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Palacio, brûlé par la lumière

Palacio Inter

Un an après l’épopée du Mondial brésilien, l’Argentine est en finale de la Copa América. Elle affrontera le Chili dans ce qui constitue une finale de rêve, faite de rivalité, de coups de génie, de mauvais esprit et de grands champions. Mais il manquera un homme. Un joueur qui a fait partie de la campagne brésilienne en 2014 avant d’être moqué, jeté et enfin oublié. Brûlé par la lumière.

Le 9 juillet 2014 aux alentours de 19 heures, l’Argentine de Sabella jette toutes ses forces dans la bataille qui l’oppose aux Pays-Bas de Van Gaal. Le combat est rude, les deux schémas s’annulent, et Sabella décide de faire entrer les mouvements infatigables de Rodrigo Palacio pour débloquer la rencontre. On joue la 81e minute, le joueur de l’Inter prend la place d’Enzo Pérez, et le coup semble finement joué. À la 115e minute, le numéro 18 se fait même oublier de la défense hollandaise aux six mètres et reçoit un service maradonesque de Messi. La qualification est au bout de son pied, mais Palacio choisit d’utiliser son crâne. Le tir est si mou que Cillessen s’en empare calmement. L’occasion est passée, Palacio ne tirera aucun penalty.

Quatre jours plus tard, l’histoire et Sabella donnent une nouvelle chance à Palacio en finale contre l’Allemagne de Neuer. L’entraîneur fait entrer son attaquant tout-terrain à la 78e à la place d’un Higuaín fatigué d’avoir manqué l’immanquable. Une nouvelle fois, cela semble plutôt bien vu. Le sens du jeu de la Trenza fait la différence, encore. À la 98e minute, sur un centre de Rojo, Palacio se fait oublier d’Hummels et reçoit le ballon dans des conditions idéales. Contrôle de la poitrine, un peu trop long, puis panique : piqué envoyé trop haut et trop à gauche des cages de Neuer, dont les jambes ouvertes semblaient demander un autre sort. Nouvelle occasion, nouveau raté. En juin 2014 au Brésil, Palacio aurait pu devenir un héros national pour tous les Argentins. En échange, il sera toujours associé, avec moquerie, à ce raté. Era por abajo.

Timide intimidé

Quand Palacio se présente à la mise au vert argentine au Brésil, il sort certainement de la meilleure saison européenne de sa carrière. Meilleur buteur et meilleur joueur de l’Inter, l’Argentin marque 17 fois et donne 7 passes décisives en Serie A, plante 5 fois en Coupe, décide le derby milanais d’une madjer à la dernière seconde et porte sur ses épaules toute l’animation offensive du système frileux de Walter Mazzarri. Milan assiste alors au développement d’un footballeur méconnu dont le sens du jeu et l’intelligence des mouvements rendraient de grands services à n’importe quelle formation. L’Argentin étonne, pousse toujours plus, court sans arrêt et gagne 2,5 duels aériens par match du haut de son mètre soixante-quinze. Qui dit mieux ? D’où l’idée de Sabella de poser son nom à coté de ceux de Messi, Agüero et Higuaín, en lieu et place de celui de Tévez. Palacio est alors un professionnel exemplaire au sommet de son art à 32 ans. Le moment est parfait pour couronner de paillettes une carrière faite de timidité. La récompense devait être remise sur la plus grande des scènes. Mais parfois, les scènes changent les acteurs. Comme Higuaín a pu s’en apercevoir, le Maracaña peut être intimidant. Peut-être même que le seul maillot de la Selección les fait trembler.

