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Tactique, cynisme et romantisme, revoilà l’Italie !

Il y a deux ans, Antonio Conte et ses hommes reprenaient une Nazionale vice-championne d’Europe, mais éliminée au premier tour du Mondial brésilien. Depuis, le futur manager de Chelsea a entrepris un défi immense qui pourrait devenir l’une des plus belles prouesses de football de sélection de l’histoire. À condition de faire chuter cette Roja royale.

— Des buts et des mots —
Quoi qu’il arrive ce lundi soir au Stade de France contre l’Espagne, les Italiens auront offert deux performances à l’histoire du football européen. La première a eu lieu sur le terrain le lundi 13 juin à Lyon : une démonstration tactique contre la Belgique de Wilmots (2-0) qui a consacré la qualité du jeu long de Bonucci et la fluidité du 3-5-2 de Conte. La seconde, elle, a eu lieu hier à Paris en salle de presse : une performance verbale d’Antonio Conte capable de transporter émotionnellement tout un pays. Musique : « Nous ne voulons pas rentrer à la maison, car nous ne sommes pas la victime sacrificielle de l’Espagne. Nous devons dépasser la raison, parce que demain, l’ordinaire ne suffira pas. Et je suis convaincu que nous pouvons faire quelque chose d’extraordinaire. Si nous nous limitons à la raison, si nous pensons à la situation, nous perdons. Nous sentons la responsabilité d’un peuple qui souffle derrière nous. Rien n’est impossible, ce serait bien trop simple si les prévisions étaient toujours respectées. Renverser le sort d’une lutte inégale, c’est le sel de la vie et du football. » Plus question, donc, de parler de possession à la Prandelli ou d’évoquer le jeu espagnol comme un modèle. Aujourd’hui à 18h, c’est toute l’Europe qui passe à table.

— Projet tactique —
Quand il s’exprime sur la construction de son grand Milan, Arrigo Sacchi choisit les mots suivants : « J’ai toujours pensé que le moteur du football était le jeu. Et en partant de cette idée de jeu, j’allais chercher des personnes de confiance, et puis des joueurs fonctionnels avec ce système. Et nous nous sommes mis à travailler ensemble. Je n’arrêtais pas de répéter : « Le collectif est meilleur que l’individu. » L’individu peut te faire gagner un match, mais les exploits se font avec une équipe. Le football est un sport collectif avec des moments individuels, pas le contraire. Et pour faire tout cela, nous avons énormément travaillé. Énormément, j’insiste. » Idée de jeu, système, fonctionnalité, collectif, travail. De 1991 à 1996, à la tête de la Nazionale, le sélectionneur avait tenté d’appliquer ces mêmes principes, excluant entre autres Roberto Mancini et Gianluca Vialli, et exigeant un travail défensif important à Roberto Baggio.

Animal tactique et immense motivateur, Antonio Conte a remporté un Scudetto avec Alessandro Matri en pointe et De Ceglie en latéral : il apprécie la recette. Au-delà de la nature du jeu proposé, le futur entraîneur de Chelsea est aussi un homme de systèmes, de fonctionnalité et de travail. Une vision qui l’a poussé à relever un défi immense avec cette sélection italienne : penser le système avant de choisir les hommes. Sans Verratti ni Marchisio, Conte a dû faire face à un certain déficit de talent. Et ça ne l’a pas empêché de se passer d’autres talents pour privilégier la cohésion du système : Bonaventura, Jorginho, Franco Vázquez, Berardi, Giovinco. Aujourd’hui, ça ne l’empêche pas non plus de préférer Éder, remplaçant à l’Inter, à Insigne, génie napolitain.

— Saveurs cyniques et romantiques —
Mais si le projet tactique de Conte a séduit le peuple italien lors de la victoire contre la Belgique, c’est aussi la manière d’exécuter ce système qui a marqué les esprits. Du cynisme, d’une part, avec un festival spectaculaire de fautes tactiques géniales. Chiellini, Bonucci et même Éder ont su mettre leur corps entre un attaquant belge et les cages italiennes pour défendre ce pays qui aime tant jouer le rôle du méchant souriant plus intelligent que sa victime. Mais aussi du romantisme : de la revanche, de la légende et du dépassement de soi, le tout bien coiffé et habillé.

Ce projet de Conte, c’est celui de Giaccherini, Éder, Parolo et Candreva, quatre joueurs du Cesena de 2011. C’est aussi celui de Sturaro et Zaza, tous les deux remplaçants en club et essentiels pour Conte. C’est la belle histoire de l’inattendu Pellè. C’est également l’un des derniers contes de la meilleure défense d’Europe, menée par un Bonucci princier. Et enfin une nouvelle page de la légende de Gigi Buffon, héros national qui n’a pas oublié 2008 et 2012.

