Archives pour la catégorie Portraits tactiques

Giroud, le Desert Eagle de Blanc

En 150 minutes sous le maillot bleu, Olivier Giroud a séduit tout l’Hexagone. Un but plein de confiance en Allemagne et deux passes décisives qui portent bien leur nom face à l’Islande, et le voilà devenu un atout majeur des Bleus à l’Euro. Depuis dimanche, il se paye même le luxe de faire douter les Français, et peut-être Laurent Blanc, quant à sa possible titularisation. Concrètement, que vaut l’option Giroud ?

Giroud, le Desert Eagle de Blanc

Article écrit par Faute Tactique sur SOFOOT.com le 29/05/2012.

FAUTETACTIQUE.com

Vous pouvez suivre Faute Tactique sur Twitter (@FT__com) et Facebook

La France de Franck Ribéry

Si Franck Ribéry arrive aujourd’hui seul à Valenciennes, il se pourrait qu’il se retrouve également seul d’ici un mois. Au choix, avec un finish à la Anelka, la tête cagoulée dans un aéroport lointain. Ou à la Zizou, le portrait recouvrant l’Arc de triomphe. Dans les deux cas, le visage de l’équipe de France…

Article écrit par Faute Tactique sur SOFOOT.com le 26/05/2012: La France de Franck Ribéry

FAUTETACTIQUE.com

Vous pouvez suivre Faute Tactique sur Twitter (@FT__com) et Facebook

Lassana, le triple A pour sauver l’Euro ?

« Depuis août 2010, il n’a plus été sélectionné suite à l’émergence d’Abou Diaby, de Yann M’Vila et de Blaise Matuidi ». Wikipédia le prend peut-être avec humour, mais on ne peut pas sérieusement envisager l’Euro 2012 sans Lassana Diarra. Devenu indispensable au Real avec le numéro 24 de Maké, Lass s’affirme à la fois comme étant l’un des tout meilleurs milieux défensifs au monde, mais aussi un arrière droit de classe mondiale. Alors qu’il n’est pas sélectionné depuis août 2010, la France devrait ouvrir les yeux : Benzema n’est pas le seul français à avoir séduit le Bernabéu en 2011.

En fonction des sélectionneurs, les critères pour choisir tel ou tel joueur varient très souvent, voire toujours. Certains ont des principes arrêtés (le joueur en question doit avoir un temps de jeu important, le joueur doit être titulaire en club, le joueur doit jouer au même poste qu’en sélection, etc.), d’autres choisissent les joueurs selon leur mentalité, leur talent ou encore leurs affinités avec le staff… Certains choisissent le système puis les joueurs, d’autres font l’inverse. Il n’y a pas de règle dans ce domaine. Et on pensait avoir tout vu jusqu’à ce que Benzema et Nasri soient mis de côté par Raymond en 2010…  Néanmoins, en plus de rendre le collectif plus fort, toute sélection devrait toujours vérifier deux principes : le joueur en question doit être en forme et il doit être meilleur que tous ses compatriotes au même poste pour le(s) système(s) utilisé(s).
La candidature de Lassana Diarra remplit ces deux conditions, et même beaucoup plus.

Incontournable au Real Madrid

Quand le Real Madrid joue, la France n’a d’yeux que pour Benzema. C’est bien, Benzema est un joueur magnifique – le meilleur joueur français depuis Zidane – et vous pouvez d’ailleurs relire à l’occasion notre article sur l’explosion imminente de Karim (août 2011). Mais au risque de surprendre les moins avertis, il y a d’autres français au Real Madrid. D’abord Varane, qui réalise des performances proprement hallucinantes au vu de son peu de vécu. Et surtout l’incontournable Lass. Souvent préféré à Khedira pour épauler Xabi Alonso au milieu, le parisien est devenu un bonhomme à Madrid. Une partie du public du Bernabéu en a même fait son chouchou et hier soir, nombreux étaient les madrilènes qui se sont mis debout pour l’applaudir à sa sortie. « Les deux meilleurs pour le moment, c’est Lass et Cristiano, comme souvent dans les gros matchs« , entendait-on d’ailleurs à la mi-temps dans les gradins de Chamartin. En France, soit on ne s’en rend pas compte, soit on ferme les yeux. Après tout, c’est un mécanisme français classique : on parle de Coentrao et de Khedira pendant toute la coupe du monde en disant que ce sont des phénomènes, puis Lass s’impose dans la hiérarchie des milieux du Real, et on n’en dit pas un mot.

