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Retour vers le futur du jeu à la nantaise

FC Nantes So Foot

Deux décennies plus tard, le jeu à la nantaise a été vendu partout dans le monde comme une sauce au goût séduisant et à l’image de marque impeccable, sans que sa recette soit toujours respectée. Confondue et mélangée avec la barcelonaise, la brésilienne et le football total entre raccourcis et ignorance, comme si toutes les formes de beau jeu se valaient, la nantaise n’avait pourtant besoin de personne pour exister. Aujourd’hui, une analyse des matchs de l’équipe de Suaudeau permet de revoir les Canaris à travers les concepts du football de 2015.

Note : Article publié sur sofoot.com au sein du dossier « Les canaris de Coco », en hommage au vingtième anniversaire du titre de champion de France 95 du FC Nantes

Il suffit de revoir quelques morceaux de la saison des records pour capter l’identité de jeu impulsée par Coco Suaudeau. Une recette faite de « jeu sans contrôle », de « l’utilisation du plat du pied » et d’une idée : « la simplicité, c’est le génie ». Une recette qui considère la passe comme « l’unité fondamentale » et n’exclut pas « la solution individuelle », mais préfère louer l’impact de ces légendaires « passes camouflées ». Une identité de jeu qui, encore aujourd’hui, nage dans l’imaginaire de tous les amoureux du football français : parce qu’un jeu qui oscille entre une prise de risque inouïe et une simplicité effarante tient plutôt du tour de magie que du football. Un football instinctif difficile à définir, presque trop simple, comme le raconte Japhet N’Doram. « Pour moi, au début ce n’était que des mots. Le football, je l’ai toujours conçu comme ça : jeu collectif, proposer la solution, ne toucher qu’une fois la balle pour accélérer, tout le monde a le droit de marquer, de défendre aussi. Donc pour moi, le jeu à la nantaise, c’est un peu le jeu que je connaissais tout gamin. » Un jeu de gamins joué dans la cour des grands.

Des idées dans la tête et de l’explosivité dans les jambes

D’où vient ce jeu, alors ? De certaines idées, évidemment, mais avant tout des joueurs qui les font vivre. Comme toujours. Cette question rappelle les mots de Marcelo Bielsa au sujet de la surprise des Chiliens devant le beau jeu pratiqué par leur sélection : « Ils (les joueurs) étaient là avant moi. Personne ne peut stimuler des conditions qui n’existent pas et personne n’active des potentiels que l’être humain n’a pas. » Coco Suaudeau avait peut-être des airs de sorcier, mais pour reprendre Nabokov, il n’a pas inventé la neige en Afrique : « On a mis en place ce jeu-là parce que je n’avais jamais vu des joueurs aussi explosifs. Attention les yeux, parce que ça pétait. » Le pressing de Loko et Ouédec, Pedros qui fait accélérer tout ce qui passe par le côté gauche, Makelele qui dynamite le côté droit à ce poste de carrilero, à la Matuidi ou Ramires, mais avec le look de Shawn Kemp, parce que les années 1990. Et enfin une explosivité qui naissait dans les pieds de Christian Karembeu. Que ce soit dans l’axe ou à droite, mais toujours en défense, celui qui portait le numéro 10 était toujours prêt au démarrage. Une base de départ explosive et peu technique, finalement. « Techniquement, on était loin du compte, il fallait qu’on surprenne. Alors, on allait à mille à l’heure. » Mais il ne s’agit pas de foncer. L’objectif, c’est une idée de jeu qui « soit d’ensemble et réfléchie ».

Mouvement, appels et prise de risque comme Bielsa

José Arribas aimait parler de « vivacité » et de « rythme ». Pour servir l’explosivité des siens, Suaudeau reprend l’idée et l’affine : « Le mouvement, c’est la base du jeu nantais. » Les équipes de 2015, elles, peuvent généralement se dessiner sur plusieurs étages : l’organisation, l’élaboration, la création et enfin la finition. L’élaboration, surtout, est symbolisée par ces milieux constructeurs qui sont souvent devenus les propriétaires de l’identité de jeu de leur équipe : Modrić et Kroos à Madrid, Matić et Cesc à Chelsea, Pirlo à la Juve, sans parler de Xavi au Barça. Rien de tout cela chez les Canaris : un seul milieu central (Ferri ou Cauet) dans un système qui ressemble parfois à un 4-1-4-1 ou un 4-1-3-2. « Un jeu irrationnel, mais sans qu’on se casse la gueule », disait Coco. Autour de ce milieu, tout n’est que vertige et jeu vers l’avant : Coco sautait les étapes. « J’entends dire que l’important, c’est l’organisation de l’équipe. Mais le plus important, c’est comment on va l’animer. » L’élaboration est remplacée par l’explosivité des défenseurs balle aux pieds, « comme ça on ne sait jamais d’où ça vient », et la création est remplacée par le mouvement. Karembeu relance et monte, monte, monte jusqu’à la surface adverse. Chaque passe vers l’avant est accompagnée d’une course verticale folle pour proposer un appel. Et si ça semble aussi envoûtant, c’est parce que c’est irrationnel : comment couvrir tous ces appels ?

