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Napoli et Naples, quand la ville raconte le club

Dossier Napoli – La semaine dernière, alors que le Napoli de Hamsik et Sarri offrait à Naples l’illusion de pouvoir battre les champions du monde du Real, les Napolitains se nourrissaient d’espoir comme rarement depuis les années Maradona. Dans une ville suspendue au spectacle du San Paolo durant plusieurs jours, FT a visité cafés, bars, taxis et lieux historiques pour respirer, comprendre et raconter la passion du bleu ciel.

« Napoli vive sempre in precario equilibrio tra il fango nel quale striscia e l’estasi estetica che la sua storia e la sua posizione offrono »

« Naples vit toujours dans un équilibre précaire entre la crasse dans laquelle elle traine et l’extase esthétique qu’offrent son histoire et son emplacement » – entendu dans les rues des Quartieri Spagnoli, à Naples

Pour comprendre le Napoli et la passion qu’il engendre, il faut avant tout comprendre Naples. Contraste ; voilà le mot qui résume le mieux la ville du golfe. Le contraste d’une ville qui peut, en l’espace de quelques mètres, te couper le souffle pour sa beauté et te faire chialer pour la crasse dans laquelle elle traîne. Un peu comme le Napoli de mardi dernier contre le Real. Cinquante minutes de domination esthétique contre les champions d’Europe et du monde – puis deux conneries et le choix d’utiliser le marquage de zone pour défendre les coups de pied arrêtés. La beauté pour construire les bases d’un rêve, la crasse pour les détruire. En l’espace de six minutes.

Vomero – Le passé du Napoli
Stadio Arturo Collana, Piazza Quattro Giornate, au coeur du quartier Vomero. L’enceinte, inaugurée en 1929, sera le bercail du Napoli Calcio durant presque 30 ans, de 1933 (date officielle du déménagement de l’Ascarelli au Collana) à 1959. Au-delà du football, le stade et la place sur laquelle il règne ont une importance historique pour la ville toute entière : c’est dans cette arène que la Wehrmacht et les SS regroupaient les juifs du Mezzogiorno avant de les envoyer en Allemagne. Et c’est aussi sur cette place que les napolitains se révoltèrent contre l’occupation nazie lors des quatre jours d’insurrection en Septembre 1943. La première grande ville Européenne à se rebeller avec succès contre les allemands.

Les résultats sportifs de l’enceinte, eux, sont certainement moins impressionnants. En vingt-six années au Collana, le Napoli n’a jamais dépassé la quatrième place de Serie A. Et ce malgré des champions tels Bruno Pesaola et Luis Vinicio, ramenés à coups de millions par l’armateur et président du club Achille Lauro. Mais peu importe, en plus de deux décennies, le Collana s’était trouvé une place dans le cœur des napolitains. Petit et familial – à peine 15 000 places -, il était accessible via les trois funiculaires qui relient la colline du Vomero au centre historique. Sa position au cœur d’un des quartiers de la Napoli Bene, la Naples riche et assoiffée de culture, renforçait l’idée d’un « stade-salon » où l’on venait assister à une pièce de théâtre plutôt qu’à un match de football. Les rues aux alentours du Collana sont d’ailleurs toutes dédiées aux artistes qui ont rendu la ville si grande : Via Scarlatti, compositeur baroque du 17ème siècle ; Piazza Vanvitelli, architecte du Palais Royal de Caserte ; Via Luca Giordano, peintre baroque contemporain de Scarlatti. Le football baigne dans l’art napolitain. La réponse napolitaine à San Siro et la Scala del Calcio.

Or, pour une ville comme Naples, un stade d’à peine 15 000 places est une absurdité tant le club déchaine les passions, et ce pour toutes les classes sociales et toutes les générations. Ce que ressentent les napolitains pour leur club peut se comparer à ce que vit un couple d’adolescents qui tombe amoureux : c’est une obsession. Les napolitains parlent du Napoli à tout moment, partout et avec tout le monde. Ils s’auto-proclament « dei malati » – des malades – qui ont besoin de leur médicament, le maillot azzurro, pour survivre. Forcément, le club est porteur des valeurs napolitaines et plus généralement de l’orgueil du Sud. Naples est aussi l’une des rares villes italiennes avec un seul club de haut niveau. Milan a les deux colosses nerazzurri et rossoneri ; Turin, la Juve et le Toro ; Rome, la Louve et la Lazio. Même Gênes a la Samp et le Genoa. Mais à Naples, il n’existe que le Napoli. Toute la ville est unie derrière son club. Et pour satisfaire cette faim de football, un déménagement dans un stade plus grand était inévitable.

Le pauvre Collana, première vraie maison du Napoli et symbole de l’orgueil napolitain, est aujourd’hui une maison abandonnée. La beauté et la crasse.

