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Le retour de la colombienne

Falcao Colombia

Un maillot aux couleurs exotiques qui sent fort la jungle et les Caraïbes, des joueurs frisson sur toutes les lignes et un professeur classe et respecté de tous : depuis environ trois ans, la Colombie est l’équipe que tout le monde aime adorer. Et ce soir contre le Brésil, elle est de retour. Enfin, on l’espère.

Chaque été depuis tout petit, il allait à la mer. Là-bas, il retrouvait toujours au même endroit le même sable, le même vent et le même soleil. Il y avait aussi les mêmes vagues, le même bruit des oiseaux et les mêmes vélos démodés datant d’un autre siècle, usés par le sel et l’humidité. À la mer, il retrouvait également ceux qu’il appelait affectivement « mes amis de la mer ». Ils étaient trois, quatre, cinq, deux ou un, en fonction des années. Mais ils étaient toujours là, et c’étaient toujours les mêmes. D’ailleurs, ils jouaient aux mêmes jeux qui ne vieillissaient jamais – à part le ballon, qu’il fallait changer chaque année. À la mer, il retrouvait aussi les gâteaux au citron de la boulangerie du coin de la rue. Il aimait profiter des dernières caresses du soleil sur les joues à la tombée du jour et de la grenadine de sa maman après le vélo. Et puis, enfin, à la mer, chaque été, il retrouvait la fille.

Tous neuf

La même fille. Une créature avec qui il n’avait rien en commun, à part la mer et l’été, évidemment. Une fille dont il était tombé amoureux dès la première rencontre, sans savoir pourquoi. Et chaque année, le même mécanisme périodique s’enclenchait sans raison : il arrivait à l’oublier durant des mois, mais ne pouvait s’empêcher de retomber amoureux à l’approche de l’été. Il l’attendait impatiemment, l’été. Il ne savait pas pourquoi et elle n’en savait rien. Mais peu importe, l’attente était toujours au rendez-vous. Cette fille, aujourd’hui, c’est la sélection colombienne de football. Le gâteau, c’est la patte gauche de James. La grenadine, c’est l’accélération de Cuadrado. Et le soleil, c’est le sens du but de Falcao. Parce que la Colombie s’est transformée depuis deux ou trois saisons en cette sélection frisson que tout le monde aime trop attendre chaque été.

Le tigre Falcao, l’homme des finales, buteur et capitaine. James Rodríguez, numéro 10 moderne, pied doux du Real Madrid et expert des lucarnes voltigeuses. Juan Cuadrado, ailier sprinteur aux dribbles explosifs. Mais aussi Jackson Martínez, Carlos Bacca, Teo Gutiérrez, Victor Ibarbo, Luis Muriel, ou encore les blessés Quintero et Guarín. Ces dernières années, la Colombie a accumulé les talents de classe mondiale les uns après les autres après une longue période de disette. À chaque découverte, le monde s’exclamait : « Mais non ! Lui aussi, il est colombien ?! » avant de conclure une rapide réflexion d’un « Mais qu’est-ce qu’elle va être forte cette sélection dans quelques années… » Aujourd’hui, quelques années ont passé. Les pépites jouent pour Manchester United, le Real Madrid, Chelsea, le Milan, Séville, River Plate, la Roma, la Sampdoria, l’Inter ou Porto. Elles se sont toutes exportées et ont – relativement – réussi. Et la sélection ? S’il donne des frissons sur le papier, le groupe emmené par José Néstor Pékerman au Chili semble être destiné à relever du fantasme : tous ses meilleurs éléments interviennent seulement dans les trente derniers mètres. Et c’est bien pour ça que le retour de la colombienne est tant attendu. Parce que quatre numéros 9 ne peuvent jouer ensemble, d’une part. Et parce qu’on aime croire à l’impossible, d’autre part. Surtout avant l’été, ivre d’impatience.

Déséquilibre et (dés)espoir

Le problème de l’ivresse, c’est qu’elle est trompeuse. Attendue, imaginée et rêvée, elle provoque impatience et excitation. Mais une fois qu’elle est là, la déception remplace bien souvent l’euphorie. Pire qu’éphémère, cette Colombie ne s’est pas montrée du tout contre le Venezuela dimanche dernier. Le seul grand Rondón a même suffi pour la faire douter, puis plier. Mais comme la nuit, la Copa América est longue. Une victoire et même un match nul contre le Brésil remettraient la Colombie sur le chemin de la qualification. Il faudrait pour cela qu’elle réussisse le miracle d’ordonner une défense improvisée et de dynamiser un milieu de remplaçants. Armero et Zapata ont joué une poignée de matchs cette saison. Zúñiga n’a pas joué du tout. Et Murillo a dû prendre le temps de récupérer d’une vilaine blessure.

Au milieu, Edwin Valencia et Carlos Sánchez (seulement 62 passes à eux deux) semblent difficilement en position de faire tourner la manœuvre pour un quatuor aussi offensif que Cuadrado-James-Falcao-Bacca. Et ces derniers, garants de la qualité de cette sélection, n’ont pas montré la forme de leur vie contre le Venezuela. Alors, pourquoi y croire ? Parce que l’été n’est pas fini. À la suite du Mondial brésilien, celui de la reprise de volée cinématographique de James Rodríguez, on était restés sur notre faim. On voulait savoir à quel point cette Colombie aurait pu compliquer la vie des Allemands en demies, et on mourrait d’envie de voir ce que les Cafeteros auraient pu faire avec Falcao. Alors, on s’était donné rendez-vous l’été suivant. Et aujourd’hui, encore contre le Brésil, on va enfin savoir. Enfin, on espère. Au pire, on attendra un nouvel été à la mer.