La forme, la continuité, le temps de jeu et les performances : Lass a tout les ingrédients d’une bonne sélection. En 2010-2011, dans la « deuxième meilleure équipe du monde », le gamin de Belleville dispute 41 matchs dont 27 dès le coup d’envoi. Cette saison, il en est déjà à dix-huit dans ce qui est certainement l’effectif le plus concurrentiel au monde. Pour ce qui est de cette expérience du plus haut niveau, ô combien précieuse à l’heure d’aborder une compétition internationale aussi relevée que l’Euro, Lass est d’ailleurs le milieu de terrain français le mieux paré. Titulaire lors des deux Clasicos des demis de Champions League la saison dernière, Lass  a l’habitude des matchs à enjeu. Cette saison, le Mou l’a aligné en Liga face à tous les grands : Barça (deux fois), Valence, Atlético, Séville. Toujours là dès le coup d’envoi, Lassana n’a pas déçu et a toujours répondu présent quand le niveau s’est élevé, en témoignent ses quatre-vingt minutes de moyenne sur le terrain lors de ces cinq confrontations. Et si un Mister comme Mourinho compte tellement sur lui, on a du mal à croire qu’il ne pourrait pas servir à notre pauvre équipe de France en quête de prestige.

Lass est aussi le milieu de terrain français le mieux préparé à l’Euro. Quand on jouera contre l’Espagne, l’Allemagne ou les Pays-Bas, les made in Ligue 1 M’Vila, Gonalons et Alou Diarra seront mis au défi de faire déjouer Xabi Alonso et Xavi, Ozil et Khedira, ou encore Sneijder et Robben. C’est à dire des joueurs que seul Lass connait bien, qu’il a longtemps côtoyés ou alors qu’il a affrontés à de nombreuses reprises.

Jouer pour gagner

A vrai dire, il ne fait aucun doute que Lass serait « utile » aux Bleus, par son expérience, son aura et son talent. Mais on a même des raisons de croire qu’il serait capable de transcender cette équipe en quête de confiance, de repères. On ne pense pas vous mentir lorsque l’on dit que Lass ne se bat plus pour faire partie des meilleurs milieux de terrain français, mais plutôt pour être pris en considération dans les débats qui concernent les meilleurs au monde. Au poste de « récupérateur-agresseur », très peu sont devant lui. A son meilleur niveau, comme lors du match retour des demis de Champions League 2011, Lass est  peut-être même le meilleur. La vivacité et l’agilité d’un milieu offensif avec les poumons et la puissance d’un défenseur. Ce n’est pas un hasard si Lass est surement le joueur ayant remporté le plus grand nombre de un contre un face à Messi ces dernières années (vidéo). Certes, Messi ne sera pas là à l’Euro, mais s’il pouvait déjà nous aider à stopper Jack Wilshere ou Sebastian Larsson, ce serait déjà pas mal.

Sauf que Lass n’est plus sélectionné depuis un an et demi en Bleu, et il semblerait que Yann M’Vila fait tout pour mériter sa place devant la défense française. Admettons, mais Yann n’empêche pas Lass ! Blanc joue sur deux systèmes : un 4-4-2 avec double pivot (M’Vila et Alou Diarra contre les Etats-Unis) et un 4-3-3 plus constructeur avec M’Vila aux côtés de relanceurs comme Cabaye ou Martin (où Nasri et Gonalons ont aussi profité de temps de jeu). Dans ces deux systèmes, sur les cinq postes, Lass peut en jouer quatre, comme au Real. A côté de Xabi Alonso dans un milieu à deux, et avec Khedira (ou Coentrao ou Pepe) et Xabi dans un milieu à trois. Dans toutes ces configurations, Lass joue avec un passeur qui dicte le jeu, un dictator comme disent les anglais. Yann M’Vila s’occupant de dicter le jeu aux Bleus, Lass pourra s’occuper de ratisser. Il le fait si bien en blanc, pourquoi pas en bleu ?