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Fuorigrotta – Le présent du Napoli
Pour passer du Vomero à Fuorigrotta, maison du San Paolo, il faut traverser la colline de Posillipo, l’autre grand quartier de la Napoli Bene. C’est ici que la majorité des footballeurs napolitains vit, notamment pour profiter de l’une des vues les plus belles de la ville. Un panorama qui permet à Naples de regarder Rio de Janeiro les yeux dans les yeux. Lors des années dorées, Diego aussi habitait à Posillipo. Il avait même une double résidence : sa « maison de jour », avec sa femme Claudia et ses filles Dalma et Gannina, et sa « maison de nuit », l’Hotel Paradiso, avec ses amies et ses substances. Ironiquement, c’est à l’Hotel Paradiso, avec la beauté du golfe qui s’étend à ses pieds, que le plus grand de tous les temps a commencé sa descente aux enfers. Encore et toujours : la beauté et la crasse.

Tout en haut de la colline de Posillipo se situe le Parc du Virgiliano – connu aussi comme de parc des amoureux. Ici, les jeunes couples napolitains à la recherche d’intimité viennent pour défouler leur passion et leur envie de vivre. Avec plus des trois quarts des moins de 25 ans qui vivent encore chez leurs parents, les bois du parc offrent une confidence que les appartements napolitains ne peuvent assurer. On peut aussi y admirer une vue sur le quartier de Fuorigrotta. En plein centre de ce quartier ouvrier, s’élève, énorme et fier, métallique et gris, le San Paolo. Avec deux anneaux et une capacité de 60 000 spectateurs (« Mais je vous assure qu’à l’époque de Diego il y avait au moins 80.000 personnes » affirme Mario au volant de son taxi) le San Paolo est probablement le seul stade au monde où l’ambiance ne souffre pas de la présence d’une piste d’athlétisme.

Le déménagement du Vomero à Fuorigrotta a bouleversé pour toujours la manière de vivre le football des napolitains. Il ne peut exister deux quartiers plus différents que le Vomero et Fuorigrotta. D’un côté, un quartier bourgeois, bien-pensant et tranquille ; de l’autre, un quartier populaire, délabré et explosif. L’arrivée au San Paolo a, si possible, rendu la passion pour le Napoli encore plus obsessive et a démocratisé le support du club. Avec un stade à deux pas de chez lui, l’ouvrier napolitain s’est forcément senti partie intégrante du Napoli. En effet, à moins de deux kilomètres du stade, à la frontière entre Fuorigrotta et le quartier de Bagnoli, se trouvait l’usine de l’Italsider, monstre italien de la sidérurgie, qui au pic de son succès donnait du travail à près de 10 000 hommes. Parmi eux, un certain Amerigo Sarri, père de Maurizio. Ce monstre écologique, vrai poignard dans le coeur de la beauté de la ville, a fermé en 1992. Mais ses restes sont encore là, juste devant la mer et l’ile de Nisida, pour rappeler à tout le monde que la beauté et la crasse sont deux concepts inséparables à Naples.

Le San Paolo est maintenant reconnu à la quasi-unanimité comme le stade le plus chaud de la Botte. C’est l’une des seules enceintes italiennes où les chants des supporters ne viennent pas uniquement des virages, mais aussi des tribunes d’honneurs et des distinti. Exemple parfait de cet engouement total, les premières minutes du match de mardi dernier, avec les 60 000 du San Paolo qui chantent tous ensemble le nouvel hymne officieux du club : « Un giorno all’improvviso, m’innamorai di te ». Une passion qui vit en parallèle avec les dangers auxquels la ville doit faire face. A l’époque de Diego, les célébrations du San Paolo étaient si brutales que les sismographes de la ville, qui monitorent constamment les caprices volcaniques du Vésuve, relevaient des petites secousses à chaque but du Napoli. Le Vésuve mériterait un discours à part vu l’importance qu’il a dans l’imaginaire collectif de la ville et des tifosi, qui lui ont dédié plusieurs chants inoubliables de l’univers Napoli, dont le fameux « Nous sommes les fils du Vésuve ». Majestueux et dangereux, puits de vie et de mort, il est le rappel de la menace constante avec laquelle doit vivre Naples et incarne au mieux le contraste inhérent qui caractérise la ville.

Bagnoli et Marechiaro – Le rêve impossible d’un stade au bord de la mer
De Laurentiis ne cesse de souligner l’importance d’avoir un stade « à la hauteur des ambitions du club ». D’après les dernières nouvelles, il semblerait qu’il ait été convaincu par Luigi De Magistris, maire de Naples, de rester au San Paolo en échange de financements publics pour la rénovation de l’enceinte. Une bonne nouvelle pour les amoureux du vintage, une mauvaise pour ceux qui espéraient un nouveau chapitre dans l’histoire du club. En 2012, De Laurentiis avait annoncé son intention de construire un nouveau stade à quelques pas de la mer, pour que l’azzurro des maillots se mélange avec les couleurs de la Méditerranée. Une idée grandiose et en même temps complétement irréalisable, vu le manque d’espace le long du littoral napolitain.

