Archives pour la catégorie FT y était

On a vécu la défaite argentine à Buenos Aires

Argentina

Hier après-midi, Buenos Aires a beaucoup rêvé de sa soirée, de ce match, d’une victoire et des couleurs qu’auraient pu avoir les prochaines années… Hier après-midi, l’Argentine pouvait devenir championne du monde. Une troisième étoile attendue depuis 28 ans. Mais après une nuit de pleurs, de chants et d’incidents, la finale a laissé place aux regrets. Car si le parcours fut beau, ici on n’oublie pas Carlos Bilardo : « Le football est joué pour gagner… Les spectacles sont bons pour le cinéma, le théâtre… Le football, c’est autre chose. Certaines personnes confondent !»

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FT y était – On a dit adieu à Javier Zanetti

Hommage a  Javier Zanetti

Samedi soir, Milan disait « Grazie » à trois de ses héros : Javier Zanetti, Diego Milito et Walter Samuel. Trente-quatre années d’Inter à eux trois. Dix-neuf saisons pour le seul Javier. Les supporters, les ultras interdits de stade, les vieux messieurs qui ont longtemps cru ne plus jamais voir le sommet, les petits garçons qui n’ont pas connu les années difficiles, et les Milanistes respectueux et même admiratifs devant un tel monstre sacré du football. Tout Milan, donc. Une journée, un match, une fête, une victoire, une cérémonie officielle et une autre cérémonie, minuit passé, avec les ultras. Samedi, c’était soirée Zanetti. Continue la lecture

FT y était : FK Partizan – FK Sloboda Užice

À cent mètres du club où Djokovic a fait ses premiers pas et à deux cents mètres du « Marakana » des ennemis de l’Étoile rouge, le FK Partizan jouait ce dimanche en Jelen SuperLiga contre le FK Sloboda Užice, un club nommé « Liberté ». FT y était.

FT y était : FK Partizan – FK Sloboda Užice

Article écrit par Faute Tactique sur SOFOOT.com le 26/09/2012.

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FT y était : POLOGNE vs RUSSIE

FT y était : Pologne-Russie

EURO 2012, Groupe A, 12 Juin 2012. On était au Classico slave.

Pologne vs Russie. Du football, des slaves et de la peur. A l’heure du foot business et de l’amitié entre les peuples made in UEFA et sponsorisée par McDonalds, qui du ballon rond ou de la haine l’emportera ? Bien entendu, tous les détenteurs du brevet des collèges se souviennent que Pologne-Russie est un Classique de l’Histoire. Au cas où, la masse de journalistes consciencieux faisant bien leur boulot est évidemment revenue en long et en large sur les « quelques » conflits qui opposèrent les deux nations au cours du XXe siècle, XIXe siècle, XVIIIe siècle, XVIIe siècle, XVIe siècle, XVe siècle, etc. La Russie est d’ailleurs un bon client pour ces correspondants plus ou moins sportifs : le pays ayant fait la guerre à presque toute l’Europe, n’importe quel match de la « Sbornaya » est prétexte à un papier revisitant les blessures de l’Histoire. Mais laissons un moment la guerre aux soldats et l’Histoire aux historiens. Non, ce match est chaud car ce qui sépare les deux pays dépasse les siècles et traduit en réalité deux visions du monde. Pologne vs Russie, c’est surtout Zubrowka vs Russkii Standard. Chopin vs Tchaïkovski. Everlast vs Bosco Sport. Le plombier vs l’oligarque. L’Europe Centrale vs l’Eurasie. Un Premier Ministre prénommé Donald vs Vladimir Vladimirovitch Poutine. Jean-Paul II vs Alexis II. Kasia Smutniak vs Irina Shayk. Bref, deux idéologies rivales.

