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L’Atlético Madrid, un Señor Club

L’Atlético Madrid, un grand club ? Nombreux sont ceux qui associent l’autre équipe madrilène à un club de perdants. La lose incarnée, diraient même certains. Ceux-là ont la mémoire courte, ou alors peu d’intérêt pour l’Histoire. Ce sont les mêmes qui considèrent que le Barça est le plus grand club du monde et que la Premier League est le plus grand championnat de l’univers. Pourtant, pour son esprit plus que pour ses victoires, il faut considérer l’Atlético Madrid comme un grand club. A ceux qui critiquent la Liga bipolaire, FT fait découvrir l’un des « autres grands espagnols ». 

Pour ceux qui doutent de la pertinence d’un tel article pour un club qui n’a ni de coupe aux grandes oreilles, ni de qatari aux grands moyens, ces quelques lignes devraient vous convaincre. En 1987, l’Atlético comptait huit Ligas, une Coupe Intercontinentale et une Coupe des Coupes. A la même époque, le Barça comptait dix Ligas et deux Coupes des Coupes. Autant dire que les deux clubs se tutoyaient, loin derrière le grand Real Madrid (déjà 22 Ligas, 6 Ligues des Champions). Oui, les Clasicos étaient déjà passionnels et passionnants, mais le Barça se battait plus pour défendre sa deuxième place historique que pour s’emparer du trône. Et l’Atlético était là, à lutter chaque année pour le titre, notamment lors des Derbys madrilènes, comparables en intensité et en tension avec les Clasicos.

Un peu d’Histoire

Cette saison 1987-1988 est un tournant majeur dans le football espagnol. D’un côté en 87, Jésus Gil arrive à la tête de l’Atlético. De l’autre en 1988, Johan Cruyff revient au Barça. Depuis, en 24 ans le Barça a gagné plus de titres que l’Atlético en 108 ans… De là à mépriser les 84 années de lutte et de sacrifice des Colchoneros ? Absolument pas, l’Atlético Madrid a une trop longue et belle histoire pour ne pas être invité au banquet des grands européens.

Un club centenaire, le troisième palmarès espagnol, deux stades fabuleux, des grands joueurs, des grands entraîneurs, un public extraordinaire… Cette histoire mythique commence avec les deux titres inespérés de 1940 et 1941. C’est l’Atlético entraîné par Ricardo Zamora, repêché in extremis de la Segunda suite à la descente tragique d’Oviedo (n’ayant pas assez de joueurs aptes après la guerre civile). Au début des années 1950, un joueur au talent unique marque son époque. Il ne joue ni au Real, ni au Barça, mais bien pour les Colchoneros : c’est l’Atlético de Il Mago Helenio Herrera, qui remporte les deux Ligas 1950 et 1951 en faisant sensation au Metropolitano, emmené par la « perle noire », l’artiste, le fabuleux marocain Larbi Ben Barek. Sur ce dernier, avant que Maradona vienne lui refaire compter ses buts, Pelé avait même déclaré : “Si je suis le Roi du football, alors Ben Barek en est le Dieu“. A voir ce que Messi pourra faire face à ça.

Même durant la domination du Real entre 1951 et 1966, l’Atléti n’abdique pas : les Rojiblancos remportent les Ligas 60, 61 et 65 et trois Copas del Generalisimo, finissent trois fois finalistes et terminent quatre fois deuxièmes du championnat. L’Atlético passe ainsi définitivement devant l’Athletic Bilbao dans la rigide hiérarchie du football espagnol, alors que les Basques étaient l’égal des Merengues et des Blaugrana avant la guerre… A l’époque, le Derby est beaucoup plus important que la Clasico.

Les années 1970 sont sans nul doute les plus belles de l’histoire rojiblanca. La « Ligue des Champions » 1974 en est son point culminant. Pour comprendre le caractère de cette « vraie équipe » (dixit l’hymne officiel) et l’amour fou qu’elle suscite, il faut parler de la demi-finale  contre le Celtic. Réduits à 8 à Glasgow, les Colchoneros luttent et obtiennent héroïquement un nul inespéré avant d’éliminer les écossais 4-0 au retour au Calderon. Le récit de la finale contre le géant Bayern est encore plus mythique. Dans les arrêts de jeu, le score est de 0-0. La tension est irréelle quand Luis Aragones s’empare du ballon pour un coup-franc à 20m des cages allemandes. Pas besoin de Jabulani, la balle contourne le mur de façon légendaire. 1-0 à une minute du terme, il pense évidemment donner la victoire à tout son peuple. Mais à dix secondes du coup de sifflet final, l’inimaginable arrive : un rojiblanco oublie de dégager la balle en touche, interception du Bayern, frappe de 40 mètres, petit filet, imparable. 1-1. (vidéo). Lors du replay, le Bayern de Gerd Müller et de Beckenbauer s’impose 4-0… L’Atlético vient de manquer son rendez-vous avec l’Histoire. Interrogé dernièrement sur l’égalisation terrible, Luis Aragones ne s’en est pas remis : « En espérant que Dieu s’en rappelle… ».