Mais qu’est-ce que ça aurait été beau ! Il suffit d’imaginer un nouveau San Paolo, plus petit, compact mais fusionnel, situé à quelques mètres de l’eau, pour avoir des frissons. Et qui sait, il aurait pu être construit sur les restes de l’Italsider à Bagnoli, pour faire triompher métaphoriquement la beauté sur la crasse qui ruine cette ville. Ou bien à Marechiaro, petit quartier au bord de l’eau pas loin de Posillipo, un autre des joyaux de la ville du golfe. Un quartier connu pour ses restaurants de mer idylliques, comme Al Faro ou Cicciotto. Le jour du match mardi dernier, on pouvait y observer de nombreux supporters madridistes aisés et quelques officiels du club essayant tant bien que mal de trouver dans la nourriture locale de luxe et la vue unique sur la mer un refuge face à la passion du reste de la cité.

Le bureau du concierge de l’immeuble en face du Collana…

Malgré ce rêve irréalisable, le futur du club est prometteur et plein d’espoir. Sarri l’a dit lui-même, dans sa conférence de presse d’après-match : « Au coup de sifflet final, notre milieu de terrain le plus vieux était né en 1994. Diawara, Rog, Zielinski font partie du patrimoine du club et feront les beaux jours du Napoli du futur ». Après tout, les napolitains ne désirent qu’une chose : que leurs azzurri ramènent le Scudetto aux pieds du Vésuve. Les célébrations pourront avoir lieu au Collana, au San Paolo ou dans un nouveau stade au bord de la mer, la fête sera de toute façon inoubliable. Et la beauté de la ville et de son golfe reprendra à nouveau le dessus.

Par Ruggero

P.S. Conseil de lecture pour mieux comprendre la relation entre la ville et son équipe : Il resto della settimana de Maurizio De Giovanni

Crédits photos : Markus Kaufmann / Fautetactique.com 

Dossier Napoli :

En Taxi à Naples

FT y était – Chelsea-Napoli : Une tragédie en bleu et gris

Dossier Napoli – En taxi à Naples

Dossier Napoli – La semaine dernière, alors que le Napoli de Hamsik et Sarri offrait à Naples l’illusion de pouvoir battre les champions du monde du Real, les Napolitains se nourrissaient d’espoir comme rarement depuis les années Maradona. Dans une ville suspendue au spectacle du San Paolo durant plusieurs jours, FT a visité cafés, bars, taxis et lieux historiques pour respirer, comprendre et raconter la passion du bleu ciel.

Mardi 7 Mars, 13h00. Le taxi de Mario est garé au coin de la rue Gioachino Rossini et de la rue Vincenzo Gemito, dans le Vomero. À deux pas, la place Quattro Giornate – en hommage au soulèvement populaire napolitain contre l’Allemagne nazie en 1943 – accueille le Stadio Arturo Collana, foyer du Napoli jusqu’en 1959 sous le nom de Stadio della Liberazione. Des rues aux noms de compositeurs et sculpteurs, un fait historique qui respire le courage et la liberté, et un stade de football. Aux pieds de cette richesse culturelle, Mario termine sa clope et fait signe que son petit véhicule est libre. Direction le San Paolo, en passant par la colline du Posillipo, le Parco Virgiliano et l’Hotel Paradiso, témoin des « autres exploits » de Diego Maradona dans les années 80.

La conversation démarre inévitablement sur le match de la soirée, que l’on a surnommé ici le « match du siècle » depuis le tirage au sort en décembre dernier. Le football ne pouvait offrir meilleur contraste entre l’aristocratie du Real Madrid tout puissant et l’âme rebelle du Napoli rêveur. Ainsi, depuis quelques jours, toutes les discussions de bar commencent et se terminent par le même mot, tel un rituel, tel un appel aux forces supérieures du jeu : « Speriamo ». Espérons. Mario ne contourne pas la règle et lâche d’emblée cette prière sportive. « Speriamo… Espérons que notre fantaisie ait l’occasion de faire la différence, tout dépend de notre solidité derrière… Ce qui me fait peur dans le Napoli de cette saison, c’est la défense. On n’est pas assez méchants. L’équipe de Maradona, elle avait une arrière-garde terrifiante. Bruscolotti, c’était une véritable brute, tu ne voulais pas le toucher. Garella, le gardien, il était moche comme un monstre ! Les adversaires préféraient tirer de loin plutôt que de le voir de près. Quand je jouais au foot, j’étais moi-même défenseur, donc j’aime penser que je sais de quoi je parle. Même à 15 ans, l’entraîneur nous disait toujours que si ton adversaire est plus grand et plus fort que toi, tu dois trouver un autre moyen de sauter plus haut que lui. Le mieux, c’est de l’empêcher de sauter tout court. En lui marchant sur les pieds, par exemple. Il répétait toujours : allez-y sans hésiter, vous n’êtes pas là pour vous faire des amis, mais n’oubliez jamais de vous excuser après. Je passais tout le match à dire « oh, pardon ». » (Ndlr : un conseil tristement pertinent quelques heures avant les deux envolées de Sergio Ramos…)

