Archives pour la catégorie Looking for Javier Pastore

Juan Roman Riquelme, entre dollars et espoir

Riquelme

C’est l’histoire d’un footballeur idolâtré, un club de football prestigieux, un président sous pression, et quelques centaines de milliers de dollars. Cette histoire, comme tant d’autres dans le football sud-américain des années 10, se termine mal. C’est un départ, un déchirement, une fin de contrat et la fuite d’un talent. Une défaite pour les amoureux du jeu, une libération pour les comptes du club. Cette histoire, c’est celle de Juan Roman Riquelme, Boca Juniors et Daniel Angelici, et d’un contrat qui n’aurait jamais pu proposer assez de zéro. En deuxième division, Argentinos Juniors avait moins d’argent à lui offrir, mais plus d’enthousiasme. Et à 36 ans, l’espoir n’a pas de prix. Continuer la lecture

On a vécu la défaite argentine à Buenos Aires

Argentina

Hier après-midi, Buenos Aires a beaucoup rêvé de sa soirée, de ce match, d’une victoire et des couleurs qu’auraient pu avoir les prochaines années… Hier après-midi, l’Argentine pouvait devenir championne du monde. Une troisième étoile attendue depuis 28 ans. Mais après une nuit de pleurs, de chants et d’incidents, la finale a laissé place aux regrets. Car si le parcours fut beau, ici on n’oublie pas Carlos Bilardo : « Le football est joué pour gagner… Les spectacles sont bons pour le cinéma, le théâtre… Le football, c’est autre chose. Certaines personnes confondent !»

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Les Leçons Tactiques d’Allemagne-Argentine

Mascherano et Kroos

« La finale, c’est du 50-50, mais d’un point de vue passionné, je sais que l’Argentine va gagner aux tirs au but.» À quelques minutes près, à quelques centimètres près, Diego Simeone aurait pu avoir raison. Lui qui connaît si bien les finales, il avait certainement tout vu : les hommes de Sabella allaient résister au travail de l’Allemagne, voire plus. L’Argentine aura fait bien plus que résister : elle aura eu les occasions. Une finale d’hommes, plus de coups que de buts, plus de Mascherano que de Messi, et surtout plus de Schweinsteiger que de Müller. Après toutes ces années, l’Allemagne aura enfin réussi à combiner le jeu et la victoire.  Continuer la lecture

FT y était : Un drame Monumental

River Plate-Belgrano 1-1, “Los Millonarios” descendent en Segunda. Un match tristement inoubliable pour les supporters de l’équipe la plus titrée d’Argentine. A 350 pesos la place (70 euros), FT a eu le privilège d’assister à cet événement historique depuis les tribunes du mythique Monumental.
Chronique d’une tragédie.
El Monumental (ou, plus précisément, “El Estadio Monumental Antonio Vespucio Liberti) s’élève devant nous. 60.000 places, 3 anneaux, 2 couleurs, 1 équipe. Le stade qui a acclamé le premier triomphe Albiceleste en coupe du monde (1978, Argentine-Pays Bas 3-1, doublé de Kempes) se prépare à une après-midi de souffrance. Le mythique River, club formateur de légendes telles que Omar Sivori ou Alfredo Di Stefano, affronte son plus grand cauchemar : la menace de la relégation en Segunda, pour la première fois de sa glorieuse histoire. Le match aller de la double confrontation face à l’Atletico Belgrano de Cordoue s’est soldé par une défaite 2-0 sans appel et la tâche s’annonce donc compliquée pour les Milionarios. Seul point positif : la règle du but à l’extérieur ne compte pas dans ces playoffs et l’équipe de Primera est favorisée par les normes de la fédération argentine de football. Gagner 2-0 ou 3-1 suffirait au River pour rester en première division sans même devoir affronter les prolongations. Merci Grondona.


La tension est élevée. Les supporters blancs et rouges se dirigent vers le stade dans un silence quasi-absolu. La crainte, voire même la terreur, se lit sur leur visages. Tous ont des cernes énormes, une barbe de 4 jours et un air de clochard. Ils nous disent que depuis une semaine ils ne dorment pas. La pression est trop grande. Leur River ne peut pas descendre. Ce n’est pas possible, c’est comme affirmer que las Malvinas ne sont pas argentines. Inacceptable. Mais ce danger est bien réel, on le sent.

Une fois passées les portes du stade, une magie vient réveiller les tifosi. El Monumental transforme leur terreur en espoir, leur tension en enthousiasme, leur silence en un chant assourdissant de 60.000 personnes qui crient fièrement “Yo soy del River, soy del River, soy del Riveeeeeer”. Il n’y a pas de kop ou d’ultras, tout le stade chante, hurle et supporte.  La beauté du tifo exhibé dans le virage Nord enchante les plus désespérés des supporters, qui désormais clament haut et fort : “Esta tarde tenemos que ganar ”. A côté de nous, un monsieur de 80 ans fume sa clope en lisant le magazine du club. On lui demande un petit pronostic. Il répond qu’il s’en fout, il est juste venu au stade pour accompagner son fils dans un “jour si difficile pour lui”.