Zakuski et avant-match

Ce 12 juin 2012, Varsovie se réveille avec le soleil. « Belle journée pour commencer une guerre ! » nous annonce le chauffeur de taxi avec un grand sourire. « Vous n’êtes pas russe au moins ? » enchaîne-t-il. Au ton de sa voix, on comprend qu’il vaut mieux ne pas répondre « da ». En réalité, au pays adoptif d’Obraniak, l’optimisme n’est guère de mise. Car la Russie fait peur. Pour une fois, la faute ne revient pas à ses chars, à son arsenal nucléaire ou à Fedor Emelianenko, mais à 11 jeunes hommes en short, et à la manière avec laquelle ces derniers ont atomisé les Tchèques. Or la Pologne est chez elle, co-organise la compétition, et a grillé son joker face aux grecs. On ne rigole pas avec l’honneur de ce côté du Mur, et s’il est interdit de faire moins bien que les Ukrainiens, il est vital de serrer les fesses face à des russes archi-favoris. « Nous avons conscience que notre équipe n’est pas terrible et que nous ne gagnerons certainement pas l’Euro. Mais nous devons battre les russes, nous n’avons pas le choix », nous explique Adam sur une terrasse de café ensoleillée en face du palais royal de Varsovie. Malgré cette angoisse, l’ambiance est festive. Le rouge et le blanc sont partout. Les féroces lions de granit du palais présidentiel arborent des écharpes « Tylko Polska » (Seulement la Pologne) et (coïncidence ?) même Jean-Paul II apparaît vêtu de rouge et blanc sur les affiches des églises.

De leur côté, les Russes ont fait le déplacement en nombre, à tel point qu’il semble que tout Kaliningrad a traversé la frontière. On aimerait décrire une ambiance conflictuelle et lourde de tension, ça ferait vendre. Mais notre honnêteté intellectuelle nous oblige à reconnaître que l’atmosphère est plutôt bon-enfant et familiale. A vrai dire, supporters polonais et russes se ressemblent comme deux goutes de vodka : le crane des premiers est peut-être plus rasé, et les seconds transpirent sans doute davantage sous leur maillot d’hockey sur glace. Mis à part çà, un même constat : les maillots serrés ne vont définitivement pas aux grands buveurs de bière, Nike et Adidas devraient s’occuper de ce marché. L’heure du match s’approche, mais Russes et Polonais sont des bon-vivants, et les deux nations savent qu’une vrai fête se reconnaît au before et à l’after. De ce point de vue, il faut avouer que les Russes ont fait très très très fort. Les visiteurs n’ont rien trouvé de mieux que d’organiser une « marche russe » en plein Varsovie pour célébrer le 12 juin, fête nationale de la Russie qui célèbre l’indépendance du pays. Les Russes eux-mêmes n’ont pas encore très bien compris de qui ils étaient devenus indépendants exactement, mais bon, carpe diem, on ne va pas perdre une occasion de faire la fête, et tout excuse est bonne pour rater Grèce vs République tchèque. Comme les invités sont des gens bien élevés, les GO russes ont même demandé l’autorisation aux autorités polonaises, lesquelles la leur ont gentiment accordée. Amitié entre les peuples ou pompiers pyromanes ? Toujours est-il qu’au pays du massacre de Katyn, la vision de russes défilant en maillot CCCP ou avec le drapeau impérial Noir-Jaune-Blanc en tête de gondole est aussi difficile à avaler qu’une vodka frelatée cul sec. Bref, des excités viennent de rejouer l’Idiot, et tout le monde sent que Crime et Châtiment ne vont pas tarder à suivre.

Car inévitablement, le comité d’accueil est au rendez-vous, et porte plutôt bien le crane rasé et le jogging Lonsdale. Bastons, jets de pierre et pétards répondent ainsi à la provocation russe. Les forces de l’ordre font leur boulot et calment tout ce beau monde à coup de lances à eau. Les CRS locaux ont d’ailleurs prouvé par leur organisation et leur rapidité d’intervention qu’ils étaient fin prêts pour parer à toute insurrection urbaine. Quitte à jouer le prochain PSG-OM hors du Parc des Princes, pourquoi ne pas le délocaliser à Varsovie ? La Pologne n’est pas partie en Irak pour rien, Bagdad était en fait un échauffement avant l’Euro. Dommage, quelques imbéciles ont définitivement gâché la fête, et les télévisions internationales ne retiendront que ces images de violence, localisées et absolument pas représentatives.

« THIS IS RUSSIA »

