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Ozil Arsenal

De la délicatesse antique de Mesut Özil

Mardi soir, Arsenal jouait sa survie européenne face au Dinamo Zagreb à l’Emirates Stadium. Dans ce morceau de modernité qui nous annonce un football au futur plus commercial que culturel, le Nord de Londres a assisté à un combat sensible entre l’authenticité old school de Mesut Özil et la modernité concrète d’Alexis Sánchez.

Emporté à toute vitesse par le souffle modernisateur de l’industrie du spectacle et poussé sans frein par sa popularité croissante, le football a changé. Alors qu’il était autrefois la scène d’un théâtre de sentiments populaires et de voix cassées, le jeu est devenu un enjeu commercial. Et dans cette bataille-là, en 2015, l’Emirates Stadium est certainement l’un des vaisseaux les plus futuristes de notre galaxie. Un vaisseau peuplé par une armée silencieuse qui n’a pas fait le poids face à la centaine de Croates présents dans le froid glacial de Londres. Parce que les tribunes anglaises ont changé, et le terrain aussi. La légende raconte qu’autrefois, le football britannique était fait de ballons volants et d’os cassés…

Fighting spirit et génie rêveur

À la 20e minute, le Barça mène déjà 2-0 au Camp Nou, tandis que les retardataires n’ont pas fini de remplir l’Emirates. C’est le moment que choisit Alexis Sánchez pour faire revivre un moment de pure british football. À la lutte sur son côté gauche, le Chilien se livre à un combat de boxe avec son adversaire direct. Après un coup d’épaule encaissé, puis un deuxième, le Chilien finit par perdre l’équilibre et rendre le ballon. Mais il ne s’arrête pas là. Jamais résigné, il se relève et part harceler son adversaire comme s’il s’agissait d’une affaire de famille. À la suite d’un sprint d’une vingtaine de mètres, il laisse exploser un tacle aussi propre que périlleux et récupère le ballon sous les applaudissements. Le fighting spirit existe encore, mais il s’exprime aujourd’hui dans le corps d’un attaquant sud-américain d’1m69.

Seulement, il n’existe pas chez tout le monde. Alors que Sánchez semble vivre pour les contacts et les duels, Mesut Özil vit pour les éviter. Dans ses mouvements, ses courses et ses dribbles, le meneur respire la fragilité. Placé en plein milieu du terrain entre les courses infatigables d’Alexis et l’hyperactivité de Cazorla, Özil trimbale son allure flegmatique avec une discrétion élégante et une discontinuité naturelle. C’est délicat, insaisissable, fascinant, étonnant. Un talent déconnecté. Sur les phases sans ballon, Özil ressemble à un enfant réservé qui ne s’implique pas dans les démarches collectives des groupes de son âge. Il est planté là, sur la pointe des pieds, l’air dubitatif. Comme s’il dormait sans fermer les yeux. Quand Sánchez tacle, gagne un duel, se relève puis enchaîne cinq petits contrôles de la tête pour se dégager du marquage, Özil regarde. Quand Flamini et Monreal se jettent pour mettre le pied sur le ballon, Özil regarde. Quand Bellerín accélère et remonte tout le terrain en un instant, Özil regarde, encore.

Vestige et modernité

Presque détaché de ceux qui l’entourent, Özil dégage un flegme que les Anglais, au fond, doivent savoir apprécier. Surtout, il transmet une certaine allergie à la violence et aux contacts. Placé à droite sur son pied gauche, sa conduite de balle ressemble à un numéro d’équilibriste. Les yeux à peine ouverts, il a l’air faible, mou, trop doux. Lorsqu’il demande le ballon, Özil se contente d’un signe de la main discret – un seul – et abandonne rapidement sans s’énerver. Un observateur non averti pourrait y voir de la négligence et un manque d’implication grossier. Alors que Messi, Robben ou encore Sánchez aiment répéter et multiplier les touches de balle pour donner plus de consistance et de souffle à leur conduite de balle, Özil semble adopter une tout autre philosophie : dans un autre souci de réserve, peut-être, Özil aime laisser rouler le ballon et le contrôler une fois sa course lancée, et exclusivement du pied gauche. Et même lorsqu’il porte les offensives des siens, ses touches de balle se limitent toujours au strict minimum. En clair, Özil semble venir d’un monde où les écrans de télévision sont encore en noir et blanc. On l’imagine facilement caresser un ballon de cuir lourd et jouer au ralenti au milieu de joueurs moustachus aux shorts courts.