Il faut toujours revenir à la nature des joueurs pour comprendre leur interprétation du jeu. Les courses de Karembeu, Makelele et Loko, les ballons de Cauet et Pedros, le jeu entre les lignes de Ouédec. Il faut imaginer un PSG avec trois Matuidi, deux Pastore et Loko en pointe, jouant toujours en l’air dans un orchestre de déviations en une touche de balle. Alors que la vitesse de jeu a été multipliée en 2015, encore aujourd’hui Nantes donne l’impression que le ballon brûle. Un jeu nettoyé des feintes et des conduites de balle dans le camp adverse. Nantes perd un nombre incalculable de ballons sur des tentatives improbables de déviations de la tête en pleine course, mais Nantes joue vite et simple. Aujourd’hui, cette confiance aveugle envers le jeu sur les côtés fait forcément penser aux idées de Marcelo Bielsa. Étude, travail, efforts et répétitions de gammes pour arriver à une maîtrise pointue d’un projet fou. Le jeu à la nantaise, ce sont des types qui courent dans le vide les uns pour les autres, mais sans la possession.

« Quatre-cinq passes » pour conquérir le terrain comme Mourinho

Le style est-il démontré par les buts ou par ce qui les entoure ? Lors de sa première saison, le PSG de Blanc jouait avec le ballon, mais marquait sur des actions rapides, les rushs de Zlatan, et sur coup de pied arrêté. Le Barça de Luis Enrique a 68% de possession de balle en moyenne en Liga, mais marque énormément de buts sur des éclairs. À regarder les buts de la bande à Coco, le style ne fait pas de zigzag : le football pratiqué par les Nantais était direct, rapide, très souvent en contre. Et c’est ici que l’héritage du jeu à la nantaise s’est peut-être perdu : un peu du fait des années Denoueix par la suite, un peu à cause du manque de succès marketing de l’idéologie du mouvement, et enfin beaucoup par raccourci historique. Mais en 1994-95, les plus belles actions des Canaris ne rappellent ni le Barça, ni l’Espagne, mais plutôt le meilleur Real de Mourinho ou le Borussia de Klopp. « Généralement en quatre-cinq échanges, on est capables non pas de mettre hors de position l’adversaire, mais de trouver une position de frappe. » Le fameux « quatre-cinq passes », toujours. Lors de la 5e journée du championnat 1994-95, le PSG mené par Luis Fernandez et interprété par Weah, Ginola et Valdo vient à Nantes pour ne pas prendre de risque. Les Parisiens attaquent avec trois joueurs, mais mettent le paquet sur les coups de pied arrêtés. À la 19e minute, le PSG est donc désorganisé lorsque Karembeu dégage au loin un corner. Touche. Cauet ramasse et lance aussitôt. Loko. Pedros. Loko. L’histoire est née sur un contre éclair.

Contre ce PSG, par ailleurs, Nantes choisit d’abandonner le ballon une fois l’ouverture du score acquise. On utilise les airs plutôt que le sol. Cette semaine dans L’Équipe, Suaudeau lâche même que « parfois on donnait délibérément la balle à l’adversaire ». En octobre 1994, Coco avait accepté d’analyser un Nantes-Strasbourg pour Téléfoot. Et il avait lâché cette phrase lourde de sens : « On a l’espace devant nous. Tu vois, ça repart. » Si le mot « repartir » n’est plus utilisé aujourd’hui, il est un symbole en Italie : la ripartenza est le mot utilisé pour désigner une contre-attaque. Loin du Barça de la possession, Nantes jouait un football direct, rapide, spectaculaire, celui du meilleur Mourinho. Même si ça n’empêche pas Loko et Ouédec de mourir en pressant. Un football dont l’objectif était bien de conquérir le terrain, mais pas de façon progressive : « En allant vers l’avant, on pousse l’adversaire vers l’arrière, et il se découvre des espaces. » Le FC Nantes faisait défendre l’adversaire en reculant. Et ça ne servait à rien d’essayer de le presser, puisque le ballon n’était pas contrôlé.

La possession, « une maladie du jeu d’aujourd’hui »

Pourtant, le jeu à la nantaise a toujours respiré un air ibérique, du moins dans les médias. En 1992, le quotidien catalan Mundo Deportivo publie un article affirmant que le Nantes de Suaudeau « copie poste pour poste le Barça de Cruijff ». Mais l’éloge ne plaît pas forcément à Suaudeau, qui dira du Nantes de Denoueix : « Lui, sa priorité, c’est d’avoir le ballon, et de le garder le plus longtemps possible. Ça, c’est une maladie du jeu d’aujourd’hui, selon moi. C’est pour cela que le jeu devient emmerdant. (…) Je lui ai dit : « C’est ton problème, c’est plus le mien, mais tu sais que j’en ai marre de te voir faire ces passes-là. » » Contre l’AS Monaco des techniciens Djorkaeff, Petit et Scifo, lors de la 35e journée (3-3), à l’époque où Henry est sur le banc (« vous voyez, celui entre Ikpeba et Puel, il joue pour l’équipe de France junior »), Nantes donne l’impression de jouer à mille à l’heure, et donc de se débarrasser rapidement de la possession. Le jeu à la nantaise est né, puis s’est évaporé. Il est revenu, sous diverses formes, mais ce n’était plus jamais le même. Il était là, mais il n’existait plus. « Nos passes ne sont pas très différentes de la majorité de celles des autres équipes, néanmoins elles sont faites d’après un principe que l’on garde pour nous… (Large sourire) Mais je ne veux pas trop en dire », lâchait Suaudeau en octobre 94 dans Téléfoot. Un autre monde, une autre époque, mais les mêmes frissons. Une énième preuve que le beau jeu et le jeu offensif peuvent naître, mourir et renaître sous une infinité de formes différentes. Parce que le jeu à la nantaise rendait surtout hommage à la complexité et la richesse du football en le simplifiant.