20h35, les joueurs font leur apparition dans le magnifique stade de Varsovie. Avec son petit air d’Allianz Arena, cet écrin à la gloire du football est une véritable réussite architecturale, dont le toit ajustable ajoute un effet chaudron à l’ensemble. L’ambiance est incroyable, folle, magique : du délire. Cette nuit, Varsovie est le centre de l’Europe, et peut-être même du monde. Mais la Pologne joue-t-elle réellement à domicile ? Officiellement, dix mille Russes assistent à la rencontre, mais on remarque des touches blanc-bleu-rouge à divers endroit du stade et pas uniquement dans la tribune réservée aux visiteurs. Allez, dix mille russe selon la police, vingt mille d’après les organisateurs, pour une capacité totale de cinquante cinq mille places. Certes, le fan russe moyen redécouvre depuis peu le football de haut niveau, n’est pas nécessairement un expert du ballon rond et ne suit que de très loin le classement de la Premier Liga. Pour ces raisons, un observateur à l’œil non avisé le prendrait aisément pour un vulgaire footov (footix dans la langue de Pouchkine), perdu entre une patinoire et une course de biathlon. Néanmoins, le footov se distingue du footix par deux différences de taille. Premièrement, il est plus grossier – les insultes à base de « bliat » (p****) ou « suka » (littéralement sale chienne) fusent plus vite qu’une contre-attaque d’Archavine, mais, elles, de la 1e à la 90e minute. Ensuite, il est beaucoup, mais alors là beaucoup plus vocal. Et tout d’un coup, l’hymne russe, repris en cœur par des milliers de gorges déployées, s’élève très haut dans le ciel polonais. Il n’y a pas à dire, cet hymne soviétique revisité fout des frissons… Même les locaux doivent avoir la chair de poule et on s’attend à voir Ivan Drago débarquer sur la pelouse d’un instant à l’autre.

Mais les Polonais sont bien chez eux, et l’hymne polonaise est l’occasion de mettre le feu au stade et de montrer qu’ici c’est la Pologne. Le « kop » russe n’est pas de cet avis. La tribune visiteur profite des hymnes déployer un charmant tifo représentant un féroce bogatyr (chevalier russe cousin du viking pour simplifier) doublé du slogan sobre et efficace « THIS IS RUSSIA». Au niveau des provocations, la Russie vient de doubler la mise et mène 2-0 avant même le coup d’envoi du match. Les faucons du Département de la Défense américain doivent se frotter les mains, leurs amis russes viennent de justifier eux-mêmes l’installation d’un bouclier anti-missile à leurs frontières. Parions qu’il s’agisse certainement du premier tifo destiné à être commenté au Pentagone. Plus proche de nous, un ami polonais nous confie que « ces russes ne changeront jamais. Comme le dit le proverbe, un Russe est ton meilleur ami, deux Russes forment un parti politique, trois Russes une armée tentant d’envahir ton pays ». Sifflements, cris et hurlements accompagnent le déploiement de la banderole… Le match n’a même pas commencé que quelques polonais à côté de nous n’ont déjà plus de voix. Rien à dire, joueurs et supporters sont maintenant dans les meilleures dispositions d’esprit et de corps au coup d’envoi du match.

Le match

Et quel match !!! Tous les amateurs de football à qui la Coupe du Monde sud-africaine avait laissé le sentiment du deuil des rencontres internationales retrouvent tout d’un coup goût à la vie. Dès les premières secondes, les deux équipes offrent de l’engagement, de la percussion et de la créativité. Les russes remixent le tube de l’été 2008 avec un jeu rapide tout en pressing haut, passes courtes, déviation et verticalité. Les rouges pénètrent avec une évidence déconcertante dans le camp polonais, avec Denisov en métronome implacable (Semak, sors de ce corps) et Kerzhakov, Dzagoev et Archavine en feu follets permutant dans tous les sens. Quel joueur cet Andreï : vitesse, crochets intérieurs et extérieurs, passements de jambes dévastateurs, feintes de corps, centres meurtriers, frappes instantanées, le capitaine sait tout faire, et certaines langues racontent même qu’on le voit défendre sur quelques ballons…De leur côté, les Polonais se montrent redoutables par les ailes et sur coups de pied arrêtés. Mais la bataille du milieu de terrain est gagnée par Denisov, Zyryanov et compagnie, et c’est en toute logique qu’à la 37e minute,  Alan Dzagoev se hisse dans les airs pour dévier subtilement un coup-franc balistique d’Archavine. Pologne 0, Russie 1. Les chants « RO-SSI-YA, RO-SSI-YA» vibrent, le stade est en ébullition, les Russes balancent un fumi sur la pelouse et on se demande ce qu’on fout en fait au Lujniki de Moscou.

Les Polonais font la tronche, et en veulent à leur gardien immobile sur sa ligne. Ils reprennent la possession du ballon, mais chaque contre russe est une fusée menaçant l’intégrité du but polonais. La question qui agite alors les travées est combien de buts les russes vont-ils mettre. Les esprits s’échauffent légèrement, vous avez aurez compris que les supporters russes ne faisaient pas dans l’humilité tandis que les locaux sont du genre susceptibles. Alors que le stade se lève pour suivre le souffle-coupé une contre-attaque de folie emmenée par Jakub Blaszczykowski, quelques supporters russes demandent à des polonais devant eux de se rasseoir. « On n’est pas au Bolchoi ou aux échecs, ici c’est du foot, ça se regarde debout » leur répond un intellectuel. « Il faut baiser la Russie dans son cul, dans son cul ! » ajoute son ami un brin plus pragmatique. Ce à quoi le russe éclate de rire et répond : « t’as qu’à essayer, tu vas voir que la Russie a un gros cul ! ». Bon-enfant on vous dit.

