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Les Leçons Tactiques de France-Roumanie

L’envie d’en découdre, immense. L’attente, interminable. Et puis le grand saut. Un faux départ, la parade de Lloris, et la tension, déjà. Les dégagements craintifs en plein dans l’inconnu roumain. Les pieds qui tremblent. La trouille, un peu. Mais hier, la dynamique collective bleue ne volait pas haut. Bien plus bas, un bout de pied d’Évra égalisera et invitera carrément la peur, les changements schématiques de Deschamps et même la panique. Jusqu’à Payet. Encore du gauche. Des pleurs et deux gouttes de génie.

De l’échec de la relance bleue

La France pressée, bousculée, reculée. Vendredi soir, les Bleus jouaient leurs premiers duels mortels depuis juillet 2014. Alors que les derniers matchs amicaux avaient laissé planer le doute sur la capacité du schéma de relance à poser les bases de l’animation offensive bleue, le pressing roumain a remis la France face à ses réalités. On aurait aimé se présenter à Saint-Denis en costume de regista géomètre à l’italienne, ou au moins avec des scientifiques du jeu de position à l’allemande. Mais non. Ni le talent individuel ni l’étude collective ne sortiront les Bleus de ce pressing parfois imaginaire, à l’image de la rhinocérite de Ionesco. Pour relancer proprement – à savoir ouvrir le jeu pour créer les conditions d’une passe vers l’avant à la fois assez prudente pour éviter une perte de balle et assez osée pour gagner du terrain – les Bleus ont fait face à trois obstacles, à la fois individuels et collectifs.

D’une part, et ce n’est pas une surprise, les hommes clés de la relance n’ont pas les pieds pour survoler les débats. Dans le doute et au duel, Évra, Rami et Sagna ont presque automatiquement préféré le dégagement aérien vers l’inconnu roumain plutôt que le contrôle. En première période, le ballon n’a jamais vraiment été bleu ni jaune : il semblait rebondissant et n’arrivait surtout jamais dans les pieds malins de Griezmann et Payet. D’autre part, la lutte pour les seconds ballons s’est transformée en un champ de bataille puéril où la faucille d’Évra n’a jamais fait mouche. Enfin, le schéma actuel de Deschamps n’offre que trois solutions viables pour mettre les Bleus en position de confiance.

Quelles solutions pour alimenter la faim offensive française ?

D’une, N’Golo Kanté. En pleine phase d’apprentissage de ce poste de 6, le phénomène de Leicester a diminué les passes en retrait et décalages timides pour lâcher de nombreuses passes osées vers l’avant, sauter une ligne et lancer l’initiative. Plus central que contre l’Écosse, ce n’est néanmoins pas encore un maître de l’échiquier : il brille au milieu du chaos plus qu’il n’éclaire les ténèbres. De deux, Pogba (et donc pas Matuidi). Injustement critiqué parce qu’il n’est pas décisif dans le dernier tiers – les observateurs remarqueront peut-être enfin qu’il ne s’y trouve jamais en Bleu, sur consigne du sélectionneur –, la Pioche reste la meilleure option bleue pour faire le lien entre la ligne défensive et les armes offensives. Mais isolé sur cette moitié droite, son jeu se retrouve limité géographiquement par la ligne de touche et humainement par le manque de mouvement devant lui, comme il l’a rageusement fait remarquer à ses coéquipiers à la 45e minute. Et s’il avait marqué sa reprise, serait-il acclamé en héros tout-terrain ? Ce n’est qu’une question de temps (et de changement de rôle ?).

De trois, enfin, les centraux. Koscielny et surtout Rami doivent devenir la solution. Face à l’Albanie, Deschamps aura l’occasion d’essayer deux nouvelles approches. Faire écarter au maximum El Doctor Koscielny et Rami au point d’aligner une ligne de trois relanceurs – avec Kante au milieu, et non à droite – et multiplier les lignes de passes possibles vers l’avant. Ou alors confier l’initiative aux percées de Rami, qui devra alors s’inspirer des prises de décision d’un Barzagli – limité techniquement, mais très fin dans la lecture des situations – pour lâcher le ballon au bon moment et assassiner (ou au moins fatiguer) le pressing adverse. Parce qu’il suffit d’un seul bon relanceur : « Un nez qui peut voir en vaut deux qui reniflent » , disait Eugène Ionesco.