L’année précédente, Palacio n’avait d’ailleurs marqué qu’un seul but en huit matchs d’éliminatoires, bien loin de son efficacité milanaise. Au Mondial, Palacio aura joué cinq matchs, toujours en tant que remplaçant. Un quart d’heure contre l’Iran, 40 minutes contre la Suisse (dont la prolongation), 20 minutes face à la Belgique, 40 minutes contre les Pays-Bas et l’Allemagne. Il n’aura marqué aucun but, délivré aucune passe décisive et pris aucun carton. Absent des lignes statistiques, mais inoubliable dans les mémoires. Il faut dire qu’il en faut du caractère pour porter l’exigence et les rêves de 40 millions de passionnés argentins. L’histoire de Palacio est celle d’un joueur travailleur et intelligent qui aura tout fait pour aller le plus loin possible avant de manquer la dernière marche. Pour certains, il aura cruellement manqué de talent. Pour d’autres, c’est le mental qui a lâché. Toujours est-il que si Palacio n’avait pas été attaquant, s’il avait été par exemple un milieu travailleur ou un latéral sérieux, il n’aurait pas eu à gérer cette occasion de but brûlante. Mais le destin l’a mis face à la porte de l’histoire. Timide et intimidé, Palacio n’y est pas arrivé. Et il le savait sans doute à l’avance : il aurait pu faire le bon appel et servir anonymement Messi pour le but de la victoire, mais pas l’inverse. « Je n’ai rien d’un capitaine, je laisse d’autres joueurs bien plus à l’aise prendre ces responsabilités », racontait-il cette saison à la Gazzetta dello Sport à propos du vestiaire d’une Inter où il est pourtant le joueur le plus expérimenté.

Si proche et si loin de Tévez et Messi

Le paradoxe, c’est que Palacio se rapproche et s’éloigne à la fois de Messi et Tévez. Palacio est un Messi sans la grandeur des pieds. Le type qui ne dit rien aux asados, rigole aux blagues des autres et se montre toujours gentil, si tu vas lui parler. La distance des Argentins vis-à-vis de Palacio est l’occasion de se rendre compte à quel point Messi est éloigné du peuple argentin. Même Palacio, joueur à dimension internationale qui est resté jusqu’à 27 ans à Boca, dans l’essence du football argentin de la Primera, a été victime de son manque de charisme. Mais Palacio est aussi un Tévez sans la grandeur du caractère. Alors que cet été a été le théâtre du retour émotionnel de Tévez à Boca, le nom de Palacio n’a étrangement pas été évoqué. Lui qui y a passé ses plus belles années, de 23 à 27 ans, et marqué 54 buts en 131 matchs : le double de Tévez, qui a marqué 26 fois en 75 rencontres pour les Bosteros.

Palacio porte un nom de luxe qui sonne comme celui d’une célébrité prête à traverser les époques, mais sa personnalité indique tout l’inverse. Ainsi, cette saison, Palacio a beaucoup souffert. Ça doit être dur de vivre dans l’ombre et d’échouer à la première tentative dans la lumière. Alors, Palacio est reparti se cacher. On a parlé d’une blessure très douloureuse, à la cheville, mais aussi d’une blessure morale bien plus lourde. Celles que connaissent les types normaux qui passent à ça – c’est-à-dire, tout près – de devenir des héros. Loin à Buenos Aires, Diego Milito en avait parlé en novembre : « Rodrigo fait partie de cette catégorie de joueurs très autocritiques, et en plus en Argentine, après son occasion manquée, ils ne l’ont pas loupé. Et puis ils l’ont critiqué et infiltré, surtout la cheville. C’est pour ça qu’il met autant de temps à revenir. Mais le pire est passé, au téléphone il semble aller beaucoup mieux. » Peut-être que Sabella n’aurait jamais dû l’embarquer dans l’aventure brésilienne. Peut-être que Tévez aurait dû faire face à Neuer en ce 13 juillet, et tirer entre ses jambes. Mais peut-être aussi que Tata Martino aurait dû rappeler Palacio, auteur d’une bonne fin de saison (10 buts depuis février) – ce qui vaut au moins celle de Lavezzi – pour lui donner une nouvelle chance. Et un dernier tir dans la lumière.

Markus, à Santiago du Chili

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Article publié le 03/07/2015 sur SOFOOT.com

Jorge Valdivia est-il si fort ?

