 4-3-3 avec Matuidi-Cabaye-Pogba et l’option 4-2-3-1 avec Matuidi-Pogba. Sur le premier tableau, les Bleus seront vulnérables à la perte de balle, mais la mobilité de Cabaye pourrait bien offrir le contrôle nécessaire à de longues possessions. Sur le second, ce serait à Paul Pogba d’organiser, élaborer, couvrir et puis lancer la manœuvre. Un choix qui a du sens : Deschamps placerait alors son meilleur joueur à la position la plus importante de la carte. D’autant plus que les Bleus auront besoin de largeur devant pour déborder le bloc islandais, et le 4-2-3-1 remettrait à jour la candidature de Coman ou Martial. Et si la Pioche était le six perdu du football français ?

Les chiffres de Cabaye
– Rôle offensif à Crystal Palace : 2 tirs et 1,5 occasion créée par match.
– Sans surprise, Crystal Palace ne l’imagine pas regista : seulement 38 passes et 2,9 longs ballons par match.
– En 90 minutes contre la Suisse, Cabaye a réalisé 42 passes avec 85% de réussite, dans un contexte de possession à 40%. Depuis le début de la compétition, Kante en réalise 70 par match à 93% de réussite.
– Entré en jeu en tant que relayeur contre le Cameroun et l’Écosse, Cabaye a tiré 2 fois lors de chaque rencontre (seulement 18 minutes de temps de jeu en moyenne).

Markus

Lire l’article sur sofoot.com

Article publié le 30/06/2016 sur SOFOOT.com

De la cohérence du projet technique du PSG

En matière de résultats, le Paris Saint-Germain réalise un départ canon et se lance vers une quatrième saison riche en trophées. Sur le plan du jeu, en revanche, les hommes de Laurent Blanc ne parviennent pas à épanouir un potentiel qui tutoie pourtant les sommets européens. Faut-il accabler le choix des joueurs ? Le niveau de ces derniers ? Le coaching ? Certes, certaines grandes rencontres des Parisiens se sont décidées sur des erreurs tactiques ces deux dernières années. Mais alors que Laurent Blanc est la cible des critiques, c’est bien toute la cohérence de la stratégie sportive du club qui pourrait être remise en question.

Et si le football était un tango ? Sur la piste, habillé de son costume d’homme autoritaire et charmeur, c’est l’entraîneur qui dirige, donne le tempo et annonce les changements de rythme. Déterminé et convaincu par son idée du mouvement, c’est lui qui persuade sa partenaire de la direction à prendre. Les joueurs, eux, sont cette partenaire chargée de mettre en mouvement ces consignes, de les faire vivre. Ils peuvent y ajouter de la fantaisie, à condition de suivre le rythme dicté. En fonction de leur talent, la danse peut ainsi prendre une dimension plus ou moins fabuleuse, mais l’essentiel est ailleurs : c’est la cohérence entre les consignes données et le potentiel de la partenaire à les réaliser qui décide de la grandeur de la danse. Ailleurs, un beau football est aussi le résultat du mariage entre une idée de jeu et le potentiel des joueurs à la réaliser.

Peu importe le style de la musique, les attaques placées ou les contres éclair, le public apprécie toujours la symbiose, la cohérence, l’intelligence. Au-delà du niveau tactique de l’entraîneur et bien au-delà de la maîtrise technique de ses interprètes, la cohérence prime avant tout : c’est la fameuse « fonctionnalité » des joueurs. Quand Arrigo Sacchi répond à la question « d’où est sorti votre grand Milan ? », la réponse est claire : « C’est venu grâce à la réunion de nombreux facteurs. Avant tout grâce à un club ambitieux, bien organisé, patient, et aussi compétent, qui nous a fait travailler dans les meilleures conditions possibles. Un club où le projet technique a pu prendre plus de place que les intérêts qu’imposent le merchandising et le marketing, un projet qui a fait comprendre qu’il fallait prendre les joueurs les plus fonctionnels pour le jeu que nous voulions réaliser. »

Boucs émissaires et crise du jeu

Cette saison, le potentiel du groupe du PSG est immense. Verratti, Ibrahimović, Pastore, Di María, Thiago Motta, Thiago Silva, Matuidi, Cavani, Marquinhos, Aurier, Maxwell, Lucas, Lavezzi, Rabiot, Trapp, Sirigu… À vrai dire, si ce groupe ne possède pas la qualité et l’expérience pour remporter la C1, qui la possède ? Seulement, sa production collective s’avère décevante. Son apogée ? Le huitième de finale de l’édition 2014 de la Ligue des champions, à Leverkusen. Car depuis, la progression dans le jeu semble enrayée. En une demi-saison, Laurent Blanc avait réussi à imposer des principes édifiants : un contrôle du jeu maîtrisé, l’influence créative de Zlatan dans le troisième quart du terrain, les courses de Matuidi, Lavezzi et Cavani… Aujourd’hui, en revanche, le jeu parisien a moins de fluidité. Mercredi soir au Parc contre le Real, comme contre Marseille, le PSG s’est parfois retrouvé coupé en deux, n’a pas réussi à porter le ballon dans le camp adverse et a mis en scène une attaque sans solution. Comment une troupe de danseurs étoiles peuvent s’éloigner autant du bon rythme ? Comme il fallait s’y attendre, le public de l’opéra parisien n’a pas tardé à chercher des boucs émissaires. La première victime serait Ibrahimović, l’étoile la plus prestigieuse. Historiquement, après tout, la France aime couper les têtes les plus puissantes. Les critiques tombent aussi sur Di María parce qu’il vient d’arriver et que sa saison à Manchester le rend peut-être plus vulnérable que d’autres. Enfin, Laurent Blanc ne convainc pas. Paris lui crie, à raison, que Pastore doit être titulaire. Paris lui crie, à tort, qu’Ibra doit aller s’asseoir. Mais peu importent Ibra, Pastore et Di María : le PSG ne traverse pas un problème de choix d’interprètes. La capitale vit une crise de jeu.