Markus, à Santiago (Chili)

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Article publié le 17/06/2015 sur SOFOOT.com

Les images folles du Derby Eternel de Belgrade

Il y a un mois, nous rencontrions les dirigeants de l’Etoile Rouge de Belgrade au stade Marakana. A l’heure de parler de leurs Ultras, les célèbres Delije, ils s’affirmaient « très fiers de leurs animations » et déclaraient sereinement qu’en termes de grandeur, leur club est au niveau des plus grands : « Nous, l’Étoile rouge, on se compare au Real Madrid, à Manchester United, à l’Inter Milan, au FC Barcelone, au PSG. » La preuve avec les images du Derby de samedi dernier.

Il existe, en France et ailleurs, cette tendance à parler du football à l’ancienne avec une certaine nostalgie alliée d’un mépris pour le football moderne. On parle des anciennes grandes équipes, des anciens grands joueurs, des anciens grands stades, qui auraient toujours eu quelque chose en plus que ce que le foot-business nous offre aujourd’hui. Bon. Le « c’était mieux avant » n’est ni nouveau, ni exclusif au monde du football. Une autre version est le « c’est mieux ailleurs ». Par « ailleurs », on entend les Derbys de « l’autre Europe », certains chocs de divisions inférieures et les grands chocs sud-américains. Ceux-là sont dits exceptionnels dans les tribunes, mais beaucoup moins sur la pelouse. Le discours est toujours le même : les footballs turc, serbe, croate ou encore grec ont de la passion à revendre, mais le niveau de jeu ne serait pas supportable pour nos yeux habitués aux Clasicos, à la Serie A et à la Premier League. Il faut vous prévenir tout de suite : ce Derby entre l’Etoile Rouge et le Partizan a été un match autrement plus authentique que l’Arsenal-Tottenham du même samedi. Un orgasme de football au niveau du spectacle, une guerre des étoiles dans les tribunes.

Finalement, qu’est-ce qu’un grand match de football ?

Un feu d’artifice. Un nombre incalculable de fumigènes qui font croire à un incendie. Des drapeaux, des écharpes, et encore des drapeaux. Des revendications politiques. L’environnement magique, fascinant, spécial des grands moments. Le contexte des plus belles épopées : le premier contre le deuxième, le vainqueur historique contre le prétendant éternel. La folie, la joie et le bruit des plus belles fêtes. Et aussi le manque de visibilité qui a toujours accompagné les plus grandes batailles. Puis le match, marqué par les coups de génie constituant les tournants des plus belles histoires : l’accélération de Lazar Markovic qui répond au grand pont de Darko Lazovic, la reprise de volée de Kasalica, la frappe de trente mètres de l’extérieur de Milivojevic qui fait transversale rentrante, suivie de sa course sous le virage Nord des Delije. Et il y a du drame, avec ce but contre son camp de Milan Jovanovic. Son visage au moment du but est un tableau à lui tout seul, voire un livre. Un bon livre, même. Si, avant sa mort, l’homme voit vraiment défiler sa vie devant ses yeux, alors sa tête doit certainement ressembler à cela. Tout s’écroule, soudainement.

Nous vous proposons donc ici les images de ce « Derby Eternel » de Belgrade, qui a eu lieu ce samedi après-midi. Nous vous prévenons : cela dure dix minutes et la qualité n’est pas extraordinaire. C’est le prix pour voyager gratuitement dans un autre monde, ou alors à travers le temps…

Markus

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Le match entier est également disponible ICI

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FC Valence : Emery-day I’m Shufflin’

Si le FC Valence est le dernier club à avoir empêché les deux géants de gagner la Liga, la gestion brillante de Unai Emery Etxegoien nous donne toutes les raisons de croire qu’il sera aussi le premier à le refaire. Plongés dans une crise financière sans précédent, « los Che » étaient destinés à couler… mais par miracle, Emery maintient l’espoir d’instaurer un jour un Big Three en Espagne. Portrait du manager qui a trouvé la formule pour remplir à la fois le stade et les caisses de son club. Et la salle des trophées, dès cette saison ?

La croissance malgré la crise

Le FC Valence est un club bâtard. La ville, fondée par le fils de Marcus Brutus, n’a jamais vraiment su où se mettre dans la hiérarchie des cités espagnoles. Troisième agglomération du pays avec 1.8M d’habitants, Valence reste derrière les Séville, Saint-Sébastien, Cadiz ou même Tolède en termes d’Histoire. Le raisonnement s’applique aussi logiquement au club : moins prestigieux que l’Athletic Bilbao et moins titré que l’Atlético Madrid, le Valencia Club de Futbol est pourtant bien le troisième club espagnol en termes de points gagnés en première division. Et ce ne sont pas les dix dernières années de Liga qui vont remettre en question cette troisième position. Avec deux titres et cinq podiums (titres compris), los Che sont loin devant Séville, Villareal ou encore le Depor. Et distancer le groupe des seconds couteaux que sont Bilbao, l’Atlético et Séville, c’est justement l’objectif du club, qui s’était donné dans les années 2000 le défi de rejoindre les deux géants Madrid et Barça afin d’instaurer un Big Three façon ibérique. Jusqu’à que…