D’autre part, Lass n’a que 26 ans. Si l’on en croit la rumeur qui dirait que Mourinho a demandé à le prolonger en décembre, cela signifie qu’en 2014 pour le Mondial, Lass aura deux années de Real Madrid de plus dans les jambes et dans la tête. On se priverait d’un tel joueur durant les deux prochaines années encore, privilégiant le développement de jeunes de Ligue 1 (Gonalons et Matuidi entre autres) ? C’est inenvisageable. On a assez perdu de temps : Lass doit être une figure de l’EDF en 2012 et en 2014, au même titre que Benzema. Un milieu Lass-M’Vila, ça a de la gueule. Du muscle, de la course, du versatile comme disent les américains, de l’impact, de l’esprit. Si Blanc a su donner de la stabilité à son équipe (l’EDF est invaincue depuis seize matchs et elle encaisse très peu de buts), à présent il faut commencer à penser à transformer ces matchs nuls (dans tous les sens) en victoires conquérantes. Oh, une compétition approche ! « Il faut aller le plus loin possible à l’Euro […] Gérer un groupe en compétition, c’est l’heure de vérité. L’équipe de France doit faire mieux sportivement. Le temps de la gagne est venu ». On remercie d’ailleurs Noël Le Graet pour le coup de pression.

Le meilleur arrière droit français ?

Depuis le début, Laurent Blanc suit bien son plan. Donner le rythme international à une équipe jeune, presque neuve, les frotter progressivement au haut niveau, et créer un groupe à la structure la plus « claire » possible. Du coup, un type qui débarque avec un talent énorme à deux postes différents, ça dérange forcément l’esprit de Monsieur le sélectionneur. Mais ça peut changer.
Hyper polyvalent, Lass peut jouer aussi bien devant sa défense, en relanceur ou alors latéral droit. C’est idiot de coller des étiquettes sur des joueurs qui savent aussi bien s’adapter, et même changer de poste en cours de match. Principe débile, mais principe quand même. Sauf que le cas Lassana Diarra est différent. Ce n’est pas comme Abidal par exemple, qui joue à gauche au Barça et en défense centrale en France. Sur ses dix-huit apparitions en blanc cette saison, Lass a joué cinq fois arrière droit et treize fois milieu défensif : il ne s’agit pas d’un changement de poste radical. Lass a du temps de jeu aux deux postes et son rendement n’est pas perturbé par ces changements de position, même lors d’un même match.

Peut-on envisager que Blanc sélectionne Lass pour le faire jouer seulement arrière droit ? Parfaitement. A lui de faire ses choix, mais le crime serait de ne pas l’emmener tout court, d’opter pour le non-choix. A Lyon en match de poule de Ligue des Champions cette année, ou face à Malaga en Coupe du Roi au Bernabéu il y a deux semaines, Lass a fait ce qu’aucun arrière droit français ne serait capable de faire. Courir, défendre haut, agresser, récupérer, anticiper, mais aussi relancer et même dribbler ! (attention toutefois à ne pas employer des mots qui donneraient des allergies à notre équipe de France loin d’être audacieuse). Face à Malaga, Lass a même fait croire au Bernabéu qu’il y avait deux Marcelo sur le terrain, un de chaque côté. Depuis que le Mou est au Real, Lass tente plus de choses, Lass ose, Lass prend des risques. Oui, Lass fait tout ce que Sagna ou Réveillere n’ont jamais fait (et ne feront jamais).

Alors, où réside le problème ?

Certains diront qu’il est déjà trop tard et que Lass n’aura pas le temps de s’adapter aux « systèmes » de Laurent Blanc, ou encore au groupe. C’est sous-estimer encore une fois l’expérience du joueur, qui en connait un rayon niveau adaptation rapide. Quand Lass débarque au Real en décembre 2008, c’est sous les ordres de Juan Ramos, tout juste arrivé. En cinq mois, jusqu’au 2-6 fatal, le Real engrange 49 points sur 51 possibles. Diarra se révèle être la recrue la plus intéressante de la Maison Blanche et à la fin de la saison, on lui fait une telle confiance qu’il hérite du numéro 10 de Sneijder. Voilà ce qu’on appelle s’imposer rapidement. L’ancien du Havre a cette capacité à transcender l’équipe dans laquelle il débarque.

L’autre argument anti-Lass serait de dire que l’hommejoue au Real, se prend pour un champion et ne souhaite pas venir sans la garantie d’être titulaire à son poste souhaité. Lass aurait peur de la concurrence ? La seule garantie du parisien, c’est son talent. Et celui-ci lui a déjà permis de virer des joueurs comme Gago, Mahamadou Diarra ou de mettre sur le banc des Granero, Van der Vaart, Sahin, voire même Khedira.  A 26 ans et seulement 28 sélections, Lass n’a plus de temps à perdre et on peut parier sur son comportement exemplaire. D’après Diego Torres d’El Pais, Benzema et Varane le suivraient comme un « prophète » dans le vestiaire madrilène.