Markus

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La Lazio de Pioli, au nom de l’héritage d’Eriksson

Eriksson Lazio

Cette Juve d’Allegri vient de mettre à terre le Real Madrid d’Ancelotti et se dirige tout droit vers l’Allemagne pour affronter sans peur le terrifiant Barça de Luis Enrique. Mais de Madrid à Berlin, il y a un petit détour par Rome. Un détour qui pourrait faire trébucher une équipe pourtant en pleine confiance. Parce que ce soir à l’Olimpico, les Turinois vont affronter une équipe de coupe. C’est-à-dire une équipe aux idées claires qui a bien conscience d’être seulement à 90 minutes d’une place éternelle dans l’histoire.

Ça a toujours été comme ça. Certains aiment construire sur la durée. Brique après brique. Au calme. De façon régulière et ordonnée. Pour le long terme. Ceux-là misent tout sur un mariage fort, dans toutes les dimensions de leur vie. Parce qu’il ne faut pas briller, puis disparaître dans l’ombre. Et parce que le championnat, après ses 38 interminables journées, récompense toujours le meilleur. Le vrai, le seul plus fort. Sauf que d’autres n’ont jamais été d’accord. Pour ceux-là, au diable les compromis, les mariages, la constance. Ce qui compte, c’est le moment. Le frisson. Le vertige. La nuit plutôt que les réveils. Le sommet plutôt que les plateaux. Ceux-là préfèrent les coupes aux championnats. Ces compétitions plus ou moins grandes capables de faire décoller les esprits. Ces épreuves plus ou moins attendues qui s’invitent dans les foyers pour faire fuir la routine de la semaine le temps d’un mardi ou d’un mercredi soir. Elles n’ont jamais eu la prétention de valoir une sortie du samedi ou un dîner familial du dimanche, elles. Dans certains pays, elles ne valent pas grand-chose, d’ailleurs.

Comme en Italie : la Juve n’a eu à jouer que quatre matchs pour arriver en finale. Et pourtant, ces équipes de coupe font rêver. La Vieille Dame l’a bien compris cette saison : le privilège de jouer des matchs qui comptent au bout du mois de mai n’a pas d’équivalent. Bien plus tôt, Berlusconi aussi avait tout vu en transformant son Milan en machine à gagner des coupes internationales. Les émotions de la mort subite n’ont pas d’égales, et les plus belles « équipes frisson » de ces dernières saisons se sont souvent révélées au cours de soirées de milieu de semaine. Le Liverpool de Gerrard. Le Milan d’Ancelotti. La première version de l’Atlético Madrid de Diego Simeone. Le Porto de Falcao et James. Le Napoli des trois ténors. Le Villarreal de Pellegrini, Riquelme et Forlán. Après tout, l’Athletic Bilbao de Bielsa avait fini 10e en Liga…

L’histoire récente parle romain

Et la Lazio, alors ? L’équipe romaine, elle, a réussi l’exploit de produire une équipe de coupe tous les trois ans lors des deux dernières décennies. Et la version 2015 n’est pas bien différente des cinq autres, qui ont toutes fini par remporter la Coupe d’Italie en 1998, 2000, 2004, 2009 et 2013. « Le couteau entre les dents », « match après match », « bien jouer, et ne pas jouer beau ». Toutes ces formules, sorties de la bouche de l’ex-Laziale Diego Simeone, pourraient bien définir l’esprit de la Lazio de Stefano Pioli. Ainsi, alors que la Juve vit actuellement le meilleur moment de ses quatre années de domination nationale, cette finale pourrait être plus difficile que les apparences le laissent penser. Au-delà de jouer dans son propre stade, la Lazio arrive à cette ultime échéance avec le sentiment de jouer dans son jardin du fait de la nature de la compétition. L’histoire récente des deux clubs est éloquente. Lors des vingt dernières années, la Juve a trouvé le temps de remporter huit Scudetti, mais n’a gagné aucune Coppa Italia. Pire, elle s’est inclinée trois fois en finale. La Lazio, elle, en a remporté cinq. Cinq titres sur cinq finales disputées, dont la dernière en 2013 contre la Roma.

Les palmarès complets des deux clubs vont dans la même direction. En tout, la Juve en est à 31 championnats gagnés et neuf Coupes d’Italie. La Lazio en a deux et six. Un ratio de un pour trois qui en dit long : la Juventus est bien plus à l’aise dans l’exigence du championnat, comme le montrent ses sept finales internationales perdues (5 Ligues des champions, 1 Coupe UEFA, 1 Intercontinentale), tandis que la Lazio se montre implacable en Coupe (toutes proportions gardées) dès que son potentiel lui permet d’être un peu cohérente collectivement. D’ailleurs, la dernière fois que la Lazio a remporté le Scudetto, celui du centenaire du club en 2000, la fin de championnat s’était transformée en coupe déguisée : neuf points de retard à rattraper en huit « finales » face à la Juve d’Ancelotti. Mais avant 1998, la romaine n’avait connu les sommets de la coupe qu’en 1958 et 1961 : une victoire, une défaite, pas plus. Qu’est-ce qui a changé depuis la fin des années 2000 ?