Le soleil, le peuple, les infrastructures : Valence avait toutes les raisons du monde pour  voir l’avenir en rose (ou en orange). Puis vint la crise. De rêve et ambition, les mots-clés se transformèrent en survie et court terme. Pour décrire la situation financière actuelle du FC Valence, il suffit d’évoquer la construction du fameux « nouveau stade ». En 2006, le club choisit un projet destiné à doter la ville d’un stade de 75.000 places, rien que ça. Fini le Mestalla des années vingt et ses 55.000 places : le FC Valence a bien l’intention de sortir de l’ombre des deux géants madrilène et barcelonais. On était en 2006. On est maintenant en 2012, et les travaux, interrompus pendant trois ans, viennent à peine de reprendre en novembre. Vers 2014, disent-ils avec optimisme, Valence aura un splendide Nou Mestalla. Amen.

« Heureusement », Valence connaît les crises. En 1957, la ville subit une inondation record, recouvrant par plus de quatre mètres d’eau certains quartiers de la ville. Dans cette Espagne d’un autre millénaire, les aides ne viennent pas. Sans aide, le maire de l’époque parvient tout de même à réunir les efforts financiers nécessaires pour détourner le fleuve Turia. Un véritable tour de magie : la fameuse Cité des Arts et des Sciences (qui fait aujourd’hui la réputation de la ville) se trouve d’ailleurs à l’endroit où reposait à l’époque le Turia. Le sauveur s’appelle aujourd’hui Unai Emery et le miracle a été de vendre successivement David Villa, Raul Albiol, David Silva et Juan Mata et de s’améliorer de saison en saison. Chaque été, c’est la même recette : on vend la star, on ne renouvelle pas les contrats juteux, on achète jeune et méconnu, et enfin on prie pour que Emery fasse des miracles. Et ça marche ! Enchaînant qualifications en Champions League sur bons parcours en Coupes, Emery fait tout et n’importe quoi pour remplir les caisses de son club. Jusqu’à affirmer que l’Europa League, on ne la joue pas, on la gagne. Tout un programme.

Vendre beaucoup, et gagner toujours : mais comment font-ils ? Depuis l’arrivée de Emery, Valence opère un recrutement des plus intelligents d’Europe, basé sur une stratégie a priori simple. A défaut de pouvoir fichar les cracks accueillis par Mourinho et Guardiola, Emery signe petit mais beaucoup. Rien n’est laissé au hasard, il ne s’agit pas d’un flair inné, mais plutôt d’une méthode efficace. Cet été neuf joueurs débarquent pour 30M quand quatre autres partent pour 40M. L’opération symbole ? En 2010, Villa part pour 40M et Soldado débarque pour seulement 10M. Valence peut se tromper, mais Valence le sait et Valence anticipe. Cette saison, Canales s’est fait les croisés, Piatti a connu un rendement ridicule pendant quatre mois et Parejo n’a joué que cinq matchs, et pourtant… Pour une erreur de recrutement, une autre promesse passe un cap. Rami et Victor Ruiz ont assuré, Feghouli a répondu présent, Soldado assume son rôle de leader et Jonas s’impose comme un très bon joueur de football. La nouvelle star, c’est Jordi Alba, qui vaudrait paraît-il déjà une bonne trentaine de millions…

D’autres clubs s’étaient déjà essayés aux politiques de recrutement low-cost. Le PSG de Colony s’y était aventuré, en engageant des vétérans (Giuly, Makélélé, Coupet) censés guider les plus jeunes vers « l’habitude » de la gagne. A Valence, on fait le contraire : on achète des jeunes joueurs pas chers et on leur donne toutes les responsabilités. Albelda est d’ailleurs le seul trentenaire qui joue régulièrement depuis le départ du mythique Marchena à Villareal. Arsenal aussi fait dans le cheap depuis bientôt dix ans (à lire, l’article « Arsenal : l’explication d’un échec »). Mais il y a une différence de mentalité importante : tandis que Valence assume parfaitement le fait d’être en crise et a fait comprendre à ses socios la nécessité de cette politique de survie lors des prochaines années, Arsenal donne l’impression de se faire des bénéfices dans le dos de ses fidèles. Avec un gain de 6M£ en moyenne chaque été depuis 2006, Arsenal se refuse d’investir, par manque de fonds dû à la construction de l’Emirates ou par souci éthique (Wenger le moraliste qui s’opposerait aux gros transferts).

Manuel Llorente peut sourire, son club a beau avoir eu la gestion la plus foireuse qui puisse exister pour un grand club européen, il est toujours troisième et placé en Europe. Il s’en sort bien le salopard.

Des airs de José

André Villas-Boas The Special Two, Leonid Slutsky le Mourinho russe, Sandoval le Mourinho du pauvre, et même Viktor Goncharenko le Mourinho biélorusse ! Aujourd’hui, il suffit d’avoir une dégaine jeune et dynamique, de savoir répondre aux journalistes et d’avoir une carrière de joueur moisie pour être comparé au grand José. On n’en fait pas des tonnes sur Unai Emery, 40 ans, et pourtant le basque pourrait bien être l’entraîneur qui se rapproche le plus du Mou dans sa façon d’aborder son vestiaire et ses matchs.