Un joueur qui prend des risques, qui ne joue pas de façon aseptisée, qui tente, provoque, se manque parfois de peu mais qui sait faire des miracles, l’équipe de France en a besoin. Il nous faut de l’audace, il nous faut de la fierté, il nous faut un esprit guerrier. Ou alors il faudrait nous expliquer : pourquoi va-t-on à l’Euro ?

Markus

_

Derby della Madonnina : La bomba Alvarez ?

Le mec s’appelle Ricardo et se fait appeler Ricky. Il est sud-américain, joue à Milan et a la même dégaine qu’un certain Ballon d’or brésilien. Dimanche, le Corriere dello Sport ose le parallèle : « Les comparaisons avec Kaka ne sont absolument pas des blasphèmes. » L’élégance et la finesse du jeu de Kaka auraient trouvé leur héritier dans le pied gauche de Ricky « Maravilla » Alvarez, qui révolutionne l’Inter depuis deux mois. A tel point que Sneijder pourrait débuter le derby de ce soir sur le banc…

Retour sur le parcours compliqué d’un joueur qui est sur le point d’exploser. Dès ce soir ?

_

Des débuts difficiles : un bidone ?

L’été dernier, le Velez Sarsfield est sacré champion d’Argentine et se fait dans la foulée dépouiller comme il se doit. Moralez à l’Atalanta, Silva à la Viola. Le troisième mousquetaire s’appelle Alvarez et n’est connu que depuis six mois. Pourtant, Arsenal, l’Inter et la Roma se l’arrachent. Wenger croit longtemps le voir débarquer à Highbury, les ricains de la Roma sont bien contents d’avoir enfin trouvé un mec dont ils peuvent prononcer le prénom, et Moratti se met à rêver… Qu’y a-t-il de mieux pour l’Inter que de ramener Kaka, le fils prodige des cousins milanistes ? Trouver un nouveau Kaka, mais argentin. En juillet, Moratti met de côté le Fair Play Financier et pose onze millions sur la table. Quand on rêve, on ne compte pas. Même si Ricky a déjà 23 ans. Même si Ricky vient de jouer trente et un matchs en quatre mois sur un autre continent. Même si personne n’a vraiment une idée précise de la valeur de ce type.

Après une pré-saison très convaincante, Ricky déçoit lors de ses débuts officiels. D’abord, la Supercoppa à Pékin, face aux cousins du Milan AC. Titulaire, Alvarez est trop tendre, trop lent, pas encore adapté à ce niveau-là. Il sort à l’heure de jeu et les premiers doutes naissent. Puis, de septembre à octobre, c’est la traversée du désert. Dans une équipe plongée dans une crise profonde, Ricky est loin d’être le sauveur tant attendu. Sur les huit premières journées de Serie A, l’ex de Velez ne joue que trois matchs pour trois défaites et cent minutes de jeu en cumulé. Les bons mouvements sont rarissimes, les erreurs très nombreuses, le timing inexistant.

Rapport qualité-prix désastreux, il est choisi par la Gazzetta comme étant l’un des flops les plus importants du mercato. Paolo Rossi n’est pas tendre : « On ne peut pas renouveler l’équipe avec des joueurs comme Alvarez ou Castaignos. Avec des renforts de ce genre, tu ne deviens pas plus compétitif ». Le voyant comme un objet mystérieux, les fans de l’Inter ne sont pas plus patients. Après avoir été copieusement sifflé lors de sa sortie à San Siro face à Naples, l’argentin se mange un tweet de l’autre Rossi, Valentino : « Avant on avait Eto’o, Milito, Stankovic et Samuel… et maintenant je vois Alvarez, Castaignos, Obi et Jonathan. L’avenir est sombre ». En clair, les nerazzurri ont bien l’impression qu’on s’est moqué d’eux avec la vente de Fils et l’arrivée de ce type dont la classe était sensée être d’un autre monde… Ricky n’est plus sélectionné par Sabella, et les premières rumeurs de transfert apparaissent : Arsenal, Malaga, Villareal, Porto ?