Markus

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Article publié le 27/06/2016 sur SOFOOT.com

Quand le Milan voyage du mérite au travail

Lancés au mauvais endroit et au mauvais moment, Clarence Seedorf et Pippo Inzaghi n’avaient pas réussi à redonner au Milan la gloire qu’ils avaient connue. Place au travailleur Siniša Mihajlović, qui a entamé un profond changement de mentalité basé sur la rigueur, l’humilité et un principe : le prestige d’une institution, éternelle ou non, ne fait pas gagner des matchs. Cette saison, le Milan a donc fait le grand saut vers un projet tout neuf. Maintenant, il ferme les yeux, protège son visage avec ses mains et attend… Dès la troisième journée, ce derby pourrait apporter des premières réponses.

« Ramenons le Milan là où il mérite de se trouver. » Lors de la présentation officielle de l’équipe rossonera devant ses tifosi ce jeudi sur la place Gino Valle, cette phrase prononcée par Christian Abbiati, puis Riccardo Montolivo est passée inaperçue. Pourtant, elle n’a pas dû plaire aux oreilles alertes de Siniša Mihajlović. Depuis son arrivée le 16 juin dernier, le Serbe n’a cessé de faire passer un message : le prestige du Milan ne suffira pas pour gagner des matchs, et les grands noms des joueurs ne suffiront pas pour en faire des titulaires. Mihajlović veut du travail, du travail et encore du travail. Un message évident ? Cette semaine a montré que le chemin pourrait être long. Après que Kucka a déclaré que « (s)on vrai rêve a déjà été réalisé : c’est celui d’être là, de porter les couleurs d’un des plus grands clubs au monde », Barbara Berlusconi est tombée dans le piège de la présomption : « On veut pousser l’équipe pour qu’elle ramène les résultats que nous méritons. » Sauf que pour Mihajlović, ce mérite n’est absolument pas acquis.

Coups de gueule et baffes

Ce grand saut a d’abord pris la forme d’un changement brutal de management. D’une part, Galliani et Berlusconi ont fait le choix de faire venir un « entraîneur secoueur ». Un homme de principes aux idées fortes et un leader habitué aux effectifs moyens. D’autre part, Après avoir écumé les tentatives guardiolesques d’entraîneurs maison, avec Seedorf et Inzaghi, ils ont aussi choisi un étranger au passé intériste. La rupture est totale. Et l’heureux élu n’a pas tardé à faire comprendre à tous que la mentalité de son Milan allait aussi changer. Après les trois derniers matchs de son équipe, Mihajlović a enfilé ses gants et a pris ses conférences de presse pour des rings de boxe. Fiorentina-Milan (2-0) : « Je n’ai pas aimé notre milieu. C’est là qu’on a perdu le match, les deux milieux intérieurs n’ont pas fait ce qu’on avait préparé (…) On n’était pas des phénomènes pendant la présaison et on n’est pas des cruches maintenant. Mais on doit travailler plus. » Milan-Empoli (2-1) : « Si on commence à penser qu’on va gagner seulement parce qu’on s’appelle l’AC Milan… La seule bonne nouvelle est la victoire. Sans Bacca et Luiz Adriano, on aurait perdu. Il nous manque de la personnalité. »

Mantoue-Milan (amical, 2-3) : « C’est une question d’attitude : si on ne court pas, on ne va nulle part. Maintenant, vous avez compris pourquoi certains joueurs jouent moins que d’autres. Personne ne doit se plaindre de son temps de jeu. Seul le terrain a le droit de parler. Je m’attendais à beaucoup plus. (…) Ceux qui jouaient moins que les autres avaient une opportunité : ce soir, on a bien vu pourquoi ils ont moins joué. Et je fais référence à tout le monde, pas à un secteur en particulier. » Et le but de Balotelli, alors ? « On a joué contre une équipe de Serie C et on a vu qu’il n’a pas une condition physique suffisante. Il doit s’améliorer. » Un nouvel épisode à la Siniša a eu lieu lorsque le Mister a anticipé la question d’une journaliste japonaise : « Toi, tu veux me demander pourquoi Honda ne joue pas ? Et Suso, alors ? Moi, je vois les entraînements tous les jours. Et Suso s’entraîne très bien. Il fait la différence en un contre un et il fait de bonnes passes en profondeur. On est tous très bons après les matchs quand il s’agit de dire qui devrait jouer ou ne pas jouer. Mais les entraînements valent plus que les mots. »

Le Milan de Mihajlović, dès le derby ?

Au-delà des belles paroles et des apparences, le mercato milanais a aussi pris une nouvelle direction. Après avoir terminé 8e de Serie A en 2014 et 10e en 2015, le Milan a abandonné les achats de noms ronflants et les raccourcis. Out Robinho, Essien, Muntari ou encore Rami. Cette fois, puisque le club a des objectifs nationaux, il s’est armé à leur portée. Sans fausses prétentions, ce nouveau Milan est fait de joueurs de Serie A chipés à des clubs de milieu de tableau : Bertolacci (Genoa), Poli (arrivé en 2014, Sampdoria), Kucka (Genoa), Romagnoli (Sampdoria-Roma) ou encore Bonaventura (arrivé en 2014, Atalanta). En ligne avec ce projet, les seuls vétérans qui comptent sont ceux qui se sont toujours montrés irréprochables (De Jong, Diego López, Antonelli). Finalement, alors que la presse avait annoncé des gros coups (Ibrahimović, Kondogbia, Jackson Martínez, entre autres), seuls trois noms bruyants sortent de cette logique très terre à terre, et ils concernent tous le secteur offensif : Carlos Bacca (30 millions d’euros, Séville), Luiz Adriano (8 millions d’euros, Shakhtar) et Mario Balotelli (prêt, Liverpool). Un choix traditionnel qui rappelle curieusement le grand Milan de Sacchi, pour l’anecdote : aller chercher la fantaisie à l’extérieur des frontières italiennes.