Si Özil est aussi énigmatique en cette soirée pourtant anecdotique d’un match de poule de C1, c’est parce que la modernité semble jaillir partout autour de lui, comme si elle venait tester sa résistance. Il y a l’Emirates, en tout premier lieu. Mais ce stade a le secret pour se faire oublier, au contraire d’Alexis. Quand Özil exerce son pressing trompe-l’œil, Alexis part glisser sur une dizaine de mètres pour tenter de sauver un ballon perdu dans le gouffre de la ligne de fond. Le Chilien est l’archétype du footballeur moderne, un vrai attaquant post-Ronaldo. En un même match, son explosivité lui permet de tacler, sauter, rebondir, tirer, dribbler, marquer, passer, gicler. Héros venu de l’autre bout du monde avec un prénom facilement prononçable pour la fanbase internationale des Gunners, Alexis est né pour briller en Premier League. Mais ce n’est pas tout. Si Özil fait contraste, c’est aussi parce que Santi Cazorla. Au milieu des tentatives de jeu ibérique de Wenger, l’Espagnol dicte le tempo, gère la conservation du ballon, oriente et fait parler sa science de la possession, un autre concept adoré par notre modernité. Qui plus est, Cazorla joue parfaitement des deux pieds, comme s’il venait du futur.

Délicatesse silencieuse

Alors que ces deux joueurs parlent facilement à l’observateur lambda, Özil est bien plus difficile à cerner. Özil est champion du monde avec la Mannschaft, mais il est aussi l’un des plus grands artisans du football de contre de Mourinho à Madrid. Alors que Cazorla joue des deux pieds, l’Allemand ne jure que par l’hémisphère gauche de son corps à l’allure maladroite. Özil, c’est la possession sans le pressing. Özil est un parti pris. Et mardi soir, ainsi, l’Emirates avait les yeux fixés sur les courses d’Alexis plutôt que sur les mouvements furtifs de l’Allemand. Si les efforts répétés d’Alexis sont une œuvre intéressante et révélatrice de l’évolution du football des années 2010, l’œuvre d’Özil ressemble aux vestiges d’un jeu enterré qui n’est plus visible à l’œil nu.

À Madrid, après 3 années de bons et loyaux services, 27 buts, 81 passes décisives et une infinité de contre-attaques orchestrées aux côtés de Benzema et Cristiano, Özil avait fini par se faire remplacer définitivement par l’hyperactivité plus « moderne » de Di María et Modrić. L’an passé à Londres, nombreux sont les observateurs de la Premier League qui auraient aussi aimé le remplacer par un milieu offensif plus « concret » . Mardi soir, il a une nouvelle fois joué son jeu de numéro 10 authentique : une note mélodieuse mais presque insaisissable, noyée au milieu d’un concert de football-spectacle. Une note que tout l’Emirates n’a pas remarquée, mais qui a touché le cœur de ceux qui ont bien voulu l’écouter.

Markus, à l’Emirates Stadium 

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Article publié le 30/11/2015 sur SOFOOT.com

Brasil vs Venezuela

Brésil-Venezuela, à l’Estadio Monumental

thiago silva robinho

En s’imposant 2-1 grâce aux buts de Thiago Silva et Firmino sur la musique d’un bon Robinho, le Brésil a chopé la première place du groupe C, éliminé le Venezuela et qualifié la Colombie. Après avoir longtemps cru retrouver sa sérénité, des changements discutables et une fin de match angoissée ont replongé les hommes de Dunga dans le doute. En quarts de finale, la Seleção affrontera le Paraguay.

Le décor est le même, mais la scène a changé. Alors que le Brésil était arrivé mercredi dernier en pleine confiance dans un stade déguisé pour l’occasion en enfer colombien, le groupe de Dunga est entré ce soir sur la pointe des pieds dans la même enceinte du Monumental de Colo-Colo. Devant les 33 284 spectateurs et quelques sièges vides, le match aura permis d’observer – à défaut d’admirer – l’application erronée du concept préféré de Dunga : le « contrôle du jeu ». Une entame faite de possession sans risque, un but sur corner de Thiago Silva et une accélération de Willian pour doubler la mise en début de reprise. Et puis, enfin, un petit but encaissé et une montagne de doutes : six défenseurs sur la pelouse, un bloc assiégé dans sa propre surface, Dani Alves seul en contre-attaque et une sélection vénézuélienne réveillée. Pour rien, finalement.

Leader Robinho

Alors que les arbitres avaient quitté le Brésil avec une insulte et un coup de pression de Neymar à la dernière seconde du match contre la Colombie mercredi, ils retrouvent la Seleção avec un câlin de Robinho, très entreprenant dans tous les sens, dès la deuxième minute. Sept tours d’horloge plus tard, une transversale d’Elias et trois passements de jambe de Dani Alves suffisent pour que le Brésil retrouve des couleurs et du son. Certainement pas de la samba, mais quelques « Brasil, Brasil, Brasil » sincères. Et c’est déjà pas mal. L’inattendu Robinho vient alors prendre le ballon et tirer le corner. Thiago Silva est en dehors de la surface, prêt à jaillir. Une feinte de corps, puis une deuxième, et le pauvre Andrés Tuñez est dépassé : volée du droit et 1-0. Puissant, physique et appliqué, le Brésil semble retrouver le style dunguesque de ses derniers matchs amicaux.