Puis vient l’Atlético du génial Bernd « El Angel Rubio » Schuster, qui remporte au début des années 1990 deux Copas del Rey, dont une gagnée en finale au Bernabéu face au Real, sur un somptueux coup-franc de l’ex-merengue (vidéo). Les saisons 1995-1996 et 2009-2010 sont depuis les plus belles de l’histoire du club. En 1995, les hommes du serbe Radomir Antic remportent de façon musclée le doublé Coupe-Championnat, menés par des mecs assoiffés comme Diego Cholo Simeone, Kiko ou l’étoile filante José Caminero, considéré à l’époque comme le meilleur milieu de terrain espagnol, devant les grands Luis Enrique ou Guardiola. On connaît également l’histoire de 2010 et la bande de Diego El Cacha Forlan, Sergio El Kun Agüero et David De Gea, battant successivement Galatasaray, Valence, Liverpool et Fulham pour remporter la Ligue Europa, puis l’Inter pour s’adjuger la Supercoupe d’Europe, s’inclinant seulement en finale de la Copa del Rey face au Seville de Jesus Navas.

Un sentiment inexplicable : l’esprit rouge et blanc

Plus que ces victoires mythiques, c’est l’esprit de l’Atléti qui a construit la réputation du club depuis maintenant 108 ans, et qui fait de cette équipe de football un club fantastique. La mejor afición del mundo, entend-on souvent. Car FT accorde autant d’importance à ce qui se passe dans les tribunes que ce qui se passe sur le terrain, l’Atlético et son public ne peuvent être mis de côté lorsque l’on parle des grands clubs européens.

Etre de l’Atlético, ce n’est pas seulement être fan de l’équipe de foot de la ville qui nous a vu grandir : c’est d’abord un choix. A Madrid, de nombreuses familles sont partagées. « Ma mère est de l’Atléti, mon père est du Real. Et moi ? Je dois choisir. » En fait, le choix n’est pas si compliqué : on naît colchonero, on ne le devient pas. « Il y a des raisons que la raison ne peut pas expliquer », dit l’un des nombreux spots publicitaires de début de saison du club. Pourquoi supporter une équipe qui a eu l’une des histoires les plus douloureuses de l’histoire du football alors que le voisin remporte une C1 par décennie ? Inexplicable. Il faut forcément avoir une pointe d’anticonformisme, qui se retrouve chez tous les rojiblancos, mais ce n’est pas tout.

Etre Rojiblanco, c’est un véritable art de vivre. De très jeunes à très vieux, les Atlétis ressentent tous ce même sentiment. Ce sentiment qui dit qu’il y a autre chose que la victoire et les titres. On peut avoir des victoires, on peut avoir des coupes, mais on peut aussi avoir une âme, on peut avoir un esprit.  Là où gagner devient secondaire, sans mauvaise foi. Pourtant, l’Atlético n’est ni Almeria ni Osasuna : il s’agit d’un club qui s’est inscrit au palmarès de trophées internationaux. Alors, d’où peut venir ce culte de la défaite ? « Ce que l’on gagne avec effort a plus d’importance, il ne faut pas toujours choisir le chemin le plus facile, à nous personne ne va nous offrir quoique ce soit et c’est pour cela que nous sommes grands », dit une autre de ces pubs. La défaite est vue comme un juste retour des choses, avec un discours du type : puisque nous sommes des personnes exceptionnelles, en retour notre club doit nous faire vivre des moments de longue souffrance, au contraire de nos voisins de la Castellana, que l’on considère comme étant des personnes abominables mais dont les nombreuses victoires essayent de compenser ce manque d’humanité. Les uns ont l’âme et l’esprit, les autres ont les victoires et les coupes. Pour les madridistas, les colchoneros sont des pleurnicheurs. Accros à la victoire et allergiques au moindre match nul, ils voient dans l’Atlético une équipe qui a tellement perdu que sa dignité a fini par s’enfuir.

Des maudits heureux

Cet aspect de malchance et de malédiction, les Atléticos l’assument parfaitement. Présent lors du premier match de la saison au Calderon (0-0 contre Osasuna, deux poteaux pour les hôtes, un penalty non sifflé et un arrêt miracle sur sa ligne du gardien remplaçant d’Osasuna à la 93e, c’est à dire la routine au Calderon), FT a demandé à son voisin, un jeune socio d’une vingtaine d’années, ce qu’il pensait de la nouvelle pépite Arda Turan : « Sur Youtube, il a l’air très bon ouais, après on verra s’il lui arrive la même chose qu’à tous les autres quand ils viennent jouer pour nous… ». C’est à dire ? « Simao Pedrosa, tu connais ? Et Reyes ? Pfff…”. Comme si la déesse Cibeles leur avait jeté un sort. Et puis le fantôme de Raul est encore présent… Quand tu formes le meilleur joueur de football que l’Espagne ait connu et qu’il va ensuite planter trois centaines de buts pour ton plus grand rival, tu n’oublies jamais. Jamais.

Vous avez dit maudits ? Sans nul doute, mais souvent avec le sourire. Car les supporters de l’Atlético ne recherchent pas forcément la reconnaissance du reste du monde du football. Ils sont comme ils sont. Un peu comme le Milwall des dockers londoniens dans les années 1970, ils aiment certainement se croire assiégés et seuls contre tous, comme le montre la campagne « le monde est contre nous » menée pendant des années par Jésus Gil.