L’héritage de Sven-Göran Eriksson

Vainqueur de la compétition six fois en tant que joueur (quatre avec la Sampdoria, deux avec la Lazio) et quatre fois en tant qu’entraîneur (Fiorentina, Lazio, deux fois avec l’Inter), Roberto Mancini est certainement le plus grand spécialiste de la Coupe d’Italie. En Espagne, un autre homme lié à la Lazio est devenu un grand spécialiste des confrontations directes : Diego Simeone. Depuis qu’il est à la tête de l’Atlético Madrid, l’Argentin a d’ailleurs remporté toutes les coupes possibles et imaginables, ou presque : Ligue Europa, Supercoupe d’Europe et d’Espagne, Coupe du Roi et presque une Ligue des champions. Les deux hommes partagent un point commun. Ou deux. La Lazio, d’abord, durant une saison et demie de 1999 à 2001. Et un homme, ensuite : Sven-Göran Eriksson. Un technicien qui aura construit son parcours à travers ses exploits dans des compétitions à confrontation directe, de son IFK Göteborg champion d’Europe en 1982 au Benfica finaliste de la C1 en 1990, en passant par les espoirs mondialistes de la nation anglaise et pas moins de 4 Coupes d’Italie (Roma, Samp, Lazio). Arrivé à Rome en 1997, Eriksson a imposé son style d’entraîneur distant mais rigoureux, grand amoureux du 4-4-2, et surtout une mentalité gagnante qui aura permis au club de battre le Manchester United du triplé de 1999 en Supercoupe et de réaliser les deux épopées 1999 et 2000 en Serie A.

Dans ces rangs est née une génération d’entraîneurs à la réputation de pouvoir gagner n’importe quel match, peu importe la forme de leurs troupes : Simeone, Mancini, Mihajlović (ou encore Almeyda en Argentine). El Cholo, par exemple, reconnaît volontiers l’influence du gourou suédois : « J’ai eu un grand entraîneur, Eriksson, à la Lazio. Nous avions une grande équipe : Mihajlović derrière, Veron au milieu, Salas, Ravanelli, Mancini, Bokšić… Et Sven-Göran disait toujours : « Plus on a de possession, plus on donne du temps à l’adversaire pour se mettre à l’aise. » Et c’est resté dans ma tête. Les matchs ne sont pas remportés par ceux qui jouent le mieux ou qui ont le plus le ballon, mais par ceux qui sont le plus convaincus par ce qu’ils font. » Depuis, le style est resté. Et la Lazio n’a jamais arrêté de chercher des techniciens capables avant tout de la faire jouer avec les idées claires. Peu d’éclat, car peu de moyens, mais surtout très peu d’espaces pour les adversaires. La Lazio est devenue dure à jouer, compliquée, agaçante et très compétitive. D’Eriksson à Pioli en passant par Delio Rossi, Reja ou Petković, la romaine s’est rarement montrée brillante. Mais elle n’a jamais cessé d’être tranchante. Surtout en coupe.

La sécheresse d’une finale

Cette saison, la Lazio a déjà affronté à deux reprises la Juve. Les résultats ne laissent pas de place aux excuses : 0-3 à Rome, 2-0 à Turin. Lors de cette dernière rencontre, la Lazio avait contrôlé le ballon (59% de possession) et créé du danger (22 tirs) sans réussir à contrôler les contres adverses. Ce soir en finale, il faudra avoir les idées encore plus claires. Et Pioli en est bien conscient, mais n’y accorde pas tant d’importance : « Cette fois-ci, c’est une autre situation, une autre compétition. C’est un match sec. C’est une finale. » Il y a deux ans, avant la fameuse finale capitale du 25 mai, les hommes de Petković s’étaient inclinés en championnat 0-2 à la maison contre la Vieille Dame. Mais la coupe avait été une autre histoire : la Lazio avait éliminé les hommes de Conte au bout des arrêts de jeu de la demi-finale, sur un but de Floccari. Comme quoi.

Enfin, comme il y a deux ans, l’intérêt que la Coupe suscite n’est pas le même dans les deux camps. D’une part, Allegri a déclaré qu’« il est très important de gagner pour préparer au mieux la finale de Berlin ». En face, Pioli n’a pas eu peur de lâcher qu’il s’agit tout simplement du « match le plus important de (s)a carrière ». La Lazio peut-elle alors vraiment réaliser l’exploit ? En réalité, la Juve de 2015 n’est plus celle de 2013. En se confrontant à l’Atlético de Simeone, le Borussia de Klopp, le Monaco de Jardim et le Real Madrid d’Ancelotti, cette Juve a grandi mois après mois, écartant l’une après l’autre ses peurs les plus profondes. En atteignant la finale de la Ligue des champions, elle est incontestablement devenue, elle aussi, une équipe rodée pour les vertiges des coupes.

Markus

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Article publié le 20/05/2015 sur SOFOOT.com

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Espagne/Pays-Bas : a-t-on assisté à une révolution ?

Sneijder Busquets

Le 13 juin dernier, les Pays-Bas de Louis van Gaal créaient la première surprise du Mondial brésilien en mettant à terre l’Espagne championne du monde en titre de Vicente del Bosque. Un score sans appel, cinq buts à un, et une manière que personne n’oubliera. Ce jour-là, Robben fuse, Van Persie vole, Sneijder distille, Ramos lâche et Casillas s’écrase. Il est dit que certains événements ont le pouvoir d’accélérer l’histoire. Qu’en est-il pour ce match ?

Ce n’était que la seconde journée de cette Coupe du monde festive. À vrai dire, c’en était même le premier jour, après l’apéritif de la victoire brésilienne dans le désespoir croate. L’ouverture du bal, enfin, avec deux matchs en un jour. Et une danse qui s’annonçait rythmée : Espagne et Pays-Bas, les deux finalistes de la dernière édition. Au début, l’histoire semblait avoir mis en marche son pilote automatique pour s’écrire tranquillement. La malice de Diego Costa, comme toujours, un penalty pour les favoris, comme toujours, et la classe de Xabi Alonso, comme toujours. Puis, comme jamais, il y eut Van Persie, Robben, De Vrij, Van Persie encore, et Robben à nouveau. Pour l’Espagne, la danse devint un insupportable tourbillon. Après neuf mois, qu’est-ce que cette soirée a mis au monde ?

