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Les Leçons Tactiques de France-Islande

La pluie et le brouillard auraient pu se transformer en tempête volcanique et invasion de drakkars, mais les Bleus n’ont pas traîné pour en faire un bain de football. Alors que les Islandais réalisaient un bon début de match fidèle à leurs idées de jeu, l’équipe de France a su cogner très fort pour rapidement assommer les grands blonds. Retour sur les mécanismes du 4-2-3-1 orchestré par Pogba, dynamisé par le duo Griezmann-Payet et couronné par Giroud.

21h43 au Stade de France. À la suite d’une phase de possession rythmée, Sagna est démarqué et brosse un centre au second poteau. Giroud s’impose dans le ciel du 93 et remet sur Griezmann, qui sert parfaitement Payet. Contrôle du droit, finition du gauche, comme à la récré. Les Bleus mènent trois buts à zéro, chauffent Saint-Denis et glacent les idées de jeu islandaises. Cinq minutes plus tôt, le 4-2-3-1 s’était merveilleusement épanoui sur une longue phase de jeu qui s’était même offert le luxe de se coiffer d’une reprise de volée du droit de Blaise Matuidi. La finition n’est pas orthodoxe, mais la maîtrise technique est totale : Pogba règne en maître au milieu et l’habileté de Griezmann et Payet épouse parfaitement les mouvements de Giroud et Sissoko. Pourtant, Sigthorsson a déjà remporté 5 duels aériens, et les Islandais n’ont pas déjoué, loin de là.

Matuidi surclasse l’Islande dans le match de l’élève appliqué

Trois quarts d’heure plus tôt, l’eau s’abat sur Paname, et Griezmann se ronge les ongles dans le rond central. À la suite d’une incompréhension entre Matuidi et le 7, les Islandais lancent un raid offensif dès la 2e minute de jeu. Le dégagement de Lloris termine en touche, et l’Islande tente sa chance une minute plus tard. Bon. Là, un nouveau dégagement de Lloris part dans le vide du camp islandais, et la formation de Lagerbäck n’a pas peur d’installer sa science dans le couloir gauche français : Payet ne défend pas, et Matuidi se fait avoir sur une action jouée en triangle. Les Bleus ne sont pas sereins, malgré une première combinaison entre Griezmann et Payet. Umtiti semble avoir débuté la rencontre à droite, puis change rapidement avec Koscielny. À la 8e minute, Matuidi perd le ballon et fait craindre le pire avant d’aller le récupérer tout seul comme un grand. À la 9e, Umtiti se fait dunker dessus près de la surface, Koscielny est loin de son marquage, mais la frappe islandaise passe à côté. Deuxième avertissement. À la 10e, une longue phase de possession islandaise part de gauche à droite et réussit même à éteindre une séquence de pressing français. À ce moment-là, après une dizaine de minutes de jeu, l’Islande a déjà déroulé son tapis de jeu, tandis que le 4-2-3-1 de Deschamps est encore dans son emballage. Et pourtant.

21h12 au Stade de France. Les Bleus posent enfin leur jeu depuis les bases arrières : Pogba est à la baguette. Une feinte vers le côté droit, un coup de semelle vers la gauche et transmission pour Matuidi. Le 4-2-3-1 bleu est bien en place, tout comme le 4-4-2 blanc. Griezmann et Payet se tiennent tout près du porteur de balle, et l’étoile de West Ham propose ses services au Parisien. Passe, remise et Matuidi récupère l’initiative, alors que le bloc islandais est en mouvement. Le Parisien lève la tête, voit l’appel de Giroud, semble prendre trop de temps, puis brosse le ballon avec l’application d’un élève en examen. La courbe est aussi parfaite que l’appel du numéro 9, qui fusille l’Islande une première fois. Quelques minutes plus tard, Pogba décolle comme un avion de chasse et accroche le 2-0. À la 20e minute, les Islandais peuvent être satisfaits de leur partition : déjà 4 tirs et 80% de duels gagnés. Mais voilà, les Bleus mènent 2-0. À la 25e, les Islandais passeront même à deux doigts de réussir leur combinaison spéciale sur longue touche, comme face à l’Angleterre. Mais Umtiti suit son vis-à-vis et gène la finition. Finalement, c’est seulement à partir de ce moment-là que le dynamisme et la fluidité du 4-2-3-1 entrera en scène, à croire que Deschamps n’a pas besoin de système de jeu pour remporter des matchs de football.

Paul Pogba, les bons pieds au bon endroit

Il l’avait annoncé dans les pages de So Foot avant la compétition : Paul Pogba veut inventer le milieu de terrain du futur. Une ambition débordante ? Ou un constat sur son jeu qu’il connaît mieux que personne ? Cette envie, elle part avant tout d’un ensemble de sentiments cultivés en France au pays du milieu défensif, en Angleterre chez les box-to-box, puis en Italie au royaume du regista Pirlo : la Pioche ne se sent pas plus relayeur que numéro 10, pas moins meneur de jeu que numéro 6, pas plus milieu droit que milieu gauche, pas plus box-to-box que milieu défensif. Le numéro 15 français a déjà joué partout et a toujours participé aux phases défensive et offensive. Il aime tacler, passer et tirer.

