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FT y était : Du côté du Vésuve…


 
Manchester City – Napoli, le match le plus enthousiasmant de ce mercredi de Ligue des Champions. FT n’était pas au City of Manchester Stadium, mais a vécu les émotions de la rencontre au coeur du quartier Vomero de Naples. Compte-rendu d’une soirée complètement folle.
 
1990. 21 ans sont passés depuis la dernière apparition du Napoli en C1. Bon, des miettes par rapport aux 43 ans de Manchester City, mais toute la région du Vésuve attendait avec folle excitation ce retour dans la compétition européenne la plus importante. A 20h, la ville s’arrête. Littéralement. Le silence remplace le bordel habituel des rues napolitaines, les restos sont vides, Naples semble être devenue une ville fantôme. Tout le monde est sur son canapé ou en Pizzeria devant Sky Calcio Italia pour mater ce que “Il Mattino” (journal citadin) définit comme le match le plus important du club depuis le départ de Dieu Maradona. La mairie a même installé deux écrans géants à Piazza del Plebiscito, en plein centre historique. Les formations titulaires sont déjà connues. City joue avec Dzeko et le Kùn devant, supportés par Silva et Nasri. Ca devrait faire peur mais la vraie préoccupation des napolitains est une autre : Diego Armando va-t-il supporter son adoré Napoli ou le City de Sergio Agüero, mari de sa fille Giannina? El Pibe de Oro va-t-il trahir Naples?

Mazzarri, lui, fait trois changements par rapport au onze titulaire ayant remporté une belle victoire (3-1) à Cesena samedi dernier. Walter Gargano, fidèle lieutenant du coach toscan, remplace le suisse Dzemaili, Zuniga prend la place de Dossena. Devant, Marekiaro Hamsik reprend ses droits de titulaire aux dépens de Santana. Napoli donc aligne son trio explosif Pocho Lavezzi- Matador Cavani- Marek Hamsik pour espérer de ramener quelquechose de ce déplacement périlleux. Les tifosi napolitains devant leurs télé comptent sur leurs “Tre Tenori” (“Les Trois Ténors”) pour les faire rêver comme à la belle époque de Diego.
 
 

 


L’hymne de la Ligue des Champions retentit dans les travées du City Of Manchester Stadium. Le capitano Paolo Cannavaro salue fièrement ses concitoyens. D’après les chiffres officiels, 3000 supporters du Napoli ont fait le déplacement, mais la Gazzetta dello Sport fait l’hypothèse de plus de 9000 napolitains infiltrés dans les tribunes du stade, parmi les fans de City. Malgré ce support inconditionnel, malgré l’amour infini montré par les tifosi napolitains, le match s’annonce impossible pour les partenoepi. Les Citizens et leurs pétrodollars partent largement favoris. Quatre victoires d’affilée en Premier League, 15 buts mis, à peine deux encaissés. Un onze titulaire de rêve et en grande confiance. Bonne chance Napoli.

On est parti. L’émotion est grande. Les deux équipes manquent d’expérience en C1 mais alors que les Citizens se permettent d’aligner 6 joueurs ayant déjà joué en LDC (Dzeko, el Kùn, Silva, Nasri, Touré, Kompany), parmi les lignes du Napoli, seul le gardien De Sanctis peut se vanter d’avoir déjà joué dans cette compétition. Cela se voit sur le terrain, les italiens souffrent la qualité de City et concèdent plusieurs occasions. Dzeko effleure deux fois le poteau droit des cages napolitaines, Silva rate la dernière passe pour lancer Agüero seul contre le goal. Mais la ligne de défense à 3 italienne (Cannavaro, Aronica, Campagnaro) tient bon. Petit à petit, Napoli sort de sa moitié de terrain. Entraînés par l’énergie du Pocho et l’intelligence de Gokhan Inler, les partenopei se procurent plusieurs situations dangereuses. Puis tout d’un coup, feinte géniale de Lavezzi qui humilie Kompany, frappe le ballon du plat de son pied droit et prend une incroyable barre. Hart était complètement battu. Mancini se lève de son banc et gueule à ses joueurs qui ont pris peur.