Le reste de la première période est la combinaison de deux notes qui sonnent comme le vieux Milan de Massimiliano Allegri : un Thiago Silva impérial qui place sa tête un mètre au-dessus de celle de Rondón à l’occasion de chaque duel aérien, mais aussi un Robinho aux envies fantasques. Un coup du sombrero, une série de passements de jambe en pleine course et même une reprise de volée sans contrôle. Avec 45 ballons touchés, Robinho porte même le costume de guide offensif de la Seleção, même si cette dernière joue au ralenti. Mise à part une bonne volée de Filipe Luís repoussée en corner, la maladresse de Firmino et la timidité de Coutinho sont les seuls faits intéressants de la première période. En face, le Venezuela est orphelin de son numéro 9, kidnappé par Thiago Silva et Miranda.

De la sérénité au désordre

Virtuellement éliminé, le Venezuela pousse, et le Brésil découvre des espaces jusque-là cadenassés. Si Robinho est encore aux platines, c’est à Willian de mener la danse. Lancé en contre par Robinho, le joueur de Chelsea accélère une première fois, mais Firmino n’a pas suivi. À la 51e, une nouvelle accélération de Willian sur le côté gauche casse des reins vénézuéliens : centre de l’extérieur du pied et finition à bout portant de Firmino. 2-0 ! Le Venezuela répond timidement via un coup franc puissant du capitaine Arango, mais Jefferson s’interpose. Peu après l’heure de jeu, Dunga fait tourner : Tardelli pour Firmino devant, et David Luiz pour Coutinho. Le Parisien se place au milieu en sentinelle. À un quart d’heure du terme, c’est au tour de Marquinhos d’entrer en jeu pour Robinho : le marquis se place en latéral droit et Dani Alves monte d’un cran. Six défenseurs brésiliens sont sur la pelouse, en plus d’Elias et Fernandinho. Alors que le Venezuela jette désespérément ses dernières forces dans la bataille, David Luiz trouve le temps de se montrer : passements de jambe, ciseau acrobatique (puissant et cadré), coups de casque spectaculaires et fautes vulgaires.

Mais alors que le destin semble scellé, un coup franc vénézuélien change tout. Frappe puissante, semi-parade de Jefferson, poteau et reprise de la tête de Miku. 2-1 ! Tous les supporters de la Vinotinto, qui n’y croyaient absolument plus, se lèvent subitement comme s’ils avaient été réveillés au milieu de la nuit, et une bonne partie du public chilien se marre à l’idée de voir le Brésil souffrir. Celui-ci termine finalement son match en souffrance dans sa propre surface, et Dunga ne peut s’empêcher de se brosser frénétiquement les cheveux. À défaut d’avoir retrouvé de la sérénité dans le jeu, la Seleção a tout de même retrouvé le chemin de la victoire, et celui des quarts de finale. Son rival sera le Paraguay, son bourreau de la dernière édition. Une opposition au bloc compact et au potentiel d’agressivité intéressant qui devrait lui compliquer la vie.

Markus, à l’Estadio Monumental, Santiago

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Article publié le 22/06/2015 sur SOFOOT.com

Chili tactique

Chili-Bolivie, à l’Estadio Nacional

Jorge Valdivia

Grâce notamment au doublé de Charles Aránguiz, à la tête plongeante d’Alexis et au piqué de Medel (5-0), le Chili a obtenu la première place du groupe A avec la manière. Le roi Arturo Vidal a été pardonné par la plèbe chilienne, avant de sortir à la mi-temps.

On aurait pu imaginer Arturo Vidal en gladiateur et l’Estadio Nacional de Chile en Colisée au moment de l’entrée des joueurs sur le terrain ce soir à Santiago. Un homme à pardonner, un poids à porter et un jugement très attendu. Empereur d’un soir, l’enceinte aux murs blancs et aux âmes rouges n’a pas hésité une seule seconde : pouce en l’air et pardon unanime. Le milieu juventino a tout simplement été le Chilien le plus applaudi par la plèbe. Après n’avoir jamais rien gagné en un siècle de tentatives, le Chili semble s’être fait assez d’ennemis pour commencer à se tirer des balles dans le pied. Rey Arturo, lui, a joué au bon soldat. Des remerciements à droite, pour la tribuna Andes, puis à gauche vers la tribuna Pacifico, et quarante-cinq minutes de pressing, de sacrifice et de générosité envers ses coéquipiers. Qui sait, c’est peut-être cette discrétion qui a permis à Charles Aránguiz de briller autant, alors que le milieu s’était montré bien plus en retrait qu’au dernier Mondial jusque-là dans la compétition. Dès la troisième minute, le milieu de l’Internacional profite d’un contrôle involontaire de Vargas à la suite d’un long ballon pour lancer la rencontre : 1-0.