Ranieri fait renaître la merveille

Non, car c’est trop tard : Massimo Moratti est tombé amoureux. Et personne ne lui enlèvera son joyau. Si Berlusconi s’est émerveillé devant Kaka, Moratti s’émerveille devant Alvarez, du moins à l’entraînement… Du coup, dans la casa Inter, tout le monde se met à chercher des explications afin de faire renaître le talent brut. Trop de pression ? La fatigue ? En fait, Alvarez souffre simplement du mal que beaucoup d’autres sud-américains ont connu avant lui : l’adaptation à l’Europe. Une autre vitesse, un autre rythme, une nouvelle façon d’occuper le terrain. Les plus lucides rappellent qu’arrivé à Palerme en 2009, Pastore avait du attendre six mois avant de planter son premier but et  jouer un match entier. Lui aussi, on l’appelait bidone à l’époque. Javier lui-même défend  son compatriote : « En Argentine il a brûlé les étapes et maintenant il s’adapte au football italien. S’il est bien physiquement, c’est un excellent joueur », dit-il en novembre.

Fin octobre, c’est Inter-Juve, et Alvarez se retrouve miraculeusement sur la feuille de match après l’énième blessure de Motta. En cette soirée de Derby d’Italia, FT voit rentrer en jeu un mec sans complexe, bourré de talent, tout simplement au-dessus de ses coéquipiers en attaque (à lire, l’article « FT y était »). Ranieri a sa méthode : l’insérer petit à petit, sans pression, le temps d’apprendre et d’observer le football italien. Le déclic, le romain l’obtient en le décalant à droite. Au départ ailier gauche avec Gasperini, puis relanceur en l’absence de Motta, Ricky se perd. Face à la Juve, Ranieri le met à droite, pour faire du Robben. L’accélération en moins et les centres en plus, ça marche.

Lors du match suivant, à San Siro face à Cagliari, le 19 novembre, Alvarez rentre à la mi-temps et bouleverse la rencontre. Le Corriere dello Sport lui met un joli 7 : « Il entre et enfonce les rossoblu dans la crise. Sur les deux buts il y a son pied. ». La semaine d’après, il marque son premier but en nerazzurro, face au Trabzonspor. Le gamin est lancé. A Gênes, il rentre une nouvelle fois à la mi-temps et délivre un amour de passe décisive sur la tête de Nagatomo (gage de la qualité de la passe), avant de toucher lui-même le poteau de Frey. 0-1. Avant de fêter 2012, Ricky célèbre une nouvelle titularisation à San Siro contre Lecce. Assist et premier but en championnat : Ricky Maravilla est non seulement lancé, il est déjà décisif. L’Inter revient à la 5e place.

L’explosion d’un futur fuoriclasse ?

De retour de vacances, ce samedi contre Parma, Ricky a fait ce qu’il voulait. Utilisation de l’extérieur, de la semelle, de l’intérieur, accélérations, feintes, coups de frein, Ricardo s’est baladé sur tout le front de l’attaque nerazzurra dans le 4-4-2 de Ranieri où il occupe le poste de « trequartista décalé ». Ranieri, protagoniste principal de cette réussite, n’est pas surpris : « Je l’ai toujours soutenu, il avait juste besoin de changer de chip. Maintenant il commence à jouer verticalement, il provoque des un contre un dans les zones dangereuses. C’est un joueur de très grand avenir ». Une fois le match plié, la Maravilla sort sous les ovations du Meazza, qui espère le voir faire les mêmes prouesses ce dimanche, contre les cugini.

Car Alvarez a tout pour devenir un grand. Il y a d’abord le talent, indéniable, inimitable. Ce pied gauche racé, cette frappe de balle puissante, cette aisance, cette capacité à « saltare l’uomo » (éliminer l’adversaire en VF), cette vision du jeu… Et il y a surtout la façon d’exprimer ce talent : la même nonchalance, la même apparence de facilité que les Zidane, Kaka ou Redondo. De l’élégance pure née sous le rythme du tango argentin, venu séduire le vieux continent par son exotisme. La tête haute, le pied gauche intriguant, abondant de richesses inconnues, Ricky Maravilla est ce qu’on appelle un « beau joueur ». Sa conduite de balle est une merveille, toute en surprise et en déséquilibre. Ses feintes réalisent l’exploit d’être à la fois lentes et soudaines, prévisibles et imparables. Et puis Alvarez est un player qui ne cesse de tenter, de provoquer : petits ponts, louches, frappes lointaines… Comme Lamela, Ricky sait dribbler et faire la différence sur le côté. Mais il sait aussi faire jouer les autres, prendre l’axe, mener le jeu.