Et alors que le 4-3-3 de Deschamps semblait vouloir insister pour le caser dans un rôle précis – l’organisation et la couverture à droite, la création et la finition à gauche –, le 4-2-3-1 a résolu le problème : Pogba doit se trouver là où les Bleus ont le plus besoin de lui, à savoir devant la défense, pour lier les deux phases. Première cible de Lloris à la relance – courte ou longue – et première rampe de lancement de la phase offensive, Pogba a une nouvelle fois livré une prestation d’organisateur de jeu solide, après la seconde période irlandaise. Son application à rester vigilant en phase défensive a même fait passer Sissoko pour un véritable ailier, alors qu’on aurait pu l’attendre dans un rôle bien plus conservateur. Après trois semaines de compétition, il semble que la prestation du Turinois ait enfin fait l’unanimité auprès du grand public. Dommage qu’il ait fallu qu’il marque un but (sur corner, qui plus est) pour que son influence sur le jeu bleu soit reconnue à sa juste valeur.

Griezmann et Payet, les copilotes de l’avion bleu

Au-delà de la structure offerte par Pogba, l’animation offensive a également profité de ce 4-2-3-1 à la sauce Sissoko. Alors que la position de Griezmann avait évolué depuis le début de la compétition, de pointe à attaquant de soutien en passant par ailier droit, ce 4-2-3-1 a tranché : ce sera dans l’axe, oui, mais au cœur du jeu. Si le jeu des Bleus a semblé revivre entre la 30e et la 55e minute hier soir, se montrant à la fois percutant et dynamique, rapide et plein de contrôle, tout s’est passé dans le troisième quart du terrain. Là, au milieu du trafic, dans le domaine où seuls règnent les techniciens capables de jouer dos au but et vers l’avant, Griezmann et Payet se sont retrouvés comme deux copilotes à bord d’une machine de guerre. Plus proches que jamais, les deux leaders techniques des Bleus ont semblé unir leurs habiletés individuelles respectives pour mieux faire briller la maîtrise collective française. En clair, ce 4-2-3-1 a permis de rapprocher deux joueurs qui savent jouer et faire jouer.

Entre les lignes, le mérite de Sissoko a résidé dans son mouvement permanent, la précision de ses remises et les espaces qu’il crée dans l’axe. Et Deschamps peut compter sur d’autres alternatives. À la place de Sissoko, Coman étirerait bien plus le jeu vers la droite et pousserait Griezmann à visiter plus souvent la surface pour se retrouver à la réception de ses centres. Moins de vitesse, paradoxalement, et plus de jeu de position. Cabaye, lui, n’apporterait pas le même impact physique et ne créerait pas autant d’espaces, mais il offrirait aussi plus de contrôle et de maîtrise dans les petits espaces. De toute façon, face à l’Allemagne, il est fort probable que Deschamps revienne au 4-3-3, replace Kante devant la défense et Pogba à droite. Parce qu’hier soir, encore une fois, le 4-2-3-1 s’est mis à jouer, alors que les Bleus menaient déjà deux buts à zéro.

Les chiffres des Bleus
Le match de Pogba – 108 touches de balle et 95 passes avec 94% de réussite. Et 3 tirs. Un métronome qui sait aussi chanter.
Le match de Griezmann – 5 occasions créées, 3 fautes provoquées, 2 passes décisives et 1 but. Il fait jouer au milieu et il marque en attaque. Football total.
Le match de Giroud – 2 tirs, 2 buts et 4 duels aériens remportés pour le 9 qui continue à jouer comme s’il devait encore convaincre tout l’Hexagone.
100% – Le pourcentage de passes réussies de Samuel Umtiti (77/77). Timide au duel, sûr de lui avec le ballon. Une complémentarité logique avec Koscielny.
La défense bleue – 11 frappes islandaises, dont 5 tirs cadrés et 2 buts marqués. Contre l’Angleterre, les Islandais n’avaient réussi qu’à frapper 8 fois et avaient eu la même efficacité (mais ils avaient mené au score durant 70 minutes).

Markus

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Article publié le 04/07/2016 sur SOFOOT.com

Les Leçons Tactiques de France-Irlande

Et si ce penalty concédé d’entrée de jeu était la meilleure chose qui pouvait arriver aux Bleus ? Menés au score et forcés de jouer pour la première fois de l’Euro, les hommes de Deschamps ont douté et traversé une expérience à la fois frustrante et fascinante, énervante et enivrante. Ce huitième de finale restera gravé dans l’histoire comme la première mise à l’épreuve du caractère de cette sélection, qui a « secoué le cocotier » et montré trois visages sous le soleil lyonnais : orgueil, panique et sourire.

Le tableau de la rencontre : la victoire dans la peur

Avant tout, tâchons de découper la rencontre en plusieurs scènes pour mesurer l’impact des faits de jeu, mieux comprendre les changements d’équilibre et mettre en perspective les choix de Didier Deschamps. À la suite de la séquence burlesque du penalty, la seconde séquence du match (3e-27e) nous a proposé une réaction d’orgueil intense, au talent et au courage. Enfin mis à l’épreuve, les Bleus ont répondu à l’uppercut irlandais sans avoir peur de baisser leur garde pour mieux frapper : une répétition de corners, deux coups francs dangereux (Payet puis Pogba) et une série de frappes (Giroud une fois, Griezmann trois fois). Le plus souvent, c’est Pogba qui porte le jeu et part défier les Irlandais pour créer des décalages. Si la mission ne suffit pas – de meilleurs appels de Giroud dans la surface auraient dû faire la différence –, les Bleus ont le mérite d’essayer d’emballer la rencontre.