Jorge Valdivia

Si Jorge Valdivia enchante la Copa América depuis ses premières notes il y a deux semaines contre l’Équateur, l’artiste est resté fidèle à lui-même et à ses tours de magie. Mais le numéro 10 est-il si fort ? Si on l’appelle le Magicien depuis toujours, il doit bien y avoir une raison. Mais s’il n’a jamais brillé ailleurs qu’en Amérique latine, il doit bien y en avoir une autre. Voilà une histoire où une raison en affronte une autre sur un fond de contrôles irrationnels.

Ce Chili-Uruguay était un rendez-vous historique. Comme le huitième de finale du Mondial 2014 contre le Brésil, comme le quart de finale de la Copa América 2011 contre le Venezuela, comme le huitième de finale du Mondial 2010 contre le Brésil, les Chiliens en ont fait une histoire personnelle. Eux, leur jeu, leur Bielsa ou leur Sampaoli, et le défi immense de gagner d’une seule et même façon. Cinq ans après ce Chili-Brésil en Afrique du Sud, la Roja a bien progressé. Alexis Sánchez a marqué une petite tonne de buts en Serie A, Liga et Premier League, Arturo Vidal s’est imposé comme l’un des tout meilleurs milieux au monde, Claudio Bravo a acquis la reconnaissance d’un champion à Barcelone, Gary Medel s’est fait aimer dans tous les championnats d’Europe, et Edu Vargas a toujours trouvé un employeur prêt à parier sur ses buts. Le Chili semble donc se rapprocher toujours plus d’un idéal du jeu, à travers une progression collective et individuelle. Pourtant, ce rendez-vous historique face à l’Uruguay a été résolu par un homme qui, lui, n’a pas changé.

Manuel de 10

Positionné entre les deux lignes de quatre Uruguayens, Valdivia a désordonné la géométrie du maître Tabárez dès ses premiers mouvements. Comme un numéro 10 à l’ancienne, ou un faux 9 moderne, le magicien demande la balle là où si peu de joueurs savent la recevoir. Entre les lignes, dans le tourbillon du milieu, entre les lames d’acier des milieux défensifs sud-américains et les wagons des défenseurs centraux. Maîtrisant le langage de son corps autant que celui du ballon, Valdivia nage au milieu des vagues comme un poisson dans l’eau. Contrôles impeccables, conservations de balle astucieuses, et puis des prises de décision réfléchies là où la pensée n’a pourtant pas le temps. Le jeu de Valdivia suit le manuel du numéro 10 : la fameuse pause – pausa – la précision technique et le goût de la prise de risque.

Et ainsi, Valdivia fait la différence dans un collectif déjà très fluide sans lui. Alors que la grande majorité des éléments chiliens de la sélection ont tous une éducation du mouvement et du toque, Valdivia a aussi celle de la création. Quand Aránguiz, Vargas, Vidal et Sánchez courent, le 10 offre la pause nécessaire pour donner du sens à tout cet athlétisme. Dopé par la passe en profondeur, obsédé par la solution vers l’avant, Valdivia hésite souvent plusieurs secondes avant de lancer l’un de ses coéquipiers dans la surface adverse, mais finit toujours par « tenter le coup ». Pour le meilleur – son lob pour Medel contre la Bolivie – et pour le pire – ses nombreuses pertes de balle. On croirait que ça le démange, qu’il en a besoin, ou plus simplement que son sens du jeu lui impose le risque. Contre l’Uruguay, ce souffle de jeu vers l’avant l’a conduit à réaliser ce qui pourrait être le geste du tournoi : un petit pont sensationnel du pied gauche dos aux deux pieds décollés d’un Fusile arrivant à toute vitesse.

