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Les Leçons Tactiques de Real Madrid-PSG

Le football a ses secrets, et parfois, une défaite peut s’avérer plus intéressante qu’un match nul. Mardi soir au Bernabéu, le PSG a paradoxalement perdu mais convaincu : si les hommes de Laurent Blanc n’ont pas marqué, ils ont beaucoup joué et créé, portés par un Di María révolutionnaire. Les soucis de finition peuvent s’avérer inquiétants pour les Parisiens, mais pas autant que le manque d’élaboration et de création de leur performance au Parc il y a deux semaines. Une défaite réjouissante, en poule, ça existe.

La nuit est déjà tombée alors que les troupeaux de la Castellana s’empressent de sortir des bureaux pour aller assister au saint-spectacle. L’Estadio Santiago Bernabéu affiche complet pour la première fois de la saison, mais l’effectif de Rafa Benítez ne peut pas en dire autant : l’automne n’a pas attendu Benzema et Bale pour imposer son air frais à Madrid. En revanche, il a soufflé dans le dos de Luka Modrić pour faire revenir le playmaker. Par rapport à l’aller, l’entraîneur espagnol abandonne le 4-4-2 compact et lance un 4-3-3 quelque peu déséquilibré. Alors que le trio Casemiro-Modrić-Kroos est cohérent au possible, rythmé, puissant et intelligent, le trident offensif ne danse pas comme il faut. Isco et Jesé tentent de percer, mais dialoguent peu, et Cristiano Ronaldo se retrouve sans mot. Dans une position de numéro 9 libre, le Portugais avait besoin de vitesse et de soutien. Thiago Silva et David Luiz – mais aussi Aurier et Maxwell – lui ont refusé ce luxe. Et ce Real Madrid a accouché d’une performance européenne bien pâle, malgré un super Casemiro – celui que l’on attendait le moins, finalement. Avec Benzema, les contres auraient été chantés avec plus de justesse et de volume, évidemment. Mais la lecture défensive des hommes de Blanc a sa part de responsabilité dans le manque de production de jeu des Blancos.

Test réussi sans Saint-Marc

Un petit quart d’heure, et pas une minute de plus. Dans l’arène où Carlo Ancelotti rêvait de le voir imposer son génie technique à une Liga qui aurait adoré ça, Marco Verratti n’a pas fait long feu. À la 15e minute, l’Italien abandonne ses coéquipiers, et Blanc choisit Adrien Rabiot pour le remplacer. Du poste pour poste ? Pas exactement. Si le Français se place bien à droite de Motta, son entrée en jeu bouleverse le fond et la forme du jeu parisien, pour le meilleur. En 15 minutes, Verratti avait caressé 22 ballons. Lors des 15 minutes qui suivent, Rabiot en touche seulement 8. Moins de contrôle, plus de liberté. Le Français accompagne l’animation offensive parisienne de telle sorte que le PSG s’appuie sur un seul milieu défensif : Motta. Le résultat est une accumulation d’occasions : la frappe de Matuidi, l’enroulé et le coup franc d’Ibra, le poteau de Rabiot, le centre fuyant de Maxwell, le un-contre-un de Cavani…

Malgré un premier dégagement craintif de Maxwell et une erreur de marquage de Rabiot sur Casemiro dans la foulée de la blessure de Verratti, Paris tient le coup pour trois raisons. D’une part, Thiago Silva et David Luiz réalisent un enchaînement d’interventions audacieuses qui coupent le souffle des contres madrilènes, et mettent notamment en échec les remises talentueuses de Cristiano. D’autre part, Paris parvient à se projeter dans le camp madrilène et à insister : Ibra, Cavani, Matuidi et Di María pressent avec une intensité que l’on n’espérait plus, et le camp parisien n’en finit plus de monter. En plus, Zlatan remporte ses duels aériens et multiplie les solutions. Enfin, si la relance parisienne est moins brillante et fluide en l’absence de Verratti, la science de Motta, ainsi que la patience de Maxwell, Thiago Silva, David Luiz, Aurier et Trapp permettent à Paris de ne pas reculer. Le jeu au pied du gardien est crucial, malgré sa sortie hideuse. Et mardi, les longs ballons de David Luiz ont tous été précis (6 sur 6).