Pogba sacrifié, Matuidi sauvé

À la 66e, dix minutes après l’égalisation, la France a besoin d’un but pour passer un bon week-end. En toute logique, DD lâche Coman dans l’arène : les Bleus ont besoin de vitesse et Giroud a besoin de ballons. Moins présent que Payet dans le jeu, Griezmann paye son rôle de second attaquant privé de ballons. Dix minutes plus tard, la vitesse n’a pas suffi et elle n’a plus les espaces pour décoller. Deschamps se tourne alors vers Martial, l’autre expert en percussion. Mais tandis que le jeu s’est enfin assis dans le camp roumain et que Pogba peut enfin se rapprocher du but adverse, le sélectionneur maintient Matuidi et envoie le Juventino sur le banc. Pogba perd une belle occasion d’accélérer la manœuvre et d’orienter le jeu (ce bijou de passe en profondeur pour Sagna), alors que Matuidi, lui, se retrouve à enchaîner les transmissions sans valeur ajoutée. Même avant ce changement de position malheureux (Blaise devant la défense), le Parisien s’était montré déconnecté du peu de possession française et n’avait pas offert à Payet ses plus beaux pieds. Surtout, la passivité des Bleus à la perte de balle l’a court-circuité et l’a condamné à s’appuyer trop souvent sur Évra. Mais jusqu’à quel point l’équilibre collectif pensé par Deschamps peut-il privilégier le sacrifice de Pogba dans cette animation ?

Giroud, gagnant d’un jeu truqué

Dans le flou du jeu bleu et sous la pression médiatique ambiante, Giroud a produit une nouvelle prestation de Bomber aux nerfs solides. Un combat incessant aux avant-postes, de nombreuses opportunités perdues, mais un tas de duels gagnés, une talonnade inspirée et des déviations toujours bien senties, un penalty presque provoqué et enfin un coup de tête de guerrier qui vaut bien ce numéro 9. En football, ce type d’avant-centre semble rejouer en permanence des matchs à la vie à la mort. Vif s’il marque, mort s’il reste muet. Vendredi soir, Giroud s’est élevé au-dessus du double mètre de Tătăruşanu pour survivre. Un jeu infini qu’il continue de gagner.

Jusqu’à Payet

À l’été 2014, Marcelo Bielsa quitte l’Argentine et Rosario, terre des talents indomptables, pour retrouver Dimitri Payet à Marseille. Un an plus tard, Payet remercie Marcelo de l’avoir « épanoui » et d’avoir « mis de l’ordre dans (son) jeu » . Dans cette sélection menée par le pragmatisme de Deschamps et soutenue par cette lourde ligne défensive formée de chevaliers en sabots, Payet est apparu tel un archer invincible sans armure. Dans le trafic, d’abord, toujours prêt à marquer un temps d’arrêt pour mieux faire avancer la cavalerie. Et puis autour de la zone de vérité : un récital de décalages, remises, feintes et autres arabesques. À l’image de Neymar contre la Croatie le 12 juin 2014, le numéro 10 sans blason a libéré les siens alors que leurs doutes s’étaient vulgairement imposés et que leurs rêves s’étaient naïvement évanouis.

Markus

Les chiffres des Bleus
8 comme les passes clés de Payet. La France a tiré 14 fois : 8 fois sur 14, le joueur de West Ham a créé la position de tir, en plus de tirer lui-même 2 fois.
6 comme les duels aériens gagnés par Sagna. Et si on le mettait au premier poteau sur corner à la place d’Évra ?
5 comme les interceptions de Kanté. S’il associe cette mobilité à de l’expérience devant la défense, Deschamps a trouvé un gilet pare-balles à sa taille.
26 comme le nombre de ballons touchés par Griezmann, soit moins de la moitié de ce qu’il avait fait contre la Russie avec un temps de jeu équivalent. En position de renard avide de bons ballons, le Madrilène a quand même tiré trois fois. Poteau.
61% comme le taux de passes réussies de la Roumanie. Un ratio tout à fait dégoûtant, oui. Prochain adversaire coriace : l’Albanie.

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Article publié le 11/06/2016 sur SOFOOT.com

Les Leçons Tactiques de France-Ecosse

Face à des Écossais plus joueurs que dangereux, les Bleus ont offert à la Lorraine leur première clean sheet depuis novembre dernier contre l’Allemagne. Surtout, l’équipe de France a bossé les exos donnés par M. Deschamps : Kanté et la difficile interprétation du poste de numéro 6, la relance depuis les pieds de Rami et Koscielny, et enfin l’animation des couloirs. Une première période pleine d’enthousiasme et de rigueur, et puis le talent de Griezmann et Martial. Hourra, le prochain match ne sera pas amical.

