Archives pour la catégorie Les oubliés

C’était l’Empereur Adriano

C'était l'Empereur Adriano

Dimanche 17 février, Adriano Leite Ribeiro a fêté ses 31 ans. Loin de l’Europe, de la Seleçao, du football qui compte et de ce Mondial 2014 qui aurait pu être le sien. Adriano, c’était des dribbles et des frappes, des explosions de joie, des célébrations rageuses et un grand sourire. Mais aussi des pleurs, de la honte, de la tristesse, des rails de « gros sel », des bouteilles et des réveils qui sonnent encore. Retour sur le souvenir laissé par celui qui peut être considéré comme le meilleur footballeur brésilien né dans les années 1980. Un pied gauche qui valait 100 millions.

Le 14 août 2001, l’Inter est invitée à jouer le trophée Bernabéu contre le Real Madrid. Adriano a quitté Vila Cruzeiro et rejoint l’Inter pour un été, avant d’aller faire mûrir sa patte gauche à Florence et Parme. Plus tard, il deviendra « l’Imperatore di Milano ». Mais en cette soirée d’été madrilène, il entre à huit minutes de la fin. Petit pont à Karanka, crochet mortel devant Fernando Hierro. Et ce coup-franc terrifiant de 150km/h sous la barre de Casillas. Adriano repousse déjà certaines limites. Le correspondant du Corriere della Sera à Madrid écrira alors : « Peut-être était-ce une hallucination, mais hier soir, à la 39è minute de la seconde mi-temps, on a cru que Ronaldo jouait pour l’Inter (blessé depuis un an, ndlr). Ce n’était pas lui, mais un autre qui a montré en huit minutes, si c’est possible, qu’il peut être encore meilleur ». « Si possible ». A l’époque, Ronaldo est le plus grand phénomène du football mondial. Adriano arrive et fait croire au miracle : et s’il y avait encore plus fort ? Et si le Brésil pouvait avoir couvé un animal encore plus dominant?

L’arrivée au pouvoir

Entre 2003 et 2006, Adriano bouleverse le monde du football comme une véritable météorite. Les hiérarchies sont alors bien établies. Il y a la génération des Ronaldo, Henry et Shevchenko, et la montée en puissance de certains jeunes comme Zlatan et Eto’o. Quand Adriano se révèle, il tape dans le haut du panier. On le surnomme l’Empereur, et son sacre consiste à bouleverser l’ordre des choses, en Europe, mais aussi en Seleçao. Soudainement, le numéro 7 du maillot auriverde devient plus attrayant que le 9 de Ronaldo. Evidemment, la nouveauté est toujours intrigante, mais Adriano apporte quelque chose que l’on n’avait plus vu depuis le Ronaldo pré-1999 : la violence. Voir jouer Adriano, c’est être balancé au fond de son canapé sans pouvoir réagir. Un joueur d’une violence inouïe, capable de déboîter n’importe quel défenseur d’un seul coup d’épaule, et d’exploser les filets de sa frappe de balle exceptionnelle (ce but contre Atalanta…).

Adriano, c’était des courbes que l’on pensait avoir oubliées. La frappe de Rivaldo, avec encore plus de puissance. Et pas seulement. Une puissance physique hors-norme, que l’on pourrait qualifier de « puissance technique ». Adriano avait tout. De la même génération, on peut comparer avec Zlatan Ibrahimovic et Samuel Eto’o. Ibra n’a jamais de jeu de tête, Eto’o n’a jamais eu la puissance (ni le jeu de tête, d’ailleurs). Pas Adriano, qui n’avait aucune faiblesse. La frappe de balle de celui qui a appris à jouer pieds nus. Le jeu en déviation. La finesse brésilienne. Le sens du jeu d’un danseur qui connaît la musique. Et puis aussi le jeu de tête. Adriano enchaînait roulettes, coups d’épaule, coups-francs, buts sur corner, traversées du terrain et on se demandait tous où il s’arrêterait. Et puis cette force ! Encore aujourd’hui (à 2min50), c’en est presque comique…

Un pied gauche à 100 millions

Ne nous trompons pas, Adriano a eu le temps de concrétiser son potentiel. En 2004/2005, Adriano marque 10 buts en Ligue des Champions et fait dire à Abramovitch qu’il dépenserait bien 100 millions sur l’attaquant du futur. Le Brésilien porte le numéro 10, non pas celui du meneur de jeu, mais celui du meilleur joueur de son équipe. Lors de la Copa América 2004, l’Europe voit jouer un ovni. Un titan. Adriano finit meilleur buteur (7 buts) et marque en finale. Même en 2006/2007, Ibra allait se placer sur un côté et servait l’Empereur. Surtout, Adriano nous a laissé des images marquantes. Forcément, le premier réflexe est de penser à cet enchaînement roulette-petit pont à l’aveugle contre Valence. Ce but complètement dingue contre Pérouse : 360, feintes de corps, petit piqué. Cette frappe sur la transversale contre  Palerme, qui revient aux trente mètres. Et puis tous ces buts décisifs. Le doublé du Derby de décembre 2005 marquera certainement l’apogée de sa carrière. Enfin, il y avait ces célébrations qui feraient passer celles de Balotelli et Hulk pour de vulgaires remakes. D’ailleurs, le but de Cristiano contre Porto (trophée Puskas 2009) n’est qu’un remake de celui d’Adriano contre la Roma.

Adriano

Le numéro 9 qui manque à la Seleçao

Adriano a fêté ses 31 ans. L’âge de la maturité, l’heure d’affronter les derniers défis. Au même âge, Ibra et Eto’o sont capitaines de leur sélection. De 2003 à 2006, Adriano marque 22 fois en 29 matchs. En tout, cela fait 29 buts en 52 matchs pour la Seleçao. Pour comparer, Ronaldo aura planté 62 fois en 98 rencontres. Des ratios comparables : 0,56 contre 0,63 but par match. Mais ces défis, cela fait longtemps qu’Adriano les a abandonnés. Aujourd’hui, le Brésil est plein de promesses, mais manque cruellement de champions. Neymar, Oscar et Lucas sont tous les trois en train de confirmer leurs grandissimes capacités et de faire oublier Kaka et Robinho. Seulement, devant, cela fait longtemps que c’est le vide. Fred a joué en février contre l’Angleterre. Luis Fabiano était titulaire en Afrique du Sud. Une attaque Neymar-Oscar-Lucas derrière Adriano, cela aurait fait trembler la terre entière. Cela aurait pu valoir une Coupe du monde.

La mort du père

Mais non. A la fin de l’année 2004, son père meurt subitement de problèmes cardiaques, à 44 ans. Adriano tient le coup six mois, un an. Puis sombre. « Avec la mort de mon père je suis tombé dans une grave dépression que seul l’alcool arrivait à me guérir. Je n’étais heureux que quand je buvais. Et je n’arrêtais jamais de boire. Tous les jours, j’arrivais saoul à l’entraînement. Je sortais tous les soirs et je ne dormais jamais de peur de ne pas me présenter à l’heure. Sauf que j’arrivais dans un état pitoyable. On m’envoyait alors dormir à l’infirmerie et on disait aux journalistes que j’avais un problème musculaire. La situation était insoutenable jusqu’à ce que j’entre en conflit avec Roberto Mancini. » En 2007, Adriano part se refaire une santé au Brésil avec Sao Paulo. Puis revient sous les ordres de Mourinho. On joue la saison 2008-2009. Mourinho est perçu comme un dernier espoir. « Seul lui peut retrouver l’Adriano que l’on a connu », se dit-on.