Le meilleur du meilleur moment

La question, à présent, est de savoir pourquoi Valdivia paraît si fort à plus de 30 ans après une carrière d’occasions manquées. A-t-il toujours été si bon ? Aurait-il pu reproduire le même niveau en Europe il y a quelques saisons, avec plus de confiance et de discipline ? Peut-il évoluer à un tel niveau en Europe aujourd’hui ? Par exemple, Valdivia aurait-il été meilleur que Payet cette saison si la direction marseillaise avait exaucé le vœu de Marcelo Bielsa ? Et enfin, Jorge Valdivia est-il si fort dans cette Copa América ou est-il en train de nous jouer un merveilleux tour d’illusionniste ? Les statistiques auront du mal à répondre à ces questions, mais un peu de bon sens indique quelques pistes. D’une part, Valdivia perd des ballons, oui. S’il s’est montré au-dessus du monde face à la Bolivie et l’Uruguay, son match contre l’Équateur a été l’occasion de revoir un Valdivia trop lent, prenant des décisions hasardeuses et ratant même quelques crochets basiques. Le 10 est même sorti à l’heure de jeu et avant que Mati Fernandez soit expulsé, le joueur de la Fiorentina semblait bien positionné pour récupérer une place de titulaire contre le Mexique…

Mais depuis, Valdivia réussit tout. Est-ce l’urgence historique qu’impose la compétition ? Un sentiment de revanche personnelle qui ne peut plus attendre ? Est-ce que toutes les conditions tactiques idéales sont réunies dans cette sélection où Valdivia ne doit pas combattre la concurrence de la créativité de Mati et Pizarro, mais peut compter sur l’athlétisme d’Aránguiz et Vidal ? Toujours est-il que dans cette configuration, en ce mois de juin 2015 au Chili, Valdivia est un peintre au sommet de son inspiration. Lorsqu’il dessine habituellement les courbes offensives de son Palmeiras, c’est vrai qu’il lui faut des brouillons longs comme des matchs pour délivrer ses chefs-d’œuvre. Au Brésil, en plus, Valdivia a du temps. Là, alors que le temps le contraint à créer vite, Valdivia a jeté tous ses brouillons. Il vit ce moment de sa carrière où il peut prendre la toile à deux pieds, franchement, et peindre tout ce qui lui passe par la tête avec la conviction d’aller toujours dans le sens du jeu. Impossible de savoir si Valdivia aurait pu reproduire de tels tableaux en Europe, hier, aujourd’hui ou demain. Mais en remportant le premier titre de l’histoire du Chili, en finale face au rival argentin d’un autre numéro 10 plutôt attendu, Valdivia réaliserait le plus grand accomplissement de l’histoire du football de son pays. Comme un autre 10 l’avait fait en 1986 pour les terres qui se trouvent de l’autre côté des Andes.

Markus, à Santiago du Chili

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Article publié le 04/07/2015 sur SOFOOT.com

Otamendi, la force de l’expérience

Otamendi tackling

Révélé en 2010 comme le grand espoir de l’arrière-garde argentine, Nicolas Otamendi a ensuite stagné au Portugal avant de tomber dans le championnat brésilien en 2014. Relancé par une grande saison à Valence et une Copa América de chef autoritaire, le barbu démontre une fois de plus que les défenseurs centraux montrent leur vrai visage en vieillissant. À 27 ans.

Nicolas Otamendi faisait partie de ces jeunes qui semblaient enfoncer les portes sans même cligner des yeux. Titulaire à 20 ans pour le Vélez Sársfield de Ricardo Gareca, Otamendi devient international à 21 ans, alors qu’il n’a que 11 matchs professionnels dans les jambes. Tant pis, le potentiel est trop important aux yeux de Diego Maradona, qui l’emmène en Afrique du Sud. Défenseur attendu comme la possible révélation du tournoi, Otamendi est contraint de jouer latéral droit. Et c’est sous les projecteurs, contre l’Allemagne en quarts, qu’il finit par s’écraser. Dès la 3e minute, le joueur de Vélez commet une faute non nécessaire sur Podolski. Sur le coup franc qui suit, Otamendi est au marquage de Müller et laisse filer l’Allemand. 1-0.