« J’ai un niveau élevé de confiance et de sécurité ».

Formé à la Real Sociedad, Unai joue seulement quelques matchs en Primera et passe la grande partie de sa carrière en Segunda. A 33 ans, il se retrouve à jouer pour Lorca en troisième division (Segunda B). Et là vient le miracle : son coach se fait virer et le président offre au jeune Unai les rênes de l’équipe. En quelques mois, il fait monter l’équipe en Segunda et la transforme même en révélation de deuxième division, ratant la montée en Primera d’une victoire seulement. Lé-gen-daire. L’année suivante, en 2007, à la tête d’Almeria, il lui suffit d’une saison et hop, le basque fait monter le club andalou en Primera. Satisfait ? Rassasié ? Absolument pas, Emery ne s’arrête pas en si bon chemin et frappe un grand coup sur la table du football espagnol la saison suivante en terminant huitième de Liga.  Unai, ou comment transformer un club en deux saisons. Club qui, d’ailleurs, a réussi à assurer sa place en Liga jusqu’à cette saison. Une ascension fulgurante, et des bases saines. Un parcours qui rappelle les débuts de Mourinho à União de Leiria (qu’il porta jusqu’à une cinquième place historique). En mieux.

A Valence, Emery s’affirme d’année en année comme un grand manager, non pas en imposant une idéologie particulière, mais en tirant de façon pragmatique le meilleur de son effectif. D’abord, par sa capacité à former une cohésion qu’ « admire profondément » Guardiola, ce qui surprend au vu de la jeunesse et de la « complexité » de l’effectif. Au début de la saison, certes l’effectif est renforcé, mais il est loin d’être hiérarchisé : deux arrières gauches énormes avec Mathieu et Jordi Alba, deux bons gardiens avec Guaita et Diego Alves, deux avant-centres pour une seule pointe avec Soldado et Jonas, etc. Très peu de cadres affirmés, beaucoup de choix difficiles. Et pourtant Emery trouve des solutions : Jordi Alba et Mathieu joueront ensemble sur un côté gauche hyper explosif, Jonas soutiendra Soldado en neuf et demi et profitera des espaces entre les lignes, tandis que les deux gardiens alterneront les titularisations en championnat (Guaita) et en Coupes (Diego Alves). Puisant dans ses grands talents de motivateur, Unai fait comprendre à tout le monde que la puissance du groupe prévaut sur tout le reste. « Entre les titulaires et les remplaçants il y a très peu de différence. Il n’y a pas de joueur au-dessus des autres et pas de titulaire indiscutable ». Une vision qui rappelle celle de Mou et son classique « tous mes joueurs sont titulaires ».  La grandeur de cette équipe ne réside pas dans son effectif, mais plutôt dans le flux de vie et d’envie que son jeu dégage.

Ces talents de motivateur, il les puise également dans le charisme et l’enthousiasme qu’il dégage. Véritable taureau déchaîné sur le bord du terrain, Unai Emery ne se contient jamais, des séances d’entraînements aux conférences de presse. Une grande gueule, des cheveux coiffés façon Al Pacino et une intensité formidable, le tout à l’image de son équipe : une équipe qui ose, une équipe orgueilleuse et des joueurs qui pressent de façon diabolique. « Je veux une équipe très intense dans la pression, qui manie une défense de récupération agressive pour la contre-attaque, et un jeu très vertical. »Si la politique de recrutement de Valence fonctionne, c’est qu’un entraîneur a les idées suffisamment claires pour gérer une vingtaine de jeunes venus en Europe pour tout dégommer. Le charisme et les idées claires, Emery est en train de sauver Valence.

Certes, Emery dégage une image de possédé passionnel au bord de sa zone technique, mais le mec est avant tout un bosseur hors du commun. Ne pensez pas qu’Emery est un fou allié qui change de onze titulaire après chaque paella. Allez plutôt croire que Guardiola invente ses systèmes de jeu le vendredi soir à l’opéra (à lire, l’article « Pep Guardiola, chef d’orchestre »). Non, là où il y a de la réussite, il y a du travail. Et comme dit le grand José, « trabajo, trabajo, trabajo ». Dans une interview donnée à El Pais en mars 2011, Emery raconte l’un de ses dimanches de forcené : « Dimanche je suis allé voir le Levante. J’aime bien voir comment il travaille. En arrivant à la maison, j’ai vu les rediffusions d’Athletic Bilbao-Séville et de Racing-Madrid tandis que je préparais le match de Schalke. Puis, à une heure et demi du matin, j’ai fini la soirée en regardant Hospitalet-Orihuela. Tu peux apprendre plus d’un entraîneur de Segunda B que de beaucoup de Misters de Primera. » C’est autre chose que passer sa soirée à jouer à Football Manager. Le basque est un vrai travailleur du nord, infatigable, exigeant et rigoureux. « Le jour où j’irais jouer au golf, qu’on me vire parce que je ne servirais plus à rien ».