À la 27e, Kanté écope d’un jaune et les Irlandais ouvrent la troisième scène : c’est celle de la comédie tactique. Finement jouée par ces « fidèles représentants du fair-play » , elle a pour but de casser le rythme pour ne pas laisser les Bleus se construire un temps fort. Bingo : il ne se passera rien jusqu’à la 46e minute et une frappe contrée de Payet. Vingt minutes de perdues. Enfin, la seconde période sera découpée en trois séquences : une phase d’assimilation de la nouvelle configuration tactique (45e-55e), un énorme temps fort qui naît avec la frappe de Matuidi (55e) et enfin une phase de gestion-domination après l’expulsion de Shane Duffy (66e). Six scènes de joie et de frayeurs.

La panique de la défense bleue avec le ballon

Bien placés pour couper les lignes de passes qui se proposent à Rami et Koscielny, les Irlandais n’ont même pas eu besoin de déclencher un pressing agressif pour déboussoler la relance bleue, qui continue à pleurer les absences de Varane, Lass et Sakho. Menés au score, le visage des Bleus a vite été jeté dans un seau glacé de réalité : l’incapacité de ce schéma à relancer au sol face à une équipe qui défend haut. Sans évoquer le milieu et un Matuidi mal à l’aise à droite, on peut observer trois causes majeures. D’une, Rami et Koscielny ont montré une timidité inquiétante balle aux pieds. Incapables de porter le ballon vers l’avant, les deux centraux n’ont jamais réussi à fixer les attaquants irlandais pour créer un décalage et servir Kanté ou Pogba dans de bonnes conditions. Il faudrait avancer sur cinq ou dix mètres et prendre le risque de lâcher le ballon dans le bon timing, mais la crainte de la perte de balle semble trop forte. De deux, encore une fois, les deux latéraux n’ont pas été force de proposition, et les Bleus n’ont jamais gagné de terrain en passant par les pieds de Sagna et Évra. De trois, enfin, les choix de Lloris ont empêché les Bleus de se mettre dans les bonnes conditions pour dominer.

Mais comment les Irlandais ont-ils pu suspendre le match pendant vingt minutes ?

Le refrain de la première période française sonne faux : ballon dans les mains de Lloris, dégagement lointain, duel aérien et trois options de scénarios. D’une, les Irlandais récupèrent directement le ballon. De deux, les Bleus se jettent dans une lutte fatigante pour les seconds ballons. De trois, Giroud gagne son duel, et les Bleus s’installent dans le camp adverse (très rare, voire jamais). Dans les trois situations, l’usage excessif du jeu long de Lloris a permis aux Irlandais de déplacer l’enjeu du match de la qualité technique au duel physique. Plutôt maladroit quand on sait que les Irlandais sont élevés au kick-and-rush et qu’à 0-1 face au grand favori, le moindre duel devient un prétexte pour exiger une consultation médicale ou obtenir une touche et laver trois fois le ballon. Mais tout a changé dès que les Bleus ont développé leur jeu au sol : moins de duels, moins de déchets, moins de temps perdu.

Le changement Kanté-Coman et la nouvelle approche de jeu

Alerté par un carton et auteur de trois fautes, Kanté est envoyé sur le banc. Les Bleus se réorganisent et Deschamps redistribue les rôles. Coman embrasse la fonction d’ailier droit de débordement. Giroud et Payet conservent chacun leur costume, Griezmann se rapproche de la surface et le milieu est redessiné. Limité dans son utilisation du ballon à droite – que des passes en retrait – et beaucoup trop lent sur ses contrôles pour aider la manœuvre de la possession, Matuidi repasse à gauche. Pogba repasse dans un rôle d’organisateur/élaborateur de jeu devant la défense, où il excellera avec mesure et intelligence. Le schéma varie alors entre le 4-2-3-1, le 4-4-2 et le 4-2-4, mais là n’est pas l’essentiel. Au retour des vestiaires et après un probable discours de Tonton Pat’, les Bleus modifient surtout leur approche du jeu : finis les longs ballons, les duels aériens et les pauses interminables.

Pour assiéger l’adversaire et se mettre dans les meilleures conditions face au but, une seule arme est nécessaire : le ballon. En essayant de jouer au sol plutôt que de céder à la tentation du jeu long, les Bleus ont tout changé. Mais ça ne s’est pas fait immédiatement : la seconde période a d’abord commencé par des phases de possession d’une lenteur inouïe, logiquement incapables de déséquilibrer le bloc irlandais. Mais avec Pogba en organisateur, Matuidi en perforateur, Payet en élaborateur, Griezmann entre les lignes et Coman en point d’appui à droite, la manœuvre a fini par trouver ses marques. Le timing sera également clément : plus la possession bleue se soigne, plus le pressing irlandais se fatigue. Sur le premier but de Griezmann, il faut souligner que c’est la passe éclair de Payet vers Sagna qui déborde complètement le bloc irlandais. Voilà ce que les Bleus doivent travailler sur ces phases : la vitesse dans le contrôle du ballon.