 


34ème minute. L’inexpérience napolitaine risque de coûter très cher. Sur un corner mal joué par Lavezzi, Gareth Barry intercepte la passe destinée à Inler et lance “El Kùn” en contre-attaque. Sept joueurs du Napoli sont montés, plus personne ne reste derrière. Sergio élimine avec facilité Aronica et centre en arrière pour Yaya Touré qui se retouve seul en pleine surface de réparation. Par miracle, la frappe de l’ivoirien tape la barre transversale. Les tifosi napolitains explosent comme si leur équipe avait marqué un but et remercient San Gennaro, saint protecteur de la ville, d’avoir évité le pire. Mazzari pousse un grand ouf de soulagement, et les équipes rentrent dans les vestiaires sur un score de parité juste.

Le Napoli démarre la deuxième mi-temps avec grande confiance. La crainte de jouer en C1 est passée, et le 11 napolitain produit son jeu habituel bien léché, ponctué par des contre-attaques léthales menées par ce diable de Lavezzi. A Naples, les tifosi commencent à prendre conscience que le “colpaccio” est possible. Hamsik se voit sauver sur la ligne par Kompany une reprise de volée sur un magnifique centre de l’excellent Zuniga. Mais à l’heure de jeu, gros coup dur. El Pocho, blessé à une cheville, ne peut plus continuer. Le meilleur joueur du match jusqu’à présent sort du terrain sous l’ovation des milliers de napolitains présents au stade. Lorsque les commentateurs de Sky Calcio lancent le débat sur qui est plus fort entre Ezequiel et Agüero, les tifosi les submergent d’insultes. La question ne se pose même pas, el Kùn n’est qu’une pâle imitation du mythique Pocho.

69ème minute, le tournant du match. La pression de Napoli sur les cages mancuniennes s’est affaiblie, et les défenseurs italiens ont du mal à gérer la classe de Silva. Mais, tout d’un coup, Gareth Barry tente une talonnade et perd bêtement le ballon. Maggio repart comme un missile, et se crée un magnifique 3 vs 2 contre la défense de City. Il offre un caviar au Matador Cavani, jusque là invisible, qui marque d’une frappe croisée qui passe entre les jambes de Joe Hart. Le réalisme des grands attaquants : une occasion, un but. Naples explose de joie. Encore une fois le football est le meilleur moyen pour oublier la misère quotidienne, la criminalité et le problème des poubelles qui affligent la ville. Et comme d’habitude les célébrations pour le but sont magiques : des feux d’artifices bleus et blancs explosent au dessus du golfe. La magie du football.


Malheureusement, City, touché dans son orgueil, réagit tout de suite. Suite à une barre d’Agüero sur un centre de Nasri, Kolarov frappe un coup franc magistral que De Sanctis ne peut arrêter. 1-1. Le match se termine sur ce score, malgré une grosse souffrance napolitaine lors du quart d’heure final. Mais les joueurs de Mazzarri peuvent être fiers, ils ont tenu tête sans problème au Grand City de Mancini. Et avec un poil plus de chance ils auraient pu repartir avec les trois points. Ils rentrent à Capodichino, aéréoport de Naples, à 4h de matin mais ne peuvent s’imaginer ce qu’il voient à la sortie du gate. Des centaines de supporters les ont attendus toute la nuit pour les remercier de ces émotions incroyables. La plupart d’entre eux doivent se réveiller d’ici 3 heures pour aller au boulot et affronter les milles difficultés quotidiennes de cette ville en ruine. Mais ils s’en foutent, le Napoli vient avant tout. Imaginez ce qu’il pourrait se passer si leur équipe gagne le Scudetto.
 