La vidéo du match

La mort de la possession ? Ou la fin de Xavi ? Devant la transformation actuelle du Barça, toujours plus friand de contre-attaques, la question mérite d’être posée. Mais puisque le Barça et le Bayern dominent encore leur championnat avec près de 70% de possession en moyenne, elle ne peut que rester en suspens. En revanche, si aucun docteur ne peut annoncer la mort de la possession, celle de la possession dictée par Xavi est bel et bien actée. On joue la 26e minute quand le milieu lance parfaitement Diego Costa avec sa spécialité : la « passe de la mort » entre les deux centraux. Pénalty, 1-0. À 1-0, la puissance du résultat nous fait tous penser que Xavi a encore de quoi offrir quelques partitions de génie. Vingt minutes plus tard, les espaces s’élargissent, le contrôle du ballon fuit, et la possession ne connecte plus les joueurs rouges. Xavi se perd, et l’Espagne coule avec lui. Contre le Chili et l’Australie, il ne jouera pas une minute de plus. Lui qui avait voulu prendre sa retraite internationale après l’Euro, qui avait continué pour son coach, pour transmettre un peu plus. En fait, il ne pouvait déjà plus. Après un Clásico désastreux au Bernabéu, la belle histoire barcelonaise s’est aussi terminée. Xavi n’a plus qu’une demi-heure de grand joueur sous le capot. Le reste est mort ce jour-là au Brésil, face à la Hollande du football total, comme un symbole. Sous les yeux compatissants de Van Gaal, sans aucun doute.

Iker n’est plus si San

Les feintes de Robben ont-elles tué Iker Casillas ? À la 7e minute, lorsque Casillas sort cette main ferme en un contre un face à Wesley Sneijder, tout le monde se rappelle qu’en plus de son jeu, la Roja a pu compter sur un grand gardien lors de toutes ses victoires internationales. Lui, il n’a jamais failli. Et puis, la malice destructrice du destin, celle qui déteste la constance et remet tout en cause, se met en route. L’impuissance face au lob de génie de Van Persie. Une déviation de Ramos sur le premier tir de Robben, de telle sorte qu’il ne puisse rien faire. Et sur le coup franc de Sneijder, le coude de Van Persie qui vient le percuter alors que le ballon s’éloigne. En une demi-heure, Casillas s’en prend plein la tête. Il est impuissant, mais il n’est pas encore coupable. Déjà tragique, le destin devient ensuite cruel. Un contrôle raté qui fait ressortir les nombreux détracteurs de son jeu au pied. Et enfin, le but burlesque d’Arjen Robben, quatre ans après les duels de la finale sud-africaine.

Iker chute, se relève, rampe, croit récupérer la balle, puis tombe à nouveau et abandonne enfin. Face au Chili, il sera battu deux fois. Et l’Espagne ne retrouvera de la tranquillité défensive qu’avec la bonne humeur de Pepe Reina contre l’Australie. San Iker est-il mort ce jour-là ? Cette saison, la sérénité de Diego López est partie à Milan, et les réflexes fous de Keylor Navas n’ont eu droit qu’à cinq titularisations à Madrid. D’un côté, Casillas est donc redevenu le propriétaire de ce poste de numéro 1 du Bernabéu. Il en faudra plus pour le clouer définitivement au sol. Casillas s’est relevé et a bossé. Mais de l’autre, cette période trouble initiée par les titularisations d’Adán il y a deux ans a fait ouvrir les yeux du public madrilène. Iker est un gardien sous pression comme un autre. Contre Schalke 04 en C1, son nom a même été lourdement sifflé dès l’annonce des formations. Aujourd’hui, comme tout gardien, il est encensé à chaque sauvetage et jugé coupable sur chaque but encaissé. Iker n’est pas mort, mais ce n’est plus un Saint.

Effet de surprise et mercato

Sergio Ramos et Piqué s’en sont-ils remis ? Arjen Robben en a gardé pour tout le monde, et Casillas et Xavi ne tombent pas seuls. Sur son premier but, c’est Gerard Piqué qui reste planté sur le crochet du chauve. Sur le second, c’est Sergio Ramos, le héros de la Décima au physique insurmontable, qui se fait humilier par la vitesse du gringalet, bien aidée par l’effet de la passe magistrale de l’inimitable Sneijder. Ramos perdra en prestige, tandis que Piqué ne jouera pas une minute de plus de ce Mondial, remplacé par Javi Martínez, puis Raúl Albiol. Mais les deux centraux ont réussi à se relever. Si Ramos a continué à marquer ses buts décisifs avec orgueil, reprenant le chemin du succès avec le Real comme si de rien n’était, Piqué a même semblé inverser la courbe de son inexorable déclin. Et Robben n’a pas encore réussi à se venger de Carles Puyol…