La question est de savoir combien de temps cela va durer. Emery se voit-il comme le Sir Alex du FC Valence ? Aura-t-il la patience d’attendre le nouveau stade et un possible renouveau économique du club ? De son côté, on le voit mal se casser une fois que l’argent rentrera dans les caisses et qu’il jouera pour 75 000 personnes… Ce serait une belle histoire de le voir dix ans sur la côté blanche, mais l’exigence de los duros de Mestalla (Ranieri et Cuper en ont été témoins) mettra certainement fin prématurément à l’idylle, et c’est bien dommage.

 

Et maintenant, un titre ?

Saleté de période. On n’aime pas chercher des excuses aux sportifs de haut niveau, mais là on a envie de dire que tout ne dépend pas de lui. Non seulement Emery doit faire face aux deux meilleures équipes au monde aux moyens infinis, mais en plus son club n’a jamais été aussi pauvre. Quand Emery vend Villa, Unai ne peut pas se permettre d’acheter un Falcao. Quand Emery vend Mata, Unai n’a pas de quoi s’offrir un Cazorla.  A l’image d’un Djokovic en plein 2008, Emery est assis à la place du con. Mais on connait la suite… Ce FC Valence a les moyens d’exister dès maintenant, dès ce soir.

D’abord, il convient de rappeler que les deux dernières saisons des Che ont été excellentes en championnat. 71 points en 2010, idem en 2011. Pas mal quand l’on sait qu’en 2002 et 2004, Valence avait été sacré champion d’Espagne avec 75 et 77 points. Emery n’a pas grand à chose à envier au Benitez de l’époque. Si son palmarès est encore vierge, il peut se vanter d’avoir bâti une équipe qui joue au football. Les amateurs de Liga sont déjà au courant, ce Valencia Club de Futbol en a une bonne paire. L’audace, le risque, la vitesse, le Mestalla connaît. Le 4-2-3-1 est idéal pour un jeu vertical au possible, aux contre-attaques meurtrières et au pressing infernal. Derrière, les relances de Rami et Victor Ruiz s’enchaînent. Au milieu, Banega aka « Ever » est le chasse-ballon, l’infatigable taureau qui harcèle les Messi, Özil et compagnie. A ses côtés, le jeu long de Tino Costa régale et la gestion d’Albelda contrôle, tandis que Feghouli apporte bien souvent son brin de folie dans l’entrejeu. Le flanc gauche formé par Jordi Alba et Mathieu, tout en vitesse et dédoublements, est le pire cauchemar de Dani Alves. Devant, les chauves-souris se nomment Piatti, Pablo Hernandez, Jonas, Aduriz, Canales (blessé) ou encore Juan Bernat, dont vous n’avez pas fini d’entendre parler. Enfin, à la finition, celui que l’on ne présente plus : le serial killer et capitaine*, Roberto Soldado.

Bon, en Liga, Valence est à neuf points du Barça. C’est peu, quand on sait que les oranges ont fini à 25 points du champion l’an dernier. Mais infiniment trop pour espérer quoique ce soit d’autre qu’une place qualificative en Champions League, déjà bien convoitée. Non, ce Valence a plutôt des cartes à jouer en coupes.

En Champions League, après avoir échoué en huitièmes face au surprenant Schalke de Raul l’an dernier, los Che se sont fait sortir cette saison lors du dernier match de poule face à Chelsea, devant un Drogba qui fit de Victor Ruiz sa chose (3-0). Eliminé de façon décevante et même frustrante, Valence se retrouve maintenant avec les deux Manchester, l’Atlético ou encore la Lazio dans cette énigmatique Europa League. Alors que la compétition est jouée par défaut par la plupart de ces grands noms, Emery n’a pas mis longtemps à annoncer la couleur : à peine la rencontre de Stamford Bridge terminée qu’il surprend tout le monde : « Et maintenant on va gagner l’Europa League ! » Que ce soit pour remplir les caisses du club ou alors dans un effort déterminé de rendre heureux un public qui le mérite, Emery a bien l’intention de faire belle figure dans la compétition mal aimée.

Et puis il y a la Coupe du Roi, que les valencianistas aimeraient bien remporter une huitième fois. Opposés au Barça en demi, les Che ont fait match nul à la maison, 1-1. Le retour ce soir au Camp Nou sera éprouvant, long et difficile, pénible peut-être même, mais qui sait, ce ne sont pas quatre-vingt dix minutes de souffrance qui vont faire peur à cette génération de Che qui mangent des cailloux depuis quatre ans.

Si Djokovic l’a fait…

Markus

*David Albelda, premier capitaine, n’a joué que six matchs cette saison

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Welcome Back, Spurs.

En Septembre dernier, FT condamnait les Spurs d’Harry Redknapp à une inévitable saison anonyme, tiraillée entre le désir de s’affirmer dans le top 4 et son mercato qui ne semblait pas à la hauteur. Pourtant, cinq mois après et malgré une défaite injuste à Manchester, Tottenham pointe à une solide troisième place de la Premier League à huit points de l’Armada Sky Blue de Mancini. Analyse des trois facteurs décisifs dans le succès d’un club légendaire qui peut désormais voir en grand. Très grand.