Vole comme le papillon

Si les Bleus nous ont habitués à piquer comme l’abeille depuis le mois de mars – 10 buts marqués en trois matchs, 13 en 4 rencontres depuis samedi – ils étaient loin de voler comme le papillon. La faute à une lourde valise : une moyenne de deux buts encaissés par match. Mais samedi soir contre l’Écosse (qui a fini 4e de son groupe d’éliminatoires derrière l’Allemagne, la Pologne et l’Irlande), les Bleus ont réussi à se défaire de cet inconfortable costume de chenille avec une clean sheet. Une ligne suffit pour décrire la performance défensive française à Metz : les Écossais ont attendu la 86e minute pour « réussir » leur premier tir de la rencontre, de l’extérieur de la surface de Lloris. Une mue qui est née dans le ciel de Saint-Symphorien : les Français ont largement dominé les Écossais dans les duels aériens, au milieu et dans les deux surfaces. Sur le papier, ça donne 10 duels gagnés à 5. Sur le terrain, cela s’est vu grâce à un Koscielny et un Évra dominateurs. Plus haut, il faut souligner l’énorme impact de Pogba à la perte de balle : conquérant, le numéro 15 a poussé tout le milieu à défendre en avançant.

Kanté, l’interprétation du poste de 6 et la relance bleue

La muraille bleue a enfin tenu, et les canons français ont à nouveau frappé fort. Pourtant, le jeu des hommes de Deschamps partira à la conquête de l’Hexagone avec un gros doute : la qualité de son schéma de relance. Depuis les forfaits de Varane et Lass, ce secteur du jeu fait des cauchemars. L’équation à résoudre conserve trois zones de brouillard lorsque le ballon repose dans les pieds de ses défenseurs centraux. D’une, la difficile utilisation des deux latéraux, largement plus à l’aise sans le ballon ou face au jeu. De deux, la qualité du jeu long des centraux. Et de trois, enfin, l’absence de quarterback devant et/ou entre Rami et Koscielny. Samedi soir, Deschamps a lancé Kanté dans le grand bain.

Dans un rôle très éloigné de celui qui est le sien à Leicester, l’ancien Caennais s’est longtemps cherché. Bien moins à l’aise que Lass dans le trafic, Kanté a souvent proposé une solution bancale à droite de Rami ou préféré les passes en retrait à l’orientation du jeu. Accompagné par un Pogba très généreux lors de la première demi-heure, il a ensuite été soulagé par les interventions dézonées de Payet, Coman et puis Griezmann. De manière générale, l’animation du milieu a souffert de l’absence d’un repère axial et a conduit la relance bleue à porter le ballon plutôt qu’à le faire circuler, dans un style très Premier League, ce qui aurait pu amener de dangereuses pertes de balle. En seconde période, Griezmann a offert du jeu court, des combinaisons et du pressing à l’espagnole, se présentant avec une aile de pigeon qui ressemblait à un hommage au slogan de la FFF : « Pour la joie de jouer » (véridique).

La question de l’animation des ailes sans Martial ni Coman

Avec des ressources offensives aussi variées, que ce soit sur jeu placé, contre-attaque ou coup de pied arrêté, la principale limite de l’animation offensive bleue reste l’utilisation des couloirs. Avec deux latéraux aussi conservateurs, Deschamps a un vrai défi. Mais pour le relever, il a aussi deux alliés. À droite, la largeur qu’offre Coman, capable d’enflammer un couloir entier à lui tout seul. À gauche, les courses de Matuidi, toujours. Mais celles-ci impliquent l’existence a priori d’une construction collective : parce que Payet joue naturellement vers l’intérieur, le côté gauche est orphelin de la possibilité d’éliminer en un contre un.

D’où un dilemme : avec la probable absence de Coman dans le onze de départ – au profit de Griezmann – les Bleus se retrouvent condamnés à compter sur les montées d’Évra et Sagna pour déborder leurs adversaires. La passe décisive du latéral de City a rassuré, tout comme les nombreuses visites d’Évra dans la surface écossaise. Mais en seconde période, les prises de balle de Martial ont tout bonnement transformé l’aile gauche française. Dès qu’il tient le ballon, le Mancunien réussit à arrêter le temps avec sang-froid tout en accélérant le jeu avec pause. D’où une véritable interrogation pour le sélectionneur : comment parvenir à exploiter le potentiel de Martial et Coman tout en conservant le volume de Griezmann et Payet au cœur du jeu ? A priori, seuls deux des quatre devraient débuter les rencontres dans ce 4-3-3.