Est-ce que les Pays-Bas ont gâché leur effet de surprise trop tôt ? Pour une fois, ils abordaient la compétition dans le modeste costume d’équipe « à suivre ». Sûrement pas favoris, et même pas outsiders, les Pays-Bas étaient simplement intéressants. Parce que Van Gaal, et parce que les trois stars : Wesley, Arjen et Robin. Mais ce match a tout changé, comme si leur arrogance légendaire les empêchait de faire profil bas. Robin van Persie a enfin marqué un but important en compétition internationale, et ça l’a plombé pour le reste de la compétition. Finalement, les Oranje ne parviendront pas à reproduire une telle performance en phase à élimination directe. En demies, les Néerlandais sont tombés sur une Argentine trop consciente des forces de son adversaire. Et si les Oranje avaient eu un début de compétition plus timide, auraient-ils pu bénéficier de l’effet de surprise plus longtemps ? En éliminant leur bête noire espagnole, les Oranje ont finalement rendu un grand service aux Allemands, leur grand rival footballistique, incapables de battre l’Espagne en 2008 et 2010. Une performance malheureuse qui rappelle celle de Robin Söderling face à Rafa Nadal à Roland Garros en 2009, qui avait ouvert la voie au titre de Roger Federer… Les Pays-Bas pourront se consoler avec un regain de sex-appeal indéniable en Europe, le Feyenoord et l’Ajax se remplissant les poches : Daley Blind à Manchester United, Jonathan de Guzmán au Napoli, Daryl Janmaat à Newcastle, Stefan de Vrij à la Lazio et Bruno Martins Indi à Porto…

Défense à trois et conduite de balle

Est-ce que ce match a changé la donne tactiquement ? Del Bosque avait joué la sécurité. Un 4-5-1 avec Busquets et Alonso pour mettre Xavi dans un fauteuil, Silva et Iniesta pour garder le ballon, et Diego Costa pour donner de l’efficacité aux mouvements. Mais sans pressing, la Roja laisse trop respirer les Oranje, qui se font un plaisir de couper les liens entre l’avant-centre de Chelsea et ses milieux. Ce match est la première démonstration de la défense à trois lors de ce Mondial brésilien qui en verra d’autres, du Mexique au Costa Rica. Mais c’est tout : des huit équipes qualifiées en quart de finale de C1, aucune ne joue avec trois défenseurs centraux, et même la Juventus a modifié ses schémas. Ce choc restera plus celui de la mort de l’Espagne que de la grandeur du jeu hollandais, qui est en grandes difficultés aujourd’hui… L’hégémonie du football espagnol est-elle morte ce jour-là ? « Le Roi est mort ! Robben lui a coupé la tête ! » Les jugements se précipitent, la joie de ses grands rivaux est démonstrative, et l’Espagne pleure ses champions déchus. Mais l’élimination de ce Mondial est-elle un point final à « l’hégémonie » du football espagnol depuis 2008 ? Trois semaines avant le meurtre, après tout, le Real et l’Atlético se rencontraient en finale de Ligue des champions. Et cette saison, ils sont encore trois présents en quarts de finale. En fait, le football espagnol continue à se porter aussi bien qu’avant et pendant les succès de sa Roja. En éliminatoires de l’Euro 2016, si la sélection a perdu contre la Slovaquie (2-1), elle affiche du reste un bilan de quatre victoires et zéro défaite, treize buts marqués et seulement un pion encaissé. Si Xavi est parti, Koke et Isco sont déjà là. L’Espagne n’est plus royale, mais elle s’est bien relancée dans le peloton des poursuivants du nouveau roi…

Est-ce que ce match a propulsé Robben tout en haut ? La courbe de la grandeur de la carrière d’Arjen Robben est à l’image de la conduite de balle du bonhomme. Une énorme accélération pour commencer en Eredevisie et à l’Euro 2004, puis une feinte magnifique et quelques coups de frein à Chelsea, entre titres et blessure, avant de rentrer dans l’axe au Real Madrid, pour freiner à nouveau, vendu par la petite porte au Bayern. Depuis, Robben accélère plus fort que jamais, mais feinte aussi beaucoup, ne se décidant pas à lâcher cet ultime enchaînement crochet extérieur-frappe enroulée. Aujourd’hui, on peut dire que cette Coupe du monde aboutie restera le crochet, mais qu’on attend encore la frappe. Dès cette saison ? Robben bat tous ses records cette année : record de titularisations en Bundesliga (20), record de buts marqués en championnat (17 buts, en seulement 21 matchs). Plus présent que jamais dans le jeu bavarois (49 passes par match, 12 de plus que n’importe quelle saison), l’ailier est aussi plus décisif que jamais : il a même marqué plus de buts et de passes décisives que Robert Lewandowski avec 200 minutes de jeu en moins. Mais cela suffit-il pour se montrer plus fort que Leo Messi et Cristiano Ronaldo ? Les statistiques sont trompeuses, car la distribution du leadership au Bayern n’est pas la même qu’au Barça et au Real. Laissons donc le printemps européen se décider, ou alors l’Euro 2016…

Markus

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Article publié le 31/03/2015 sur SOFOOT.com

Qu’est-ce que t’étais belle, Parme

fabio cannavaro

Et si Parme mourait vraiment ? Comme la Fiorentina il y a quelques années, Parme est en train de crever à petit feu. Sans ressource, le club semble sur le point de perdre ses joueurs, ses installations, ses jeunes, et peut-être même son public. Enfin, qui sait, la mort la refusera peut-être au dernier moment. Mais en attendant, vue dans les yeux des Français, cette lente disparition d’un club qui faisait partie intégrante du paysage du football européen depuis vingt ans fait penser à la perte d’une connaissance à la fois proche et lointaine.