L’audace

Audere est Facere (« Oser c’est faire » en VF, « To dare is to do » en anglais) récite le motto du club du Nord de Londres. L’audace, le courage, l’envie d’aller vers l’avant ont toujours fait partie de l’ADN de cette équipe. Ces qualités semblaient avoir disparu lors des années 2000, avec une série de saisons moyennes qui ne rendaient pas honneur à la mythique Histoire des Spurs, l’un des clubs les plus anciens du Royaume Uni, fondé en 1882. Première équipe anglaise à gagner une compétition européenne, la Coupe des Coupes de 1963, les Lilywhites faisait de leur mental et de leur audace leur atout numéro un pour triompher.  A l’instar du mythique manager Bill Nicholson (68 années passées à consacrer sa vie au club) des années 60’ et 70’, Harry Redknapp a réussi à rallumer la flamme du club, en convaincant ses joueurs que oui, Audere est Facere.

En effet, Harry prône une philosophie très offensive, et laisse une grande liberté d’action à ses joueurs les plus talentueux, de Modric à Van der Vaart, de Bale à Lennon. En échange il leur demande une seule chose : l’audace. L’audace de frapper des 35 mètres, l’audace de chercher  l’une-deux compliqué plutôt que de garder le ballon dans les pieds, l’audace d’essayer une passe en profondeur impossible plutôt que de ralentir le tempo avec une passe en retrait. Et c’est exactement ce que font  ses joueurs. D’après les statistiques d’Eurosport UK, Van der Vaart est le joueur qui tente le plus de frappe par matchs en Premier League. Sur son aile gauche, Bale n’hésite jamais à défier son adversaire en un contre un alors que Modric est la définition parfaite du milieu relayeur moderne qui va toujours vers l’avant.

Cette philosophie intrépide a été décisive pour remettre les Spurs sur de bons rails suite à un début de saison catastrophique. Battus 3-0 à Manchester par United, puis humiliés à White Hart Lane 1-5 par Manchester City, les Spurs semblaient confirmer le coup de moins bien traversé à la fin de la saison dernière qui les avait vu se faire exclure in extremis du Top 4 et recevoir une branlée en Ligue des Champions par les Merengues. Pourtant, Redknapp a su remotiver ses troupes,  qui ont  enchaîné 10 victoires en 11 rencontres de Premier League. Petit à petit, très lentement, mais surtout dans l’indifférence la plus totale du public et des analystes anglais qui ne s’intéressaient qu’au duel fratricide United-City, Tottenham s’est réaffirmé par son jeu audacieux comme une des puissances du championnat anglais. Aucun doute à présent, Audere est Facere.

 

Friedel & Parker

Dans une équipe aussi audacieuse, il est essentiel d’avoir dans son effectif quelques joueurs solides, capables de limiter les prises de risques des coéquipiers les plus doués techniquement. Des joueurs consistants, qui font toujours le boulot, qui ne commettent que très rarement de bourdes. Benoit Assou-Ekotto à gauche et  le duo des excellents Younes Kaboul et Michael Dawson en défense centrale (avec l’addition de Ledley King lorsqu’il n’était pas blessé) assuraient une certaine stabilité à une équipe complètement vouée à l’attaque. Le problème, c’est ce qu’il y avait derrière : Heurelho Gomes. Capable du meilleur comme du pire, le brésilien n’était pas le gardien qu’il fallait à une équipe si spectaculaire. Il alternait des parades de classe mondiale avec des bourdes comiques, inacceptables pour le haut niveau. Le Tottenham-Chelsea 1-1 de la saison dernière est révélateur de la précarité de Gomes. Les Spurs gagnent 1-0 sur un but de Pavlyuchenko, mais à 20 minutes de la fin Gomes se fait surprendre par un faible tir de Drogba qui passe lentement entre ses jambes. Puis à la dernière minute, il commet une faute inutile sur l’ivoirien et concède un penalty ridicule. Ironie du sort, il le stoppe avec un arrêt spectaculaire sur sa gauche. Trop imprévisible, trop fragile, trop rarement constant. Pour que Tottenham s’affirme dans le top 4, il leur fallait un gardien complètement différent. L’exact contraire du brésilien, c’est-à-dire un goal peu spectaculaire, mais solide sur sa ligne comme dans les airs, avec un grand charisme et une capacité à diriger sa défense. Or, Brad Friedel correspond parfaitement à cet identikit. Vieux (40 ans), chauve, ricain, il n’y a rien de spectaculaire en lui… Pourtant, depuis son arrivée à White Hart Lane, il a toujours répondu présent en ne commettant aucune bourde. Friedel n’est pas un grand gardien ; il est tout simplement le gardien qu’il fallait à ce genre d’équipe offensive et sans grosse expérience. Bien vu Redknapp.