Après un festival de passes mal données ou imprécises et de fautes aussi brutales que dangereuses, le défenseur se jette sans raison sur l’action du second but à la 68e. Deux minutes plus tard, il est remplacé par Pastore. Il disputera ensuite trois saisons et demie à Porto, où il est acheté par deux virements de quatre millions d’euros chacun, puis six mois à l’Atlético Mineiro, mais sera surtout ignoré par Batista pour la Copa América 2011 et par Sabella pour le Mondial 2014. Cinq ans après la catastrophe, le revoilà en 2015 dans un rôle de leader de l’arrière-garde argentine qui lui va très bien. Plus fort, plus mûr, plus barbu, plus intelligent. Une histoire qui démontre une fois de plus que le poste de défenseur central requiert du temps et de la patience.

Vidéo : Otamendi contre l’Allemagne

Autorité et expérience

Au Brésil, Alejandro Sabella avait choisi Fernando Fernandez pour accompagner Ezequiel Garay. Mais après quatre prestations peu convaincantes, et l’essai d’Hugo Campagnaro dans une défense à trois contre la Bosnie, le sélectionneur avait été contraint de faire confiance à Martín Demichelis, 33 ans, pour le reste de la compétition. Un choix par défaut qui, une fois de plus, mettait le doigt sur le manque de talents défensifs du pays de Passarella, Ayala et Samuel. L’Albiceleste, ainsi, s’était retrouvée à évoluer encore plus bas que prévu et semblait manquer de souffle pour dominer ses adversaires. Un an plus tard, l’Argentine ouvrait sa Copa América le samedi 13 juin contre le Paraguay à La Serena. Dans la tribune de presse du stade La Posada, alors que les journalistes argentins sortent leurs ciseaux et leurs décorations pour découper ou orner les performances des leurs, un homme fait bonne impression en défense. Conquérant dans les duels, sûr de lui sur les ballons aériens, Otamendi évolue plus haut que Garay et participe à la montée du bloc argentin.

Nelson Valdez tentera une seule fois de dribbler le barbu, avant de prendre un tacle dans les chevilles et de perdre l’ascendant psychologique. Dans la lignée de sa saison en Liga, où il est élu aux côtés de Piqué dans l’équipe type de la saison 2014-15 et où il est le deuxième central à gagner le plus de duels aériens derrière Ignacio Camacho (Málaga), Otamendi convainc par son autorité et la mesure de ses interventions. En Copa América, celui qui gagnait 3,5 duels aériens par match avec Valence est même monté à 4,5. Les bienfaits de l’expérience sont enfin ajoutés à ceux du talent.

Vidéo : la saison d’Otamendi à Valence

La raison de l’âge

Jaap Stam est arrivé à Manchester United en 1998, à 26 ans. Thiago Silva est arrivé au Milan à 25 ans. Andrea Barzagli a connu ses plus belles années de 30 à 33 ans. João Miranda est arrivé à l’Atlético Madrid en 2011, à 27 ans. Marco Materazzi est arrivé à l’Inter à 28 ans. Laurent Blanc avait déjà 30 ans quand il a quitté Auxerre pour enchaîner ses dernières expériences à Barcelone, Marseille, l’Inter et Manchester. Gary Cahill arrive à Chelsea à 27 ans. Au poste de défenseur central plus qu’ailleurs, l’expérience compte plus que tout.

À 27 ans, Otamendi semble être arrivé à maturité, du moins suffisamment pour incarner les espoirs d’une nation autrefois bercée par les tacles de Walter Samuel, Gabi Heinze et El Raton Ayala. Avec son tacle aussi précis que déterminé sur Neymar à Mestalla, Otamendi a certainement marqué des points dans l’imaginaire argentin. De quoi donner des espoirs aux jeunes centraux qui évoluent encore en Argentine, de Funes Mori à Mammana. Avec l’âge, Otamendi s’impose comme le roc qui mérite enfin les surnoms qui lui avaient été donnés il y a déjà cinq ans, de l’animal Bestiamendi au militaire El Comandante.