Les équipes rentrent sur le terrain. Une ovation accueille le 11 du River, notamment le talent local, Erik Lamela, et le vétéran, Matias Almeyda. Les joueurs de Belgrano sont traités avec mépris : le stade ne leur réserve ni des sifflets, ni des insultes, ni des applaudissements. Le message est clair : vous n’êtes pas à la hauteur du Monumental et de la glorieuse histoire du River, vous méritez donc l’indifférence la plus totale. Comment l’Atletico Belgrano, petit club de la province de Cordoue, ose-t-il débarquer a Buenos Aires et menacer la réputation du River? Absurde.


6ème minute. Le match vient de commencer, les chants sont assourdissants, les supporters ont à peine eu le temps d’enlever le tifo et boum, but de Mariano Pavone, 1-0 River et ambiance de folie. Les tifosi se disent: “Ca va être un match facile. Une après-midi tranquille. On sauvera notre honneur et notre réputation, le River ne peut pas et ne va pas descendre. La primera est dans notre ADN” . Les Milionarios semblent en confiance et monopolisent le ballon. Lamela élimine les adversaires avec aise, Almeyda récupère des dizaines de ballon et même Alexis Ferrero, maillon faible de l’équipe, semble gérer avec élégance les attaques adverses. 30ème minute, contre-attaque des Milionarios, Lamela se retrouve tout seul devant le goal adverse qui sort le ballon de la lucarne. La première période se termine avec un gros pressing du River. Mais, malgré cela, le score n’évolue pas et la terreur de l’échec grandit. 45+1, l’arbitre siffle la fin de la première mi-temps. Les supporters commencent à prendre peur, il ne reste que 45 minutes pour marquer ce qui deviendrait un des buts les plus importants de l’histoire du club. Le monsieur assis à côté continue à enchaîner ses Malboros. Il se rend compte qu’il ne peut plus s’en foutre. Le River ne peut pas descendre.

La deuxième période commence et le River repart à l’abordage des cages Belgranenses. Mais les attaques raisonnées et bien articulées des premières 45 minutes se transforment en des assauts sans aucune logique ou lucidité. Tout le monde monte, les positions sur le terrain ne sont plus maintenues. La peur s’empare des joueurs qui commencent à paniquer, ils doivent marquer. Belgrano profite de cet état d’âme et se procure deux face à face neutralisés par le goal Juan Pablo Carrizo. C’est chaud. 60ème minute. La situation est désormais désespérée, le Catenaccio Belgranense ne rompt pas. Les tifosi commencent à apercevoir la réalité : dans 30 minutes, si rien ne change, on va en Segunda… Mais River ne peut pas descendre…. Le gardien de Belgrano commence déjà à gagner du temps à chaque dégagement et se jette même à terre feignant une crampe. Les supporters à côté de nous lui hurlent “Levantate, pendejo, esto es El Monumental”. Lève toi enculé, tu es au Monumental. Tu ne peux pas te comporter comme dans un quelconque autre stade. Sois à la hauteur de cette enceinte magique. Mais le goal reste à terre et gagne d’autre précieuses secondes…



Minute 62: l’apocalypse. Suite à un centre mal dégagé par la défense rojiblanca, la balle tombe sur les pieds de Farre qui crucifie calmement l’impuissant Juan Pablo Carrizo. 1-1. Le River doit maintenant marquer 2 buts pour survivre. Un silence absolu, assourdissant tombe sur le stade. Pas un bruit, El Monumenal sent que l’impensable est en train de se produire. Seuls quelques supporters ont encore la force d’insulter leur joueurs, indignes de vêtir le maillot mythique du River. Suite à un tacle maladroit d’Almeyda sur un de ses coéquipiers, le monsieur de 80 ans se lève et explose “Los con la banda roja, son los tuyos, cabron” (“Ceux avec la bande rouge sont tes coéquipiers, enfoiré”). Le River se jette en avant, mais le portier de Belgrano a le culot de sortir le match de sa vie. La situation est désespérée. Mais, miracle : à 10 minutes de la fin Pavone réussit à se procurer un penalty plus que généreux. L’espoir renaît, les chants reprennent.

Malheureusement le scénario semble être plus cruel qu’une tragédie grecque. Pavone foire complètement son penalty en le tirant faiblement dans les bras du goal adverse. C’est fini, il reste encore 8 minutes avant le sifflet final, mais les supporters locaux prennent finalement conscience de la réalité : on descend. Leur rage explose, ils cassent les sièges de leur propre stade pour les jeter contre les policiers protégeant les joueurs qui s’échappent lâchement vers les vestiaires. Les tifosi ne peuvent contenir leur tristesse, tout le monde, d’enfant a vieillard, commence à pleurer. On aperçoit même une larme coulant sur la joue du monsieur de 80 ans à côté de nous. Un cri déchirant perce nos oreilles : “Le River est mort”.

Le River ne pouvait pas descendre.

Ruggero