Cirque de toque et Valdivia

Si le speaker de l’Estadio Nacional rappelle de respecter l’hymne d’un « pays frère » dans une enceinte rouge d’impatience, ça n’empêche pas une partie du public chilien d’accompagner les premières notes de l’hymne bolivien par des sifflets. Un manque de classe né d’une rivalité datant de 1884 qui fait contraste avec l’élégance moderne du 4-3-1-2 chilien. Valdivia dessine de jolies courbes dans son costume rafraîchissant de numéro 10 à l’ancienne. Passements de jambes, déviations, coups du sombrero. Marcelo Díaz ordonne, corrige et lance un système de toque à la dynamique séduisante, dans lequel les courses incessantes d’Aránguiz, Vargas et Vidal sont académiquement fabuleuses. Seul Sánchez bégaye ses gammes en début de match, mis à part un crochet tranchant qui fait presque tomber tout Santiago.

Mais si le Chili joue beau, ni le but ni l’ambiance heureuse ne suffisent pour calmer Sampaoli, dont le crâne luisant se balade d’un bout à l’autre de son banc de touche. Pourtant, son Chili contrôle, dirige et mène un adversaire aux ressources plus rares que le Mexique et l’Équateur. Une équipe bolivienne qui, du haut de ses 23 ans d’âge moyen, n’a pas les armes pour rivaliser. Pablo Escobar, numéro 10 bolivien au flair gargantuesque, n’y peut rien. Et même le sens de l’ordre et de l’espace du suédois Martín Smedberg n’y font rien. Le match est à sens unique : d’ailleurs, avec 4 points, la Bolivie est déjà qualifiée.

Une fête cinq étoiles

Sur un contre à la 37e minute, Sánchez décale à droite sur Valdivia, qui la remet dans la surface. Alors que le ballon semble perdu, le joueur d’Arsenal se jette pour le reprendre dans le meilleur style de tête plongeante d’Henrik Larsson. 2-0 ! Loin des projecteurs, Gary Medel saute dans les bras de Claudio Bravo dans l’autre surface, alors que Sampaoli poursuit sa marche anxieuse, dos à ses joueurs, dos au but, dos à la joie. Une ola est lancée trois minutes plus tard dans l’euphorie de l’obtention de la première place du groupe. Elle fera deux tours de stade, le temps de déconcentrer le tir de Vargas, surpris de se retrouver tout seul au point de penalty. Mi-temps. De retour des vestiaires, Sampaoli sort Vidal et Sánchez, et lance Matí Fernández et Ángelo Henriquez. Mauricio Soria, sélectionneur bolivien, lance aussi sa rotation avec les entrées de Bejarano et Miranda. Mais la domination ne change pas de côté pour autant.

Peu après l’heure de jeu, un énième mouvement collectif raffiné permet même à Matí Fernández de participer à la fête et à Aránguiz de signer un doublé. 3-0. Une avance confortable qui permet au génie David Pizarro d’entrer en jeu sous les « Pizaaaaaaaarro, Pizaaaaaaaro » de Santiago. À dix minutes du terme, alors que les Boliviens se montrent terriblement maladroits sur leurs rares manœuvres, c’est l’inattendu Gary Medel qui vient couronner un nouveau cirque de passes courtes. Alors que l’hymne chilien résonne dans le stade, enfin, le pauvre Ronaldo Raldes ponctue le spectacle d’un but contre son camp cruel. Manita. Deux jours après un scandale qui a secoué les esprits de tout un pays, quatre-vingt-dix minutes très bien orchestrées ont suffi pour passer à autre chose, à savoir les quarts de finale.

Markus, à l’Estadio Nacional de Chile, Santiago

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Article publié le 20/06/2015 sur SOFOOT.com

Racing Argentine passion

FT y était : Le sacre du Racing à Avellaneda

Milito Racing Prince

Dimanche soir, avant la dernière journée du championnat d’Argentine, le Racing comptait 2 points d’avance sur River Plate, champion de la Sudamericana ce mercredi. L’Académie de Diego Milito devait donc battre Godoy Cruz à la maison pour mettre fin à une attente de 13 ans. L’histoire d’une soirée qui pourrait bien durer une nouvelle dizaine d’années…

Entre le triplé de 1966-1967 et le dernier titre de champion en 2001, le Racing de Avellaneda avait dû attendre un titre national durant 35 longues années. Une période de souffrance qui aura forgé l’identité d’une hinchada « qui ne changera jamais, peu importe si tu perds ou si tu gagnes », comme dit la chanson. En 2001, le Racing compte déjà Diego Milito dans ses rangs, et remporte enfin le Tournoi de fermeture. Des années en dents de scie, de la seconde à la dix-huitième place, de Diego Simeone à Roberto Ayala, sans jamais réussir à finir premier malgré les vingt-six championnats écoulés. Une attente qui n’aura pas empêché le monde du Racing de s’impatienter ces dernières semaines : River ayant repoussé d’une semaine la dernière journée des deux équipes à la suite de sa qualification en finale de Sudamericana, l’Académie a donc eu le temps de faire, défaire et refaire son monde, tout seul en tête du classement.