Ruggero

FT y était : Un drame Monumental

River Plate-Belgrano 1-1, “Los Millonarios” descendent en Segunda. Un match tristement inoubliable pour les supporters de l’équipe la plus titrée d’Argentine. A 350 pesos la place (70 euros), FT a eu le privilège d’assister à cet événement historique depuis les tribunes du mythique Monumental.
Chronique d’une tragédie.
El Monumental (ou, plus précisément, “El Estadio Monumental Antonio Vespucio Liberti) s’élève devant nous. 60.000 places, 3 anneaux, 2 couleurs, 1 équipe. Le stade qui a acclamé le premier triomphe Albiceleste en coupe du monde (1978, Argentine-Pays Bas 3-1, doublé de Kempes) se prépare à une après-midi de souffrance. Le mythique River, club formateur de légendes telles que Omar Sivori ou Alfredo Di Stefano, affronte son plus grand cauchemar : la menace de la relégation en Segunda, pour la première fois de sa glorieuse histoire. Le match aller de la double confrontation face à l’Atletico Belgrano de Cordoue s’est soldé par une défaite 2-0 sans appel et la tâche s’annonce donc compliquée pour les Milionarios. Seul point positif : la règle du but à l’extérieur ne compte pas dans ces playoffs et l’équipe de Primera est favorisée par les normes de la fédération argentine de football. Gagner 2-0 ou 3-1 suffirait au River pour rester en première division sans même devoir affronter les prolongations. Merci Grondona.


La tension est élevée. Les supporters blancs et rouges se dirigent vers le stade dans un silence quasi-absolu. La crainte, voire même la terreur, se lit sur leur visages. Tous ont des cernes énormes, une barbe de 4 jours et un air de clochard. Ils nous disent que depuis une semaine ils ne dorment pas. La pression est trop grande. Leur River ne peut pas descendre. Ce n’est pas possible, c’est comme affirmer que las Malvinas ne sont pas argentines. Inacceptable. Mais ce danger est bien réel, on le sent.

Une fois passées les portes du stade, une magie vient réveiller les tifosi. El Monumental transforme leur terreur en espoir, leur tension en enthousiasme, leur silence en un chant assourdissant de 60.000 personnes qui crient fièrement “Yo soy del River, soy del River, soy del Riveeeeeer”. Il n’y a pas de kop ou d’ultras, tout le stade chante, hurle et supporte.  La beauté du tifo exhibé dans le virage Nord enchante les plus désespérés des supporters, qui désormais clament haut et fort : “Esta tarde tenemos que ganar ”. A côté de nous, un monsieur de 80 ans fume sa clope en lisant le magazine du club. On lui demande un petit pronostic. Il répond qu’il s’en fout, il est juste venu au stade pour accompagner son fils dans un “jour si difficile pour lui”.

Les équipes rentrent sur le terrain. Une ovation accueille le 11 du River, notamment le talent local, Erik Lamela, et le vétéran, Matias Almeyda. Les joueurs de Belgrano sont traités avec mépris : le stade ne leur réserve ni des sifflets, ni des insultes, ni des applaudissements. Le message est clair : vous n’êtes pas à la hauteur du Monumental et de la glorieuse histoire du River, vous méritez donc l’indifférence la plus totale. Comment l’Atletico Belgrano, petit club de la province de Cordoue, ose-t-il débarquer a Buenos Aires et menacer la réputation du River? Absurde.