Doux Grizou

Griezmann apporte aux Bleus une culture, des références et des habitudes venues d’ailleurs. Il est formé au Pays basque. Il ne se pose jamais sans son maté. Et ses célébrations rendent hommage aux expressions argentines les plus charmantes et à des idoles de l’Atlético (Kiko cet après-midi). Sur le terrain, Grizzi est tout aussi multiculturel. Face à l’Irlande, le numéro 7 a dominé la rencontre dans tous les domaines. Même s’il évolue maintenant plus près de l’axe, Griezmann ne peut s’empêcher de peser sur le jeu des Bleus : il est le deuxième Français à avoir le plus participé au jeu (60 passes, derrière Pogba à 66). Un tueur à la finition, avec deux buts et demi. De l’intelligence et de la vivacité dans ses prises de décision au cœur du jeu. De l’animation et des solutions sur le côté droit. Et enfin une combativité cholesque. Quand la tempête se lève, comme face à l’Albanie, Griezmann ne baisse jamais la tête. Et jusque-là, c’est suffisant pour relever celle des Bleus et lui accrocher un sourire de quart-de-finaliste.

Markus

Les chiffres des Bleus
0 comme le nombre de longs ballons réussis par Évra (0/4) et Sagna (0/0). Réduits à un petit périmètre de jeu, les latéraux bleus ne permettent pas au bloc français de gagner du terrain.
5 comme le nombre de tacles réussis par Griezmann, premier Français dans cette catégorie (devant Pogba, 4). Grinta.
– 4 comme le nombre de dribbles réussis par Pogba, qui a dû prendre des risques en première période pour éliminer son vis-à-vis et libérer l’attaque française.
8, 6, 2, 2 et 1 comme, dans l’ordre, le nombre de tirs tentés par Griezmann, Payet, Pogba, Matuidi et Giroud. Un pivot qui aurait pu proposer plus d’appels dans les petits espaces.
91 comme le nombre de ballons touchés par Pogba (devant Griezmann, 88). Fantaisiste en première période, puis organisateur après la sortie de Kanté.
52 comme le nombre de ballons touchés par le gardien Darren Randolph. Aucun Irlandais n’a fait mieux.

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Article publié le 27/06/2016 sur SOFOOT.com

Les Leçons Tactiques de France-Suisse

Au cours d’une rencontre lilloise que le public retiendra pour son score nul et vierge, le cirque du matériel, les frappes de Pogba et la chevauchée américaine de Sissoko, Didier Deschamps a joué le nul et a trouvé le moyen de nous offrir quelques enseignements. Des innovations tactiques ? Certainement pas. Mais une montée en puissance de la notion de groupe, orchestrée par son sélectionneur. Les remplaçants ont convaincu, les stars ont toutes brillé, et le reste est communion et cohésion. Et tant pis pour le jeu.

Deschamps et son 4-3-3, toujours le même dessin ? Si le schéma conserve les mêmes traits et le même relief au coup d’envoi, la rotation des hommes implique des conséquences majeures sur l’interprétation des postes des Bleus. Les mêmes lignes, donc, mais un autre coup de crayon. À commencer évidemment par celui de Pogba positionné en milieu gauche à la place de Matuidi. Alors que Griezmann n’avait évolué qu’en attaque dans un rôle de finition du fait de la présence de Payet aux manettes, revoilà le joueur de l’Atlético à droite en créateur. À gauche, Coman remplace Payet dans l’hypothétique onze de départ de DD, mais son rôle est tout autre : accélérations et débordements. Aux deux pointes de l’animation, Gignac et Cabaye héritent, eux, des missions de Giroud et Kanté. Sissoko prend la place de Pogba en tant que milieu droit dans un rôle adapté. Enfin, le quatuor défensif est maintenu, parce que Deschamps n’a plus le temps de faire plaisir sur ce chantier. Après trois rencontres, sept joueurs n’ont pas joué : Mandanda, Costil, Digne, Umtiti, Mangala, Jallet et Schneiderlin.

Un seul Pogba pour deux rôles et deux Deschamps

Depuis quelques jours, la France se tourne et se retourne dans son sommeil à la recherche du « vrai Pogba » . Comme si elle l’avait perdu, comme si elle l’avait déjà trouvé, comme si elle l’avait rêvé. Des buts ? Des passes décisives ? Des numéros spectaculaires ? Un leadership technique ? Le concept reste flou. D’autant plus qu’en réalité, au poste de milieu droit, Paul Pogba nous avait déjà offert une version intéressante du « vrai Pogba » : de l’intelligence tactique, une technique supérieure au service de la possession et de la relance française, un jeu long capable de varier le jeu et le rythme, et enfin quelques visites aux alentours de la surface adverse (une grosse occasion par match). Et c’est tout ? Oui, parce qu’entre Matuidi et Kanté, ce vrai Pogba-là doit aussi gérer des responsabilités défensives énormes, ce qui n’est pas le cas à Turin. En noir et blanc, la mission de Pogboom commence à partir de l’élaboration du jeu pour s’épanouir dans sa création et sa finition. Pour Deschamps sous le maillot bleu, la mission est plus complexe : organisation et couverture avant tout, et ensuite élaboration. Le reste est optionnel.