Le rêve est une autre composante de la foi atlética. Au Calderon, on croit en l’idée qui dit que plus tu as perdu, plus tu mérites de gagner. « Après tellement d’années de souffrance, on le mérite plus que n’importe qui », disaient ses supporters avant les finales de 2010. Le football est sans cesse mis en rapport avec la foi et le hasard, et bien moins avec la réalité du terrain. Dans le spot publicitaire consacré aux finales de coupe 2010, on voit un enfant de l’Atléti qui « rêve plus fort » que les petits anglais de Fulham ou les petits sévillans pour remporter la Ligue Europa et la Copa del Rey (vidéo). Plus on souffre, plus on serait susceptible de recevoir la bénédiction du dieu du football. Pourquoi pas. L’Atlético finit par remporter l’Europa League, mais pas la Copa del Rey. Comme quoi, ça ne suffit pas d’avoir le gendre de Dieu dans son équipe.

Cette magie, ce sentiment étrange, cet amour, cette ivresse, cette addiction, Joaquin Sabina la raconte très justement dans l’hymne du centenaire du club. Un sentimiento, dit cet hymne, que no se puede explicar (un sentiment que l’on ne peut pas expliquer). Il raconte de la plus belle des manières cette passion folle pour un club si spécial (vidéo pour les amateurs).

L’Atlético et le Real…

Il est dit que les extrêmes s’attirent. La vie de couple des deux clubs madrilènes ne peut que le confirmer. Né un an après un Real Madrid pour qui la victoire (et le beau jeu, parfois) sont tout ce qui compte, l’Atlético a peu à peu fait le choix d’épouser la cause de la belle défaite et du combat. Selon cet hymne, supporter l’Atlético est une belle manière de, dans l’ordre : aguantar, crecer, sentir, sonar, aprender, sufrir, palmar, vencer y morir (supporter, grandir, ressentir, rêver, apprendre, souffrir, éclater, vaincre et mourir). Le « vaincre » vient en dernier, ou presque, juste avant la mort. En fait, être supporter de l’Atlético, c’est voir ton équipe perdre durant 80 ans, gagner une fois au Bernabéu, et mourir. Putain de victoire, quand même. On comprend mieux le spot montrant le Socio n°1 du club déclarer qu’il a arrêté de fumer à 73 ans, de boire à 70 ans, de prendre du café à 65 ans, et qu’aujourd’hui, il n’y a plus que l’Atléti qui le tue. Tué par son amant de toujours… D’un autre côté, être supporter du Real Madrid serait alors de gagner durant 80 ans et de perdre un dernier match contre les petits voisins à la maison, juste avant de mourir, histoire quelque part de partir avec une touche d’humanité avant d’aller affronter le dernier châtiment…

Du côté du Calderon, on ne fait pas dans le grandiose, on préfère toucher le cœur que marquer les esprits. Le choix de célébration du centenaire de 2003 en est le meilleur exemple. En 2002, le Real avait invité la famille royale et tout ce qu’il y a de plus VIP dans le royaume pour un grand concert du ténor Placido Domingo (grand madridista) dans le plus beau des Bernabéu. Une sorte de jouissance extrême pour un stade qui ressemble à un opéra, des supporters à une cour royale et ses joueurs à des artistes. De l’autre côté de la ville, près du Manzanares (fleuve madrilène bordant le Calderon), on chante « con dinero y sin dinero somos los primeros » (avec ou sans argent nous sommes les premiers). Du coup, un an plus tard, l’Atlético choisit les Rolling Stones transpirants et remplace le bling bling par une paella géante et la plus grande écharpe au monde, cousue par des centaines de volontaires et portée depuis la place Neptune par 5000 socios. Ce jour-là, pour l’Histoire, ils se font aussi le plaisir de s’incliner contre Osasuna.

Un club de football, et c’est tout

Ce qui rend ce sentiment plus fort que n’importe quel autre en Espagne, c’est que l’Atlético ne représente aucune identité politique ou sociale. On parle d’un club populaire, mais le président d’honneur n’est autre que le Prince Felipe. Porter du rouge sur son maillot ne renvoie pas forcément à un passé communiste. Dans les années 1900, alors que le « responsable maillots » du club tout juste créé était parti à Blackburn pour chercher le maillot bleu et blanc de l’équipe, il passe plus de temps au pub que sur les terrains, et oublie inévitablement les maillots. Le dernier jour, au port de Southampton, il achète ce qu’il trouve, c’est-à-dire les maillots rouges et blancs des Saints. Pas d’histoire d’ouvrier ou de représentation sociale. Plutôt des étudiants charmés par le système d’éducation à la britannique…

L’Atlético ne représente aucune région autonome, aucune frange politique, il représente seulement ses très nombreux supporters. Au contraire du Barça, les Colchoneros revendiquent le fait qu’ils forment un club de football, mais rien de plus. Ce qui ne l’empêche pas de compter 50 000 abonnés pour un stade à 55 000 places… Dans le royaume espagnol, ce serait se voiler la face que d’affirmer que le football n’est pas politique, du moins dans l’imaginaire collectif. Le Real Madrid est associé au pouvoir centraliste, le FC Barcelone représente l’identité catalane, tandis que l’Athletic Bilbao est une expression historiquement très importante de l’identité basque (de nombreux membres du parti en ont été des dirigeants). Et l’Atléti ? Même à  Madrid, ils n’ont pas d’appartenance à un quartier en particulier, au contraire du Rayo, dont les racines sont à Vallecas. Le Metropolitano était dans l’Ouest, le Calderon dans le Sud, et la Peineta, future maison des Colchoneros, sera à l’Est. Ce qui reste, au-dessus de toute considération, c’est ce sentiment, cette passion éternelle.