Quand elle s’est présentée en 1993, tu ne la connaissais pas vraiment. Honnêtement, t’en avais seulement entendu parler via un ami, un cousin ou les brèves lignes d’un journal. Une Coupe d’Italie, toute récente, les idées gémissantes d’Arrigo Sacchi dans les années 1980, et puis c’est tout. Parme, pour toi, c’était surtout un fromage en paillettes et du lait empaqueté. Mais le coup de foudre a été immédiat. Enfin, à défaut d’amour, il y a eu à coup sûr de l’intérêt et peut-être même de l’attraction. Ses frissons à chaque ligne, son maillot ciel et blé, l’insouciance d’un club provincial ambitieux… Les exploits continentaux de Parme t’ont séduit. Gianfranco Zola. Tomas Brolin. Claudio Taffarel. Dino Baggio. Faustino Asprilla. Hernán Crespo. Gigi Buffon. Fabio Cannavaro. Lilian Thuram et Alain Boghossian. Juan Sebastián Verón et Roberto Sensini. Enrico Chiesa… Des Français, des Italiens et des Argentins, des blacks, des latinos, des blonds, un roux. Une équipe d’Émilie-Romagne à l’étrange destin de représenter le monde. T’as été séduit, et tes amis aussi, et les amis de tes amis aussi. Tout le monde craquait en même temps pour cette vraie équipe de coupe. Parme, c’était la princesse fragile du football européen. Une princesse au destin tragique, limitée à briller en Coupe UEFA, mais toujours plus craquante que toutes ces vieilles et riches bourgeoises peuplant alors la C1.

Zola Parma

Produits laitiers et Titanic

L’ascension fut fulgurante, et on apprendra plus tard avec l’affaire Parmalat que les raccourcis ne sont pas tous bons à prendre. Parme, c’était une étoile filante éclairant tes soirées européennes entre 92 et 2002. Huit titres en dix ans, les seuls de son histoire, Series C et D exclues. Une décennie de folie, de madjers argentines, de lucarnes, de parades, de tacles, de jeu, quoi. En dix années qui auront passé comme un claquement de doigts, Parme remporte trois Coupes d’Europe, plus que toute l’histoire du football français ! Une ivresse qui l’aura menée à sa chute. Comme le dit Alessandro Melli, team manager, il y avait du Titanic dans le projet parmesan. Si l’on oublie les exploits purement footballistiques, et qu’on essaye de voir le tableau avec du recul, c’était surtout une escroquerie familiale à l’histoire absolument fascinante. Le lait coulait à flot, alors que la vache était affamée. Et les coupes tombaient du ciel.

Cannavaro Thuram

Après une décennie 2000 marquée par quelques espoirs, notamment ceux d’Adriano et de Gilardino, ses dernières saisons auront été sauvées par les idées de Roberto Donadoni, la fantaisie inimitable d’Antonio Cassano, et l’esprit guerrier de Lucarelli, Gobbi et Galloppa. Oui, ces types qui ont le profil pour mourir bravement au tout début des films de guerre. Finalement, ils vont tous mourir ensemble. Parme, c’était un club à part. Malgré son équipe mondiale, Parme sera passée au travers des mailles du filet du football mondialisé. Depuis 1998, ses équipementiers Lotto, Champion et Errea en témoignent. En Italie, si elle aura fait partie des « Sept Sœurs » dans les années 90, sa pauvre rivalité avec la Reggiana aura toujours semblé plus fromagère que footballistique.

Hernán Crespo est la fille de l’épicier

Vingt-deux années de football plus tard, en 2015, tu la connais mieux, la parmesane. Enfin, pas beaucoup mieux, mais un peu mieux. Tu connais la liste des grands noms par cœur, parce que c’est devenu un classique, mais par exemple, tu es incapable de mettre une date sur toutes ses compositions. Parme, au-delà des quelques titres, c’était surtout un effet. Après l’hystérie des succès, tu auras même facilement réussi à l’oublier, cette princesse, comme si elle avait mal vieilli. Ces temps-ci, tu ne la voyais que lorsque l’on te proposait gentiment le classement du championnat italien. Et quand tu prenais le temps d’aller voir son effectif, ou de regarder l’un de ses matchs, il était possible que tu te dises qu’elle avait carrément fini par avoir une sale gueule.

crespo parma

Parme, au fond, c’était ce type que t’aimais bien, mais que tu ne connaissais pas si bien que ça. Parme, c’était l’épicier du coin de la rue, décédé il y a peu. Petit, t’allais le voir ponctuellement, pour acheter des bonbecs, comme tu voyais ponctuellement Parme te régaler sur la scène européenne. Enfin, tu n’y allais pas seulement pour les bonbecs. L’épicier avait une fille. Une très jolie fille. T’avais grandi avec elle, de la même manière que t’avais grandi avec Hernán Crespo. Un jour, la fille avait quitté le quartier, Crespo était parti aussi, et t’étais passé à autre chose. Tu t’étais mis à passer un peu moins souvent, chez l’épicier. Et tu ne regardais presque plus jamais Parme qui, par ailleurs, à ton goût, changeait beaucoup trop souvent de couleur de maillot. Finalement, comme le décès de l’épicier, la mort de Parme ne va rien changer à ta vie. Tu ne le côtoyais pas tous les jours, et tu ne la regardais pas jouer tous les week-ends. Tu ne le connaissais pas si bien que ça, et Parme non plus. Mais quand tu passeras devant l’épicier, à ce coin de rue, et que tu verras le fast-food chimique qui l’a remplacé, t’auras un pincement au cœur. Le même qui te serrera amèrement la poitrine quand tu te rendras compte de l’absence de Parme au fond du classement du championnat italien. Qu’est-ce que t’étais belle, Parme…

Markus

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Article publié le 05/03/2015 sur SOFOOT.com