Markus, à Santiago du Chili

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Article publié le 04/07/2015 sur SOFOOT.com

L’impossible mortalité de Falcao

Falcao tactique

Après avoir manqué le Mondial de sa consécration à cause d’une blessure subie en Coupe de France, Radamel Falcao est en train de manquer la Copa América de sa rédemption sur le terrain. À 29 ans, le héros est déjà tombé plusieurs fois et a toujours fini par se relever. Et cette fois ? Le Tigre est-il tristement enfin mortel ?

Lorsque Falcao entre sur la pelouse de l’Estadio Monumental de Santiago il y a une semaine, prêt à affronter le Brésil qu’il avait manqué l’été dernier, le tableau ressemble drôlement à la première scène d’un film fantastique de super-héros. Les cheveux rasés sur les côtés et finement peignés au-dessus du front. La carrure forte mais affinée. Le pas affûté, félin. Le numéro 9 imposant, débordant d’autorité. Ce brassard lourd de prestige et de responsabilité. Et surtout ce regard déterminé du champion qui ne tolère pas la défaite. Dans ce genre de films, Falcao a toujours excellé. On l’avait trouvé remarquable dans le titre de River Plate en 2008. Fabuleux dans le triplé de Porto en 2011 et ses 18 buts européens en seize matchs. Intraitable lors de deux saisons fantastiques à l’Atlético, du titre européen de 2012 à la Coupe du Roi au Bernabéu en 2013. Et, enfin, héroïque sous le maillot de la Colombie lors des éliminatoires du Mondial 2014 et les amicaux précédant cette Copa América. D’ailleurs, à partir du printemps 2011, la carrière du Colombien devait ressembler à l’ascension rapide du meilleur numéro 9 de la planète.

Les chutes et les retours du Tigre

Mais entre ces chefs-d’œuvre, le Tigre a chuté. Plusieurs fois et pour des raisons différentes. Pro à treize ans pour Lanceros Boyaca, Falcao est ensuite refusé par son club Millonarios à quinze piges, avant d’être envoyé en Argentine. À River Plate, le Colombien doit patienter quatre ans chez les jeunes avant de goûter à nouveau au football professionnel en 2005. Mais en novembre, Falcao tombe : ligaments croisés du genou droit. En janvier, une autre opération est nécessaire. Le retour est retardé jusqu’à septembre 2006, à 20 ans. Après deux saisons compliquées, Falcao s’épanouit dans le football de Diego Simeone. Lorsqu’il s’envole vers l’Europe en 2009, la référence du football argentin ne vaut que quelques millions d’euros pour Porto. Là, tout s’accélère. En deux saisons chez les Dragons, Falcao marque 72 buts en 87 matchs. Pourtant, le Vicente-Calderón n’est pas tendre à son arrivée à Madrid, qui coïncide avec la fin désordonnée de la période du coach Manzano. Critiqué pour son manque de participation dans le jeu dans une Liga qui n’a que le mot toque à la bouche, Falcao est même sifflé par son propre public. Ses débuts sont décents, mais ça ne suffit pas. En décembre, Diego Simeone reprend la main, et la décence se transforme en indécence – envers ses adversaires. À ceux qui lui disaient qu’il ne savait pas faire une remise du pied droit, Falcao répond par des lucarnes du pied gauche. Et toujours sur les plus belles scènes. En 91 matchs, Falcao marque 70 buts et redevient indiscutable.