Les fin des années de 1990 ont été très compliquées pour le club. D’abord, le meurtre d’un supporter de la Real Sociedad en 1998 par un membre du groupe ultra Bastion. La saison éclaire de Vieri, 34 buts en 38 matchs et s’en va. L’arrivée de Hasselbaink. 32 buts en 40 matchs. La relégation du club en seconde division (en 2000) et el añito en el infierno la saison suivante. Les images de ce penalty manqué par Hasselbaink à dix minutes du terme de l’avant-dernière journée contre Oviedo. Le départ de Hasselbaink après seulement une saison. Cette quatrième place en seconde division… On peut dire que les atléticos sont des habitués, mais tout ça a été très dur à avaler. D’autant plus qu’en 2000, le Real soulevait sa huitième Ligue des Champions. Et que l’Atléti n’a même pas pu fêter sa remontée de 2002 car le monde n’avait d’yeux que pour le bijou que le pied gauche de Zizou venait de brosser à Glasgow… Une malédiction, on vous dit. Néanmoins, le club a su rebondir, se battant dans le ventre mou du classement jusqu’en 2007, avant de revenir en zone Champions League.

Et aujourd’hui ?

Malgré tout, le fait est que ces dernières années, l’Atlético a toujours pu compter sur une équipe attractive. Après les départs des indomptables Vieri et Jimmy Floyd, il y a eu Fernando Torres, d’abord, capable à lui tout seul de faire en sorte que l’Atlético soit suivi par toute l’Europe. Puis El Kun. Puis Forlan et El Kun.

Aujourd’hui, l’effectif répond au schéma classique suivant : une star (Falcao), des joueurs prometteurs (Arda Turan, Adrian) et des revanchards (Reyes, Diego, Gabi), encadrés par une armée de cadres solides mais rarement exceptionnels (Perea, Godin, Dominguez, Mario Suarez, Thiago). On ne sait pas encore où se situe cette équipe, mais l’on sait qu’elle va remplir le Calderon toute la saison, sans aucun doute, et ce indépendamment du classement de la Liga.  Surtout, les Rojiblancos joueront encore une fois tous leurs matchs de Coupe à 200%, prêts à tout donner sur la cancha pour donner à son aficion une nouvelle raison de poursuivre cette quête magnifique et insensée.

On parle beaucoup de Liga bipolaire. L’Espagne est actuellement la meilleure nation de la planète football et sa sélection profite grandement du fait que le Real et le Barça sont les équipes les plus impressionnantes du moment. Le 11 de la Roja est composé à peu près de 7 joueurs blaugrana et de 4 merengues, avec un coach du Real. C’est tout ? Non, car en 2008, l’Espagne n’est pas favorite de l’Euro. C’est Luis Aragones, ayant porté les couleurs de l’Atlético pendant 10 ans (meilleur buteur de l’histoire du club) et entraîné les rojiblancos durant 15 belles années, qui ramène le tiqui-taka et la domination continentale après plus de 40 ans de sales histoires. Un pur produit colchonero. Comme un symbole, c’est El Niño qui marque le seul but de la finale. Oui, l’Atlético aussi fait partie intégrante de la plus belle époque du football espagnol.

Finalement, après tous ces efforts de communication intense sur la beauté de la défaite et l’apologie de la souffrance, l’Atlético est un grand club malgré lui. L’un des publics les plus fiers, courageux et fidèles au monde, dans l’un des stades les plus chaleureux, qui chante le plus fort pour des couleurs des plus mythiques, dans une ivresse commune, insensée et fantastique. Dans un football qui perd ses repères, heureusement que leur amour inconditionnel est encore là, éternellement passionnel et touchant.

Markus

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Où en est Manchester City : Blue Moon rising?

Tout comme les grandes institutions internationales réalisent des « Stress Test » pour vérifier la fiabilité des banques, FT effectue ce même type d’opération sur le Manchester City de Mancini afin de répondre objectivement à la question suivante : City peut-il être considéré un grand club ? Réponse au niveau de la technique, de la comm’, de l’image et de l’histoire.

 

Step numéro 1 : Revue de l’effectif.