6ème minute. Le match vient de commencer, les chants sont assourdissants, les supporters ont à peine eu le temps d’enlever le tifo et boum, but de Mariano Pavone, 1-0 River et ambiance de folie. Les tifosi se disent: “Ca va être un match facile. Une après-midi tranquille. On sauvera notre honneur et notre réputation, le River ne peut pas et ne va pas descendre. La primera est dans notre ADN” . Les Milionarios semblent en confiance et monopolisent le ballon. Lamela élimine les adversaires avec aise, Almeyda récupère des dizaines de ballon et même Alexis Ferrero, maillon faible de l’équipe, semble gérer avec élégance les attaques adverses. 30ème minute, contre-attaque des Milionarios, Lamela se retrouve tout seul devant le goal adverse qui sort le ballon de la lucarne. La première période se termine avec un gros pressing du River. Mais, malgré cela, le score n’évolue pas et la terreur de l’échec grandit. 45+1, l’arbitre siffle la fin de la première mi-temps. Les supporters commencent à prendre peur, il ne reste que 45 minutes pour marquer ce qui deviendrait un des buts les plus importants de l’histoire du club. Le monsieur assis à côté continue à enchaîner ses Malboros. Il se rend compte qu’il ne peut plus s’en foutre. Le River ne peut pas descendre.

La deuxième période commence et le River repart à l’abordage des cages Belgranenses. Mais les attaques raisonnées et bien articulées des premières 45 minutes se transforment en des assauts sans aucune logique ou lucidité. Tout le monde monte, les positions sur le terrain ne sont plus maintenues. La peur s’empare des joueurs qui commencent à paniquer, ils doivent marquer. Belgrano profite de cet état d’âme et se procure deux face à face neutralisés par le goal Juan Pablo Carrizo. C’est chaud. 60ème minute. La situation est désormais désespérée, le Catenaccio Belgranense ne rompt pas. Les tifosi commencent à apercevoir la réalité : dans 30 minutes, si rien ne change, on va en Segunda… Mais River ne peut pas descendre…. Le gardien de Belgrano commence déjà à gagner du temps à chaque dégagement et se jette même à terre feignant une crampe. Les supporters à côté de nous lui hurlent “Levantate, pendejo, esto es El Monumental”. Lève toi enculé, tu es au Monumental. Tu ne peux pas te comporter comme dans un quelconque autre stade. Sois à la hauteur de cette enceinte magique. Mais le goal reste à terre et gagne d’autre précieuses secondes…



Minute 62: l’apocalypse. Suite à un centre mal dégagé par la défense rojiblanca, la balle tombe sur les pieds de Farre qui crucifie calmement l’impuissant Juan Pablo Carrizo. 1-1. Le River doit maintenant marquer 2 buts pour survivre. Un silence absolu, assourdissant tombe sur le stade. Pas un bruit, El Monumenal sent que l’impensable est en train de se produire. Seuls quelques supporters ont encore la force d’insulter leur joueurs, indignes de vêtir le maillot mythique du River. Suite à un tacle maladroit d’Almeyda sur un de ses coéquipiers, le monsieur de 80 ans se lève et explose “Los con la banda roja, son los tuyos, cabron” (“Ceux avec la bande rouge sont tes coéquipiers, enfoiré”). Le River se jette en avant, mais le portier de Belgrano a le culot de sortir le match de sa vie. La situation est désespérée. Mais, miracle : à 10 minutes de la fin Pavone réussit à se procurer un penalty plus que généreux. L’espoir renaît, les chants reprennent.

Malheureusement le scénario semble être plus cruel qu’une tragédie grecque. Pavone foire complètement son penalty en le tirant faiblement dans les bras du goal adverse. C’est fini, il reste encore 8 minutes avant le sifflet final, mais les supporters locaux prennent finalement conscience de la réalité : on descend. Leur rage explose, ils cassent les sièges de leur propre stade pour les jeter contre les policiers protégeant les joueurs qui s’échappent lâchement vers les vestiaires. Les tifosi ne peuvent contenir leur tristesse, tout le monde, d’enfant a vieillard, commence à pleurer. On aperçoit même une larme coulant sur la joue du monsieur de 80 ans à côté de nous. Un cri déchirant perce nos oreilles : “Le River est mort”.

Le River ne pouvait pas descendre.

Ruggero