L’autre faiblesse des Spurs version 2010/2011 était l’absence d’un milieu défensif qui puisse couvrir les percées offensives de Modric et Bale. A ce rôle, Jenas et Palacios ont échoué alors que Sandro est encore un peu tendre pour tenir le rythme une saison entière. Problème résolu avec l’arrivée d’un underachiever qui se voit offrir par Redknapp la dernière grande chance de sa carrière pour montrer qu’il fait partie des meilleurs milieux anglais : Scott Parker. A 31 ans, le londonien semble avoir enfin acquis la maturité nécessaire pour s’imposer dans un grand club, chose qu’il n’a pas réussi  à faire à Stamford Bridge. Mais alors qu’à Chelsea (et ensuite à Newcastle) il avait un double rôle de milieu créateur-destructeur, Redknapp lui a bien fait comprendre que la priorité chez les Spurs est celle de protéger la défense. Alors bien sûr, avec les pieds qu’il a, il se permet aussi de lancer les attaques de son équipe, mais cette tâche est confiée généralement à Modric. Libre de la double responsabilité offensive-défensive, Parker est en train de jouer la meilleure saison de sa carrière. Toujours bien placé tactiquement, il est là où il le faut pour boucher les trous laissés par ses coéquipiers et faire déjouer l’adversaire. Dur sur l’homme et avec un grand esprit de sacrifice, il est prêt à prendre son petit carton jaune pour éviter la contre-attaque adverse. Lorsque l’équipe a la possession, son rôle est de demander le ballon aux défenseurs, dicter le tempo du match et trouver Modric ou les deux ailiers, les vrais détonateurs des attaques des Spurs. Ses performances, si « subtilement intelligentes » (dixit Redknapp), lui ont quasiment assuré une place dans les 23 anglais que Capello amènera en Pologne-Ukraine cet été. Incroyable pour un mec qui l’année dernière était capitaine de la dernière équipe de la Premier League (petite pensée pour les Hammers qui, on l’espère,  reviendront bientôt parmi nous).

Friedel et Parker amènent donc l’expérience et la solidité nécessaire pour permettre aux Spurs de lutter pour les premières places du classement. En absolu, ce ne sont pas des top players, mais exactement les joueurs qu’il fallait pour élever le niveau et les attentes à White Hart Lane. Parce que l’imprévisibilité, sans des bases solides, ne se révèlera jamais décisive.

La baisse de niveau des grands clubs anglais

Les deux Manchester en Europa League ; l’Arsenal de Wenger qui perd Nasri et Fabregas, symboles de l’échec de tout un projet ; Liverpool qui galère pour s’imposer à nouveau comme un grand européen. Tous ces évènements ne sont pas des actes isolés ou des coïncidences mais sont la preuve que « le championnat le plus excitant au monde » traverse un moment difficile. Tellement difficile, que le rappel de légendes telles Thierry Henry et Paul Scholes par Sir Alex et Arsène ne peut être interprété comme un acte nostalgique mais plutôt comme un symbole de l’impuissance technique (et financière) des équipes de la Perfide Albion. Ses grands clubs ne dominent plus l’Europe. Malgré le fait qu’en une décennie les anglais ont squatté régulièrement les finales de LDC, seul Liverpool en 2005 et Manchester en 2008 ont réussi à remporter la Coupe aux Grandes Oreilles. Mais ce qui préoccupe le plus est que lors des deux dernières éditions de la LDC, seul Manchester en 2010/2011 a su se qualifier dans le dernier carré de la compétition. Et avouons-le, la situation ne risque pas de s’améliorer cette saison avec Mancini et Ferguson relégués au Thursday Night Football et Arsenal et Chelsea qui risquent sérieusement de se faire éliminer par les deux italiennes dès les huitièmes.

Dans ce contexte difficile pour le football anglais, alors que Manchester City doit encore éclore comme une très grande équipe et que les traditionnels grands clubs traversent une période turbulente (le Guardian a défini le Manchester United version 2011/2012 comme le pire United depuis 20 ans), Tottenham a su profiter de la baisse de régime des Liverpool, Arsenal, Manchester et compagnie pour se réinsérer dans le top 4. En effet, avec le même nombre de points (46) à la même journée du championnat (la vingt-deuxième), les Spurs n’auraient occupé que la cinquième place ex aequo de la Premier 2009/2010. Tottenham a donc réussi à s’infiltrer dans le vide laissé par les grands d’Angleterre et a un projet ambitieux qui devrait l’amener au sommet du pays. Économiquement stable, avec un manager qui semble pouvoir s’installer dans la durée (n’est-ce pas Villas-Boas ?), une des équipes les plus jeunes de la Premier (bon, okay, Brad Friedel à part) et un nouveau stade en construction ( malheureusement on devra bientôt dire adieu à White Hart Lane), il est temps pour les Spurs d’utiliser cette saison 2011/2012 comme le parfait tremplin pour avoir l’audace de triompher en Angleterre et en Europe et mettre fin à cinquante et une années de disette en Premier League. Après tout, les Spurs le savent bien : Audere est Facere.

Ruggero

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Un’Aquila nel cielo vola

La Juve oui, l’Udinese d’accord, la Roma peut-être… Mais si la vraie révélation de cette Serie A 2011/2012 était la Lazio d’Edoardo Reja ?

Notre histoire commence le 9 mai 2010, à Livourne. Après 8 mois de galère, la Lazio d’Edoardo Reja bat le Livorno et se maintient dans l’élite du football italien. Un exploit si l’on se souvient qu’en Janvier l’équipe se trouvait à la 18ème place à six points du maintien.  La saison 2010/2011 s’annonce également compliquée. Les pronostics des bookmakers et des journalistes sont cruels et sans appel : la Lazio se battra pour le maintien alors que les cousins haïs de la Roma se préparent à la lutte pour le titre. Pas facile d’être Laziale pendant cette période.