Ainsi, Mihajlović a clairement affiché ses intentions : construire un Milan qui sait ce qu’il fait et qui refuse de se mentir, d’où ces débuts dans un 4-3-1-2 bien plus compact que créatif. Un contexte travailleur qui, par ailleurs, épouse parfaitement les formes des cinq derniers derbys : une victoire chacun, trois nuls et surtout jamais plus d’un but marqué par équipe. Mais aujourd’hui, ce projet a besoin de terrain pour trouver une identité. Jeudi dernier, face aux belles paroles officielles du club et de sa direction, les tifosi ont choisi de marquer le coup avec une banderole éloquente : « Seuls le sang et les larmes méritent notre amour. » Et cela tombe bien : c’est précisément ce que les équipes de Mihajlović ont pris l’habitude d’offrir. Mais de simples déclarations suffiront-elles pour faire du Mister le leader qu’il était à Gênes ? Lorsque le speaker de la présentation officielle lui a demandé quelle était la chanson qui représentait le mieux son état d’esprit, le Serbe n’a pas hésité très longtemps. Un’avventura de Lúcio Battisti, dont les paroles chantent : « Ce ne sera pas une aventure. Ça ne peut être qu’une saison. Cet amour n’est pas une étoile qui part au lever du soleil. Cet amour n’est fait que de poésie. Tu es à moi, tu es à moi. »

Markus

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Article publié le 13/09/2015 sur SOFOOT.com

Le retour de l’Inter, pour le meilleur et…

Depuis l’arrivée de Roberto Mancini sur le banc de l’Inter, Erick Thohir a changé de cap et semble enclin à se transformer progressivement en président traditionnel à l’italienne. Cet été, il a même offert aux tifosi nerazzurri un mercato à la Massimo Moratti. Des joueurs à fort potentiel, d’autres complètement tarés et même quelques très bons coups. L’Inter retrouve ainsi son identité de club fou, pour le meilleur et pour le pire. Et il n’y a pas de meilleur endroit pour l’exprimer qu’un derby.

C’est l’histoire d’une adaptation culturelle. Dans le quotidien théâtral de Milan, Erick Thohir a longtemps été soupçonné de voir en l’Inter une opportunité de gonfler sa visibilité personnelle ou de transformer le club lombard en machine à spectacle à l’américaine. Assis dans les bureaux de son empire médiatique à Jakarta, le businessman semblait lui se méfier de l’approche latine de l’industrie de l’entertainment. Les deux parties avaient un peu raison et beaucoup tort. Mais après deux années de redressement financier et de résultats sportifs décevants, les différences culturelles semblent enfin se transformer en un métissage productif. La presse et les tifosi ont accepté les bouleversements structurels lancés par l’Indonésien, et le président a montré avec ce dernier mercato qu’il avait bien compris que la vie d’un club de football se nourrit d’enthousiasme. L’Inter a retrouvé la brûlante impatience d’être dimanche soir.

Interventionnisme et Roberto Mancini

Pour son premier mercato l’été dernier, le président nerazzurro Erick Thohir avait gardé les deux mains sur le frein à main, prétextant une menace financière lourde et annonçant une période de transition. Comme on l’écrivait à l’occasion du dernier derby il y a six mois, l’Inter de Thohir se cherchait. La saison dernière, elle avait ainsi tenté de se renouveler timidement. Des signatures à paramètre zéro (Nemanja Vidić), des paris sous forme de prêts (Pablo Osvaldo, Dodô, Yann M’Vila, Lukas Podolski) et quelques opportunités peu onéreuses (Gary Medel, Davide Santon, Marcelo Brosović, Xherdan Shaqiri et Jeison Murillo, resté à Grenade pour récupérer d’une blessure). Mais après avoir choisi lui-même Roberto Mancini pour des raisons aussi techniques que marketing (le contrat de Mazzarri datait de la présidence de Moratti), Thohir a fini par s’investir totalement dans le projet sportif du club, menant notamment certaines négociations compliquées.