Giroud en boxeur

Sans Karim Benzema, possiblement le numéro 9 qui sait le mieux nourrir le jeu de nos jours, la France de 2016 sera portée par un avant-centre au style de boxeur en crampons. Un joueur qui touche peu le ballon, un attaquant qui défie les défenseurs plus souvent avec ses épaules qu’avec ses dribbles, mais une pointe qui sait cogner. Samedi soir, Giroud a gagné par K.O., en deux coups : une madjer d’abeille et un tir-tacle de déménageur qui aurait pu « tuer un rocher, blesser une pierre et envoyer une brique à l’hôpital ». Assez méchant pour rendre la médecine malade ?

Markus

Les chiffres des Bleus
– 18 – le nombre de ballons touchés par Giroud en 62 minutes. En une demi-heure, Gignac a participé 16 fois à l’animation bleue. Deux 9, deux styles.
– 5 – le nombre de tirs des défenseurs français samedi soir : 2 pour Rami et Koscielny, 1 pour Évra. Sagna s’en tire avec une passe décisive.
– 77% (10/13) – la réussite du jeu long de Paul Pogba, un bol d’air. Le Juventino a aussi été le milieu le plus actif avec 89 ballons touchés, plus que Kanté, qui devra être moins timide vendredi prochain.
– 3 – le nombre d’occasions franches que s’est créées Yohan Cabaye en 35 minutes sur les deux rencontres, démontrant une fois de plus que sa place n’est pas devant la défense, mais bien entre les lignes.
– 43 – le nombre de ballons touchés par Payet en 45 minutes, soit quasiment un par minute, comme un vrai meneur. Griezmann a répliqué avec 39 dans une seconde période moins rythmée. Ça fait – un peu – penser à la paire Zizou-Snake, non ?

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Article publié le 05/06/2016 sur SOFOOT.com

Les Leçons Tactiques de France-Cameroun

Après l’Amsterdam ArenA et le Stade de France en mars, La Beaujoire a été la scène d’un troisième match amical « moderne » de ces « nouveaux Bleus » . Du spectacle, des attaquants qui marquent presque quand ils veulent – ou quand il faut – et une phase défensive absente. Littéralement absente, à tel point qu’à dix jours de l’Euro, il est impossible de juger le niveau défensif de ces chevaliers sportifs qui s’apprêtent à défendre leurs propres terres.

Pogba, sacrifié tactique ou sur le point d’exploser ?

Paul Pogba devrait être le personnage principal de cet Euro 2016. Son nom est écrit sur la couverture. Son talent fait peur à tout le continent. C’est son histoire, là, maintenant, tout de suite. Deux années se sont écoulées depuis le Mondial brésilien. Là-bas sur la terre du dribble, de ses dribbles qu’il maîtrise tant, le Français avait dû faire dans la conservation. Un rôle de lieutenant du milieu de terrain, d’organisateur plus que de créateur, protecteur de Cabaye et garantie défensive aux montées de Matuidi. En deux ans, cela devait changer. Mais au lieu de mettre le joueur de la Juve dans un fauteuil, en déplaçant par exemple Matuidi, Deschamps a choisi la méthode dure : adapte-toi, deviens encore plus fort et tu gagneras ta liberté. Pogba Unchained, alors ? Lundi soir, ce France-Cameroun nous a démontré que cette liberté était encore conditionnelle.