Ce dimanche, le Racing est donc venu tôt au stade, pour chasser le vertige et tuer l’attente. Dans les petites rues tranquilles d’Avellaneda, les hinchas dévorent leur choris, dégustent un bout de viande, enfilent les Quilmes et Isenbeck et discutent. Un père tient sa fille de 7 ans par la main : « Écoute mon amour, je veux que tu te rendes compte de l’importance du match d’aujourd’hui. Tu sais, nous, on est catholiques. Mais dis-toi que pour que les choses aillent bien pour nous, on est prêts à se mettre à genou devant n’importe quel Dieu aujourd’hui. Vraiment n’importe lequel, ok ? » Entre football et religion, la gamine sourit timidement et se dirige vers le stade. À plus de deux heures du coup d’envoi, toutes les tribunes sont déjà pleines à craquer. En attendant le match et la nuit, les chants montent et descendent passionnément.

maillot Milito Inter Racing

Le but concret de Ricky Centurión le fantaisiste

Très attendu, le traditionnel recibimiento donne son lot de frissons, entre fumée bleu et blanc, papiers volants comme des âmes ivres et jeux de lumières. Mais après quelques secondes de jeu, lorsque l’arrière droit Ivan Pillud remet mollement une tête en retrait vers son gardien El Chino Saja, le Cilindro d’Avellaneda réalise la portée de l’événement. Les chants et le soutien sont vite remplacés par les bruits et l’angoisse. Et quand le gardien adverse prend son temps dès le premier dégagement, c’est de la colère qui tombe des gradins. Si tout le stade est debout, l’enjeu rend le jeu sourd, et le Racing semble attaquer avec des œillères. Si le Cilindro est venu pour une célébration, il ne semble pas préparé à la guerre : il faut quelques minutes avant de voir la magnifique arène porter les siens. Malgré trois énormes occasions, dont une sorte d’aile de pigeon de Milito, les acteurs rentrent aux vestiaires à 0-0. La bonne nouvelle, c’est que River n’a pas marqué contre Quilmes.

La seconde période démarre sur le rythme des dribbles de Ricardo Centurión. Joueur fantaisiste ayant raté son passage en Europe au Genoa, Ricky réunit tous les traits du football argentin de notre époque. Défiant la terre entière sur chacune de ses prises de balle, l’ailier portant le numéro 10 est aussi infatigable qu’irritant. Après un contrôle acrobatique d’une esthétique indéniable, Centurión s’emmêle les pinceaux et perd un nouveau ballon. Il agace le public, mais se bat, récupère, fait une touche de trop, enrage, perd à nouveau la balle et parvient finalement à la tacler in extremis vers Milito. Décalage vers Gastón Diaz, qui centre au second poteau. Là, bien au-dessus de ses pieds capricieux, Centurión catapulte le ballon de la tête. Le Racing mène donc 1-0, porté par la pureté d’un coup de tête qui fait grossièrement contraste avec les paillettes des numéros du cascadeur. Le Racing recule, et à dix minutes de la fin, Milito offre un but injustement refusé au Demonio Hauche, autre figure de la saison. Au coup de sifflet final, la joie explose des gradins et les larmes coulent dans toutes les tribunes, autour d’une pelouse envahie de joie.

Racing champion

Diego Milito : passé, présent et futur

Le Cilindro rugit jusqu’à minuit passé : Milito est porté, les joueurs grimpent sur la transversale du but sous leur virage, et le titre est célébré sous les notes de Gustavo Cerati, célèbre chanteur hincha du Racing décédé pendant la saison. Diego Milito a finalement le mot de la fin : « J’étais revenu avec un rêve. Et voilà que sans avoir eu le temps de m’en rendre compte, Racing est de nouveau champion. » Feux d’artifice et chaleur sincère pour un règne qui est celui d’un groupe construit en moins de quatre mois. Quatorze nouveaux joueurs, dont neuf titulaires, et un nouveau coach, tous arrivés entre juillet et août. C’est aussi la victoire de l’éphémère : dans ce championnat argentin hystérique, le club qui a tout changé a trouvé le temps de progresser plus vite que les autres. Mais ce règne, c’est surtout celui d’un Prince. En 2001, Diego Milito était un futur. Un attaquant intelligent qui préférait lancer les attaques plutôt que les finir. Après une carrière de buteur de surface en Italie et en Espagne, il était revenu avec l’ambition de devenir une idole du club de sa vie. « Le Racing, c’est ma vie », répétait-il. En 2014, Milito devait donc démontrer qu’il était encore un présent, en plus de son immense passé. « Un nom ne fait pas un joueur », disait-il en arrivant. À en croire le nombre de numéros 22 volant dans Avellaneda dimanche soir, et les ovations suivant chaque prise de balle du buteur réinventé en meneur de jeu, la principauté de Diego semble même avoir un futur, à 35 ans : la Libertadores.