Résultats : des assists, quelques buts (cinq), et une impression de croissance. Finalement, l’histoire se joue sur quelques centimètres. Ceux d’un poteau à Old Trafford. Ibra est alors titulaire pour le huitième de finale retour 2009 de la C1. Zlatan bute sur son pire ennemi, la phase finale de la LDC. Alors qu’il a une tête toute faite, le ballon rebondit sur la barre. José comprend : Adriano entre en jeu, avec ses kilos en trop, mais aussi son brin de folie. Tant pis si c’est Old Trafford. Tant pis s’il est en surpoids. Le ballon est lancé par Cambiasso. Adriano s’envole, reprend de volée. Poteau rentrant, qui ne rentrera en fait jamais assez (vidéo, à 1min22). L’aventure européenne se termine.

Adriano

« De quoi, ça ? C’est du gros sel »

Mourinho s’exprime sur son cas : « Il ne s’agit pas d’un manque de discipline ou d’une plaisanterie, c’est beaucoup plus sérieux. La seule chose que je peux faire, avec tristesse et sans énervement ni critiques, c’est de ne rien dire. Nous devrons attendre et voir comment tout cela se termine pour lui, mais pour le moment je suis bien plus inquiet pour l’homme que pour le joueur ». L’occasion de revenir au Flamengo, dans son club de toujours, est inespérée. Cette saison-là, Adriano montre que même en cure de désintoxication, il est capable de remporter le championnat du Brésil et finir meilleur buteur et meilleur joueur. Une façon de rappeler à tous ce que l’on a raté. Puis vient l’échec de la Roma, tandis qu’Adriano est en plein déboire avec la justice italienne. Devant des clichés compromettants sur lesquels on le voit affalé sur une table pleine de poudre blanche, Adriano marque son dernier but italien d’une frappe à la trajectoire imprévisible, cette fois-ci en plein tribunal : « De quoi, ça ? C’est du gros sel ».

Ironie du sort, Adriano est né le même jour que Michael Jordan, le compétiteur acharné, le malade de la victoire, le fou à lier de la réussite totale. Adriano aussi avait le talent pour tout écraser. Il en a progressivement perdu l’envie, puis le mental, le physique et la force d’insister. Evidemment, Adriano restera le plus gros gâchis des dernières années. Oui, l’Imperatore aurait pu tout gagner, créer son agence, gérer l’image de Neymar et grossir une fois sa carrière terminée, peinard, comme Ronaldo. Adriano restera plutôt le gamin de Vila Cruzeiro qui a rapidement montré à tous qu’il était capable d’écraser le football mondial, et qui s’est peut-être rendu compte que ni l’argent et ni les titres n’en valaient vraiment la peine.

Markus

Vous pouvez suivre Faute Tactique sur Twitter (@FT__com) et Facebook

G U T I

Nesta. Van Nistelrooy. Del Piero. Seedorf. Inzaghi. Cordoba. Gattuso. Tous ont arrêté cette année ou ont décidé de quitter l’Europe. Tous ont été salués dignement comme le méritent les grands joueurs qu’ils ont été. Guti, lui, n’a jamais rien fait comme les autres. Du coup, il résilie le contrat qui le liait au Besiktas un 15 novembre, en plein milieu de la saison, le même jour que la Journée mondiale du recyclage. Tristesse. L’élégant gaucher au look d’Aramis part dans l’indifférence. Pas de gros titre, pas de choc. Sept mois et une nouvelle compétition internationale en son absence plus tard, et il nous manque terriblement. A force d’attendre de le voir éclore et de lui attribuer le statut d’éternel espoir, nous n’aurons finalement jamais assez profité de tout ce qu’il avait à nous offrir : son génie. Portrait du génie le plus authentique des années 2000.

G comme Génie

Si Guti gardera certainement pour toujours le statut de promesse éternelle aux yeux d’une partie du monde du football, il serait bien malhonnête d’affirmer que le 14 est passé à côté de sa carrière. Lui et sa mèche blonde peuvent quitter sereinement le football, bien accompagnés par leurs trois Ligues des Champions, cinq Ligas et 542 matchs joués pour le Real Madrid. Oui, Guti aura été l’un des plus grands joueurs des années 2000, par moments. Comme lorsqu’il passe la saison 2000/2001 à jouer attaquant pour pallier la blessure de Morientes, sous les ordres de Del Bosque, finissant avec 18 buts et un titre de champion. Comme lorsqu’il distribue 18 assists lors de la Liga 07/08 sous l’ère Schuster. Juste avant l’Euro, il est unanimement considéré comme le meilleur milieu de terrain espagnol du moment, n’en déplaise à Luis Aragones. Souvenez-vous de cette victoire 7-0 du Real Madrid face à Valladolid, et des trois passes décisives et deux golazos du numéro 14. Quand Guti et son génie étaient tous les deux sur le terrain, le jeu du Real devenait tellement fluide que même Robben se mettait à jouer en pensant au collectif.

Plus que des grands moments, Guti aura vécu, ou plutôt fait vivre, de grands instants. Des instants uniques. Et des instants moins rares que ce que l’histoire semble essayer de retenir. Sa talonnade pour Zidane contre Séville au Bernabéu, peut-être le caviar le plus incroyable de l’histoire du football. Cette passe pour Ronaldo à Old Trafford en quarts de finale de la LDC. Croire que Guti ne brillait que dans les petits matchs est une grosse erreur. Le contraire est même certainement plus proche de la réalité. Rappelons-nous également de cette passe décisive en profondeur qui lobera la défense de Valladolid, de la tête (!). De ce festival au Bernabéu contre Levante, ponctué par une passe décisive d’un pointu en petit pont. Un bijou. Et ce lob à Zurich avec les nouveaux Galactiques en 2009. Tout au long de sa carrière, Guti eut cette faculté à briller là où on l’attendait le moins. Quand on le croyait fini, broyé par les critiques, il venait sauver le madridisme de la plus belle des manières, en jouant à la Guti.

Comme au Bernabéu contre Getafe en novembre 2008, lors de ce match complètement fou où le Real court derrière le score et où Pepe perd les pédales. FT y était, et pour son 500e match pour le Real, Guti est sifflé par une partie du Bernabéu. A la 86e,  le natif de Torrejon trouve le moyen de sortir un coup-franc pleine lucarne pour égaliser à deux partout, avant que Casillas arrête un pénalty et que Higuain trouve à son tour la lucarne. Le 6 mars 2010, un Real Madrid-FC Séville se joue au Bernabéu. Quand Guti rentre à la 59e minute, le Real perd 2-0. Trois minutes plus tard, après sa première action, le commentateur de la Sexta résume tout : « En une action, Guti a construit plus de jeu que tout le Real en une mi-temps ». Après un fabuleux récital, Madrid l’emporte 3-2 sous les ordres de Guti le patron. Et puis vint le fameux Taconazo. Deportivo La Coruna-Real Madrid, un match contre l’Histoire qui raconte que le Real ne gagne plus au Riazor depuis 18 ans. En l’absence de Cristiano, à 33 ans, Guti peint le jeu du Real. Et rajoute un coup de pinceau dont lui seul a le secret. « Il y a des fois où dans le football, nous trouvons ces moments qui nous donnent de l’émotion, qui nous font lever de nos sièges, qui font que ce sport en vaut la peine. Des moments qui sont à la portée de seulement très peu de footballeurs. Guti est l’un de ceux-là. Un geste digne d’un magicien », annonce ce soir-là le présentateur du journal télévisé de la Cuatro.