Ainsi, les rencontres contre la Roumanie et l’Albanie ne sauraient être qualifiées ni de contre-performances ni de prestations « en dilettante » – quelle terrible expression, heureusement que Redondo n’était pas français – mais bien de prestations sérieuses à nuancer dans un contexte tactique précis. Et dimanche soir, ce contexte a changé. Couvert par Sissoko et Cabaye, positionné à gauche et donc face à toute la largeur du terrain, Pogba a enfin pu participer à la création et la finition. À quelques centimètres près, on parlerait ici d’un doublé de coups de canon retentissant. Surtout, il est intéressant de noter que sa projection vers l’avant en transition est encore plus utile de ce côté-là, et que le potentiel d’associations dans son champ d’action pourrait être démultiplié par le retour de Payet. Vue la forme du joueur dimanche, il semble évident que le reste de l’Euro de Pogboom ne dépendra pas de la qualité du joueur, mais plutôt des choix de Deschamps et des missions que le Bayonnais souhaitera lui confier.

Les soldats Sissoko et Cabaye, et le cas Matuidi

Il récupère le cuir, le serre fort contre sa poitrine et part défier la défense adverse à partir de sa ligne des 10 yards. Tel Randy Moss ou Adrian Peterson, dans un style de conduite de balle aussi aérien que lebronesque, Sissoko a une nouvelle fois fait parler de sa capacité à percuter. Les murs, ses adversaires, le jeu, le ballon. Tout. Sobre en phase de possession, agressif les rares fois où un semblant de pressing s’est enclenché, et enfin très dangereux en phase de transition. De son côté, Cabaye a convaincu là où il avait fait douter le Parc, par sa présence au combat et son sens du placement. D’où des changements ? D’une part, DD pourrait conserver le modèle entrevu dimanche en replaçant Kanté devant la défense : Pogba-Kanté-Sissoko (de g. à d.). D’autre part, il pourrait se laisser convaincre par la bonne performance de Cabaye (en plus de ses bonnes sorties en amical) pour s’aventurer à un nouveau trio : Pogba-Kanté-Cabaye. En réalité, ces deux options devraient dépendre avant tout de l’opposition : les Bleus n’affronteront pas l’Espagne et l’Irlande du Nord avec les mêmes armes. Les pieds habiles de Cabaye (en relayeur, pas en sentinelle) offriraient une meilleure circulation de balle, tandis que les projections de Sissoko donneraient des transitions folles.

La question du pressing et d’une stratégie collective active

Des changements réalistes sous Deschamps ? Pas vraiment. Le sélectionneur s’est montré ouvert aux changements ces derniers mois, et il n’a pas vraiment eu le choix, mais le vice-capitaine Matuidi semble faire partie intégrante du onze de Deschamps, comme l’a montré son entrée en jeu étonnante dimanche. Pogba à droite, donc, Matuidi à gauche, Kanté derrière, et les soldats Sissoko et Cabaye en renforts. Mais en football, il y a plus intéressant que la description de prouesses individuelles capables de sublimer des structures collectives : il existe aussi des automatismes collectifs capables de raffiner des qualités individuelles. Et c’est ici que les Bleus ont fait naître le plus de doutes. Sur le plan tactique, les Bleus nous ont offert divers agencements de solutions individuelles, mais pas un seul plan collectif « actif » . Dimanche soir, la Nati a soigné ses 60% de possession de balle, mais le Coq n’est pas allé chasser le ballon pour autant. Les rangs ont été serrés, les cinq milieux ont formé un bloc compact à la Lippi autour d’un trident mourinhesque, et basta.

Pourtant, la notion de stratégie collective est omniprésente dans le travail de Deschamps. Mais elle se situe à un autre niveau. Les Bleus n’ont pas de goût tactique, ne privilégieront ni la possession ni la verticalité, ne prendront pas de plaisir à s’essayer au gegenpressing ou à s’aventurer vers des sorties de balle raffinées à la mexicaine. Le jeu étudié, sophistiqué au possible, tordu dans tous les sens, n’intéresse probablement pas Deschamps. Le sélectionneur n’est pas dans le jeu étudié, il est dans le jeu vécu. Le collectif, c’est le groupe. Et pour lui, rien ne semble plus fort que la croissance d’un sentiment d’union renforcé résultat après résultat. Et même si ça ne veut concrètement pas dire grand-chose pour tous ceux qui observent cette bulle impénétrable de loin, ce sentiment s’est transformé en réalité en ce mois de juin : des matchs gagnés à la dernière minute, des remplaçants qui répondent plus que présents et une communion vers un objectif commun. Jusqu’au prochain résultat.

Les chiffres des Bleus
4 et 3 comme le nombre de tirs et de passes clés de Pogba
8/9 comme la précision du jeu long de Pogba
5/10 comme la précision des longs ballons d’Adil Rami
4 comme le nombre d’occasions créées par Antoine Griezmann
19 comme le nombre de passes réalisées par Hugo Lloris. Deux de plus que Gignac.
2 comme le nombre de tirs cadrés concédés par les Bleus en trois rencontres. Les deux face à la Roumanie.

Markus

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Article publié le 20/06/2016 sur SOFOOT.com

Les Leçons Tactiques de France-Albanie

Après un week-end post-Roumanie, chamboulé par une arnaque de « débat » sur deux individualités – Griezmann et Pogba –, Deschamps a fait le choix de se priver de ses deux étoiles. Matuidi n’a pas suffi pour donner vie au 4-2-3-1 et la pauvreté de la relance française a entraîné tout le reste dans sa chute. Mais la seconde période s’est montrée riche d’enseignements : Pogba fait gagner du terrain, Griezmann est déjà précieux et le milieu bleu aurait bien besoin d’un Koziello. Cette équipe est définitivement construite pour jouer brillamment le contre. À la Deschamps. Avec Payet en chef d’orchestre.