Si l’intérieur du stade était préparé, le reste du quartier ne l’était pas du tout. Alors que les joueurs avaient donné rendez-vous à l’Obélisque, au milieu de l’avenida 9 de Julio, dans le centre de la capitale, les hinchas se rendent vite compte qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour s’y rendre. Il est plus de minuit, les rues sont bloquées, les taxis ont disparu, les bus sont trop petits. Alors, des milliers de supporters de l’Académie perdent leur bon sens et partent à pied. « Un cortège de champions », disent certains. « Une bande de fous », pour le propriétaire d’un kiosque, qui poursuit : « On est dimanche soir, personne ne bosse demain ou quoi ? » Car entre le stade et le monument, iln’ y a pas moins de 7,8 kilomètres de marche sur le bord d’une autoroute… Les images font penser à un exode heureux : les femmes portent les bébés, les hommes ont les enfants sur les épaules, et tout le monde avance joyeusement, guidé par les chants, pétards et klaxons des voitures, scooters et camions qui s’engagent également vers le Nord, embarquant avec eux un maximum d’hinchas. Alors que le reste de Buenos Aires dort déjà, le convoi rêve éveillé. Et fatigue.

Santiago socio Racing

L’histoire du périple de Santiago

Au bout d’une heure et demie de marche, entre la sortie vers Constitución et celle de l’avenida del 25 de mayo, aux alentours de deux heures du matin, un vieil homme boîte et ralentit le peloton. Tout en survêtement et baskets compensées, Santiago a 70 ans et sort de sa poche son bien le plus précieux : la carte de socio « Noces d’or », que seuls les socios ayant été fidèles plus de cinquante ans détiennent. Mais pourquoi marche-t-il seul ? « Je devais retrouver ma femme après le match. Mais quand j’ai vu le bordel qu’il y avait, j’ai vite compris et je me suis mis à marcher. Et me voilà encore là. Il est quelle heure, au fait ? » Boitant, mais « pas fatigué », l’homme aux cheveux blancs profite du périple pour raconter ses cinquante et une années de « mariage officiel » avec son Racing : « Lorsque j’avais 5 ans, en 1950, mon père m’a emmené au Cylindre pour l’inauguration du stade. Pour le titre de 1951, j’étais là. En 58, aussi. En 66, pareil. En 67, pour la Libertadores contre Nacional, j’étais là. Pour la Coupe du monde la même année, contre le Celtic, j’étais à Montevideo pour voir le but d’El Chango. Pour la Sudamericana en 88, j’étais là. Et en 2001, j’étais encore là. J’ai tout vu depuis le début de l’ère professionnelle. Et me voilà ici, en plein milieu de cette route, en 2014. Cela fait beaucoup de titres, mais malheureusement, je pense que c’est mon dernier. » Noces de champions.

Markus, au Cilindro à Avellaneda (Buenos Aires)

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Article publié le 16/12/2014 sur SOFOOT.com

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Bombonera

On a vécu le Superclásico à la Bombonera

Choc des planètes

Jeudi soir, une Bombonera spectaculaire accueillait River Plate pour la phase aller de la demi-finale de Sudamericana, la Ligue Europa locale. Un Superclásico fait de bruits, de sensations et de couleurs plus que de jeu, qui aura permis d’évaluer le moment spécial que vit cette rivalité exacerbée. Comme le dit Tata Martino, « le football argentin est apocalyptique. Il est hystérique, tricheur, truqueur. L’esthétique est méprisée. Le résultat cache tout. » Jeudi, à Buenos Aires, le 0-0 l’a plutôt mis en évidence. Passion, peur de perdre et choc de planètes.

En ce jeudi d’un mois de novembre qui cherche le début de l’été à Buenos Aires, le Superclásico commence aux alentours de neuf heures du matin dans un wagon de la ligne du métro reliant le quartier de Palermo au Centro. C’est la rencontre entre un supporter de Boca au maillot violet, qui déguste la fin d’une brique de lait probablement peu écrémé, et un clochard ayant l’écusson de River tatoué sur le bras, assis sur une chaise volée dans un café, en plein milieu du wagon. La suite est folklorique : chants vigoureux, coups de poing virtuels et belles paroles. « Mon pauvre, t’es descendu encore plus bas que la B… », dit le bostero, à qui l’ivrogne répond : « T’as rien compris, l’indien. Le match commence dans 10h ! »

À peu près sept heures plus tard, la Chevrolet de Marcelo, taxi et hincha de Boca, déboule vers le sud de la capitale, mais refuse de s’avancer : « Ce match, je l’ai senti toute la journée dans mon pauvre bide. Mais plus les années passent, plus j’ai appris à prendre les précautions. Je ferme ma bouche et je fais confiance. » Cette saison, c’est-à-dire ce semestre, River joue avec ses pieds tandis que Boca joue avec son bassin. Un classique : le palet footballistique raffiné de la bande rouge, et l’esprit guerrier des Génois. Pourtant, Boca semble bien plus confiant à l’idée de disputer ce match. « De toute façon, quand les deux équipes jouent sur deux planètes différentes, comme ce semestre, le Superclásico dérègle le système solaire et fait en sorte qu’elles se rencontrent violemment l’une contre l’autre quoi qu’il arrive », poursuit Marcelo. Une histoire de pression : que ce soit une demi-finale, un quart ou un huitième, une victoire est une élimination du rival absolu et donc l’équivalent d’un titre.