Lorsqu’il arrive en Ligue 1 à Monaco pour 60 millions d’euros en 2013, le numéro 9 vient donc de marquer 142 buts en 178 matchs en quatre saisons au Portugal et en Espagne. Pourtant, le doute refait vite surface. Souvent blessé, Falcao joue peu, mais marque. Lorsqu’il se blesse dramatiquement en 16e de finale de Coupe de France, le Colombien s’arrête à onze buts en 19 matchs. Nouvelle chute pour le Tigre, qui s’endort profondément. Après cinq mois de récupération express, l’avant-centre se réveille trop tard pour le Mondial, mais assez tôt pour être transféré vers le projet de Van Gaal à Manchester United, son quatrième club européen en six ans. Un véritable échec : quatre buts, beaucoup de banc et des problèmes physiques. Quand il ne se blesse pas, Falcao semble faire des mauvais choix de carrière. « Semble », parce qu’il ne les fait pas vraiment. Si Falcao ne joue pas la C1 (après l’avoir jouée à son arrivée à Porto), il devient surtout un symbole du joueur-objet sud-américain qui se fait balader de pays en pays par ses agents. « Ça me fait rire quand on me demande pourquoi je ne suis pas resté dans tel ou tel club, ou pourquoi je n’ai pas essayé de jouer pour une autre équipe, comme si en tant que joueur on avait le choix. Et vous les journalistes, pourquoi vous ne bossez pas pour CNN ou ESPN ? C’est pareil en football : les situations où le joueur peut faire le choix d’aller dans un club précis sont très rares. Très souvent, je n’ai pas pu vivre comme je le voulais. Je voulais aller quelque part et je finissais ailleurs », déclare Falcao en pleine convalescence. Aujourd’hui, alors qu’on ne connaît pas encore sa prochaine destination, malgré l’insistante rumeur de Chelsea, Falcao a retrouvé du temps de jeu.

Confiance et immortalité

Mais mercredi dernier, malgré le costume de super-héros, Falcao s’est montré tristement mortel. Pris au marquage par un Thiago Silva impérial et rattrapé par un Miranda vigilant, le 9 n’en a pas touché une devant un public colombien infernal et prêt à le célébrer. Même Téo Gutiérrez a essayé de le faire briller. Après une remise du talon, Falcao a dévissé une frappe avant d’avorter un contre prometteur d’une lourde envoyée en plein dans la pollution de Santiago. Un peu transparent, un peu mauvais, Falcao n’a pas rassuré contre le Pérou. Le Tigre s’est-il endormi pour de bon ? Pas pour les siens. Cette saison à Bogota, les taxis qui passent leur vie dans une circulation chaotique ont eu le temps d’insulter Louis van Gaal de tous les noms.

Le joueur reste aussi soutenu par son sélectionneur, qui semble convaincu qu’un but changerait tout, comme toujours. Seulement, Falcao ne peut exister à travers la recherche désespérée d’un but salvateur et perdre sa lucidité dans le reste du jeu. Surtout pas face à la possession argentine. En manque de confiance, le héros semble manquer de ressource au pire moment, à l’image de certaines versions de Fernando Torres et Andreï Shevchenko par le passé. Peut-il encore se relever et lancer une nouvelle lucarne inattendue du pied gauche au milieu du match le plus important de sa saison ? On veut l’espérer. Après tout, qui peut croire à la mort d’un héros qui a si souvent prouvé son immortalité ?

Markus, à Santiago du Chili

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Article publié le 26/06/2015 sur SOFOOT.com

Thiago Silva, prince revanchard

silva mondial

C’est l’histoire d’un roi sans couronne, un capitaine sans brassard ou plutôt un prince exilé par ordre présidentiel, puis rappelé par l’urgence nationale. Dans tous les cas de figure, Thiago Silva est un homme revanchard. Si le Monstre parisien est arrivé au Chili pour être un soldat remplaçant de Dunga, la première phase a suffi pour en faire la plus grande chance du Brésil de traverser les Andes avec le sourire. Et si le meilleur joueur de cette Copa América était un défenseur ?

Il y en a pour tous les goûts dans cette Copa América. D’une part, les supporters des pays participants ont tous espéré voir leur héros national les sauver héroïquement dans le style le plus autoritaire du caudillo sud-américain. Messi, Neymar, Vidal, Falcao, Cavani, Guerrero, Rondón, Enner Valencia… D’autre part, en Europe, les spectateurs nocturnes ont plus modestement espéré assister à des instants de magie technique. Agüero, Aránguiz, James, Coutinho, Pastore, Cuadrado, Valdivia… Une fois de plus, la Copa América est surtout devenue une vitrine pour tout le talent offensif que le football sud-américain a en réserve. Mais derrière, Otamendi, Giménez, Murillo et Medel ont pourtant montré de très belles choses. Et le meilleur joueur de la compétition pourrait bien être un défenseur central parti avec le statut de remplaçant.