Dans un Vélodrome majestueux et sur une pelouse destructrice, les Bleus abandonnent le milieu à trois et font entrer le 4-2-3-1 sur la piste. Difficile d’établir a posteriori s’il s’agit d’un plan calculé pour reposer les deux champions, d’un avertissement pour les deux joueurs ou alors tout simplement d’une rotation tactique pour tenter un nouveau schéma, mettre dans le bain Martial et Coman et poser une couronne sur la crête de Payet. Peu importe, en réalité. Le quatuor défensif est inchangé, Kante et Matuidi se placent devant la défense, Martial à gauche, Coman à droite, et Payet à tous les étages. Dès le début, la principale interrogation regarde la relance : comment Matuidi va-t-il pouvoir s’en sortir sans les fauteuils Pogba, Verratti et Motta ? La structure s’avère bancale dès les premiers instants.

Pas de Pogba, pas de chocolat

L’horloge affiche un petit quart d’heure de jeu et les Bleus ne peuvent déjà plus compter sur la « sérénité » et la « confiance » obtenues par les exploits tardifs du Stade de France. Après une entrée en matière attentiste, les Albanais comprennent vite la faille française et partent presser les relanceurs bleus avec conviction. L’un après l’autre, Évra, Sagna, Kante, Matuidi, Koscielny et Rami se voient obligés de céder à la tentation de la passe en retrait, puis du dégagement aléatoire. Deschamps comptait probablement sur le jeu dos au but de Coman et Martial, pour gagner du terrain facilement. Mais les transmissions sont trop lentes, les ailiers sont marqués agressivement et le ballon revient sans cesse dans les pieds d’un milieu sans idée.

Sans Pogba, personne ne se montre capable de conserver le ballon sans perdre du terrain. En phase de possession, le 4-2-3-1 montre ses limites et aucune des deux paires Kos-Rami et Kante-Matuidi ne crée de décalage pour jouer vers l’avant. En phase défensive, les Bleus abordent le match avec un plan de jeu attentiste « amical » : pas de pressing et défense en reculant. C’est là que le milieu à deux est vite pris au piège : si Kante et ses kilomètres font des miracles, Matuidi est bien trop éloigné du milieu de Leicester pour former un bloc compact. Le Parisien perd des duels et laisse Évra à découvert sur les phases de transition. Dangereux.

Giroud le pompier, Payet le mécano

Conséquence immédiate : les Bleus récupèrent le ballon très bas, prennent trop de temps pour remonter et s’enferment dans l’axe. Toutes les occasions bleues ont besoin de Giroud : un centre, une tête et bonne chance, Olivier. Avec six joueurs derrière le ballon, le bloc albanais n’a même pas besoin d’être cholesque pour enrayer la machinette de Deschamps. Payet se démène, mais ne suffit pas. Martial tente de prendre ses responsabilités, mais toutes ses prises de balle sont lamentablement mises en échec. « En première mi-temps, on est peut-être un peu trop passés dans l’axe. Mais en deuxième, on a plus utilisé la largeur » , expliquera Payet. En avant-match sur iTV, Slaven Bilić avait prévenu : « Je suis surpris que Deschamps change la position de son meilleur joueur. Payet peut jouer numéro 10, c’est un vrai meneur, mais il préfère partir de la gauche pour avoir tout le terrain face à lui et faire parler sa vision du jeu. » Aux alentours de la 35-40e, les Bleus pressent enfin avec ambition et tout change, mais la circulation de balle est encore trop brouillonne pour exercer une pression constante.

Le retour de Pogba et du 4-3-3

La mi-temps est salvatrice : Pogba entre pour Martial, Payet prend en main la manette du couloir gauche et Kante se replace en gilet pare-balles devant la défense. En dix minutes, malgré un poteau albanais (!), les Bleus se retrouvent trois fois dans la surface adverse : Coman, Matuidi, puis Pogboom, à la suite d’un exter’ à la Djorkaeff de Payet. « Paul a permis de faire jouer l’équipe plus haut » , dira Lloris (malgré les glissades). Tout comme la domination aérienne d’Évra. Mais les Bleus ne cadrent toujours pas et la tête de Giroud s’écrase cette fois sur le poteau. Fatigués, les Albanais capitulent finalement à l’heure de jeu et se replient. Deschamps fait entrer Griezmann à la 68e puis Gignac à la 77e, alors que la poésie de Coman fait chialer une Tirana assiégée. Les solutions sont les bonnes, mais l’échec du 4-2-3-1 est une lourde valise qui empêche le Bayonnais de réaliser le changement idéal : faire entrer Cabaye à la place de Matuidi pour avoir de plus de contrôle, des pieds plus habiles dans la possession, une menace lointaine, un Pogba au cœur du jeu et tout autant d’appels bien sentis.

Les Bleus poussent comme des grands dans le dernier quart d’heure : Payet met Koscielny sur orbite, Griezmann est à un doigt de faire taire tout le monde et la frappe de Kante est déviée de justesse. Après à peine trois rencontres en tant que sentinelle – ce poste de cinco si difficile à interpréter – le petit champion de Suresnes fait déjà preuve d’une intelligence tactique étonnante : des fautes tactiques à l’italienne, une orientation du jeu à la Mascherano (sobre et réfléchie, sans folie) et de l’intensité. Alors que Payet continue de mener la charge comme le leader technique qu’il est devenu, les Bleus se libèrent finalement à la 90e : sortie de balle de Kante, délicatesse de Rami, Pogba grimpe au duel et Griezmann en profite. Deux minutes plus tard, Pogba sort une ouverture à la Xabi Alonso pour un Gignac bien en jambes et à l’aise dans le jeu (titulaire contre la Suisse ?). Et la victoire finit au bout du pied droit de Payet.