« La dernière fois, c’était pour Román »

À deux rues, la Bombonera s’élève majestueusement, avec ses airs de jouet pour adultes. Alors que toutes sortes d’hinchas défilent, des familles aux hommes en costume, en passant par un gang de filles en leggings, deux personnages font contraste : un gorille tatoué effrayant, et Ernesto. Vieil homme moustachu en chemisette, au bob bleu et jaune et au dos courbé, il a interrompu la lecture de son journal pour regarder la foule rêveuse : « Non, ça fait des années que je ne vais plus au stade, je laisse ça pour les jeunes. La dernière fois, c’était pour Román. Mais je passais par là, et je voulais sentir l’odeur du match. D’habitude, tu remarques les habitués qui ne se rendent plus compte de leur chance, et ceux pour qui c’est la première fois. Mais là, tout le monde est excité. Moi, je préfère me préparer comme ça que devant ma télé. » À l’intérieur de la boîte de bonbons, les deux virages sont remplis dès 18h30. Mais les deux sont bleu et jaune. Depuis que la barra brava de la Boca a décidé de régler ses différends, l’Argentine a pris la décision difficile de bannir les supporters visiteurs. « C’est vrai qu’on a l’impression de s’exciter tout seuls parfois, tout a changé. Avant, il s’agissait d’effrayer les gallinas (les poules, un surnom de River, ndlr), aujourd’hui on se concentre pour faire trembler leurs joueurs. Et ça, c’est facile franchement… » dit un vendeur de choripán aux airs de pirate. En cet avant-match, tout tourne autour de la pression, de la peur et de la façon de prendre River à la gorge.

« Papa ? C’est ça, être bourré ? »

La Bombonera aiguise ses couteaux en rigolant, comme un bateau pirate se préparerait avant de partir à l’abordage. Mais pourquoi tant de confiance alors que, footballistiquement, River surclasse son rival depuis un an ? « Boca, nous, on a un esprit d’équipe de coupe. Les matchs au couteau, on connaît. En revanche, River n’a jamais été à l’aise dans ce genre d’affrontements. Regarde, ils ont gagné plus de trente championnats, mais seulement deux Libertadores. En 2004, la dernière fois, au match retour on a senti qu’on marchait sur un fil avant le but de Carlitos (Tévez). Mais les tirs au but, ils étaient pour nous, c’était écrit ! » raconte un journaliste bostero de Mar del Plata en jubilant. Dans le programme officiel, River est même présenté comme « une équipe fatiguée et pleine de doutes ». Alors que la presse a droit à l’autre football argentin, c’est-à-dire un Defensa y Justicia qui accueille Newell’s devant 3000 courageux, la Doce (la barra de Boca) chauffe l’atmosphère. Dès qu’un uniforme rouge s’aventure sur la pelouse, il est reçu par des « vos sos de la B ! » (ta place est en D2, en VF, ndlr). L’ample répertoire de chants est ensuite repris : une nouvelle version de la chanson « Décime que se siente » : « T’es parti en deuxième division – t’as brûlé le Monumental – cette tache ne s’effacera jamais », et notamment un efficace « vous montez, vous descendez, on dirait un ascenseur ! » Enfin, l’ascenseur émotionnel se met en marche à cinq minutes du coup d’envoi pendant l’entrée des joueurs. C’est le moment que choisit la Bombonera pour faire exploser ses lumières, pétards et feux d’artifice. Les papiers volent dans tous les sens, les chants s’emportent et le spectacle est cosmique. Alors que le stade revient sur terre, un gamin demande à son père : « Papa ? Je me sens tout bizarre. C’est ça, être bourré ? » Ivre d’excitation, d’adrénaline et d’envie d’en découdre.