1-0 à la pause, mais avec plus de réalisme et moins de sauvetages héroïques, le score pourrait aisément afficher 4-3. Les polonais ne sont pas optimistes, mais au retour des vestiaires quelque chose a changé. La Russie retourne sur la pelouse moins disciplinée, moins attentive, moins collective. Le correspondant de l’Huma écrira peut-être que l’URSS a laissé sa place à la Russie ultralibérale. Toujours est-il que les joueurs russes se montrent davantage individualistes, et Archavine se met à tout croquer comme un vulgaire Pavel Bure. En même temps, ce n’est pas un coach néerlandais qui va lui apprendre l’humilité. La cavalerie polonaise en profite, sent qu’elle a un coup à jouer et se montre de plus en plus incisive. Robert Lewandowski fait admirer son talent, mais est parfaitement muselé par l’impressionnant Aleksei Berezoutski. L’attaquant du Borussia Dortmund serait pisté par Chelsea, et Roman Abramovitch a eu tout le loisir de contempler le combat entre les deux hommes du haut de sa loge Présidentielle. Présidentielle avec un P majuscule, car il s’agit de la loge officielle du Président polonais, louée pour le tournoi à l’oligarque russe. Malins ces Polonais, ils ont déjà trouvé le moyen de rembourser leur nouveau stade.

Le match s’enflamme et part à cent à l’heure. Après une dangereuse contre-attaque russe emmenée par Archavine, le capitaine Blaszczykowski lance la contre-contre-attaque polonaise, se rapproche de la surface de réparation, ajuste sa frappe… va-t-il passer ? Va-t-il tirer ? Non, soyons sérieux, il est trop loin pour tirer. Mais il se décale quand même sur son pied gauche, ajuste son tir, frappe, et … BUT !!! Un but sorti de nulle part. Le stade prend feu, les polonais exultent. « POL-SKA BIALO CZER-WONI, POL-SKA BIALO CZER-WONI », sur le rythme de Go West des Pet Shop Boys. L’honneur est sauf. Les russes accusent le coup. Dix minutes plus tard, Advocaat sort Kerzhakov pour Pavliuchenko. Mais la puissance de la frappe de l’ancienne gloire du Spartak n’a d’égal que son inconstance, et comme Pavliuchenko était en feu contre les Tchèques, il était écrit qu’il ne ferait rien contre les polonais. Une inoffensivité qui a peut-être aussi à voir avec une certaine affection pour les couleurs rouge et blanche de ses plus belles années. Quelques minutes plus tard, Izmailov remplace l’Ossète Dzagoev, dont le troisième but dans cette compétition aura marqué les esprits. On remercie au passage les parents du jeune homme né à Beslan pour avoir inscrit leur enfant au foot plutôt qu’à la lutte gréco-romaine. Technique, vif, rapide, collectif, ce Dzagoev a des airs de Djorkaeff. Le coach polonais Franciszek Smuda procède lui aussi à ses premiers changements, et remplace les milieux Dudka et Polanski par Matuszczyk et Mierzejewski. Nouveaux attaquants du côté russe, nouveaux milieux du côté polonais : même s’ils ne l’avoueront jamais, les Polonais semblent satisfaits par ce match nul. Coup de sifflet final, match nul. Les russes restent premiers, les polonais devront vaincre les tchèques pour se qualifier.

Nos amis supporters russes et polonais cités plus haut et qui s’étaient gentiment insultés pendant le match se serrent la main. De nouvelles violences éclateront dans la nuit de Varsovie, after oblige. Varsovie fait la fête comme si la Representatsia Polska avait remporté la Coupe du monde. Certains jeunes insultent la mère de la Russie en chantant et piétinant des drapeaux russes, tandis que d’autres proposent aux supporter russes de partager un verre. Mais laissons le mot de la fin à ce supporter russe, philosophe dans l’immense file d’attente pour les toilettes à la fin du match : « au final, qu’on soit russe ou polonais, nous avons tous les mêmes besoins ».

Darko