Pourtant, l’inimaginable se produit. Ranieri et sa Roma s’écroulent, alors que la Lazio de Reja prend l’envol, à l’image d’Olympia, aigle-mascotte du club qui décolle de la pelouse de l’Olimpico à chaque match à domicile. Edoardo Reja, natif de Gorizia, réussit à redonner une âme aux biancocelesti. Un système de jeu simple, avec une seule pointe en attaque (Floccari) supportée par la fantaisie de Stefano Mauri. Derrière, c’est le verrou : une défense à quatre solide emmenée par la révélation brésilienne André Dias et protégée par l’infatigable locomotive Cristian Brocchi. Rien de transcendant jusque-là, mais la différence entre la saison 2009/2010 et celle 2010/2011 a un nom : Anderson Hernanes, « Il Profeta ». Reja reconnaît tout de suite le génie du prophète et a l’intelligence de lui donner la liberté la plus totale sur le terrain. Officiellement, il est le milieu relayeur de l’équipe mais en vérité il joue où il veut. Devant la défense, derrière les attaquants, sur l’aile, voire même en numéro 9 dans des circonstances exceptionnelles et avec des résultats extraordinaires. Tout semble aller pour l’expérimenté Reja qui effleure une incroyable  qualification en Ligue des Champions avec une 5ème place juste derrière l’Udinese de Di Natale.

Mais il ne faut jamais sous-estimer les difficultés d’entraîner dans la Ville Eternelle. Malgré ce parcours extraordinaire, les ultras de la Lazio veulent la tête de Reja. Pourquoi ? La raison est simple, le coach a perdu ses 3 derbys contre la Roma depuis son arrivée sur le banc. Inacceptable pour le peuple Laziale qui préfère humilier les joueurs de la Louve plutôt que réaliser un excellent parcours en championnat. Le coach laziale s’insurge contre la Curva Nord et perd complètement son capital confiance auprès des supporters.  Reja rompt aussi avec l’idole indiscutable de la foule, Mauro Zárate, à qui il reproche son manque de discipline tactique et de sens du sacrifice. L’expérience de Reja sur le banc de la Lazio semble devoir prendre fin…

 Mais, malgré les pressions de la foule, Claudio Lotito, l’extravagant président du club, renouvelle justement sa confiance en son entraîneur pour la saison 2011/2012. Il se dit ambitieux et le démontre lors du Mercato 2011 où il met à disposition de Reja l’excellent Federico Marchetti (ex- gardien du Cagliari), Abdoulay Konko (pour remplacer le départ de Lichsteiner), Djib Cissé et, cerise sur le gâteau, Miroslav Klose. Surtout, il satisfait les demandes de son coach en laissant partir le « problème Zárate » et en gardant à tout prix la plaque tournante de l’équipe, Hernanes.

Le début de la Serie A 2011/2012 n’est pas enthousiasmant. La Lazio perd son premier match à domicile contre le Genoa et se fait huer par les 40.000 supporters de l’Olimpico. Reja en a marre et présente officiellement ses démissions à Lotito à cause du « climat irrespirable dans lequel je dois travailler ». Mais le président sauve son club du gouffre en refusant les démissions de son Edoardo. Il prend position derrière son entraîneur et critique le comportement des ultras de la Curva Nord. Il affirme qu’il est à « 100% avec son coach » et lui accorde une confiance aveugle. Reja, conforté par les paroles de son employeur et par le soutien du groupe, se remet à bosser pour gagner son plus grand défi : triompher dans le derby de la Capitale pour reconquérir la plèbe et travailler sereinement.

Le grand rendez-vous du 16 octobre débute de la pire des manières pour le natif de Gorizia. A la 5ème minute de jeu, Pjanic lance Osvaldo en profondeur qui trompe Marchetti d’un plat du pied gauche. Le peuple giallorosso est au paradis, alors que les Laziali recommencent à siffler le « perdente »  Reja. Mais Edoardo a du caractère. Il demande à son équipe de monter, d’être plus agressif  et de jouer le tout pour le tout. Il déplace Hernanes derrière Miroslav Klose et ordonne à Cissé d’utiliser sa pointe de vitesse pour déborder sur l’aile droite. La Roma est sous pression et à la 51ème concède un penalty bête sur une faute de Kjaer sur Brocchi. Rouge pour le danois et le Prophète transforme sans problème le péno. Malgré un poteau de Cissé, le résultat ne change plus et le match semble se destiner vers un pâle 1-1. Mais, à la 93ème minute, le terrible Klose  se retrouve seul contre Stekelenburg et le bat calmement avec une finition parfaite. C’est le délire, l’Olimpico laziale explose et Reja fonce sous la Curva Nord pour célébrer la victoire avec son public.  Le charme du derby de la Capitale : un seul match peut exalter ou couler deux ans et demi de travail (voir la vidéo).

Depuis,  les contestations des ultras sont finies et la Lazio se retrouve dans l’inhabituelle position de co-leader avec (encore et toujours) l’Udinese. Dans un championnat 2011/2012 caractérisé par son grand équilibre et par la baisse de régimes des grandes équipes,  qui sait si cette sombre histoire entamée le 9 Mai 2010 au stade  « Armando Picchi » de Livourne peut se transformer en l’un des exploits les plus retentissants de l’histoire du football italien…

Ruggero