U comme Unique

Mais le génie ne fonctionne pas sur commande. Comme le dit Valdano en parlant du type de joueur qu’a été Guti : « Ils sont discontinus car ils sont géniaux ». En école primaire, ses bulletins de notes décrivaient déjà un garçon « dont les progrès sont en-dessous de ses capacités ». Guti n’est pas le même génie que les machines qu’ont été ses coéquipiers Raul, Zidane ou Figo, mais plutôt celui que Vladimir Nabokov résumera brillamment en disant que « le génie, c’est un Africain qui invente la neige ». Guti aura gagné le respect et l’amour du madridisme en faisant de l’exigence et de la régularité deux mots complètement étrangers à son football. Le premier, le dernier, l’unique ? Le jour de son départ, Jorge Valdano – qui l’avait lancé en équipe première en 1995 – dit les choses comme elles sont : « Aujourd’hui nous disons au revoir à un joueur unique, un joueur très spécial ». Guti est un joueur non seulement irrégulier dans ses performances, mais différent. Capello saluera Guti en avouant sa fascination pour « une telle de qualité de jeu vertical ». En forme, il est sans doute le meilleur dans ce registre. Comme il se définit lui-même, Guti est un enganche. Ce poste qui n’obéit véritablement à aucune règle et qui pose la création comme le principe premier du jeu qu’est le football. Victor Hugo avait vu juste : « Les règles sont utiles aux talents et nuisibles aux génies ». La conversation que sa mère raconte en 2010 à Canal + España est aujourd’hui entrée dans la légende :

« Maman, pour bien jouer au foot il n’y a pas besoin de courir tellement de kilomètres sur le terrain. Il suffit de bien se placer sur le terrain et d’être là au bon moment. Oui, mais regarde celui-là. Il court, il monte, il redescend, il se bat. Et les gens l’applaudissent dans le stade ! – Oui, mais à la fin du match, il a fait quoi, lui ? – Il a couru. – Voilà. »

Dans une Espagne des années 2000 où le jeu gagne en contrôle pour finalement aboutir sur une sélection nationale proche de la perfection, Guti fait contraste. Lui qui ne joue que pour créer, inventer, dessiner une action, une passe, un but. Guti ne fait pas partie de ces artistes obsédés par le travail et la réalisation d’un chef d’œuvre. Longtemps, il a été un joueur faisant gagner des matchs, mais pas des championnats.

T comme Tempérament

José Maria Gutiérrez semble ne jurer que par la beauté momentanée. D’ailleurs, dans la vie de tous les jours, il donne l’impression de ne pas vouloir laisser échapper sa jeunesse. Il se marie tôt, puis regrette, et refuse toujours de devenir le joueur mûr que tout le monde attend, fait les choses à sa manière, défie le Bernabéu, surprend, déçoit, reste lui-même. Guti est une rockstar avec un ballon. Le voir faire un mauvais match revient à voir un mauvais Gainsbourg. Un talent désordonné, un jeu abstrait, des pincées de virtuosité mais surtout beaucoup de gâchis. Guti aura ainsi toujours donné l’impression, faussée, de ne pas être attaché aux principes du professionnalisme. Ce qui a été perçu comme une sorte de rébellion surjouée était en fait un comportement naturel, une façon d’être : « si je ne sors pas quand je suis jeune, je sortirai quand ? Je n’ai aucune envie de sortir en même temps que mes enfants ». Son tatouage « ange et démon », son look mi-rockstar, mi- mousquetaire qui lui aura valu de se faire insulter dans tous les stades espagnols, son franc-parler, ses histoires sentimentales avec des top-modèles. Guti a l’âme et le jeu d’un artiste. « Quand je prendrai ma retraite, j’irai vivre à Bangkok. Avec une moto. » Une idole, même en Turquie.

D’où des questions au sujet de sa réelle motivation. Dans l’esprit de beaucoup, Guti restera un surdoué du football qui aurait préféré jouer à la guitare. Un type qui n’aimait ni courir ni s’entraîner. D’ailleurs, Guti s’est plusieurs fois confronté aux médias au sujet de cette nonchalance qui lui donna la réputation d’un joueur sans ambition, au point de lâcher cette phrase magique, en 2008 : « Celui qui ne croit pas à mes blessures, qu’il aille chercher des papillons à la campagne » (sous-entendu, qu’il aille se faire ******). Guti a le sang chaud, et son caractère ne laisse pas indifférent. Longtemps sifflé par une partie du public du Bernabéu, il a su rapidement charmer les autres par son amour inconditionnel pour le maillot blanc. Dans les interviews et les conférences de presse du 14, l’abondance de « j’ai été surtout heureux de faire partie du Real Madrid durant 25 ans » est marquante, voire troublante. Le jour de son départ de la maison blanche, Guti ne parle ni de ses exploits, ni de ses passes ou ses buts décisifs, mais plutôt du temps passé entre ces murs. Sa plus grande fierté ? « Avoir réussi à se faire aimer par le Bernabéu ». Et sa plus grande tristesse ? « Voir qu’il ne reste plus qu’Iker (de la cantera) ». Guti était peut-être déjà tellement heureux de s’entraîner tous les jours avec le Real Madrid qu’il ne voyait pas la nécessité de se faire mal pour s’améliorer ou se battre pour être titulaire. Il était là depuis ses neuf ans, et cela lui suffisait.

I comme Icône  

Un joueur formé au club, madrilène et madridiste pur souche, au génie sans limite et capable de « démonter » toutes les défenses au monde. Un homme à la personnalité attachante et au look unique, adulé par ses fans et sous-évalué par le reste du monde. Après vingt-cinq années au sein de la maison blanche, Guti est devenu une icône du madridisme. Un espoir, une façon de penser, un état d’esprit si fort qu’aucun madridiste ne peut aujourd’hui imaginer une équipe du Real Madrid sans son Guti, ce brin de génie capable de faire la différence partout et n’importe quand, des façons les plus fascinantes. Malgré cette importance au niveau local, Guti ne s’est jamais imposé comme l’un des meilleurs joueurs de sa génération à l’échelle mondiale. Le blond aurait pu devenir le Pirlo de l’Espagne, ce métronome, ce maître à jouer génial sur lequel se base l’Italie depuis des années. Il en avait le talent et l’intelligence de jeu. Et sa carrière laisse ainsi un goût d’inachevé. Sur ses 387 matchs de Liga en quinze saisons, Guti n’est que 228 fois titulaire, pour 25 matchs par saison en moyenne. Il est cruel de voir que Guti n’aura joué en moyenne que 58 minutes par match : moins d’une heure de jeu. Si Guti est devenu l’un des dix joueurs les plus capés du plus grand club au monde et le fidèle vice-capitaine du Capitan Raul, El Catorce n’aura pas joué une seule minute lors de ses trois finales de Ligue des Champions. Pire, le milieu de terrain espagnol le plus doué de sa génération n’aura joué aucun tournoi international avec l’équipe première de son pays. Un regret ? « Es un puñal », dit-il. Traduction : un coup de poignard.