Trois raisons pourraient expliquer ce changement de cap. La première est un simple constat : Thohir s’est rendu compte que l’Inter ne pouvait accrocher une qualification en C1 sans un saut de qualité technique, et que la marque Inter – le nerf de la guerre du programme de l’Indonésien – ne pouvait se développer sans la Ligue des champions. La seconde raison a un prénom et un nom : Roberto Mancini. L’entraîneur originaire de Jesi a toujours su convaincre ses présidents de lui donner les moyens nécessaires au développement de son projet tactique. Et c’est bien son aura et son réseau qui ont permis de convaincre directement les recrues : Perišić, Shaqiri, Felipe Melo et Alex Telles (sans parler de la longue négociation avec Yaya Touré) ont tous répété que les coups de fil du Mister avaient joué un rôle majeur dans leur arrivée. Depuis le triplé, la direction interista ne cessait de diminuer sa masse salariale, passée de 222 millions d’euros en 2010 à 70 millions en 2014. Depuis l’arrivée de Mancini, elle est remontée à 93 millions. Qui sait si le contrat de Mauro Icardi aurait été renouvelé sous la gestion de Mazzarri ? Aujourd’hui, l’Argentin est même le capitaine de cette équipe et le phare du projet.

Un mercato à la Moratti et le retour de la foi nerazzurra

La troisième raison, elle, est plus mystique. Thohir aurait définitivement attrapé le virus de la Beneamata. Ceux qui l’ont vu chanter à la gloire du club milanais lors d’un rassemblement de tifosi à Bali peuvent en témoigner. Un bel acte de foi qui rappelle forcément les preuves d’amour de Moratti. Le rapprochement va même un peu plus loin et s’étend à la direction prise par ce mercato. En travaillant main dans la main avec Mancini, Thohir a reconstruit une équipe en ligne avec l’identité historique du club : une véritable Pazza Inter (folle Inter). Le symbole de ce recrutement est évidemment Geoffrey Kondogbia : un transfert marquant tant pour son prix (35 millions d’euros) que pour sa manière, de la négociation du Milan interrompue au dernier moment à la présentation en grande pompe du Français. Le joueur lui-même fait fortement penser aux achats typiques de Moratti à ses débuts : un transfert basé sur un immense potentiel plutôt que d’immenses accomplissements. D’ailleurs, l’ex-président n’a pas pu s’empêcher de s’emballer : « L’Inter a plus besoin de Kondogbia que de Yaya Touré. » Alex Telles est un autre exemple de joueur acheté pour son potentiel, et le Brésilien a montré qu’il avait bien compris où il mettait les pieds en se présentant comme « le nouveau Roberto Carlos ».

Derrière, et c’est ici que le mercato de 2015 marque un véritable tournant par rapport aux dernières années, Mancini a fait venir des joueurs de « spectacle ». Et Moratti n’a pas manqué de rappeler qu’avec des joueurs comme Adem Ljajić, Felipe Melo et Stevan Jovetić, « on va s’amuser cette saison au Meazza ». Avec ses trois buts marqués en deux matchs, Jovetić est devenu l’emblème de ce recrutement typiquement noir et bleu. Une étoile aux pieds divins capable du meilleur, mais qui vient de produire deux saisons médiocres. L’arrivée de Jovetić signe le retour de la célèbre « foi interista ». Cette foi inébranlable qui n’avait jamais arrêté de croire en Álvaro Recoba. Cette foi qui avait entretenu sans broncher les genoux de Ronaldo de 1999 à 2002, avant de le voir partir au moment où il pouvait à nouveau voler. Cette foi qui avait même cru à chaque retour d’Adriano. Mais heureusement pour les garanties de ce projet sportif, Thohir et Mancini n’ont pas oublié de renouveler le capital intelligence de cette équipe avec les arrivées d’Ivan Perišić, croate à la rigueur allemande, et Miranda, brésilien à la discipline italienne.

Derby et puzzle

Enfin, la construction chronologique de ce mercato montre aussi du changement. L’an passé, l’Inter avait d’emblée annoncé qu’elle allait devoir vendre pour espérer acheter. Cette fois, Thohir a choisi le sens inverse. Et l’excitation des tifosi n’aurait certainement pas été la même si l’Inter avait commencé son mercato par les ventes de Kovačić, Shaqiri et Hernanes (près de 65 millions d’euros pour les trois). Aujourd’hui, après deux victoires difficiles en deux matchs contre l’Atalanta et Carpi, Mancini arrive au derby avec un maximum de confiance. Mais aussi un gros puzzle à former. Des onze titulaires annoncés, sept sont des recrues (Murillo, Miranda, Alex Telles, Felipe Melo, Kondogbia, Jovetić, Perišić). Et puisque Thohir ne sera pas en tribunes pour ce premier grand rendez-vous de la saison, au contraire de Moratti, le dernier mot revient forcément à l’ex-président : « Comment définir le derby ? En toute sincérité, c’est le match qui t’empêche de dormir. Pendant toute la semaine, tu penses à ce qui va pouvoir arriver. Et là, c’est encore plus dur parce qu’on joue trop tôt dans la saison pour se permettre un mauvais résultat. » Un puzzle qui urge déjà.