Le projet technique est-il vraiment la priorité ?

Depuis son arrivée, Blanc a clairement décrit sa danse idéale. Possession, maîtrise du ballon, contrôle du jeu, « philosophie barcelonaise ». « J’aime qu’on garde le ballon », répète le Président. Et c’est tout à son honneur. Seulement, si le PSG parvient à garder le ballon aisément dans son camp, à l’aide des pieds exceptionnels de Verratti, Motta et Thiago Silva, il n’a jamais réussi à étendre la domination territoriale jusqu’au camp adverse avec la constance et les variations du Bayern et du Barça. À vrai dire, il ne s’en est même pas approché. Et la raison est très simple : les interprètes choisis depuis l’arrivée de Blanc n’ont absolument rien à voir avec cette idée de football placé. Il y a eu Lucas l’ailier de débordement, Cavani l’attaquant guerrier aux pieds rebelles, Cabaye le milieu à l’anglaise, Di María l’animal mourinhesque du football de contre, David Luiz le bouclier mobile, Marquinhos le défenseur à l’italienne, Stambouli la lourde sentinelle, Kurzawa et Digne les latéraux accélérateurs. Parmi tous ces grands joueurs, qui serait une cible intéressante pour les projets de jeu du Bayern et du Barça aujourd’hui ? Personne.

Aucun de ces joueurs n’est apte pour faire briller un système visant 70% de possession de balle. Aucun. Ces joueurs ont les pieds et la tête pour jouer un football direct, rapide, agressif, comme Di María au Real, David Luiz à Chelsea, Motta à l’Inter, Cavani à Naples, Cabaye en Premier League. Le PSG n’est pas allé chercher les joueurs capables de satisfaire les exigences tactiques de Blanc : le projet technique ne serait pas la priorité du recrutement ? L’ambition de recruter Cristiano le démontre aussi. Paris n’est jamais allé chercher un milieu intérieur ayant une relation fusionnelle avec le ballon, à la Iniesta, Isco, Borja Valero, Modrić, David Silva ou Herrera. Paris n’est pas allé chercher non plus un ailier sachant presser et construire, à la Pedro. Dans la lignée de la construction opérée par Leonardo et Ancelotti, le PSG a continué à construire une équipe de joueurs habiles en contre. Et le plus beau symbole en est évidemment Javier Pastore. Mais pourquoi ?

Mais qui décide ?

Cette incohérence peut être la fille de deux facteurs. La première option est une mauvaise planification tactique : le PSG essaye de faire du projet technique une priorité, mais les joueurs engagés sont mal analysés. L’exemple de Lucas est frappant : pourquoi faire venir un joueur aussi percutant pour lui demander de jouer un football de contrôle ? La seconde est une mauvaise priorisation : les joueurs ne sont pas pris pour leur fonctionnalité dans l’idée de football de Laurent Blanc. Di María et Cavani auraient été pris parce qu’ils étaient les plus gros noms disponibles sur le marché, d’où un impact marketing conséquent, Cabaye et Stambouli auraient été pris pour leur nationalité, Lucas parce qu’il était le jeune Brésilien que l’élite européenne voulait, etc. Et c’est ici que l’on revient au rôle de l’entraîneur dans ce projet. Si les joueurs ne sont pas choisis pour leur fonctionnalité dans le projet tactique de Blanc, ils sont probablement choisis sans l’accord de l’entraîneur.

Si les joueurs lui sont imposés, Blanc a donc deux options. La première – qui serait la plus logique – est d’adapter son schéma aux joueurs recrutés, abandonner le 4-3-3 et faire jouer un football direct au PSG. Mais ce n’est clairement pas la direction prise. La seconde est de s’imposer à son tour en imposant son idée de jeu, la possession et le 4-3-3. D’après cette dernière éventualité, il y aurait un bras de fer continu entre l’entraîneur et sa direction, alors que tout semble indiquer le contraire. Alors, une dernière possibilité émerge : les joueurs et l’idée de jeu sont imposés. En clair, d’après cette hypothèse, il serait imposé à Blanc de jouer à la barcelonaise avec des joueurs de contre. Ce ne sont que des hypothèses et il est impossible de juger intelligemment cette situation d’un point de vue extérieur. Mais pour le moment, et ce, depuis maintenant deux saisons, le terrain ne ment pas sur l’incohérence du projet technique parisien.

Markus

Lire les autres analyses sur le PSG

Lire l’article sur sofoot.com

Article publié le 25/10/2015 sur SOFOOT.com