S’il n’a pas été le grand joueur qu’il aurait pu être dans les faits, Guti a indéniablement marqué les esprits pour toujours. Son flair, son génie, ses passes, son style. Aujourd’hui en Espagne, lorsque Xavi, Silva ou Iniesta réalisent une passe incroyable à travers tout le milieu et la défense adverses, les espagnols s’exclament tous : « Oh la passe à la Guti ! ». Elle est là aussi, la postérité. 58 minutes par match durant lesquelles Guti aura joué avec les meilleurs milieux de terrain au monde. 58 minutes durant lesquelles son talent n’aura jamais eu à rougir. Les grands joueurs sont généralement associables à des faits d’armes, une action, un titre, un trophée, une saison, un geste. Zidane a sa reprise du gauche, son pénalty et ses coups de tête. Maradona a son coup de main divin, son Mondial et ses titres napolitains. Sans vouloir l’élever au niveau des Dieux du football, Guti a pour lui le fait d’être Guti. D’être comme ça, à la fois plus doué que les plus talentueux et moins bon que les meilleurs.

Nous avons maintenant l’éternité pour nous demander quel type de Ballon d’or aurait pu devenir Guti. Peu de joueurs nous auront laissé une si grande possibilité d’imagination. Et si Zidane n’avait pas pété un câble devant Materazzi ? Et si Maradona avait été (plus) discipliné ? Et si Ronaldo ne s’était pas blessé ? Mais ceux-là ont accompli tant de choses que la distance entre le niveau divin qu’ils ont atteint et celui qu’ils auraient pu atteindre est mince. En ce qui concerne Guti, il y a un univers. Napoléon Bonaparte affirma que « les hommes de génie sont des météores destinées à brûler pour éclairer leur siècle ». Tirons ainsi les leçons de la carrière de Guti : il aurait fallu exiger moins de celui qui ne contrôlait peut-être finalement pas son génie divin. Et profiter plus de ces 58 minutes géniales.

Adiós, genio.

Markus

Vous pouvez suivre Faute Tactique sur Twitter (@FT__com) et Facebook

Ode à Youri

N.B. : Cet article est une reprise du papier Les Oubliés : Youri Djorkaeff paru sur fautetactique.com le 28/09/11.

Snake.

Si vous avez aimé le football des années 1990, ce surnom doit certainement vous donner des frissons. Génial, élégant, surprenant, inimitable, talentueux, insaisissable, instinctif. Youri Djorkaeff, ce n’est pas seulement un joueur, c’est un concept. A tel point que pour beaucoup, snake ne veut plus dire « serpent » en anglais, mais juste Youri. Une trajectoire de tir reptilienne, un sang froid redoutable et un style unique. Pourtant, la France ne lui donne pas la reconnaissance qu’il mérite. Certes, la mémoire d’un pays ne répond à aucune logique et reste très inégale. En lisant cet article, certains d’entre vous auront le sentiment d’être trahi, pensant avoir fait le nécessaire pour maintenir vivement la mémoire de Snake, et d’autres se sentiront peut-être vexés. Ne vous sentez pas coupable, il s’agit simplement d’un hommage à un grand joueur dont la reconnaissance n’est pas, selon notre humble avis, en accord avec la carrière exceptionnelle.

Youri, c’est d’abord un type dont le prénom est donné après l’ouvrage (et le film) Docteur Jivago, histoire de dire que le monde du football n’est pas aussi cloisonné qu’on aimerait le faire croire. Fils de capitaine d’équipe de France, le petit Djorkaeff naît d’un mélange d’origines unique : moitié russo-mongole, moitié arménien. Connaissant le background de l’homme, le fait qu’il ait alterné sa première saison à Monaco avec son service militaire étonne finalement peu. Il deviendra un pro exemplaire, évidemment, faisant mentir le célèbre précepte disant que « les plus talentueux s’entraînent moins ». Un génie sérieux, quoi.

Surtout, le joueur Djorkaeff est inimitable. Si Messi a son Buenanotte ou son Piatti (gaucher de petite taille dont les chevilles peuvent tourner sur elles-mêmes et offrir des angles de dribbles impossibles), si Cristiano a son Nani, si Henry a son Rémy, personne ne peut oser comparer son style à celui de Snake. Quand Djorkaeff prend sa retraite, le monde du football sait que le style de Youri ne se reverra plus jamais. Et les six dernières années lui donnent raison : certains ont beau chercher des comparaisons avec Berbatov ou Benayoun, rien n’y fait. Trop classe et trop fort à la fois. Nous vous parlions de « rareté » dans notre article sur la beauté, Snake en est un très bel exemple. L’Histoire ne se répète pas toujours, à moins que dans quelques années…

Oublié ? Un peu ? Beaucoup ? Trop.

Malheureusement, il a vite été oublié. La France l’a oublié. En 2006, Youri prend sa retraite incognito, à sa façon, pas comme les autres grands de ce sport. Pas de conférence de presse douloureuse, pas de coup de boule, pas de contrôle positif. Tout naturellement, Djorkaeff raccroche après une dernière blessure. On est en octobre 2006 et le monde entier est trop occupé à pleurer la retraite du grand Zinedine Zidane pour se rendre compte de la perte qu’implique le départ de Snake. Zizou, le « Meilleur joueur de sa génération », disent certains. « Meilleur joueur de tous les temps », osent d’autres.

Sauf que si Djorkaeff n’avait pas été là, Zidane ne serait jamais devenu le mythe qu’il est aujourd’hui. Pas « certainement pas » ou « peut-être jamais », jamais. Quand la France se rappelle des Bleus qui étaient sur le toit du monde entre 1998 et 2001, elle rêve de Barthez dans les cages, Thuram, Desailly, Blanc et Lizarazu en défense, Deschamps en capitaine au milieu, et Zizou pour le jeu offensif. « Et puis il y avait Zizou devant… », entendons-nous souvent. Youri souffre d’un certain manque de reconnaissance. Lui qui reste bien plus discret que d’autres France 98, lui qui fait peu parler de lui et à qui nous pourrions seulement reprocher un talent musical discutable. Attention, Djorkaeff n’est ni sous-évalué, ni méprisé ni critiqué, mais sa contribution aux succès des Bleus est trop souvent oubliée.

Dans cette équipe de France plus rigoureuse que créative, Youri était bien LE joueur dont les moves faisaient rêver et dont les tirs cherchaient toujours la lucarne. Des buts toujours spectaculaires, de l’audace, du talent. Doué d’une précision animale, le jeu de Djorkaeff comportait un côté mystique : sans explication, tout ce que faisait Snake était différent, avec cette pincée de finesse et d’élégance qui l’a toujours caractérisé. Un joueur clutch, aussi. Zidane n’était pas aussi seul dans l’animation offensive nationale en 1995-2000 qu’en 2002-2006, loin de là.

Plus important que Zizou en Bleu jusqu’en 2000 ?