Markus

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Article publié le 13/09/2015 sur SOFOOT.com

Pastore et la quête d’une idée argentine

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Haute et forte durant une heure, puis basse et fébrile jusqu’au coup de sifflet final. Après trois rencontres face au Paraguay, l’Uruguay et la Jamaïque, l’Argentine de Tata Martino a rigoureusement respecté trois fois le même schéma. Or, le début de la baisse de régime a toujours coïncidé avec la sortie de Javier Pastore. L’Argentine souffre-t-elle d’un problème de condition physique, de l’absence des pieds du Flaco en fin de match ou d’autres facteurs ? La recherche de fluidité de l’Albiceleste n’a pas fini de fasciner.

C’est une quête infinie dessinée à l’image d’une nation au dessein indéfini. Depuis ses premiers coups de crayon, l’Argentine a dû apprendre à se former sur le tas, avec des arrivées plus ou moins massives et périodiques de latins, anglo-saxons, germains, slaves, africains, scandinaves. Le tableau s’est enrichi sans se charger, parce qu’avec de telles terres, il y avait de la place pour un surplus d’imagination. Mais le football ne tolère que onze représentants. Alors, depuis des décennies, l’Argentine cherche, réfléchit beaucoup, étudie un peu et creuse au fond de son esprit mélancolique pour trouver une formule permettant de faire combiner avec harmonie et efficacité l’infinité de ses talents. Messi. Agüero. Tévez. Pastore. Di María. Banega. Higuaín. Icardi. Dybala. Personne n’a mieux.

À la recherche d’une raison

L’an passé, l’Albiceleste est arrivée sur le toit du monde avant de trébucher sur la dernière marche, aux pieds des Allemands. Mais à la place d’affiner sa démarche avec Sabella ou l’un de ses partisans, elle a préféré recommencer à zéro, tout en bas. Pour le trajet, peut-être. Ou pour ne pas prendre le risque d’arriver en avance. En tout cas, le nouveau projet a été baptisé Tata Martino et s’est donné un objectif : le football de position, de possession, de toque. Aujourd’hui, cela fait presque un an que l’idéologie est en marche, à la suite d’un long parcours amical de Düsseldorf à New York. Et après trois matchs de Copa América, alors que les idées et les hommes semblent être enfin sur un chemin rationnel et travaillé, il y a quelque chose qui cloche.

Messi en a parlé après avoir vaincu sans gloire la Jamaïque : « Je ne sais pas pourquoi, mais en deuxième période, le rythme a baissé et on a joué beaucoup plus lentement, c’est une réalité. Il nous est arrivé la même chose contre le Paraguay. On avait du mal à trouver les espaces. » Martino, lui, a essayé de donner une explication à son pays de sélectionneurs en herbe : « Dans la deuxième période, on a eu un match ennuyant, fastidieux. La circulation de balle n’était pas fluide… Je sens qu’il y a une baisse de régime physique, qui est le produit de la quantité de matchs que les joueurs ont joués. » La faute à l’Europe ? Sauf que les Paraguayens et Uruguayens ont joué une longue saison, eux aussi. « Ce style de jeu requiert un mouvement incessant et fatigue ceux qui ne sont pas habitués », dit Mascherano. Avec 75% de possession au bout d’une heure de jeu, les Argentins auraient donc été plus fatigués que les Uruguayens ? « On doit être plus efficaces », renchérit Martino. Mais le manque d’efficacité n’explique pas la fébrilité défensive. Il doit y avoir d’autres explications. L’une d’elles pourrait être les sorties prématurées de Javier Pastore, mais aussi les changements curieux du sélectionneur.

De l’influence de Javier Pastore

Le 13 juin 2015 à La Serena, l’Argentine affronte le Paraguay ultra-fermé de Ramón Díaz. Autour de Mascherano, Martino lâche deux milieux portés vers la construction – Banega à gauche, Pastore à droite – puis les sort à un quart d’heure de la fin. Résultat : les deux périodes ont eu deux rendements complètement différents : 76% de possession et 2-0 jusqu’à la 45e minute, puis 61% de possession et 0-2. Le Paraguay est monté en puissance en trois temps. D’une, le regain d’espoir dû au missile inattendu de Nelson Valdez en plein temps fort argentin à la 60e. De deux, l’entrée en jeu de Derlis Gonzalez à la 66e, qui a fini par transformer le schéma défensif de Diaz en une attaque ambitieuse. De trois, enfin, la sortie de Javier Pastore à la 75e. Toutefois, ce choix n’a pas été l’élément déclencheur des occasions paraguayennes qui ont suivi : le changement de système qui l’a accompagné a été plus influent. Du 4-3-3, Martino passe à un 4-2-3-1 où la position de Tévez pousse à un 4-2-4 désordonné. Sans Pastore et avec un milieu Masche-Biglia (entré pour Banega), Martino a reculé face au Paraguay. Enfin, il faut noter que ce match de Pastore a été d’une timidité et d’une réserve rares : seulement 59 touches de balle en 75 minutes et 37 passes tentées, 1 dribble réussi et 1 occasion créée.