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Le jour où Milito a vengé le Genoa

milito genoa

Au moment où la saison 2008-09 commence, le dernier derby de la Lanterne remporté par le Genoa en Serie A remonte au 30 avril 1995. De 1984 à 1989, puis de 1995 à 2007, le Griffon a souffert en Serie B de la domination de son voisin la Sampdoria. C’est donc un club renvoyé à ses exploits d’antan, d’il y a presque un siècle, qui se présente comme un candidat à l’Europe. Et en 2008, Diego Milito revient du passé pour offrir un présent aux Grifoni

Diego Milito n’est pas entré dans le football européen par la grande porte. Champion avec le Racing en 2001 et déjà international sous Marcelo Bielsa, le sosie d’Enzo Francescoli quitte l’Argentine pour une petite somme : 1,7 million de dollars. Surtout, il met les pieds au Genoa Cricket and Football Club, qui se trouve alors largué au fin fond de la Serie B, en position de relégable à la mi-saison. 12 buts en 20 matchs plus tard, le club génois finit 16e et se sauve. Pendant ce temps-là, la Samp poursuit sa route dans l’élite, entre le milieu du tableau et quelques frissons européens. Fille des mêmes murs, les deux génoises sont pourtant séparées par un monde. Un monde que Milito va s’empresser de conquérir. Pour sa première saison complète, El Principe marque 21 buts et fait voler le club génois vers la Serie A. Serge Cosmi, le Mister, déclare alors : « Si le président le vend, je lui coupe une jambe. » Finalement, le pire arrive, et Milito part tout seul : pour une histoire de fraude sur le dernier match contre Venise, lors duquel Milito marque un doublé, le Genoa est administrativement relégué en Serie C.

Le retour du prince

Lors des trois saisons qui suivent, Milito part défier la Liga au Real Saragosse. Une finale de Coupe du Roi, un quadruplé contre le Real Madrid, plus de 60 buts en 3 saisons, une qualification en Coupe UEFA, mais aussi une nouvelle relégation plus tard, Milito revient en Italie. Son Genoa, en attendant, n’a eu besoin que de deux saisons pour remonter illico dans l’élite. Le mariage est parfait : le Prince aura enfin droit à une saison de Serie A avec son club adoptif. Et le Genoa en a bien besoin. Pour son retour dans l’élite, le Griffon s’est fait couper les ailes par son rival éternel. Incapable de marquer dans les deux derbys, il aura vu la Samp de Cassano et Montella goûter au plaisir d’un derby gagné à la 87e minute : 0-0 à l’aller, 0-1 au retour. Le Genoa termine 10e, et la Samp est européenne, à la 6e place. La hiérarchie génoise semble immuable.

Le premier derby en vidéo (1-0)

Pour le grand retour du Prince, le Genoa accueille le Milan d’Ancelotti au Stadio Marassi. Après une passe décisive géniale de la poitrine pour Sculli, puis un penalty obtenu et transformé en éliminant Maldini, les Rossoblù gagnent 2-0. Le Genoa est déjà celui de Milito, qui déclare : « C’est comme si je n’étais jamais parti. » Le premier derby de la saison a lieu le 7 décembre, devant le public de la Samp, pour le compte de la 15e journée. L’Argentin se présente en ayant déjà marqué 11 buts. Le douzième arrive à la 50e minute : coup franc excentré, gros plan des caméras sur le numéro 22, qui feinte d’entrer dans les 6 mètres pour finalement bondir au point de penalty. Le ballon est catapulté sous la barre transversale, pour un but violent qui caractérise bien la rage intérieure emmagasinée par le club durant toutes ces années de soumission citadine. 0-1 et victoire du Genoa. Milito est alors le terminal d’un système bien orchestré, une période de gloire pour les schémas de Gasperini et sa défense à trois. Au milieu, c’est aussi le grand retour d’un Thiago Motta magistral, renaissant de ses cendres après avoir été enterré vivant – ou blessé – en Espagne.

Le triplé en vidéo

« Milito ! Milito ! Rete rete rete ! »

Mais le 30 mars, Milito souffre d’une blessure musculaire avec la sélection argentine, et sans son terminal, le Genoa ne décolle plus, à tout juste un mois du second derby de la saison, décisif pour départager les deux génoises. Milito revient finalement le 26 avril contre Bologne, mais se montre sans rythme et imprécis à une semaine du duel fatidique. Défaite 2-0, la deuxième consécutive. La semaine suivante, le 3 mai, c’est le grand jour. Le second derby. Et depuis le premier, Milito n’a marqué que 5 buts. Sous un tifo magnifique, et dans l’obscurité des fumigènes de l’un des derbys les plus passionnés au monde, la magie opère. 29e minute : Milito laisse sur place la défense de la Dória d’un crochet, frappe sèchement, mais Castellazzi dévie. Sur le corner qui suit, le Prince se jette au second poteau : 1-0. Puis 1-1 quelques instants avant la mi-temps, quand Campagnaro égalise. À la 73e, Milito récupère une mauvaise relance et redonne l’avantage au Griffon. 2-1. Alors que la Samp assiège son voisin dans les dernières secondes, Palladino et Milito partent seuls vers l’histoire. Le premier sert le deuxième, qui marque son troisième but. « Milito ! Milito ! Rete rete rete ! » Le seul et unique triplé de l’histoire du derby de la Lanterne. Lumineux, Milito marque trois buts faciles, mais chargés de gloire. Le Genoa terminera finalement cinquième, à égalité avec la Fiorentina quatrième. Pas de C1, donc, mais 22 points d’avance sur une Sampdoria défaite. Le prince est devenu roi, et le Genoa, vengé, a retrouvé son royaume.

Markus

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Article publié le 21/02/2015 sur SOFOOT.com

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