Pressing collectif, Koziello et la baraka

D’une part, cette rencontre nous aura apporté un enseignement fondamental pour le reste de la compétition : le problème n’était donc pas la présence de Griezmann, ni l’absence de Martial et Coman. Ce n’était pas non plus le soi-disant manque d’implication de Pogba. Les individualités sont des solutions, mais les problèmes à résoudre sont collectifs : soigner les options de relance et multiplier les séquences de pressing. D’autre part, ces deux rencontres auront confirmé que les Bleus ne sont pas encore armés pour prendre le jeu à leur compte. Pour 2018, l’arrivée des bons pieds et de la pause d’un Koziello serait absolument nécessaire. Cette année, il faudra donc espérer jouer la phase finale contre des équipes de possession pour profiter pleinement de cette formation construite pour le contre et la vitesse. Vivement la Mannschaft et la Roja, donc. Enfin, Deschamps continue de remplir sa bibliothèque de victoires à l’arrachée. Pays-Bas, Cameroun, Roumanie et maintenant Albanie. Après le Fergie Time, voilà DD la baraka.

Markus

Les chiffres des Bleus
17 – Le nombre de duels aériens gagnés par Évra. Après les air tackles contre la Roumanie, voilà Air Évra.
14 – Le nombre d’occasions créées par Payet en 180 minutes. Le dernier record des Bleus à l’Euro ? Zizou en 2004 : 15. Sur toute la compétition.
5 et 7 – Le nombre de tirs tentés et de duels aériens gagnés par Giroud. Il ne joue pas en Liga, mais il maîtrise son registre. Bomber.
6 et 4 – Le nombre de dribbles réussis et de fautes provoquées par Coman en une heure. Toutes les six minutes, l’ancien Parisien martyrise un adversaire.
2 – Le nombre de tirs cadrés des Bleus.

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Article publié le 16/06/2016 sur SOFOOT.com

Les Leçons Tactiques de France-Roumanie

L’envie d’en découdre, immense. L’attente, interminable. Et puis le grand saut. Un faux départ, la parade de Lloris, et la tension, déjà. Les dégagements craintifs en plein dans l’inconnu roumain. Les pieds qui tremblent. La trouille, un peu. Mais hier, la dynamique collective bleue ne volait pas haut. Bien plus bas, un bout de pied d’Évra égalisera et invitera carrément la peur, les changements schématiques de Deschamps et même la panique. Jusqu’à Payet. Encore du gauche. Des pleurs et deux gouttes de génie.

De l’échec de la relance bleue

La France pressée, bousculée, reculée. Vendredi soir, les Bleus jouaient leurs premiers duels mortels depuis juillet 2014. Alors que les derniers matchs amicaux avaient laissé planer le doute sur la capacité du schéma de relance à poser les bases de l’animation offensive bleue, le pressing roumain a remis la France face à ses réalités. On aurait aimé se présenter à Saint-Denis en costume de regista géomètre à l’italienne, ou au moins avec des scientifiques du jeu de position à l’allemande. Mais non. Ni le talent individuel ni l’étude collective ne sortiront les Bleus de ce pressing parfois imaginaire, à l’image de la rhinocérite de Ionesco. Pour relancer proprement – à savoir ouvrir le jeu pour créer les conditions d’une passe vers l’avant à la fois assez prudente pour éviter une perte de balle et assez osée pour gagner du terrain – les Bleus ont fait face à trois obstacles, à la fois individuels et collectifs.

D’une part, et ce n’est pas une surprise, les hommes clés de la relance n’ont pas les pieds pour survoler les débats. Dans le doute et au duel, Évra, Rami et Sagna ont presque automatiquement préféré le dégagement aérien vers l’inconnu roumain plutôt que le contrôle. En première période, le ballon n’a jamais vraiment été bleu ni jaune : il semblait rebondissant et n’arrivait surtout jamais dans les pieds malins de Griezmann et Payet. D’autre part, la lutte pour les seconds ballons s’est transformée en un champ de bataille puéril où la faucille d’Évra n’a jamais fait mouche. Enfin, le schéma actuel de Deschamps n’offre que trois solutions viables pour mettre les Bleus en position de confiance.

Quelles solutions pour alimenter la faim offensive française ?

D’une, N’Golo Kanté. En pleine phase d’apprentissage de ce poste de 6, le phénomène de Leicester a diminué les passes en retrait et décalages timides pour lâcher de nombreuses passes osées vers l’avant, sauter une ligne et lancer l’initiative. Plus central que contre l’Écosse, ce n’est néanmoins pas encore un maître de l’échiquier : il brille au milieu du chaos plus qu’il n’éclaire les ténèbres. De deux, Pogba (et donc pas Matuidi). Injustement critiqué parce qu’il n’est pas décisif dans le dernier tiers – les observateurs remarqueront peut-être enfin qu’il ne s’y trouve jamais en Bleu, sur consigne du sélectionneur –, la Pioche reste la meilleure option bleue pour faire le lien entre la ligne défensive et les armes offensives. Mais isolé sur cette moitié droite, son jeu se retrouve limité géographiquement par la ligne de touche et humainement par le manque de mouvement devant lui, comme il l’a rageusement fait remarquer à ses coéquipiers à la 45e minute. Et s’il avait marqué sa reprise, serait-il acclamé en héros tout-terrain ? Ce n’est qu’une question de temps (et de changement de rôle ?).