Trois jours plus tard, toujours à La Serena, Martino affronte Tabárez dans le Clásico du Rio de la Plata. Cette fois-ci, la sécurité Biglia remplace le frisson Banega, et Pastore joue bien plus haut dans ce qui ressemble à un 4-2-3-1. L’Uruguay résiste longtemps : Agüero marque à la 56e. Deux changements uruguayens changent le plan de jeu rival à l’heure de jeu (Hernandez et Sánchez). Comme contre le Paraguay, la possession chute à nouveau : de 74% en première période à 62% en seconde. Cette fois, l’influence de Pastore saute aux yeux avant et après sa sortie à la 79e. Avant : 76 touches de balle, 54 passes tentées, 3 dribbles réussis et 4 occasions créées, dont celle du but. Après, voilà le rendement de son remplaçant Banega, acculé en défense : 9 touches de balle, 2 passes réussies et 3 ratées en un quart d’heure. Surtout, l’Uruguay se crée ses trois plus grosses occasions lorsque le sens du contrôle de jeu de Pastore se trouve sur le banc : 80e, 87e et 90e. Quatre jours plus tard, l’Argentine affronte la Jamaïque sous le soleil de Viña del Mar. Biglia toujours, Pastore encore à droite. Une fois de plus, la possession redescend d’une période à l’autre : de 82% à 63%. La comparaison des rendements et des positions de Pastore et son remplaçant Pereyra (entré à la 59e) semble pertinente : 86 touches de balle contre 23, 10 ballons perdus contre 9 (en deux fois moins de temps, donc), 68 passes réussies contre 12, 2 occasions créées à 0. Alors que Pastore évolue haut à droite au milieu et fait le lien entre Mascherano, Zabaleta et Messi, Pereyra se place dans l’axe et bien plus bas. La Jamaïque se procurera toutes ses occasions dans cette dernière demi-heure.

La position moyenne des Argentins en 1re et en 2nde période contre la Jamaïque (source : rapport Opta)

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Banega, Biglia et l’illusion de l’équilibre

Ainsi, ces analyses montrent bel et bien que l’Argentine n’a jamais réussi à contrôler le jeu en l’absence du Flaco. Mais elles ne démontrent pas que ce manque de contrôle est lié à l’absence de Pastore : l’Argentine avec Pastore n’est pas l’Argentine de Pastore. Contre le Paraguay et la Jamaïque, le numéro 21 s’est caché plus de fois qu’il n’a pris d’initiatives : la création a été prise en charge par Banega dans le premier match et par Di María dans le second. D’autres facteurs expliquent la baisse de régime. D’une, la condition physique usée, peut-être. De deux, le manque de maturité de l’idée de jeu de Martino. De trois, enfin, l’incapacité de la paire Masche-Biglia à dicter le jeu sans les pieds d’un Pastore. Lors de sa révélation au Mondial, il faut dire qu’elle n’avait pas été mise à l’épreuve de la prise d’initiative, ayant toujours affronté des équipes plus entreprenantes dans le jeu (Belgique, Pays-Bas, Allemagne). Une autre analyse s’impose donc : la pertinence de l’association de Biglia aux côtés de Mascherano dans un système guidé par la recherche d’espaces face à des blocs fermés.

Si l’interprétation du rôle de sentinelle de Lucas Biglia a fait des merveilles cette saison à la Lazio (à lire : La métamorphose de Lucas Biglia), l’Argentine en sa présence perd les mouvements d’un milieu mobile et vertical – comme Banega -, mais ne gagne pas plus en protection, puisqu’elle se défend avec le ballon (75% de possession). La comparaison des 80 minutes de Banega contre le Paraguay et des 180 minutes de Biglia contre l’Uruguay et la Jamaïque est révélatrice (les deux joueurs ayant évolué au même poste, aux côtés de Mascherano, à gauche de Pastore). D’une part, Banega a été le moteur des offensives argentines (3 occasions créées et 4 dribbles réussis) alors que la création de Biglia est portée disparue (0 occasion créée, 0 passe en profondeur et 1 dribble réussi en deux fois plus de temps de jeu). Une différence grossière qui porte à croire que Martino ne demande pas à Biglia d’avoir le même rôle que Banega. D’autre part, la distribution du jeu des deux joueurs diffère aussi : Biglia est conservateur (29 passes à ses défenseurs contre l’Uruguay), Banega saute les lignes (19 passes seulement). Enfin, les deux joueurs ont récupéré le même nombre de ballons : 5 pour Banega, 4 pour Biglia. À l’aube des quarts, Martino semble ainsi souffrir suffisamment du manque d’élaboration de ses deux latéraux pour pouvoir se permettre d’ajouter une pièce immobile à un football de mouvements.

Markus, à Santiago du Chili

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Article publié le 23/06/2015 sur SOFOOT.com

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Crise du jeu au Brésil

Brésil Colombie tactique

Neymar ou pas, Thiago Silva ou pas, Dunga ou pas, « je m’en bats les couilles », dirait certainement Claude Makelele. Peu importent les absents et les changements de sélectionneur, le Brésil ne joue pas plus ni mieux. Alors que le seul Carlos Sánchez a suffi pour détruire les plans offensifs brésiliens mercredi soir avec la Colombie, un bilan s’impose. La Seleção vit depuis de nombreuses années une crise profonde : une crise du jeu.