Curieusement, Mario ne partage pas que le Napoli  et ses solides connaissances footballistiques avec Maurizio Sarri. Il y a aussi une subtile mais indéniable ressemblance physique, avec cette mine d’homme mature que rien ne peut surprendre. Derrière les lunettes aux airs graves, il y a un regard aussi malin que méfiant. Enfin, il y a la clope, qui poussera notre guide à faire une pause pour « prendre l’air » au bout d’une demi-heure. « Ce soir je n’irai pas au San Paolo, mais j’ai tout préparé pour ne pas manquer le match », annonce-t-il fièrement en jetant un coup d’oeil dans le rétroviseur pour s’assurer que le public est attentif. « Cette fois ce n’était pas gagné, mais j’ai tout un stratagème… Il se trouve que mon fils arrive à l’aéroport à 20h30 en provenance de Sofia, où il est allé passer quelques jours avec sa copine. Normalement, en tant que bon papa taxi, je vais toujours le chercher. Mais là c’est impossible, le Napoli joue. Donc tout à l’heure j’arrêterai ma journée à 14h30 et j’irai garer le taxi à la maison. Là je prendrai la voiture familiale et j’irai à l’aéroport. Je garerai la voiture sur le parking et je rentrerai en bus pour arriver à temps chez moi pour le match. On a tout préparé en avance la semaine dernière : mon fils a les clés de réserve de la caisse avec lui, il n’a plus qu’à récupérer la voiture sur le parking pendant que je regarde le match à la maison. »

« Avant, j’allais tout le temps voir mon Napoli au stade, mais je n’y vais que rarement ces jours-ci. Je préfère voir le match avec les miens, sur le canapé familial. J’ai tout un rituel, que j’appelle la ‘’pre-configurazione Napoli’’ Je suis assis au milieu du canapé, le visage en avant droit devant la télé. À ma droite, mon fils. À ma gauche, ma femme. Sur l’autre canapé, il y a mon beau-père, mon beau-frère et sa femme. Le volume de la télé est mis à 33. Comme l’âge du Christ, évidemment. Ensuite, je laisse la porte entrouverte, parce que les voisins sont aussi tifosi du Napoli, et c’est toujours beau de célébrer les buts avec eux. Enfin, je prépare une bouteille de spumante que je mets au frais lorsque le Napoli mène 1 à 0, au cas où… »

Parler de Bruscolotti, Garella et Maradona dans les rues de la Naples de 2017 conduit naturellement le débat sur les célébrations du Scudetto de 1987, il y a 30 ans… « Le soir de la victoire du Mondial 2006, si je me rappelle bien, Naples a fait la fête jusqu’à 1h, peut-être 1h30 du matin. Parce que l’homme qui a soulevé la coupe est napolitain, il ne faut pas l’oublier. D’ailleurs il vient de Fuorigrotta, le quartier du San Paolo. Naples est du Napoli avant tout. En 1990, par exemple, quand l’Argentine de Diego est venue jouer contre l’Italie, le San Paolo avait choisi son camp et n’avait pas eu peur de se mettre à dos toute l’Italie… Donc vous pouvez imaginer que les célébrations du Scudetto à Naples, c’est différent de tout ce que j’ai connu dans la vie. Une autre planète. On a fait la fête jusqu’à l’aube. Ma femme était enceinte de 7 mois, la pauvre on a couru partout dans la ville… »

Trente ans après, la passion reste-elle intacte ? Que peut-on espérer  de plus après avoir vécu sept années de Maradona ? « Aujourd’hui, je continue à suivre le foot avec le même enthousiasme, voire plus, parce que je veux que mes enfants vivent un Scudetto à Naples. J’ai envie de les voir vivre cette joie, de la partager avec eux, parce que c’est unique. Le lendemain du titre, avec les autres taxis on avait tous accroché un fanion bleu ciel à notre antenne de radio. Le matin, j’étais allé faire des courses à l’aéroport. Imaginez une centaine de taxis habillés du bleu ciel du Napoli qui klaxonnent en allant chercher tous les hommes d’affaires venus du Nord, tous des juventins, intéristes ou milanistes. C’était fantastique. C’est pour ça que Maradona nous a tellement donné… Au fond, je pense qu’en tant qu’homme il était peu apprécié par le peuple napolitain, à cause de toutes ses conneries et du fait qu’il ratait les entraînements. Mais une fois qu’il entrait sur le terrain, ce qu’il était capable de faire nous faisait tout oublier. C’était littéralement merveilleux. Ma grand-mère, qui avait 86 ans au moment du premier Scudetto, répétait toujours : ‘’mais qu’est-ce qu’il fabrique encore, le Muratore ?’’ (Ndlr : maçon, en italien). Il a atteint le cœur de tous les napolitains, il faisait partie intégrante de la ville. La semaine avant le second Scudetto, j’étais allé chercher deux journalistes espagnols venus couvrir l’événement et je les avais conduits partout pendant toute la semaine. J’avais donc accès avec eux aux vestiaires… Regardez, ça c’est une photo avec Diego. Cette équipe, c’était un autre monde. Aujourd’hui, on vit une période agréable avec De Laurentiis. Mais ce n’est pas pareil, disons que c’est une belle réalité. D’ailleurs, en parlant de réalité, j’ai aussi une photo avec le Traître… »