Sans oser répondre « oui », la question est parfaitement légitime (malgré les quatre ans de différence). Nous avons bien conscience du fait que chercher à savoir qui était le plus important entre Snake et Zizou chez les Bleus est un débat bien inutile, car cela impliquerait forcément des dépréciations de leurs performances respectives et nous préférons célébrer les grands joueurs qu’ils ont été. Et puis cela signifierait aussi qu’on ignorerait l’impact des autres, Pirès en tête. Néanmoins, c’est une erreur de déconsidérer l’influence de Youri Djorkaeff sur cette équipe des Bleus qui gagna tout ce qu’il y avait à gagner, et ces quelques lignes ont ainsi pour objectif de rappeler le rôle majeur qu’occupa Snake dans la période 1995-2000.

L’Euro 1996 aurait révélé le niveau de Zidane aux yeux de l’Europe ? Si la France se qualifie in extremis, c’est bien grâce aux buts de Djorkaeff face à la Pologne, l’Azerbaïdjan, la Roumanie et Israël. Dans un match crucial face à la Pologne au Parc des Princes, les Bleus obtiennent un coup franc à trois minutes du terme. Youri s’avance, prend son élan et sauve la tête d’Aymé Jacquet, et en passant l’histoire du football français. Un simple coup de pied arrêté, ce genre d’actions décisives qui consacrent les plus grands et les font entrer à jamais dans l’Histoire. Pour une action très similaire, Beckham sera peut-être anobli.

Quand la France se souvient de la pré-Coupe du monde 1998, elle rappelle avec plaisir le but de Zizou face à l’Espagne, lors du match d’inauguration du Stade de France. Comme un symbole, Zizou marque. Comme un symbole, il ne fait « que » reprendre le ballon qui vient d’échouer sur la barre transversale (puis le poteau !) après un tir de… Djorkaeff. S’il était écrit que Zidane marquerait ce but, il était peut-être aussi gravé que Snake ne serait pas celui qui associerait son nom à l’histoire de ce stade. Il faudrait aussi se rappeler de son but assommant face à l’Italie en 1997 (vidéo ; Zidane aussi buteur ce soir-là) et puis de son « aile de pigeon acrobatique » lors du trophée Hassan II au Maroc (vidéo). Youri est alors clairement le fuoriclasse de cette équipe de France.

En juin 98, avant le début de l’aventure de Footix, Djorkaeff est tout simplement le meilleur buteur des Bleus engagés dans la compétition (16 buts). Si l’équipe de France est réputée pour sa solidité défensive, Zizou est loin d’être le seul dépositaire du jeu offensif français. Le Mondial 1998, parlons-en. Souvent, nous pouvons lire ou entendre des commentaires sur le fait que Zizou soit passé à côté de sa Coupe du Monde (ses prestations avant la finale, évidemment). C’est faux, il a fait une coupe du monde en cohérence avec son niveau de l’époque, parfois brillant et parfois inconstant. Mais un autre meneur de jeu, portant le numéro 6, éclaboussait (aussi) le monde de sa classe. La talonnade pour Liza contre l’Arabie Saoudite, l’homme qui prend ses responsabilités et tire le penalty contre le Danemark, le génie qui délivre un bijou de passe de l’extérieur pour l’égalisation de Thuram contre la Croatie (vidéo, c’est toujours un plaisir), et enfin le pied droit qui tire ce corner à la 46e minute du 12 juillet 1998, c’est Snake. Pour revenir sur cette époque, Djorkaeff, qui jouait trequartista à l’Inter, a marqué plus de buts pour l’Inter en 101 matchs que Zidane pour la Juve en 212 rencontres.

Puis vient l’Euro 2000. Si la France compte des attaquants comme Henry, Anelka et Trezeguet, le meilleur buteur des qualifs (compliquées) de cet Euro est encore Monsieur Djorkaeff qui, diminué par une blessure lors de la compétition, marquera néanmoins contre la République Tchèque et contre l’Espagne.

Enfin, il n’y a pas besoin d’épiloguer sur ses succès en club, en France avec Monaco et le PSG, en Italie avec l’Inter, en Allemagne avec Kaiserslautern, en Angleterre avec Bolton ou encore avec les Metrostars (puis Red Bull) à New York. Dire qu’il est devenu une légende partout où il est passé suffira amplement.

Puisque Youri sera toujours aussi dignement discret, tâchons donc, nous – le public français – de rappeler avec cette même dignité que le numéro 6 de l’équipe de France devrait lui aussi être sacré.

Markus

_

Suivez FAUTETACTIQUE.com sur Twitter

Suivez FAUTETACTIQUE.com sur Facebook

Ronaldo était-il meilleur que Messi ?

Mercredi dernier, Messi s’est vu incapable de prendre le dessus sur un Nesta de 36 ans revenant de blessure. Ça nous a fait penser à une finale de Coupe de l’UEFA de mai 1998, lors de laquelle Ronaldo Luiz Nazario de Lima avait fait du Romain de 22 ans une victime de plus.  Et si le Ronaldo 1994-1999 était meilleur que le Messi 2008-2012 ? Il ne s’agit pas ici de dire que Ronaldo a fait mieux que Messi, dont les records parlent d’eux-mêmes, mais plutôt de poser la question : et si le brésilien était peut-être tout simplement plus fort ? Mais que l’Histoire a mal tourné. Ce soir-là au Parc, Ronaldo n’avait que 21 ans. Cet article ne cherche pas à démontrer que Ronaldo fût meilleur, car c’est impossible à prouver, mais il invite modestement à la réflexion et souligne l’oubli prématuré que souffre Ronaldo dans le débat du meilleur joueur ayant jamais joué à notre fabuleux sport.  

 

Ces trois dernières années ont consacré le roi Messi. Ses performances des derniers mois l’ont même élevé au rang d’intouchable auprès de ses contemporains. « Comparer Cristiano et Messi, c’est une insulte au football », aiment dire de nombreux observateurs. Une cinquantaine de buts par saison et autant de titres, c’est certainement du jamais vu. Alors, plus grand joueur de l’Histoire ? Meilleur joueur ayant joué au football ? Il faut faire ici une distinction. Dans notre article The Pulga’s Speech, nous avions parlé du titre de « plus grand joueur de l’Histoire », selon nous inaccessible pour Messi du fait de son déficit de grandeur en comparaison à Maradona. Mais ici, notre réflexion se concentre sur le titre de « meilleur joueur » : celui qui a atteint le plus grand niveau de jeu sur une période donnée. Et malgré les discours nuancés qu’avaient pourtant provoqués le Mondial 2010 et la Copa América 2011 de Leo, ce titre lui est à nouveau décerné quasi unanimement. Mais affirmer qu’aucun joueur n’a jamais su faire ce que réalise Leo sur ces deux dernières saisons, ce n’est pas oublier un peu vite Ronaldo ? Car il y a une douzaine d’années, un brésilien qui répondait au surnom de Il Fenomeno atteignait déjà un niveau inimaginable. Quitte à fâcher les pro-Messi, posons la question suivante : qui a atteint le plus haut niveau de jeu, Ronaldo ou Messi ?