Et Deschamps en est bien conscient. « Je ne le veux ni trop haut ni trop bas. Je veux qu’il se propose entre les lignes pour donner plus de liant entre la phase défensive et les trois devant. » En clair, Pogba devrait être omniprésent. D’où trois interrogations. D’une, est-ce son positionnement qui pose problème ? Ses débuts bleus nous avaient fait croire qu’il était bien plus créatif en milieu gauche – comme à Turin – qu’en milieu droit. Mais le trio bleu lui donne aujourd’hui assez de liberté pour se déplacer des deux côtés. De deux, l’équilibre actuel de l’animation offensive lui donne-t-il assez de responsabilités ? Lundi soir, les transitions bleues ont très souvent sauté les pieds de la Pioche pour déposer le plus vite possible le ballon dans les pieds brûlants de Payet. Sur attaque placée, c’est Coman qui est redescendu pour prendre la balle et accélérer la manœuvre. Lors des dernières sorties, Griezmann aimantait les relances bleues. D’où la troisième question : ce qu’exige Deschamps est-il vraiment possible dans cette configuration ? Avec la liberté actuelle de Matuidi, toutes les preuves sont réunies pour répondre « non » : Pogba pourra difficilement être à la fois la garantie défensive du milieu bleu et la principale source de création de déséquilibre de l’escouade de DD. Sacrifié, le Turinois semble condamné à travailler longtemps pour briller brièvement. Comme lundi soir, avec cette séquence de dribbles étoilés et ce centre lunaire digne de Broomhilda.

Exploits individuels plutôt que processus collectifs, donc zéro défense

À la mi-temps, le sélectionneur s’est exprimé ainsi : « Il faut accélérer pour pouvoir mettre le ballon plus vite sur les côtés. » Effectivement, La Beaujoire a été victime de trois quarts d’heure d’une lenteur très peu nantaise. C’était peut-être la pelouse, peut-être les dégâts de l’actuelle préparation physique, ou alors un cruel manque de fluidité collective. Mais il est inquiétant de noter que les Bleus ont une nouvelle fois fait la différence sur des initiatives individuelles plutôt qu’à l’aide de mécanismes collectifs. Le premier but naît de l’insistance des dribbles et de la vitesse de Coman côté gauche. Le second vient d’un coup de génie de Pogba. Le troisième est l’œuvre de Payet. Et il ne s’agit pas seulement des buts marqués : très peu d’occasions ont eu pour origine un automatisme collectif développé.

En clair, l’influence des extérieurs exquis du nouveau roi de Londres et des accélérations indécentes de Coman le Bavarois a largement dépassé celle des automatismes en chantier d’Évra et Matuidi ou des mouvements des numéros 9 français (20 ballons touchés en 90 minutes à eux deux). Dans ce registre, Griezmann a cruellement manqué, tout comme Karim Benzema, on peut le dire. Mais c’est surtout « derrière » que ces automatismes manquent à l’appel. Les guillemets ne sont pas là par hasard : alors que tout un pays se prépare à maudire ses défenseurs centraux à la première erreur venue, il faut rappeler qu’une grande équipe de football défend à onze. Lundi soir, dans un contexte de préparation certes particulier, les Bleus n’ont proposé aucune structure défensive collective. Pas de pressing intense, pas de pressing ciblé, pas de défense ? Adil Rami n’a rassuré personne, mais il n’est pas coupable si les deux trios devant lui se font sauter systématiquement par la première feinte de corps venue. À ce rythme-là, il sera intéressant d’analyser l’impact de la compétition sur l’intensité défensive du bloc français.

Question pointue

On joue la 20e minute lorsque Matuidi ouvre le score en position de numéro 9. Derrière lui, Giroud attendait aussi ce ballon qu’il n’avait jusqu’alors touché qu’une seule fois, près de la ligne de touche 18 minutes plus tôt. Une heure plus tard, Gignac attendra plus d’un quart d’heure avant de toucher son premier ballon. De quoi s’inquiéter ? Alors que Griezmann et Payet semblent s’imposer comme les créateurs providentiels de ces Bleus 2016, aucun attaquant de pointe n’est devenu une évidence. Et parce que Giroud et Gignac jouent dans un registre comparable, il serait intéressant de voir évoluer Anthony Martial en pointe du trio d’attaque avant le début de la compétition.

Markus

Les chiffres des Bleus
8 comme le nombre de « passes clés* » de Dimitri Payet. Royal.
65% comme la possession de balle française. Heureusement, on n’est plus en 2009 et ça n’a donc plus aucune importance.
5 comme le nombre de duels aériens gagnés par Koscielny, digne représentant du Tours FC. À une glissade près, c’était parfait.
0 comme le nombre duels aériens gagnés par Adil Rami, qui préfère les passes laser brossées qui sautent trois lignes.
4 comme le nombre de fautes provoquées par Kingsley Coman. Des fautes qui peuvent enfin servir à quelque chose, maintenant que l’équipe de France se la joue Reggie Miller derrière la ligne.

* Une passe-clé est une passe qui aboutit sur un tir

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Article publié le 31/05/2016 sur SOFOOT.com