Propos recueillis par Markus et Ruggero

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FT y était – Chelsea-Napoli : Une tragédie en bleu et gris

De la délicatesse antique de Mesut Özil

Mardi soir, Arsenal jouait sa survie européenne face au Dinamo Zagreb à l’Emirates Stadium. Dans ce morceau de modernité qui nous annonce un football au futur plus commercial que culturel, le Nord de Londres a assisté à un combat sensible entre l’authenticité old school de Mesut Özil et la modernité concrète d’Alexis Sánchez.

Emporté à toute vitesse par le souffle modernisateur de l’industrie du spectacle et poussé sans frein par sa popularité croissante, le football a changé. Alors qu’il était autrefois la scène d’un théâtre de sentiments populaires et de voix cassées, le jeu est devenu un enjeu commercial. Et dans cette bataille-là, en 2015, l’Emirates Stadium est certainement l’un des vaisseaux les plus futuristes de notre galaxie. Un vaisseau peuplé par une armée silencieuse qui n’a pas fait le poids face à la centaine de Croates présents dans le froid glacial de Londres. Parce que les tribunes anglaises ont changé, et le terrain aussi. La légende raconte qu’autrefois, le football britannique était fait de ballons volants et d’os cassés…

Fighting spirit et génie rêveur

À la 20e minute, le Barça mène déjà 2-0 au Camp Nou, tandis que les retardataires n’ont pas fini de remplir l’Emirates. C’est le moment que choisit Alexis Sánchez pour faire revivre un moment de pure british football. À la lutte sur son côté gauche, le Chilien se livre à un combat de boxe avec son adversaire direct. Après un coup d’épaule encaissé, puis un deuxième, le Chilien finit par perdre l’équilibre et rendre le ballon. Mais il ne s’arrête pas là. Jamais résigné, il se relève et part harceler son adversaire comme s’il s’agissait d’une affaire de famille. À la suite d’un sprint d’une vingtaine de mètres, il laisse exploser un tacle aussi propre que périlleux et récupère le ballon sous les applaudissements. Le fighting spirit existe encore, mais il s’exprime aujourd’hui dans le corps d’un attaquant sud-américain d’1m69.

Seulement, il n’existe pas chez tout le monde. Alors que Sánchez semble vivre pour les contacts et les duels, Mesut Özil vit pour les éviter. Dans ses mouvements, ses courses et ses dribbles, le meneur respire la fragilité. Placé en plein milieu du terrain entre les courses infatigables d’Alexis et l’hyperactivité de Cazorla, Özil trimbale son allure flegmatique avec une discrétion élégante et une discontinuité naturelle. C’est délicat, insaisissable, fascinant, étonnant. Un talent déconnecté. Sur les phases sans ballon, Özil ressemble à un enfant réservé qui ne s’implique pas dans les démarches collectives des groupes de son âge. Il est planté là, sur la pointe des pieds, l’air dubitatif. Comme s’il dormait sans fermer les yeux. Quand Sánchez tacle, gagne un duel, se relève puis enchaîne cinq petits contrôles de la tête pour se dégager du marquage, Özil regarde. Quand Flamini et Monreal se jettent pour mettre le pied sur le ballon, Özil regarde. Quand Bellerín accélère et remonte tout le terrain en un instant, Özil regarde, encore.