Boca-River

Un bateau pirate et les extérieurs de Gago

Comme il fallait s’y attendre, Boca commence son match à toute vitesse. Des crochets de Martinez, deux bons ballons d’un Gago qui semble dans un bon jour et une série de duels gagnés. Pour souffler, Vangioni découpe Martinez par derrière au bout de quatre minutes, au prix d’un petit jaune. Le stade explose. Alors que River a pris l’habitude de développer le football le plus fin du pays, à partir de relances au sol et de triangles, la tension est telle que lors des vingt premières minutes, Marcelo Barovero, gardien et capitaine, dit à Jonathan Maidana de laisser tomber : dégagements, dégagements et dégagements. Sur le côté, un petit Gallardo s’excite et crie comme il peut, mais ses joueurs ne l’entendent pas. Ah, si seulement il avait réalisé une performance guardiolesque dans ce stade… Mais la hinchada de Boca n’est pas surnommée la Doce pour rien. Comme nulle part ailleurs, le stade est acteur de la rencontre : aucune communication possible entre Gallardo et ses hommes, ni même entre les joueurs eux-mêmes. La Bombonera leur a bandé les yeux et bâillonné les bouches. À la dixième minute, quand « El Comandante » Chávez – le meilleur joueur de Boca cette saison – attaque la défense de River, celle-ci tremble et dégage loin. Côté bleu et jaune, Boca propose un football d’intensité interrompu par quelques gestes de rue, notamment les extérieurs de Gago.

Mais surtout d’intensité : les duels sont violents, les coups d’épaule renverseraient Barcelonais et Madrilènes, et certains tacles sont bien trop dangereux. Au milieu de tout ça, les joueurs ne s’arrêtent jamais : le football argentin à son paroxysme, c’est-à-dire un football sans souffle, vertical au possible, impatient et hystérique. En fait, si les places ont atteint des prix ahurissants (à partir de 400 euros au marché noir), c’est peut-être parce que ce match ne peut s’apprécier qu’à l’intérieur de l’enceinte, tant le jeu semble pauvre à la télévision. À la 30e, Martinez doit finalement sortir, alors que Vangioni est bien sur la pelouse. De son côté, Pisculichi tente quelques jolis gestes, en vain. Avant la mi-temps, une embrouille générale éclate après une faute de Ponzio, qui n’aura jamais réussi à remplacer le jeune Kranevitter. À la mi-temps dans les toilettes, les commentaires sont pessimistes : « Tout ça, ça ne fait que montrer que Boca n’a rien, rien, rien. Au moins, River a des joueurs, quoi. Pisculichi, Teo, eux, ils peuvent faire quelque chose. » Mais ces joueurs sont surtout sans jus : alors que Boca a pu se reposer en championnat, River joue toutes les compétitions en même temps, et se déplace dès ce dimanche dans le Cylindre du Racing, son poursuivant direct en championnat…

Beau jeu et pression

À ce jeu-là, celui de la force et des ballons qui volent, certains se font héros : c’est le cas de Funes Mori, géant central de River, et puis César Meli, milieu supersonique de Boca qui court dans tous les sens. Deux minutes de reprise, et Gago s’envole sur un tampon de Carlos Sánchez (qui aura semblé omniprésent après avoir joué 45 minutes pour l’Uruguay mardi soir, comme quoi). Mais le Cinco se relève aussitôt, malgré le manque de jeu. Ce n’est pas un problème d’espace, c’est un problème de pression. La peur de perdre, et donc de voir l’autre gagner, est tout simplement plus grande que le talent des vingt-deux acteurs. La question serait de savoir lequel de ces deux éléments est le plus disproportionné : le talent ou l’intensité de la rivalité ? Dans un tel contexte, est-ce que le Barça de Guardiola aurait pu faire danser le Real de Juande Ramos en 2009 ? Qui sait. Toujours est-il que River refuse d’essayer de jouer, par peur et fatigue, alors que Boca joue comme toujours, en lâchant les fauves, mais sans Juan Roman Riquelme pour les guider, mener et faire briller. Si seulement River avait joué, Boca aurait pu se lancer dans ses transitions rapides menées par son Comandante Chávez. Un homme qui, à l’image de Luis Suárez, n’attend jamais la cavalerie pour partir au combat.

Malgré l’entrée du Puma Gigliotti, malgré les penaltys qui auraient pu être sifflés et les tacles par derrière non sanctionnés, ce sera un 0-0 pour ce match aller. « T’avais pas de rouge sur toi ? » ira demander Arruabarrena à l’arbitre Trucco à la fin du match. Pendant le match, le public craint toute passe en retrait : « Nooon, pas ça ! » et « Ne joue pas là, carajo ! Pourquoi tu te mets à jouer près de ta surface ?! » Mais au coup de sifflet final, il ne se gêne pas pour déplorer le mauvais football : « Boca n’a pas encaissé de but à la maison, et River n’a pas perdu. Mais nous, on doit être contents ? » peste un père de famille dans les escaliers bondés qui recrache tout le bleu et jaune de la ville. Un journaliste se retourne une dernière fois vers la pelouse avant de partir : « Pardon, football ». Mais derrière les râleurs et les mélancoliques, les autres semblent avoir parfaitement assumé le fait d’avoir fait de cette rivalité quelque chose de plus qu’un match de football, et de ce sport quelque chose de plus qu’un « jeu ». Eux, ils attendent le retour sans exiger beaucoup plus. Ils savent bien que lorsque deux planètes se rencontrent, le résultat ne peut être autre chose qu’une explosion cosmique.

Markus, à la Bombonera

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Article publié le 21/11/2014 sur SOFOOT.com

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