Thiago Silva déjoue le pressing de Falcao et sert Dani Alves. Bloqué par James et Téo, le Barcelonais remet sur le central parisien, qui transmet à Filipe Luís sans même avoir besoin de lever la tête. Là-bas sur le côté gauche, le latéral de Chelsea trouve Philippe Coutinho. Les noms sont alléchants et le circuit de la possession semble étudié. Alors, qu’est-ce qu’il se passe ? Rien. Le ballon reviendra sur le joueur de Chelsea, passera peut-être par les pieds frileux des milieux Fernandinho et Elias, pour atterrir dans ceux d’un autre milieu talentueux de Premier League : Willian. Et puis ? Rien. Le Brésil de Dunga allongera sa possession pour repasser par Dani Alves, qui trouvera peut-être une solution miracle. Ou peut-être pas. Alors, il faudra s’en remettre à un seul moyen, et toujours le même : le génie de Neymar.

Un déséquilibre structurel

Au bout d’une circulation de balle sans dynamique, l’héritier de Pelé quittera le marquage de son défenseur central, redescendra et récupérera le ballon à 40 mètres des cages adverses. Arrêté, tout comme tous ses coéquipiers, dans un style typiquement brésilien, il parviendra alors à déséquilibrer une défense entière à l’aide de deux dribbles et trois feintes de regard déroutantes. C’est ce qui est arrivé contre le Pérou dimanche dernier. Mais, après une série miraculeuse de onze victoires consécutives, le Brésil de Dunga a fini par céder contre une Colombie autoritaire. Finalement, il a suffi d’un Carlos Sánchez héroïque et d’un Murillo buteur. En conférence de presse, Dunga a expliqué la défaite comme à son habitude, évoquant son concept préféré : « le contrôle du jeu ». « L’équipe n’a pas su contrôler le jeu. (…) En face, la Colombie a de la maturité. Ils ont bien contrôlé le match, avec de l’expérience. » Et c’est tout ? En réalité, le 4-2-2-2 de Dunga n’a pas fini de s’étendre et de délaisser ses milieux centraux, pour finir le match dans un 4-1-5 laborieux.

Schéma tactique initial du Brésil en 4-2-2-2 (source Opta)

Brésil initial

Organisation, équilibre et solidité en défense. Organisation, élaboration et création en attaque. Le football et la tactique peuvent se résumer en quelques mots. L’organisation des deux côtés du terrain, toujours. L’équilibre défensif pour la réduction des espaces, l’élaboration offensive pour la recherche de ces mêmes espaces. Et enfin la solidité pour gagner les duels en défense, et la création pour les dépasser. Aujourd’hui, si ces mots représentaient l’équation tactique imaginaire que toute équipe de football devrait résoudre, le Brésil s’arracherait les cheveux sur le mot « élaboration ». Cette crise du jeu, c’est celle de l’absence de création « en profondeur » au milieu. Et la conséquence est un assemblage de joueurs d’action sans l’élaboration nécessaire pour les mettre dans les conditions de créer. Dans les schémas de jeu de la Seleção, cette élaboration est prise en charge par les défenseurs centraux, les latéraux et un phare offensif ultra-talentueux, à savoir Thiago Silva, Miranda, Dani Alves, Filipe Luís et Neymar. Entre ces éléments de créativité, on retrouve de la solidité physique et souvent tactique, mais un vrai vide de construction et peu de liens. Au Mondial, ce vide avait été symbolisé par les rares participations offensives de Paulinho. Cette année, au Chili, c’est au tour de Fernandinho et Elias de faire circuler le ballon sans participer au jeu. Pourtant, la circulation brésilienne est propre (85% de passes réussies), longue (60% de possession) et même assez intense (565 passes, un nombre qui s’aligne sur les dernières performances de l’Argentine – 577 contre l’Uruguay – et du Chili – 654 contre l’Équateur). Alors, qu’est-ce qui ne fonctionne pas ?

L’abandon du cœur du jeu

Et ce manque d’élaboration se traduit directement dans ce 4-2-2-2 classique : puisqu’elle n’appartient pas aux joueurs adéquats, à savoir les milieux centraux, c’est Filipe Luís qui a dû jouer aux meneurs de couloir : 111 ballons touchés, plus que n’importe quel joueur dans la compétition, à l’image de Marcelo au Mondial. Dans l’axe, certains chiffres parviennent à traduire ce phénomène de crise du jeu. Tout d’abord, Fernandinho a passé un total de 22 ballons à Dani Alves et Filipe Luís (11 chacun), mais seulement 4 à Elias, qui lui en a rendu 5. En ce sens, le milieu se transforme en axe basique de circulation, mais pas plus. À eux deux, Fernandinho et Elias n’ont fait que quatre passes à Neymar, ce qui montre bien qu’ils ne sautent jamais l’étape prévisible des latéraux.