Vestige et modernité

Presque détaché de ceux qui l’entourent, Özil dégage un flegme que les Anglais, au fond, doivent savoir apprécier. Surtout, il transmet une certaine allergie à la violence et aux contacts. Placé à droite sur son pied gauche, sa conduite de balle ressemble à un numéro d’équilibriste. Les yeux à peine ouverts, il a l’air faible, mou, trop doux. Lorsqu’il demande le ballon, Özil se contente d’un signe de la main discret – un seul – et abandonne rapidement sans s’énerver. Un observateur non averti pourrait y voir de la négligence et un manque d’implication grossier. Alors que Messi, Robben ou encore Sánchez aiment répéter et multiplier les touches de balle pour donner plus de consistance et de souffle à leur conduite de balle, Özil semble adopter une tout autre philosophie : dans un autre souci de réserve, peut-être, Özil aime laisser rouler le ballon et le contrôler une fois sa course lancée, et exclusivement du pied gauche. Et même lorsqu’il porte les offensives des siens, ses touches de balle se limitent toujours au strict minimum. En clair, Özil semble venir d’un monde où les écrans de télévision sont encore en noir et blanc. On l’imagine facilement caresser un ballon de cuir lourd et jouer au ralenti au milieu de joueurs moustachus aux shorts courts.

Si Özil est aussi énigmatique en cette soirée pourtant anecdotique d’un match de poule de C1, c’est parce que la modernité semble jaillir partout autour de lui, comme si elle venait tester sa résistance. Il y a l’Emirates, en tout premier lieu. Mais ce stade a le secret pour se faire oublier, au contraire d’Alexis. Quand Özil exerce son pressing trompe-l’œil, Alexis part glisser sur une dizaine de mètres pour tenter de sauver un ballon perdu dans le gouffre de la ligne de fond. Le Chilien est l’archétype du footballeur moderne, un vrai attaquant post-Ronaldo. En un même match, son explosivité lui permet de tacler, sauter, rebondir, tirer, dribbler, marquer, passer, gicler. Héros venu de l’autre bout du monde avec un prénom facilement prononçable pour la fanbase internationale des Gunners, Alexis est né pour briller en Premier League. Mais ce n’est pas tout. Si Özil fait contraste, c’est aussi parce que Santi Cazorla. Au milieu des tentatives de jeu ibérique de Wenger, l’Espagnol dicte le tempo, gère la conservation du ballon, oriente et fait parler sa science de la possession, un autre concept adoré par notre modernité. Qui plus est, Cazorla joue parfaitement des deux pieds, comme s’il venait du futur.

Délicatesse silencieuse

Alors que ces deux joueurs parlent facilement à l’observateur lambda, Özil est bien plus difficile à cerner. Özil est champion du monde avec la Mannschaft, mais il est aussi l’un des plus grands artisans du football de contre de Mourinho à Madrid. Alors que Cazorla joue des deux pieds, l’Allemand ne jure que par l’hémisphère gauche de son corps à l’allure maladroite. Özil, c’est la possession sans le pressing. Özil est un parti pris. Et mardi soir, ainsi, l’Emirates avait les yeux fixés sur les courses d’Alexis plutôt que sur les mouvements furtifs de l’Allemand. Si les efforts répétés d’Alexis sont une œuvre intéressante et révélatrice de l’évolution du football des années 2010, l’œuvre d’Özil ressemble aux vestiges d’un jeu enterré qui n’est plus visible à l’œil nu.

À Madrid, après 3 années de bons et loyaux services, 27 buts, 81 passes décisives et une infinité de contre-attaques orchestrées aux côtés de Benzema et Cristiano, Özil avait fini par se faire remplacer définitivement par l’hyperactivité plus « moderne » de Di María et Modrić. L’an passé à Londres, nombreux sont les observateurs de la Premier League qui auraient aussi aimé le remplacer par un milieu offensif plus « concret » . Mardi soir, il a une nouvelle fois joué son jeu de numéro 10 authentique : une note mélodieuse mais presque insaisissable, noyée au milieu d’un concert de football-spectacle. Une note que tout l’Emirates n’a pas remarquée, mais qui a touché le cœur de ceux qui ont bien voulu l’écouter.

Markus, à l’Emirates Stadium 

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Article publié le 30/11/2015 sur SOFOOT.com

Brésil-Venezuela, à l’Estadio Monumental

thiago silva robinho

En s’imposant 2-1 grâce aux buts de Thiago Silva et Firmino sur la musique d’un bon Robinho, le Brésil a chopé la première place du groupe C, éliminé le Venezuela et qualifié la Colombie. Après avoir longtemps cru retrouver sa sérénité, des changements discutables et une fin de match angoissée ont replongé les hommes de Dunga dans le doute. En quarts de finale, la Seleção affrontera le Paraguay.

Le décor est le même, mais la scène a changé. Alors que le Brésil était arrivé mercredi dernier en pleine confiance dans un stade déguisé pour l’occasion en enfer colombien, le groupe de Dunga est entré ce soir sur la pointe des pieds dans la même enceinte du Monumental de Colo-Colo. Devant les 33 284 spectateurs et quelques sièges vides, le match aura permis d’observer – à défaut d’admirer – l’application erronée du concept préféré de Dunga : le « contrôle du jeu ». Une entame faite de possession sans risque, un but sur corner de Thiago Silva et une accélération de Willian pour doubler la mise en début de reprise. Et puis, enfin, un petit but encaissé et une montagne de doutes : six défenseurs sur la pelouse, un bloc assiégé dans sa propre surface, Dani Alves seul en contre-attaque et une sélection vénézuélienne réveillée. Pour rien, finalement.