Deux époques différentes, des défenses différentes, des clubs et des joueurs différents, des styles différents et même des compétitions différentes. Tout cela rend toute comparaison exacte impossible, mais il existe tout de même des critères de référence qui nous permettent de jauger leur talent respectif. Surtout, nous pouvons analyser les éléments qui font que Ronaldo a été oublié si vite, comme ses blessures ou le manque de timing de sa carrière. Oublié, balancé à la poubelle, réduit à se faire traiter de gros pour toujours ? Aujourd’hui, si vous tapez « Ronaldo wikipédia » sur google, le profil de Cristiano apparaît avant celui de Ô Fenômeno. Terrible réalité. Le pire, c’est d’aller voir ce profil wikipédia et se rendre compte que la légende n’a que 35 ans. 

Stats et palmarès

De nos jours, une performance est vite disproportionnée. Neymar a dépassé la barre des 100 buts en pro en février à tout juste 20 ans. C’était il y a deux mois, et tout le monde semblait oublier qu’à 20 ans, Ronaldo en était aussi à plus de 100 buts, mais en Europe. De 1994 à 1998 (18 à 22 ans), Ronaldo marque 101 buts en 115 matchs de championnat. Messi en est à 123 en 127 matchs sur les quatre dernières saisons, mais seulement 53 en 102 matchs de 18 à 22 ans. Ronaldo a remporté deux coupes du monde (et une finale), deux Copa América (et une finale) et une Coupe UEFA tandis que Messi a gagné trois Ligues des Champions. En 2010 et 2011, Messi marque 31 et 34 buts en Liga, à 22 et 23 ans, dans un Barça qui tourne à une différence de buts de +74 lors des deux saisons. En 96-97, à 20 ans, Ronaldo marquait déjà 34 buts dans le championnat d’Espagne, dans un Barça qui finissait deuxième avec une différence de buts de +54. Une Liga hyper compétitive qui comptait dans ses rangs des légendes qui marquaient pourtant bien moins, comme Suker (25), Raul (21) ou Rivaldo (21). Enfin, Ronaldo a remporté deux Ballons d’or et trois Fifa World Player, tous avant d’avoir soufflé ses 26 bougies, et de son côté Messi en est à trois et trois, à 25 ans cette année. Match nul ? Oui, même s’il faut forcément prendre en considération ces merveilleux 15 buts en Coupe du Monde, record inégalé et certainement inégalable (Klose en 2014 ?). Messi et Cristiano en sont à combien, d’ailleurs ? Messi répond toutefois avec ses exploits en Champions League (déjà 49 buts et 14 assists en 65 matchs !).

Un joueur trop en avance sur son temps

Si Ronaldo était né dix ans plus tard, s’il avait pu profiter des dernières avancées extraordinaires en termes de préparation physique, jusqu’où aurait-il pu aller ? A propos de ces avancées, le témoignage du mythique Puyol est assez révélateur (lien vers l’interview) : « Je prends un supplément alimentaire Powergym avant le match et à la mi-temps. […]Avant, je prenais du café avant mes matchs. Si tu n’as pas de bons suppléments, c’est difficile de tenir 70 matchs par saison ». Révélateur, on vous disait. A son arrivée à l’Inter, la Gazzetta définissait Ronaldo comme « le prototype du champion du nouveau millénaire ». Ronaldo a accéléré le football comme personne ne l’a jamais fait. Beaucoup plus vite, beaucoup plus fort. Et même trop vite, trop fort. Un niveau que son corps ne pouvait pas supporter. L’histoire de Ronaldo, c’est celle d’un joueur trop avancé sur son temps. Un jeu « so 2010 » dans les années 1990. D’où un petit problème. Comme le souligne Sandro Mazzola, meneur de jeu de la Grande Inter des années 60 : « Ronaldo avait un jeu brésilien avec la vitesse du football européen. » La Gazzetta aura vu juste en avançant qu’ « avec les caractéristiques qui sont les siennes, il ne peut en fait peut-être qu’exister un joueur virtuel. » Wenger a bien raison quand il affirme : « Messi a six ou sept grandes années devant lui et il peut devenir incroyable. Touchons du bois pour que rien ne lui arrive. » Sans se pencher sur la question de savoir si Messi aurait percé au plus haut niveau s’il avait été né en 1976, nous pouvons nous demander jusqu’où serait allé le joueur Ronaldo s’il était né dix ans plus tard.  

Jamais au bon endroit au bon moment

SI l’impact de Messi a une telle portée dans le monde du football de 2012, c’est aussi parce qu’il joue dans le Barça de Guardiola. Cette équipe qui allie rêve et rigueur comme peut-être aucune autre auparavant a réussi l’exploit d’à la fois tout gagner et de paraître sympathique aux yeux de la plupart. D’ailleurs, plus il gagne, plus on l’aime, aux contraires des Schumacher, Nadal ou encore Armstrong qui sont vite devenus insupportables aux yeux du public français par exemple. Messi en est l’une des principales raisons, mais les choses auraient sans doute été différentes si Rijkaard était encore le coach des blaugrana ou si Eto’o était resté au Barça. D’ailleurs, jusque là le Barça a toujours fait le bon choix, vu que les résultats leur donnent encore raison.

Ronaldo, c’est tout le contraire. Non seulement il ne joue jamais dans « l’équipe du moment » (à part avec la Seleçao), mais en plus il doit s’adapter à un nouveau championnat et à de nouveaux coéquipiers chaque saison. Pas de quoi avoir une progression optimale. L’adaptation, parlons-en. 55 buts en 56 matchs au PSV pour ses deux premières saisons en Europe (malgré d’incessants problèmes au genou gauche et une première opération). Puis 47 buts en 49 matchs avec le Barça, Ronaldo croque la Liga. Mais comme le dit Capello en 1997 (alors à la tête du Real Madrid, vainqueur de la Liga avec 92 points), « on ne peut pas remporter un championnat tout seul ». Si, avec ce Barça de 96-97, Ronaldo marque 34 buts en Liga, qu’aurait-il fait avec Xavi et Iniesta à côté ? Aux Pays-Bas, son PSV doit affronter la génération dorée de l’Ajax de Van Gaal (saison invaincue en 95, LDC 95 puis finale en 96). Ensuite à l’Inter, son premier championnat se termine le 26 avril 1998 sur la fameuse faute de Iuliano non sifflée au Stadio delle Alpi et pas loin de provoquée une crise institutionnelle dans la Federcalcio (photo). Le Scudetto que Gigi Simoni dit encore aujourd’hui avoir gagné. Pendant ce temps-là, le risque de voir Messi triompher seulement en Catalogne est tristement très élevé, au vu des dernières déclarations de l’argentin et du peu de perspective de succès de son Albiceleste, sans titre depuis 19 ans.

Finalement, lors de ses plus belles années, Ronaldo ne joue que l’édition 98-99 de la Ligue des Champions,  lors de laquelle il se blessera et ne disputera que six matchs. Enfin, Ronaldo arrive au Real en juin 2002, quelques semaines seulement après que le club madrilène ait remporté sa neuvième Ligue des Champions. Comme un symbole.