Depuis son arrivée à Manchester, l’Abu Dhabi United Group for Development and Investment a dépensé près de 600 millions d’euros dans l’achat de joueurs. Tout comme Leonardo pour Paris, l’objectif est double : vendre du rêve aux tifosi et construire une équipe qui puisse triompher en Angleterre comme en Europe. Les dirigeants de City ont décidé de parier sur un profil de joueur très précis. Un footballeur avec des qualités techniques hors du commun, relativement jeune, ambitieux et surtout qui doit encore s’affirmer définitivement sur la scène internationale. En quelques mots, un type de joueur qui épouse parfaitement l’audacieux projet des propriétaires émirats. Les arrivées de Dzeko, Agüero, Nasri, Tevez, Silva, Yaya Touré et Kolarov répondent toutes à ces critères. Mancini se retrouve donc avec un effectif monstrueux qui n’a presque rien à envier aux ogres européens. Peu d’équipes peuvent se permettre de garder des talents tel Balotelli, Adam Johnson ou encore Carlitos Tevez sur le banc. Toute grande équipe mérite un grand gardien et Mancini peut compter sur les services du starting keeper de la sélection anglaise. Certes, cette considération n’est pas une assurance tout risque. Robert Green, Scott Carson ou David James ont tous tenu ce rôle récemment sans pour autant respirer la sérénité dans leurs clubs respectifs. Mais Joe Hart est d’une autre planète, le genre de gardien pas toujours spectaculaire mais qui commet que très rarement des erreurs qui coûtent des points. Devant lui, une défense solide et équilibrée, avec deux arrières latéraux offensifs (Clichy et Kolarov) et deux autres plutôt défensifs en la personne de Micah Richards et Pablo Zabaleta. Vincent Kompany, nouveau capitaine des Citizens, et Jolean Lescott forment la paire de défenseurs centraux titulaires. Solide. Le milieu de terrain alterne le physique des Touré et De Jong, la justesse de Barry et Milner et bien sûr la classe de Silva et Nasri. Devant, c’est l’abondance : El Kùn, Dzeko, Balotelli, Tevez seraient tous titulaires dans la plupart des grands clubs européens. L’effectif des Citizens, équilibré et abondant, est sans doute au niveau de l’élite européenne.



Step numéro 2 : La communication.

Niveau Comm’, City se comporte déjà comme un grand club. Les dirigeants ont eu l’intelligence de bien soigner l’image des citizens, afin de trouver le juste équilibre entre les racines purement British de l’organisation et sa vocation internationale, son désir d’accroître sa popularité auprès des fans du monde entier. Cette politique est bien visible dans les choix des dirigeants. City est l’exemple parfait du nouveau club globalisé (son propriétaire et son sponsor sont des Emirats Arabes Unis, son manager est italien) ayant des ambitions mondiales, mais à cela il a rajouté une façade very very English et fidèle à l’histoire du club. En effet, le sponsor technique est Umbro, une marque appartenant à Nike, mais qui a été fondée près de Manchester (à Cheadle précisément) en 1924 et qui retient toute son identité anglaise. On murmure qu’Adidas avait pourtant fait une offre à Mansour pour sponsoriser les maillots, mais le propriétaire a voulu privilièger l’aspect mancunien de Umbro plutôt que l’appeal de la marque aux trois bandes. Le nom officiel du stade des Citizens est le Etihad Stadium, pourtant, afin de ne pas rompre si brutalement avec l’histoire du club, tout le monde continue à l’appeler le City of Manchester Stadium (au contraire de l’Emirates, qui s’appellent au départ Ashborton Grove)

En accord avec la politique de son président, dès son arrivée en Décembre 2009, Roberto Mancini a déclaré qu’il était essentiel d’avoir un maximum de joueurs anglais dans l’effectif afin de conserver l’identité du club. Afin de ne pas s’éloigner des supporters qui viennent au stade tous les weekends. C’est la raison pour laquelle on remarque la présence de 5 titulaires anglais plus ou moins inamovibles qui donnent une âme anglaise à l’équipe : Joe Hart, Micah Richards, Jolean Lescott, James Milner et Gareth Barry (pour ne pas parler de Adam Johnson, Owen Hargreaves, Stuart Taylor et Nedum Onuoha sur le banc). Des joueurs qui sont souvent appelés par Fabio Capello pour défendre les couleurs de la sélection des trois lions.

De plus, Mansour et son staff ont aussi eu l’excellente idée d’utiliser un deuxième maillot qui rappelle les couleurs historiques du club, le rouge et le noir (on dit que City commença à utiliser le Sky Blue qu’à partir de 1892). Un maillot que le club utilisait lors de sa (bien seule) période d’or, à cheval entre la fin des années 60′ et le début des années 70′, ponctuée par leur unique triomphe international, une Coupe des Coupes. Ah ouais et devinez qui a été appelé pour la pub du nouveau home shirt? Liam Gallagher, ex-chanteur des Oasis, supporter historique des Citizens et “vrai mancunien” (il est né à Burnage, quartier populaire de la ville). Un superbe coup de génie qui permet aux supporters de longue date de revendiquer fièrement les origines anglaises de leur équipe. Les dirigeants ont donc trouvé le parfait équilibre pour remplir leur double objectif : élargir la fan base de City, tout en flattant l’identité des supporters historiques du club.

Liam lookin’ good

Step numéro 3 : L’image.