L’exil, puis le retour

Le 8 juillet dernier à Belo Horizonte, les yeux de Thiago Silva n’ont rien manqué. Assis dans les tribunes, dans ce polo vert clair immortalisé par le réconfort qu’il a apporté aux larmes de David Luiz, le Monstre a vu l’apocalypse tomber sur le football de son pays et, encore pire, il n’a rien pu faire. Un but, deux buts, trois buts, quatre buts, cinq buts, six buts, sept buts encaissés sans lui. Qu’aurait pu faire le Brésil contre l’Allemagne si Thiago Silva avait été sur le terrain ? Qui sait, un sauvetage autoritaire en début de match aurait pu lancer le reste différemment. Mais une erreur supplémentaire aurait pu aussi amener une huitième humiliation. De toute façon, Thiago Silva ne devait pas jouer ce match. Il ne pouvait pas sombrer avec les autres. Pas lui, pas O Monstro, ce défenseur d’un mètre quatre-vingt qui semble faire deux mètres lorsqu’un attaquant s’approche. Lui, comme Neymar, devait être préservé.

Avec l’arrivée de Dunga, pourtant, c’est lui qui a été mis de côté. On pensait à un avertissement. Mais la non-titularisation du Monstro contre le Pérou a bien démontré la conviction de Dunga : ce Brésil serait meilleur sans le Parisien. Finalement, trois minutes et une première erreur de concentration de David Luiz ont suffi pour le faire changer d’avis. Contre la Colombie, Dunga a aligné Thiago Silva à droite et Miranda à gauche. Au menu : Falcao et Téo Gutiérrez, à la sauce Cuadrado. Si les observateurs de Chelsea et Corinthians ont choisi cette rencontre pour fixer un avis définitif sur les deux avants-centres colombiens, ils ont mal choisi leur moment.

Poussé par le destin

Impérial, le numéro 14 a tout anticipé aussi bien en l’air qu’au sol (douze ballons aériens, trois anticipations, sept récupérations) et rendu une copie de monsieur propre (zéro faute, trois passes imprécises sur 44, quatre bons longs ballons). Résultat : la Colombie n’a cadré que 9% de ses tirs (un sur dix, et quatre contrés) et Falcao et Téo ont perdu respectivement neuf et quinze ballons. En phase offensive, Thiago Silva a participé discrètement, comme sa position de défenseur central droit le laissait deviner. Il s’est simplement chargé de transmettre le ballon à Elias devant lui (dix fois) ou à Miranda à sa gauche (onze fois), qui lui-même servait le plus souvent Filipe Luís (24 passes).

Le match contre le Venezuela devait raconter la même histoire. Une partition de défenseur central droit à la mentalité défensive, prêt à couvrir les montées de Dani Alves et à servir fidèlement le côté gauche de l’attaque brésilienne. Un soldat fidèle, discipliné, qui fait son devoir, mais ne se montre pas. Même sur coup de pied arrêté, Thiago Silva semblait ne pas vouloir insister. À la neuvième minute, lorsque Robinho est allé tirer le troisième corner des siens, O Monstro était même à l’extérieur de la surface, loin des coups de coude de ceux qui sont prêts à tout pour faire chanter leur nom. Puis, le ballon s’est envolé. Une feinte de corps, puis une autre, et le numéro 14 avait semé son adversaire direct et se présentait seul au point de penalty, prêt à catapulter sereinement le premier but de la rencontre sous la barre. Une heure et une dizaine de soupirs de désespoir pour Rondón plus tard, le Parisien était élu homme du match. Thiago Silva ne s’est pas invité à la table des grands acteurs de cette Copa América, mais le destin – l’erreur de David Luiz et la suspension de Neymar – l’a poussé en plein milieu de la scène. L’absence de Neymar et d’une animation offensive dynamique ont même fini par lui offrir le rôle principal.

Markus, à Santiago du Chili

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Article publié le 27/06/2015 sur SOFOOT.com