Une autre époque, une autre adversité

Un autre élément à prendre en compte est le fait que Ronaldo jouait à une époque plus « difficile » pour les attaquants : celle des Thuram, Cannavaro, Nesta, Maldini, Stam, Hierro, Costacurta. Qui dit mieux ? Une ambiance nineties made in Dennis Rodman et Dikembe Mutombo. A l’époque, on ne rencontre pas Bate Borisov, Viktoria Plzn puis ce Bayer Leverkusen en Ligue des Champions. Bien entendu, il faut répéter que Messi n’a pas choisi son époque et que cela n’enlève rien à ses mérites. Ce serait le comble de lui faire un tel procès. Mais il est aussi vrai que Messi a eu de grosses difficultés face au Milan en 2012 ou l’Inter en 2010, ou encore dans les matchs très fermés du Mondial 2010 et de la Copa América 2011. Un petit but (pénalty) en sept matchs contre des équipes italiennes, statistique qu’il pourra améliorer ce soir face au Milan. Personne ne peut savoir si Ronaldo aurait su résoudre ces matchs, mais nous pouvons toujours nous poser la question.

Deux exemples de ces matchs compliqués. 22 mars 1998, Milan-Inter 0-3. Son duel avec Maldini est fantastique, Ronaldo marque le deuxième but (vidéo). Comme Messi lors des Clasicos, Ronaldo se transcende lors des Derbys della Madonnina. Et puis Spartak Moscou-Inter Milan en demi-finale de Coupe UEFA 1998. Sur un terrain absolument impraticable qui ferait passer la pelouse du Meazza de mercredi dernier pour un billard, Ronaldo se transcende, joue comme à la plage et marque un doublé d’anthologie, dont un chef d’œuvre ponctué par sa feinte classique sur le gardien (vidéo).

N’oublions pas le mythe Ronaldo

Entre 1994 et 1999, Ronaldo, c’est avant tout l’image d’un jeune brésilien au look génial et aux airs de super-héros. Malgré la proximité temporelle avec le grand Diego Maradona, Ronaldo se fait facilement une place dans le cœur de tous les footeux de la planète. C’est R9, la virgule Nike, les pubs Pirelli. Ronaldo représente la prise de pouvoir de la jeunesse, de la vitesse. Il est le symbole de cette révolution qui fait définitivement entrer le football dans la mondialisation. Pour reprendre la Gazzetta, Ronaldo est irréel. Lors du Mondial 98, il est l’attraction numéro un. The Big Thing, c’est lui.

Une autre caractéristique qui en a fait une légende est sa faculté à toujours aller vers l’avant. Jamais une passe en retrait, comme si Ronaldo n’avait pas le temps de temporiser. Il allait toujours au duel et tentait quelque chose à chaque prise de balle. Ronaldo donnait l’impression d’un rythme endiablé par des accélérations continues qui usaient les plus grands défenseurs au monde, comme nous le rappelle cette merveilleuse anecdote : à la fin d’un match amical contre le Brésil, le gardien de but islandais Birkn Christiansen souffre d’un vilain torticolis : « C’est la faute de Ronaldo, je n’arrivais pas à suivre ses mouvements ». Imaginez le plaisir que l’on aurait si Messi se mettait à chaque prise de balle dans le sens du but et venait défier ses adversaires.

Se rappeler de Ronaldo, c’est aussi se souvenir de ses larmes en 2000. Et ses larmes en 2008. Et ses larmes en 2011. Une facette que l’on espère ne jamais connaître chez Lionel Messi, même si elle aura rendu Ronaldo plus humain, vulnérable et touchant. D’abord une première grave blessure au genou avec l’Inter, le 21 novembre 1999. Puis vient le fameux 12 avril 2000, six mois plus tard. C’est son grand retour, à l’Olimpico de la Lazio. Six minutes après son entrée en jeu, Ronaldo prend la balle, deux feintes, une de trop. Le brésilien s’écroule lentement au sol. Fernando Couto lève les bras au ciel comme s’il venait d’assister à un massacre. L’ordre du monde se dérègle, l’impensable arrive. Simeone, Zamorano, Panucci, Lippi, tous se demandent ce jour-là comment la vie peut être si tragique (vidéo, sortez les mouchoirs). La nature décide de ne pas laisser jouer celui qui était devenu incontestablement le meilleur de tous. Deux années, les doutes, les remises en question, les images terribles de sa rééducation, les nombreux soutiens et le T-shirt « Non mollare » de Seedorf. Et enfin le Mondial 2002. Huit buts. Dont un doublé en finale. « Vous ne pouvez pas imaginer ce que signifie passer deux années sans pouvoir travailler, sans pouvoir faire ce que vous aimez faire. Coupez les mains d’un écrivain, puis redonnez-lui après deux années, on verra si c’est pour l’argent qu’il écrira, ou par passion. La vie m’a appris beaucoup durant ces deux longues années. »

L’an dernier, le 14 février 2011, triste jour de la Saint-Valentin, en conférence de presse à Rio de Janeiro, Ronaldo fond en larmes en moment de lâcher un émouvant « J’ai perdu contre mon corps », avant de s’excuser de ne pas avoir remporté la Libertadores avec les Corinthians. Pourtant, même avec tous ses kilos en trop, Ronaldo plante 29 buts en 52 matchs de championnat au Brésil. Nous verrons si Cristiano et Messi seront capables de faire ça quand ils seront gros. Il est aussi là le niveau, et ouais.

Personne ne saura jamais jusqu’où aurait pu aller Ronaldo s’il ne s’était jamais blessé. Combien de Coupes du monde aurait-il pu gagner ? Combien de Ligues des Champions ? Combien de Scudetti ? Notre seule certitude, c’est que le niveau de jeu que Il Fenomeno nous a proposé lors de ses cinq premières saisons européennes de 1994 à 1999 venait d’un autre monde, tout comme celui de Messi actuellement. Faisons donc honneur au plus grand des gros quand l’on cherche à savoir si Messi joue mieux que personne, en rappelant qu’il y a une douzaine d’années, le ciel semblait être la seule limite d’un autre grand champion sud-américain, devenu avec le temps presque virtuel.    

 

Markus

_

Suivez FAUTETACTIQUE.com sur Twitter

Suivez FAUTETACTIQUE.com sur Facebook

Les oubliés du Calcio: Giuseppe Prisco


A l’heure où le football italien est à nouveau mis sur le banc des accusés pour paris truqués et stades délabrés, FT tient à rendre hommage à l’une des personnalités les plus charismatiques qu’a connu le football italien, celui qui aurait su défendre les couleurs du calcio mieux que personne, le grand Peppino Prisco.

10 ans après, toujours avec nous

« A Milano ci sono due grandi squadre: l’Inter e le riserve dell’Inter. »

« A Milan il y a deux grandes équipes: l’Inter et la réserve de l’Inter. »

Giuseppe, dit Peppino, Prisco (Milan, 10 Décembre 1921- Milan, 12 Décembre 2001)

Du côté nerazzurro de Milan, quand on parle de l’Avvocato, on ne fait pas référence au mythique surnom de Gianni Agnelli, propriétaire de la Fiat et Président de la Juventus de 1947 jusqu’en 2003. Non, non, bien au contraire, les tifosi intéristes associent le terme “l’Avocat” à Giuseppe Prisco, l’une des personnalités les plus charismatiques du football transalpin, malheureusement méconnu de l’autre côté des Alpes. Vice-président emblématique de l’Inter pendant presque quarante ans de 1963 jusqu’à sa mort, Peppino reste, à dix ans de sa disparition, l’un des personnages phares du Calcio du XXème siècle.


 Une vie dédiée à l’Interismo.