Un élément essentiel qui distingue les grands clubs du lot est la peur qu’ils inspirent à leurs adversaires : la crainte, la terreur de l’humiliation s’empare d’eux, et elle se transforme sur le terrain en une tactique prudente et défensive. L’important est de limiter les dégâts. Or, City semble enfin provoquer cette inquiétude chez les “petits” clubsAlors qu’il y a quelques années (rappelez vous le sombre début des années 2000!) les Wigan, WBA ou Sunderland venaient au City of Manchester Stadium (ou jusqu’en 2004 au Maine Road) avec l’ambition de ramener les trois points, depuis quelques saisons leur objectif est d’arracher le match nul. Surtout, les Citizens ont aussi gagné le respect des plus grandes équipes anglaises et européennes. La preuve? Dans la conférence d’avant match du Community Shield, Ferguson déclare que “l’autre club de Manchester” risque sérieusement d’être le concurrent le plus dangereux dans la course au titre. Et Sir Alex a rarement tort. Depuis la défaite de United contre son cousin en demi-finale de la Cup, le manager écossais a définitivement changé le regard qu’il portait sur son rival. Ainsi, lors du tirage au sort des poules de la Ligue des Champions, City était considéré à l’unanimité comme l’équipe à éviter. Il suffit de voir l’expression de Ribéry lorsqu’il découvre que le Bayern affrontera les mancuniens pour comprendre le nouveau statut de Manchester City. En Angleterre comme en Europe, les Citizens sont craints.

Step numéro 4: le Manager

 Toute grande équipe se construit autour d’un grand manager. Roberto Mancini l’est, il a l’étoffe pour diriger un club si ambitieux comme City. C’est un gagnant né, un mec qui suite à la victoire écrasante de son équipe contre Wigan il y a quelques semaines (3-0, triplé d’Agüero), se présente devant les caméras pour se plaindre du manque de réalisme de ses attaquants. Cette hargne, ce culte de la victoire, ce perfectionnisme, il est en train de l’inculquer au club. Dès son arrivée, il a révolutionné le modus operandi au sein de l’équipe, introduisant un code de conduite à respecter sous peine d’amendes ou d’exclusion du 11 titulaire. Les doubles sessions d’entraînements, une le matin, une l’après midi, sont devenues la règle et non pas l’exception, alors que la préparation physique est bien plus dure qu’elle ne l’était dans le passé, notamment avec Hughes. D’une certaine façon, Mancini a “professionalisé” le club, il l’a préparé à devenir un club qui lutte pour des grands objectifs. Bien sûr, comme on pouvait s’y attendre, sa révolution a été durement contestée par les cadres de l’équipe et idoles de la foule mécontents des nouvelles méthodes de l’entraîneur : Carlos Tevez et Craig Bellamy. Roberto a réglé le problème Tevez en le reléguant sur le banc pour une courte période de la saison dernière et a envoyé Craig chez lui, en prêt à Cardiff. Juste pour faire comprendre who the fuck is the boss. Alors oui, il s’est mis une bonne partie de l’effectif et le public sur le dos mais une fois les résultats arrivés, il a gagné en légitimité et a convaincu tout le monde que si City voulait enfin gagner quelquechose il fallait travailler selon la méthode Mancini. Un an plus tard, il gagne la FA Cup et ces mêmes tifosi qui le contestait au début de son aventure, lui dédient un chant: Mancini, oh oh, Mancini, oh,oh, oh, He comes from Italy to manage Man City!”. Alors qu’il jouait à la Samp sous les ordre de Boskov, Roberto a déjà largement contribué à l’explosion d’une équipe moyenne en une écurie capable de gagner la Serie A et arriver en finale de C1 (à Wembley contre le Barça en 1992). Il est très probable qu’il réussise le même coup de magie à Manchester.

La grinta de Roberto

Néanmoins, il manque encore quelquechose, ces quelques détails importants pour que City soit considéré à part entière comme un grand club.

Problème numéro un, la non-habitude à gagner, un certain manque d’expérience qui pourrait se révéler crucial. SeulsYaya Touré, Mario Balotelli, Carlos Tevez et David Silva ont gagné un trophée international. De plus, l’effectif de City est relativement jeune, avec une moyenne d’âge inférieure à 26 ans. Les cadres de l’équipe ont tous moins de 30 ans. Kompany, nouveau capitaine, en a à peine 25. Vous allez dire, ce n’est pas un problème, United ou le Barça dominent l’Europe tout en jouant avec des footballeurs jeunes et ambitieux. La différence est que pour ce genre de club, la victoire est dans leur ADN. Ils sont habitués à triompher, et la structure même du club aide les nouveaux arrivés à comprendre ce qu’est gagner. Les anciennes légendes du club transmettent leur savoir, les supporters sont plus exigeants, les “vieux” à la Ryan Giggs ou Puyol donnent l’exemple à suivre pour atteindre les résultats espérés. Les nouveaux sont encadrés à tout moment. C’est simple, à Old Trafford, au Camp Nou, à San Siro, on respire la victoire, la grandeur. Or, au City of Manchester Stadium ce n’est pas le cas. Il n’y a pas autour de City l’aura d’un passé triomphal. C’est donc naturellement beaucoup plus difficile pour des jeunes joueurs qui doivent encore exploser sur la scène internationale de comprendre les sacrifices qu’ils doivent faire pour gagner. L’attittude qu’ils doivent avoir sur le terrain dans certaines conditions de jeu. Le Community Shield symbolise à la perfection cette limite de City. A 2-0 à la mi-temps après avoir dominé les 45 premières minutes de jeu, le onze de Mancini se devait de remporter le trophée contre son grand rival United. Pour une grande équipe, c’est inacceptable d’encaisser 3 buts en deuxième mi-temps , dont un à la 94ème minute, et de se faire piquer ainsi le premier trophée de la saison. Vous pensez que l’inverse aurait été possible? Vous pensez que si United gagnait 2-0 à la pause, les Red Devils auraient laissé échapper le Community Shield? A vous de répondre.