En clair, Alvarez est un créateur. Et dans une Inter fatiguée et souffrant des absences à répétition de Sneijder, l’argentin s’impose comme le leader technique de l’équipe. Le mec dont le pied gauche lancera Pazzini. Celui dont les accélérations sauront ramener Milito à la vie. Celui qui fera jouer tout le monde, le lien, le passeur, le trequartista. La lumière, quoi. La Maravilla.

Sur les quatre derniers matchs de son équipe, la note de Ricky Alvarez dans la Gazzetta dello Sport a une moyenne hallucinante de 7,25. Plus que Ibra (6,88 – qui traverse sa meilleure période en rossonero). Plus que Milito. Plus que n’importe quel autre joueur qui sera sur la pelouse de San Siro ce soir. Alvarez pourrait bien devenir la révélation de l’année 2012 en Italie. Décisif lors de quatre des sept dernières victoires nerazzurri, il est probable que Ranieri le préfère à Sneijder ce soir pour le grand Derby della Madonnina. Il aurait alors l’occasion de rappeler aux nombreux milanistes présents come si fa senza Kaka

Markus

_

Karim III conquit Madrid


C’est la Benzemania. Après Cristiano en 2009 et Özil en 2010, c’est au tour de la Benz d’être le Roi de Madrid en cet été 2011. Tout Madrid s’est rendu devant le jeu de la Benz en cette présaison from LA to Berlin en passant par la Chine. Avant de disputer sa troisième saison avec le Real, Karim 3.0 a reconquit son trône : en trois batailles rudement menées, le saladin est indiscutablement redevenu le 9 titulaire de la Maison Blanche en ce début de saison.

Première bataille : la presse madrilène.

En 2011, les matchs de préparation du Real se jouent principalement à Los Angeles et à Pékin. C’est-à-dire très loin, et à 4h du matin heure espagnole. Dans ce contexte, lire As et Marca est la seule façon de suivre la Mou Team pour le peuple madridiste. Au vu de la campagne pro-Neymar de cet été, on n’aurait donc pu croire que Benzema n’allait pas avoir le soutien nécessaire. Bilan : 9 couvertures en un mois, plus que Cristiano. Pourtant, CR7 a fait ce qu’il fallait en enquillant ses 6 buts jusque là. Mais Marca sait que le Real ne peut plus continuer à se reposer sur le Crist, le Real a besoin d’un (autre) killer et ainsi Marca l’a décidé : ce killer sera Benzema. 
Il faut dire que les statistiques parlent pour lui : au lendemain du succès 7-1 contre Guangzhou, les journalistes de la capitale affichaient fièrement le 6/6 du Français de 24 ans. C’est à dire 6 matchs, 6 victoires, 6 buts, 6 passes décisives. Bim. Jeu, set et match. La Benz a préparé cette saison 2011/2012 avec son moteur AMG. Après le Trophée Bernabéu de dernier mercredi, Benzema version Summer 2011 aura planté 10 buts et délivré 9 passes décisives en 10 matchs.

Deuxième combat, le plus important : Mourinho.
Après toutes les rumeurs de départ suite à la frustration emmagasinée sur le banc lors des 3 derniers clasicos du mois de mai et les points d’interrogation autour de l’utilisation de son profil dans les systèmes du Mou, beaucoup parlaient d’une Benz-et-Mou incompatibilité. Trop différent de Drogba ou Milito, on lui prédisait un avenir radieux à Arsenal. Mais Benzema a quelque chose de spécial. En 2009, il choisit avec le Real de Florentino le projet le plus risqué, à croire qu’il cherche la pression. Un type de 21 ans qui pense qu’il peut s’imposer directement dans le plus grand club du monde, et dans un contexte si compliqué face au meilleur Barça de l’histoire, il a des couilles. Et il ne les a pas perdues depuis : l’an dernier, Mourinho répète sans cesse aux journalistes que « Karim doit travailler, travailler, travailler ». Et Karim travaille : en 2010-2011, il plante 27 buts, dont 6 en Ligue des Champions, et réalise une deuxième partie de saison « presque parfaite » selon lui. Pas suffisant pourtant pour devenir titulaire indiscutable en mai dernier, « là où ça compte »… Le français n’abandonne pas et continue à travailler. Au retour des vacances, il arrive à Valdebebas avec 7 kilos en moins par rapport à la même époque en 2010. Benzema va plus vite, plus haut et plus fort. Après deux semaines de préparation, Marca titre « BENZEMOU », le Portugais est convaincu : sur les deux Clasicos de Supercopa, la Benz joue 83 et 97 minutes, marque une fois et délivre deux passes décisives. « Là où ça compte ».