Leader Robinho

Alors que les arbitres avaient quitté le Brésil avec une insulte et un coup de pression de Neymar à la dernière seconde du match contre la Colombie mercredi, ils retrouvent la Seleção avec un câlin de Robinho, très entreprenant dans tous les sens, dès la deuxième minute. Sept tours d’horloge plus tard, une transversale d’Elias et trois passements de jambe de Dani Alves suffisent pour que le Brésil retrouve des couleurs et du son. Certainement pas de la samba, mais quelques « Brasil, Brasil, Brasil » sincères. Et c’est déjà pas mal. L’inattendu Robinho vient alors prendre le ballon et tirer le corner. Thiago Silva est en dehors de la surface, prêt à jaillir. Une feinte de corps, puis une deuxième, et le pauvre Andrés Tuñez est dépassé : volée du droit et 1-0. Puissant, physique et appliqué, le Brésil semble retrouver le style dunguesque de ses derniers matchs amicaux.

Le reste de la première période est la combinaison de deux notes qui sonnent comme le vieux Milan de Massimiliano Allegri : un Thiago Silva impérial qui place sa tête un mètre au-dessus de celle de Rondón à l’occasion de chaque duel aérien, mais aussi un Robinho aux envies fantasques. Un coup du sombrero, une série de passements de jambe en pleine course et même une reprise de volée sans contrôle. Avec 45 ballons touchés, Robinho porte même le costume de guide offensif de la Seleção, même si cette dernière joue au ralenti. Mise à part une bonne volée de Filipe Luís repoussée en corner, la maladresse de Firmino et la timidité de Coutinho sont les seuls faits intéressants de la première période. En face, le Venezuela est orphelin de son numéro 9, kidnappé par Thiago Silva et Miranda.

De la sérénité au désordre

Virtuellement éliminé, le Venezuela pousse, et le Brésil découvre des espaces jusque-là cadenassés. Si Robinho est encore aux platines, c’est à Willian de mener la danse. Lancé en contre par Robinho, le joueur de Chelsea accélère une première fois, mais Firmino n’a pas suivi. À la 51e, une nouvelle accélération de Willian sur le côté gauche casse des reins vénézuéliens : centre de l’extérieur du pied et finition à bout portant de Firmino. 2-0 ! Le Venezuela répond timidement via un coup franc puissant du capitaine Arango, mais Jefferson s’interpose. Peu après l’heure de jeu, Dunga fait tourner : Tardelli pour Firmino devant, et David Luiz pour Coutinho. Le Parisien se place au milieu en sentinelle. À un quart d’heure du terme, c’est au tour de Marquinhos d’entrer en jeu pour Robinho : le marquis se place en latéral droit et Dani Alves monte d’un cran. Six défenseurs brésiliens sont sur la pelouse, en plus d’Elias et Fernandinho. Alors que le Venezuela jette désespérément ses dernières forces dans la bataille, David Luiz trouve le temps de se montrer : passements de jambe, ciseau acrobatique (puissant et cadré), coups de casque spectaculaires et fautes vulgaires.

Mais alors que le destin semble scellé, un coup franc vénézuélien change tout. Frappe puissante, semi-parade de Jefferson, poteau et reprise de la tête de Miku. 2-1 ! Tous les supporters de la Vinotinto, qui n’y croyaient absolument plus, se lèvent subitement comme s’ils avaient été réveillés au milieu de la nuit, et une bonne partie du public chilien se marre à l’idée de voir le Brésil souffrir. Celui-ci termine finalement son match en souffrance dans sa propre surface, et Dunga ne peut s’empêcher de se brosser frénétiquement les cheveux. À défaut d’avoir retrouvé de la sérénité dans le jeu, la Seleção a tout de même retrouvé le chemin de la victoire, et celui des quarts de finale. Son rival sera le Paraguay, son bourreau de la dernière édition. Une opposition au bloc compact et au potentiel d’agressivité intéressant qui devrait lui compliquer la vie.

Markus, à l’Estadio Monumental, Santiago

Lire l’article sur sofoot.com

Article publié le 22/06/2015 sur SOFOOT.com

Chili-Bolivie, à l’Estadio Nacional

Jorge Valdivia

Grâce notamment au doublé de Charles Aránguiz, à la tête plongeante d’Alexis et au piqué de Medel (5-0), le Chili a obtenu la première place du groupe A avec la manière. Le roi Arturo Vidal a été pardonné par la plèbe chilienne, avant de sortir à la mi-temps.