Ce problème est directement lié à l’histoire de City, qui ne peut se reposer sur un passé glorieux, une période d’or, une victoire mémorable ou sur des joueurs mythiques ayant porté le maillot. Attention, il y a plusieurs événements curieux depuis la fondation du club en 1880 qui ont contribué à l’unicité et au charme des Citizens. Par exemple, la finale de FA Cup de 1956, gagnée 3-1 contre Birmigham, rendue inoubliable par le goal mancunien Trautmann qui continua à jouer malgré s’être littéralement brisé le cou. Le triomphe en Coupe des Coupes 1969/1970 après avoir éliminé le Shalke 04 en demi-finale. Ou encore l’ hymne des supporters “Blue Moon”, incroyablement touchant. Mais l’histoire de City n’est pas encore à la hauteur d’un grand club. Les personalités les plus représentatives des Citizens, telles Joe Mercer ou Colin Bell, sont peu (pas) connus. Pourtant, ils sont insérés dans The Official hall of fame du club. Leur âge d’or dura à peine 3 ans de 1967 à 1970 avec la victoire d’un seul trophée international, caché par le triomphe en C1 en 1968 de son grand rival United. Manchester City est en train d’écrire son histoire maintenant, mais ne pas pouvoir compter sur un passé glorieux, qui puisse transmettre des valeurs importantes, est une limite considérable.


Manchester City avec « sa » C2 gagnée en 1970.

Quelques lignes aussi sur la difficulté de City à gérer ses problèmes internes. Tout grand club doit bien sûr faire face à des tensions dans le vestiaire ou entre dirigeants (exemple numéro un : Mourinho et Valdano), mais c’est quand même frappant de voir le nombre de soucis qu’a dû affronter Manchester City depuis le début cette année. Commençons par l’affaire Garry Cook, devenu le dirigeant phare de l’équipe dès son arrivée en 2008, qui a demissioné il y a seulement quelques semaines. La cause? On dit qu’il aurait envoyé plusieurs mails injurieux se moquant du cancer de la mère de Onuoha. Pas très classe et sûrement pas la rhétorique voulue par un soi disant grand club. Ensuite, l’affaire Tevez tourmente le sommeil de Mancini, et vient de prendre un nouveau virage ce mardi suite à la défaite contre le Bayern. D’après Roberto, l’Apache, mécontent d’avoir encore une fois été exclu du onze titulaire. a refusé de s’échauffer et d’entrer sur le terrain. Le coach italien a déclaré ensuite que Tevez is finished at City”Ajoutez à cela le mécontentement de Dzeko pour avoir été remplacé à l’Allianz Arena, le doping de Kolo Touré et les infinis caprices de l’éternel Bad BoyBalotelli, et vous aurez un vestiaire qui semble être encore assez instable et divisé. Peut être un symbole du manque de maturité d’un club qui se retrouve tout d’un coup à devoir lutter pour les plus grands trophées anglais et européens suite à un siècle de disette.

 

Voilà, la réponse proposée par FT est simple. City a tout pour devenir, d’ici quelques années, un grand club européen. Sa puissance financière illimitée, son projet ambitieux et sa comm’ attireront sans aucun doute les plus grands joueurs du continent. Mais comme d’habitude dans le football, seulement les victoires et les moments magiques pourront certifier la montée de Manchester City dans l’élite du football européen. Seulement quand les Citizens pourront se vanter d’avoir fait vibré toute l’Europe et d’avoir offert des émotions inoubliables à tous les fanatiques de ce sport, la communauté footballistique définira Manchester City (enfin) comme un “grand club”.



Ruggero

Rome sera à ses pieds


Malgré des débuts poussifs, FT conserve une confiance aveugle en la réussite de Luis Enrique à Rome. Voilà pourquoi.

Jeudi 25 août 2011, Stadio Olimpico, Roma-Slovan Bratislava, match retour du tour préliminaire d’Europa League. 73ème minute: Luis Enrique remplace l’intouchable Francesco Totti par le jeune Stefano Okaka Chuka et se fait huer par les 50.000 romanistes venus assister au match.8 minutes plus tard, Stepanosky marque pour les Slovaques, neutralisant le but initial de Perrotta et élimine  les joueurs stupéfaits de la Louve. Cet épisode met définitivement fin à l’enthousiasme qui régnait à Rome suite à l’arrivée de Luis Enrique. En un mois et demi de travail, l’ex joueur du Barça a perdu en match amical 3-0 contre Valence et le PSG, s’est fait éliminer de l’Europa League par les modestes (pour ne pas dire nuls) slovaques du Slovan Bratislava et a rompu avec Borriello et Totti. Mais surtout, il a déjà perdu l’énorme capital confiance que lui avait accordé le public romain à son arrivée. Un public désormais enragé contre le coach ibèrique, coupable d’avoir oser remplacer le numéro 10. Pas glorieux. Welcome to Rome petit.