Troisième étape : le Bernabéu et le madridisme.
Il ne suffit pas de laisser deviner des airs de Zizou pour convaincre le public le plus exigeant de la planète foot. Si même Cristiano a le droit de recevoir quelques critiques malgré ses 100 buts en 111 matchs, alors Benzema n’a strictement rien prouvé en marquant 36 buts en deux saisons. Si le leader historique du Real porte le numéro 7 (Di Stefano, Butragueño, Raul, Cristiano), le 9 est aussi chargé d’histoire (Hugo Sanchez, Davor Suker, Morientes, Ronaldo, Cristiano). « Il a du talent, mais… le falta sangre » entend-on partout à Madrid. Traduction littérale : il lui manque du sang, c’est-à-dire qu’il n’a pas suffisamment la dalle. Benzema ne fait pas l’unanimité. Dans Marca le 28 juillet, le très polémique José Vicente Hernaez écrit : « Benzema garde un on-ne-sait-quoi qui ne te permet pas d’avoir pleinement confiance en lui. (…) Son visage n’est pas celui d’un killer comme celui de David Villa, mais plutôt celui du type qui te demande de l’argent à la sortie du supermarché. On ne sait pas s’il est content ou s’il souffre, s’il a froid ou chaud. » Avant de conclure sur une note plus positive : « Même ainsi, ça reste un phénomène ».
Mais ses prestations de présaison ont changé la donne, et la veille du match aller de Supercopa au Bernabéu, 9 lecteurs de Marca sur 10 le veulent à la pointe de leur attaque. Attention, ce n’est pas une consécration, mais seulement une preuve de confiance, ou plutôt une mise à l’épreuve. Tout le monde l’attend au tournant dans ce double Clasico. Et le français ne déçoit pas. Au Bernabéu, ses touches de balles sont limpides, il élimine Abidal comme si c’était une formalité et se permet de faire danser Mascherano. Il reçoit les ballons comme il faut et les redonne là où il faut. Et reste finalement à deux doigts de marquer à trois reprises. Mais qu’importe, quand il sort à la 83e minute, le Bernabéu est debout. Standing ovation. Si Messi et ses deux coups de génie n’avaient pas été là ce soir-là, on aurait presque pu entendre le Bernabéu crier « MVP ! MVP ! MVP ! ». Le matin du retour du Camp Nou, Marca met un gros coup de pression, histoire de le tester encore un peu plus : « Benzema a des comptes à rendre, il n’a jamais marqué contre le Barça ». Le soir, après un match difficile, il finit par égaliser à la 80e avec un but de mec qui a la dalle. Le mendiant inoffensif du supermarché a enfin laissé sa place au goleador assoiffé de sang. 

Karim le vétéran
« Bien dans les jambes, bien dans la tête » : après deux saisons sous le maillot blanc, Benzema le dit lui-même dans As le lendemain du match aller de Supercopa : « je commence à faire partie des vétérans ». Un vétéran de 24 ans qui a déjà planté 37 fois pour le plus grand club du monde, et qui a reconquit son trône. Son trône ? En 2009, quand Florentino dépense 35M pour l’ex-Lyonnais, la stratégie est simple : le Real veut acheter son buteur pour les 10 prochaines années. Exit les idées Rooney, Ibrahimovic et Forlan. Karim a 21 ans, c’est un pur buteur et sa classe sur le terrain est digne de celle de l’Histoire de Madrid. Eh oui, le Real et Benzema n’ont pas signé un contrat de 6 ans pour rien : s’il peut exister un nouveau Ronaldo, alors ce sera lui. Après les trois batailles estivales gagnées, seule sa saison nous dira s’il a pu gagner la guerre : être le 9 qui ramènera à Cibeles la tant attendue Décima.

Markus