On aurait pu imaginer Arturo Vidal en gladiateur et l’Estadio Nacional de Chile en Colisée au moment de l’entrée des joueurs sur le terrain ce soir à Santiago. Un homme à pardonner, un poids à porter et un jugement très attendu. Empereur d’un soir, l’enceinte aux murs blancs et aux âmes rouges n’a pas hésité une seule seconde : pouce en l’air et pardon unanime. Le milieu juventino a tout simplement été le Chilien le plus applaudi par la plèbe. Après n’avoir jamais rien gagné en un siècle de tentatives, le Chili semble s’être fait assez d’ennemis pour commencer à se tirer des balles dans le pied. Rey Arturo, lui, a joué au bon soldat. Des remerciements à droite, pour la tribuna Andes, puis à gauche vers la tribuna Pacifico, et quarante-cinq minutes de pressing, de sacrifice et de générosité envers ses coéquipiers. Qui sait, c’est peut-être cette discrétion qui a permis à Charles Aránguiz de briller autant, alors que le milieu s’était montré bien plus en retrait qu’au dernier Mondial jusque-là dans la compétition. Dès la troisième minute, le milieu de l’Internacional profite d’un contrôle involontaire de Vargas à la suite d’un long ballon pour lancer la rencontre : 1-0.

Cirque de toque et Valdivia

Si le speaker de l’Estadio Nacional rappelle de respecter l’hymne d’un « pays frère » dans une enceinte rouge d’impatience, ça n’empêche pas une partie du public chilien d’accompagner les premières notes de l’hymne bolivien par des sifflets. Un manque de classe né d’une rivalité datant de 1884 qui fait contraste avec l’élégance moderne du 4-3-1-2 chilien. Valdivia dessine de jolies courbes dans son costume rafraîchissant de numéro 10 à l’ancienne. Passements de jambes, déviations, coups du sombrero. Marcelo Díaz ordonne, corrige et lance un système de toque à la dynamique séduisante, dans lequel les courses incessantes d’Aránguiz, Vargas et Vidal sont académiquement fabuleuses. Seul Sánchez bégaye ses gammes en début de match, mis à part un crochet tranchant qui fait presque tomber tout Santiago.

Mais si le Chili joue beau, ni le but ni l’ambiance heureuse ne suffisent pour calmer Sampaoli, dont le crâne luisant se balade d’un bout à l’autre de son banc de touche. Pourtant, son Chili contrôle, dirige et mène un adversaire aux ressources plus rares que le Mexique et l’Équateur. Une équipe bolivienne qui, du haut de ses 23 ans d’âge moyen, n’a pas les armes pour rivaliser. Pablo Escobar, numéro 10 bolivien au flair gargantuesque, n’y peut rien. Et même le sens de l’ordre et de l’espace du suédois Martín Smedberg n’y font rien. Le match est à sens unique : d’ailleurs, avec 4 points, la Bolivie est déjà qualifiée.

Une fête cinq étoiles

Sur un contre à la 37e minute, Sánchez décale à droite sur Valdivia, qui la remet dans la surface. Alors que le ballon semble perdu, le joueur d’Arsenal se jette pour le reprendre dans le meilleur style de tête plongeante d’Henrik Larsson. 2-0 ! Loin des projecteurs, Gary Medel saute dans les bras de Claudio Bravo dans l’autre surface, alors que Sampaoli poursuit sa marche anxieuse, dos à ses joueurs, dos au but, dos à la joie. Une ola est lancée trois minutes plus tard dans l’euphorie de l’obtention de la première place du groupe. Elle fera deux tours de stade, le temps de déconcentrer le tir de Vargas, surpris de se retrouver tout seul au point de penalty. Mi-temps. De retour des vestiaires, Sampaoli sort Vidal et Sánchez, et lance Matí Fernández et Ángelo Henriquez. Mauricio Soria, sélectionneur bolivien, lance aussi sa rotation avec les entrées de Bejarano et Miranda. Mais la domination ne change pas de côté pour autant.

Peu après l’heure de jeu, un énième mouvement collectif raffiné permet même à Matí Fernández de participer à la fête et à Aránguiz de signer un doublé. 3-0. Une avance confortable qui permet au génie David Pizarro d’entrer en jeu sous les « Pizaaaaaaaarro, Pizaaaaaaaro » de Santiago. À dix minutes du terme, alors que les Boliviens se montrent terriblement maladroits sur leurs rares manœuvres, c’est l’inattendu Gary Medel qui vient couronner un nouveau cirque de passes courtes. Alors que l’hymne chilien résonne dans le stade, enfin, le pauvre Ronaldo Raldes ponctue le spectacle d’un but contre son camp cruel. Manita. Deux jours après un scandale qui a secoué les esprits de tout un pays, quatre-vingt-dix minutes très bien orchestrées ont suffi pour passer à autre chose, à savoir les quarts de finale.

Markus, à l’Estadio Nacional de Chile, Santiago

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Article publié le 20/06/2015 sur SOFOOT.com