Rome est en effet un royaume difficile, où “Il Capitano” est souvent plus grand que l’équipe. Adulé comme un Dieu, Francesco Totti, malgré sa classe cristalline, a récemment été plus un problème qu’un atout pour les entraîneurs qui ont dirigé les joueurs de la capitale. Ne pas faire jouer Totti est considéré un crime contre l’humanité par les ultras romanistes, qui ont réitéré leur amour inconditionnel à leur gladiateur. A sa sortie, le chant “c’e solo un capitano, un capitano” résonnait dans les travées de l’Olimpico comme une menace à Luis. Or, l’histoire enseigne que se mettre à dos le public romain est souvent synonyme d’ échec imminent. Demandez à Ranieri, critiqué violemment l’année dernière pour ses nombreuses non-titularisations du Pupone et qui a finalement demissioné à cause  »d’incompréhensions dans le vestiaire et avec les tifosi”. Travailler calmement et efficacement avec la pression du public sur les épaules est chose impossible à Rome….


Récapitulons: lourdes défaites en matchs amicaux, élimination en Europa League, tensions avec les supporters… Tout va mal pour le coach asturien. Certains piliers du vestiaire semblent même avoir du mal à l’accepter comme en témoigne l’ interview d’après match de Burdisso qui a lancé une petite claque à son coach en déclarant: “J ai été surpris par la sortie de Francesco. Je n’ai pas compris le choix du Mister mais je le respecte.”. Pourtant, pourtant, il y a plusieurs indices qui pourraient indiquer que Luis Enrique est sur la bonne voie, et qu’il a le profil juste pour entraîner dans une ville si difficile comme la Ville Éternelle.

En remplaçant Totti, “le futur meilleur entraîneur au monde” selon Pep Guardiola, a montré un caractère et une personnalité de fer. Le changement de Totti doit être analysé non pas comme un choix tactique ayant pour but de gagner le match en question, mais comme une action politique au sein du club pour clamer haut et fort que le patron, c’est lui, Luis Enrique. Une décision prise pour rendre Totti humain, comme les autres, parce que a 35 ans, la Roma ne peut plus dépendre de son capitaine pour espérer gagner chaque match, mais doit faire appel à l’ensemble de son effectif. C’est le message de Kike, un message juste, rationnel, sensé. Totti était de loin le meilleur joueur sur le terrain, mais même il Capitano devra se plier aux besoins de l’équipe, c’est cette voie que doit entreprendre la Roma pour réussir. Chapeau Luis, enfin quelqu’un qui (depuis Capello) semble avoir la personnalité pour être plus grand que Dieu Francesco. Au diable l’Europa League, mieux vaut se faire éliminer mais fixer clairement les règles du jeu que viceversa.

Niveau jeu il y a aussi de nombreux points positifs. Plusieurs nouvelles recrues semblent avoir le niveau pour lancer le projet signé DiBenedetto, nouveau propriétaire américain. José Angel, le latéral défensif en provenance de Gijon, a impressionné (note 7 sur la Gazzetta). Solide défensivement, il a même par deux fois effleuré le but suite à ses nombreuses descentes dans le couloir gauche. Bojan (4,5, toujours sur la Gazzetta) se troue sur deux énormes occasions, mais a aussi montré qu’il possède des qualités que très peu de joueurs de Serie A peuvent se vanter d’avoir. Rapide, technique et intelligent, il doit juste améliorer sa finition. Et, à 21 ans, c’est une bonne base sur laquelle travailler. Luis Enrique a aussi inséré de manière assidue dans le 11 titulaire deux jeunots de la Primavera, Caprari et Viviani, excellents lors des matchs amicaux et d’Europa League. La performance de Viviani notamment a tapé dans l’oeil. A tout juste 19 ans, il a dirigé le milieu de terrain avec un calme et une intelligence d’un vétéran de 33 ans.

Mais surtout, mis à part les individualités, cette Roma est en train de se créer son propre  style de jeu et une identité à soi. Inspirée de Barcelone certes, mais adaptée aux convictions tactiques de Luis Enrique. Les deux arrières latéraux très offensifs amènent constamment le danger sur les ailes. Le milieu défensif (Viviani lors de la double confrontation contre le Slovan)  recule au niveau des  défenseurs centraux pour demander le ballon, diriger le jeu et protéger la défense lorsque les arrières latéraux montent. Enfin, les trois attaquants bénéficient d’une grande liberté de mouvement. Un style de jeu sûrement pas révolutionnaire, mais précis, clair et bien appliqué.  La Roma semble avoir une certaine logique et rationnalité lorsqu’elle entre sur le terrain, ce qui n’a pas toujours été le cas la saison dernière avec Ranieri ou Montella. Il manque encore cette pointe de sang froid devant les buts et une plus grande rigueur défensive. Mais ça arrivera. Luis Enrique, malgré son style vestimentaire plus que discutable sur le banc (polo noir cheum, jogging blanc en mode Saint Denis, voir photo ci-dessous), inspire une confiance qu’on ne voyait pas du côté du Tibre depuis Capello et le scudetto 2001. Si la Roma veut recommencer à se battre pour le Scudetto, elle doit impérativement arrêter de déifier Totti et suivre la confiance aveugle qu’accorde DiBenedetto envers son entraîneur. Une fois que les victoires arriveront, Luis Enrique mettra dans sa poche aussi les Ultras de la Curva Sud.




Ruggero