Un autre élément d’étude permet de souligner cet abandon du cœur du jeu : l’usage du jeu long. Contre le Pérou, le jeu long a été utilisé par Willian (9 longs ballons réussis sur 9) et Neymar (4 sur 5). Et Fernandinho ? Un seul. Et Elias ? Un seul. Alors que le Brésil n’a réalisé que 36 longs ballons contre la Colombie (contre 62 pour l’Argentine contre l’Uruguay, et 59 pour le Chili contre l’Équateur), la Seleção aurait grandement besoin de milieux capables d’envoyer eux-mêmes le jeu d’un côté à l’autre du terrain. Quand un ailier fait une transversale, la destination est connue. Quand c’est un milieu, la surprise est toujours plus importante. Après le coup de sifflet final de Brésil-Colombie au Monumental à Santiago, le célèbre journaliste et auteur Jonathan Wilson analyse : « En fait, si Luka Modrić était brésilien, la Seleção ne serait pas loin d’être la meilleure équipe au monde. » Et le 4-1-5 aligné après les entrées en jeu de Coutinho, Tardelli et Douglas Costa n’aurait peut-être pas été aussi désordonné.

La position du Brésil, après les changements, en 4-1-5 (Source Opta)

Brésil après changements

Le monopole créatif de Neymar

Seulement, ce n’est pas la première fois que le Brésil bute face à cette équation dans son histoire récente. Mais aujourd’hui, les pôles offensifs de création de l’équipe ne semblent pas pouvoir supporter une mécanique si peu dynamique. En 1998, Mario Zagallo avait pu compter sur le quatuor Ronaldo-Rivaldo-Bebeto-Leonardo. En 2015, Dunga n’a que Neymar : quand les lignes se resserrent, le Barcelonais semble être le seul à savoir lire le jeu dans le brouillard. Des 19 dribbles réussis contre la Colombie, Ney en compte 9 et Dani Alves 4. Au cours de la même rencontre, Neymar a su obtenir 5 fautes, soit autant que Firmino, Coutinho, Fred, Willian et Filipe Luís réunis. L’absence d’un autre pôle de création se traduit aussi dans le manque d’échanges au sein du quatuor offensif, malgré l’intégration de Firmino. Neymar-Willian ? Une seule passe. Neymar-Coutinho ? Cinq passes. Willian-Fred ? Trois passes. Willian-Firmino ? Six passes.

Finalement, la seule paire capable de tisser du jeu aura été Neymar-Firmino (17 passes). En conférence de presse, Dunga a ainsi pointé du doigt le manque de maturité de ses armes offensives, les poussant à attaquer plus : « Nous avons besoin et nous voulons des hommes qui prennent des décisions, même s’ils se trompent, et pas des enfants qui ne prennent pas d’initiative », disait-il cette semaine en conférence de presse. Aujourd’hui, le plus étonnant et inquiétant pour les Brésiliens est le fait de compter sur des ressources de talent très importantes. Peu importent Willian, Coutinho et Firmino, tous convaincants en club, le Brésil ne joue pas plus ni mieux. Il manque un élément essentiel, et tout le talent au monde ne peut le remplacer.

Et la défense à trois ?

Pour le reste de la compétition, Dunga n’a donc plus le choix : le sélectionneur doit reconstruire un « groupe » capable de surpasser toutes ces limites techniques par de l’expérience et du « contrôle du jeu ». Ensuite, il pourra prier pour croiser la route d’équipes qui aiment posséder le ballon. Effectivement, il faut noter que si la Seleção a souvent réussi à déjouer les plans d’équipes joueuses – notamment l’Espagne lors de la Coupe des confédérations en 2013, le Chili au Mondial et en mars dernier – elle a toujours fini par tomber face à des blocs plus solides que le sien, comme les Pays-Bas en 2010, le Paraguay en 2011 et la Colombie cette année. En clair, le Brésil souffre surtout quand il doit prendre le ballon et créer le jeu.

Enfin, Dunga pourrait aussi tenter de résoudre l’équation à son tour. À la place d’utiliser un moyen technique, à savoir un nouveau regista, il utiliserait plutôt de la géométrie en modifiant le schéma de jeu de sa Seleção. Avec une défense à trois similaire à celle de 2002 – le trio Lúcio-Edmilson-Roque Junior –, le sélectionneur offrirait à ses brillants latéraux des conditions de création idéales sans perdre de contrôle dans l’axe. Avec Thiago Silva, Miranda et Marquinhos, ce ne sont pas les défenseurs centraux talentueux qui manquent. Après tout, ça fait une trentaine d’années que le Brésil n’a plus formé de grand regista. Et son manque d’élaboration chronique n’a pas empêché le Brésil de rester fidèle à son histoire victorieuse en 1994, 1998 (ou presque), 2002 et 2007. À moins que le jeu ait changé…

Markus, à Santiago du Chili

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Article publié le 21/06/2015 sur SOFOOT.com

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