De trois, enfin, les centraux. Koscielny et surtout Rami doivent devenir la solution. Face à l’Albanie, Deschamps aura l’occasion d’essayer deux nouvelles approches. Faire écarter au maximum El Doctor Koscielny et Rami au point d’aligner une ligne de trois relanceurs – avec Kante au milieu, et non à droite – et multiplier les lignes de passes possibles vers l’avant. Ou alors confier l’initiative aux percées de Rami, qui devra alors s’inspirer des prises de décision d’un Barzagli – limité techniquement, mais très fin dans la lecture des situations – pour lâcher le ballon au bon moment et assassiner (ou au moins fatiguer) le pressing adverse. Parce qu’il suffit d’un seul bon relanceur : « Un nez qui peut voir en vaut deux qui reniflent » , disait Eugène Ionesco.

Pogba sacrifié, Matuidi sauvé

À la 66e, dix minutes après l’égalisation, la France a besoin d’un but pour passer un bon week-end. En toute logique, DD lâche Coman dans l’arène : les Bleus ont besoin de vitesse et Giroud a besoin de ballons. Moins présent que Payet dans le jeu, Griezmann paye son rôle de second attaquant privé de ballons. Dix minutes plus tard, la vitesse n’a pas suffi et elle n’a plus les espaces pour décoller. Deschamps se tourne alors vers Martial, l’autre expert en percussion. Mais tandis que le jeu s’est enfin assis dans le camp roumain et que Pogba peut enfin se rapprocher du but adverse, le sélectionneur maintient Matuidi et envoie le Juventino sur le banc. Pogba perd une belle occasion d’accélérer la manœuvre et d’orienter le jeu (ce bijou de passe en profondeur pour Sagna), alors que Matuidi, lui, se retrouve à enchaîner les transmissions sans valeur ajoutée. Même avant ce changement de position malheureux (Blaise devant la défense), le Parisien s’était montré déconnecté du peu de possession française et n’avait pas offert à Payet ses plus beaux pieds. Surtout, la passivité des Bleus à la perte de balle l’a court-circuité et l’a condamné à s’appuyer trop souvent sur Évra. Mais jusqu’à quel point l’équilibre collectif pensé par Deschamps peut-il privilégier le sacrifice de Pogba dans cette animation ?

Giroud, gagnant d’un jeu truqué

Dans le flou du jeu bleu et sous la pression médiatique ambiante, Giroud a produit une nouvelle prestation de Bomber aux nerfs solides. Un combat incessant aux avant-postes, de nombreuses opportunités perdues, mais un tas de duels gagnés, une talonnade inspirée et des déviations toujours bien senties, un penalty presque provoqué et enfin un coup de tête de guerrier qui vaut bien ce numéro 9. En football, ce type d’avant-centre semble rejouer en permanence des matchs à la vie à la mort. Vif s’il marque, mort s’il reste muet. Vendredi soir, Giroud s’est élevé au-dessus du double mètre de Tătăruşanu pour survivre. Un jeu infini qu’il continue de gagner.

Jusqu’à Payet

À l’été 2014, Marcelo Bielsa quitte l’Argentine et Rosario, terre des talents indomptables, pour retrouver Dimitri Payet à Marseille. Un an plus tard, Payet remercie Marcelo de l’avoir « épanoui » et d’avoir « mis de l’ordre dans (son) jeu » . Dans cette sélection menée par le pragmatisme de Deschamps et soutenue par cette lourde ligne défensive formée de chevaliers en sabots, Payet est apparu tel un archer invincible sans armure. Dans le trafic, d’abord, toujours prêt à marquer un temps d’arrêt pour mieux faire avancer la cavalerie. Et puis autour de la zone de vérité : un récital de décalages, remises, feintes et autres arabesques. À l’image de Neymar contre la Croatie le 12 juin 2014, le numéro 10 sans blason a libéré les siens alors que leurs doutes s’étaient vulgairement imposés et que leurs rêves s’étaient naïvement évanouis.

Markus

Les chiffres des Bleus
8 comme les passes clés de Payet. La France a tiré 14 fois : 8 fois sur 14, le joueur de West Ham a créé la position de tir, en plus de tirer lui-même 2 fois.
6 comme les duels aériens gagnés par Sagna. Et si on le mettait au premier poteau sur corner à la place d’Évra ?
5 comme les interceptions de Kanté. S’il associe cette mobilité à de l’expérience devant la défense, Deschamps a trouvé un gilet pare-balles à sa taille.
26 comme le nombre de ballons touchés par Griezmann, soit moins de la moitié de ce qu’il avait fait contre la Russie avec un temps de jeu équivalent. En position de renard avide de bons ballons, le Madrilène a quand même tiré trois fois. Poteau.
61% comme le taux de passes réussies de la Roumanie. Un ratio tout à fait dégoûtant, oui. Prochain adversaire coriace : l’Albanie.

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Article publié le 11/06/2016 sur SOFOOT.com