Peppino Prisco naît dans la Milano de l’entre-guerre. Durant ces deux décennies, Milan est la capitale du sport italien. Au début du siècle, la Gazzetta dello Sport s’installe via Solferino, pas loin du quartier de la mode et du divertissement de la ville Lombarde. Elle soutient la création du Giro d’Italia, rend populaires les paris sur les courses de chevaux mais contribue surtout à rendre le football le sport le plus suivi par les italiens.  En 1899, le Milan Football and Cricket Club est fondé près du siège de la Gazzetta. Neuf ans plus tard, l’Internazionale est créée par des rebelles du Milan voulant intégrer des joueurs non-italiens à l’effectif. Ces deux équipes permettent à la ville de rivaliser avec Turin pour la domination footballistique du pays.

A neuf ans, comme tous les gamins de son âge, Peppino doit donc choisir entre la foi nerazzurra et celle rossonera. Le choix est facile, l’Inter sera sa vie. Les couleurs sont “plus belles” mais surtout, les noirs et bleus gagnent plus que leurs cousins. Champions en 1930, 1938 et 1940 ils sont les patrons de la ville. Ils peuvent compter sur le meilleur buteur de leur histoire, Giuseppe Meazza, qui en plus ajoute une dimension glamour aux nerazzurri dont les milanistes ne peuvent se vanter. Prisco révèlera dans son autobiographie que son amour inconditionnel pour Meazza (qu’il qualifie comme « un Seigneur parmi des animaux ») l’avait définitivement convaincu à supporter l’Inter. Et c’est un amour qu’il revendique fièrement jusqu’à la fin : quelques jours avant sa mort, il annonce à la télé italienne avoir remplacé la photo de ses parents sur sa table de chevet par celles de Meazza et Ronaldo, ses deux idoles incontestables.

Alors que Prisco commence à cultiver sa passion pour les couleurs nerazzure, la deuxième guerre mondiale éclate. La Serie A est donc interrompue et Peppino part avec les Alpini affronter la Campagne de Russie. Seul parmi  les trois officiers de son régiment à survivre au froid russe, il rentre chez lui en 1943 et en profite pour obtenir un diplôme en droit en 1944. Prisco s’inscrit à l’ordre des avocats, se marie et a deux enfants. Mais il lui manque encore un aspect fondamental pour se sentir satisfait de sa vie. Il faut qu’il se rapproche de l’Inter. Devenir dirigeant de son club, de l’équipe qu’il suit tous les weekends au Meazza et en déplacement autour de l’Italie. Finalement, en 1949 il devient secrétaire personnel de Carlo Rinaldo Masseroni, Président Intériste de l’époque. En 1963, il est nommé par Angelo Moratti vice-président du club, fonction qu’il ne quittera plus jusqu’à sa mort. And the rest is history.

 

Son ironie

Né à Milan d’une famille originaire de Torre Annunziata dans la province de Naples, son caractère unissait parfaitement le sérieux milanais et l’ironie napolitaine. Avec son dévouement au club, il a su gagner la confiance des cinq Présidents intéristes qu’il a côtoyés tout comme le respect et l’admiration des supporters. Surtout, dans un football italien caractérisé par les polémiques, les tensions et les scandales, il  apportait une légèreté qui faisait souffler tout le monde dans le milieu, faisant l’unanimité auprès de tous  les supporters de la Botte, même ceux ciblés par les taquineries de l’Avvocato.

Légendaires en effet sont ses phrases sur les cousins milanistes, notamment lors de l’épopée de Sacchi et Capello. Intelligemment, Peppino utilisait le seul moyen pour défendre son club des nombreux triomphes milanistes en Italie et en Europe: l’ironie. “Si le Scudetto ne peut être conquis par l’Inter, je supporterais sans aucun doute l’autre équipe de Milan: la Scarioni, dans laquelle j’ai moi-même joué” ou encore “Je suis contre toute forme de racisme, mais je ne permettrais jamais que ma fille épouse un joueur du Milan”. En 1982, alors qu’il vient d’être opéré d’une tumeur, il répond à un journaliste qui lui demande comment se passe sa réhabilitation, “Je vous avoue Monsieur, que regarder Milan-Cavese 1-2 à la télévision, avec nos chers cousins en Série B est quelque chose qui fait beaucoup de bien aux malades.”

Son autre victime préférée est bien sûr la Juventus, avec son arrogance, son stade toujours vide et ses victoires douteuses. Même s’il concède que la Juve, par rapport à l’AC, est presque une équipe aimable, il n’épargne pas son humour aux bianconeri. En effet, pour Peppino, la Vieille Dame est “comme une maladie qu’on a dès sa plus jeune enfance. Après des années, on s’y résigne”. Souvent, il arrive même à se moquer des couleurs bianconere et rossonere avec une seule intervention: “Quand je serre la main à un milaniste, je me la lave. Quand je la serre à un juventin, je me compte les doigts”. Une ironie poignante, de temps à autres très dure, mais qui n’a jamais choqué. Au contraire, Prisco initiait des débats hilarants avec des comiques milanistes et juventins tels Teo Teocoli ou Giampiero Mughini. Parce que comme pour FT, selon Peppino, le football est bien plus qu’une simple question de vie ou de mort, mais il faut l’affronter avec ironie et sarcasme. Le seul moyen pour éviter de rabaisser l’adversaire est de l’attaquer, de le chambrer et d’éviter le politiquement correct. Et l’Avvocato a toujours été loyal à cette philosophie.

Au revoir Peppino

Comme un symbole, Prisco devient Vice-Président en 1963 alors que la Grande Inter d’Herrera s’apprête à conquérir le monde et meurt soudainement d’un infarctus en Décembre 2001, avec son Inter première en Serie A. Une façon parfaite de fermer le cercle: d’un Moratti à l’autre, avec Angelo qui le nomme Vice-Président et Massimo qui pleure sa disparition. Le monde du football italien est ému par son décès, et la Fédé ordonne une minute de silence sur tous les terrains de la Botte. Du jamais vu pour un personnage si inextricablement lié aux couleurs d’une seule et même équipe. Dix ans plus tard, avant Inter-Fiorentina, les ultras de la Curva Nord déploient un immense tifo qui rend honneur à sa mémoire. Les caméras cueillent aussi une larme qui coule sur la joue de Moratti. Les joueurs intéristes l’ont bien compris, le meilleur moyen pour célébrer les 10 ans de sa disparition était de gagner le derby du 15 Janvier de la manière préférée par l’Avvocato. C’est-à-dire en souffrant tout le match, en marquant sur une erreur adverse (“grazie Abate”) et en laissant les Milanistes se convaincre qu’ils méritaient la victoire. Parce que pour Peppino, il n’y a rien de plus jouissif que de gagner un derby sans le mériter.

« La sua morte è un grande dispiacere perché, pur essendo un grande avversario, era difficile considerarlo tale. Nei nostri confronti era sempre molto spiritoso, ma era difficile arrabbiarsi per quello che diceva. Devo ammettere che vincere contro l’Inter non sarà più la stessa cosa« 

“Sa mort me remplit d’une grande tristesse parce qu’en dépit d’être un grand adversaire, il était diffile de le considérer comme tel. Lors de nos affrontements il était toujours très blagueur, mais il était impossible de se mettre en colère contre ce qu’il disait. Je dois admettre que désormais gagner contre l’Inter n’aura plus le même goût”

Paolo Maldini, en l’honneur à Prisco.

Ruggero