Di María le révolutionnaire

Le match nul du Parc il y a deux semaines avait soulevé de nombreuses interrogations autour de la capacité de l’animation offensive parisienne à retrouver de la fluidité. Certains avaient vulgairement pointé du doigt la supposée lenteur et les imprécisions d’Ibrahimović. D’autres préféraient remettre en cause la mauvaise utilisation de Di María (et Cavani, évidemment) dans ce trident qui semblait incapable d’interagir. Mardi soir, Blanc a trouvé une solution pour lier à nouveau élaboration et création : déplacer Ángel Di María. Placé entre les lignes à l’intérieur du jeu dans un rôle de milieu offensif droit, l’Argentin a révolutionné le jeu parisien. D’une, Di María touche bien plus de ballons et se montre plus influent dans une zone historiquement abandonnée par Paris en l’absence de Javier Pastore : 108 ballons, autant que Motta. De deux, il libère le couloir droit aux appels explosifs d’Aurier. De trois, Ibrahimović retrouve deux pieds malins pour venir semer le trouble aux abords de la surface adverse. De quatre, l’Argentin se retrouve au centre du jeu dans une position où il peut aussi bien lancer Aurier à droite, repiquer sur son pied gauche ou prolonger l’action vers Maxwell et Cavani (13 longs ballons réussis sur 16 !).

Ainsi, le 4-3-3 se transforme rapidement en 4-2-fantaisie avec Di María et Matuidi (superbe en début de match, plus discret ensuite) entre les lignes, Cavani en attaquant gauche (l’énigme : pourquoi ?) et Ibrahimović en avant-centre mobile. En seconde période, le PSG a été carrément dépendant de sa recrue estivale : toutes les occasions ont été pensées par sa gourmandise. Un bon appel dans le dos des Madrilènes suivi d’une reprise molle, un corner-tir et un coup franc sur la transversale. Jamais découragé par ses pertes de balle et ses excès de confiance, l’appétit de création de Di María semble inépuisable. Une arme capitale à l’heure de se confronter aux meilleures défenses d’Europe. Si la rigidité de Van Gaal en a eu assez de ce surplus d’improvisation, Blanc aurait tort de ne pas encourager son numéro 11 à continuer à essayer. Dans son ancien jardin, l’amoureux de Rosario Central a réussi 8 dribbles mardi soir, soit bien plus que tous les joueurs madrilènes (5).

La déception de la scène finale

Mais en seconde période, le reste de l’équipe a semble-t-il arrêté d’essayer, lui. L’intensité de la première période y est pour beaucoup, tant il semble évident que le PSG a manqué de jus pour maintenir un rythme élevé durant toute la rencontre. Mais alors que la première heure avait offert pressing, transitions et occasions, la dernière demi-heure s’est limitée à un contrôle du jeu stérile tristement typique de l’équipe de Blanc. Si l’entraîneur se satisfera peut-être d’avoir assiégé le Real Madrid de Benítez au Bernabéu, il ne faudra pas oublier que ce contrôle du jeu a coïncidé avec une absence totale de création (hormis l’insatiable Di María). Alors que Maxwell, Aurier, Lucas et Rabiot multipliaient les passes en retrait au nom d’un gain de territoire illusoire, Ibra et Cavani se battaient futilement dans la surface adverse. Mobile et même omniprésent en première période, le Suédois a tout intérêt à continuer à évoluer près du ballon si le PSG veut réussir à accélérer le jeu avec constance : mardi comme souvent, le jeu de position parisien s’est montré plus défensif qu’autre chose. Le problème, c’est que les hommes de Blanc étaient menés au score.

Markus

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Article publié le 04/11/2015 sur SOFOOT.com

De la cohérence du projet technique du PSG

En matière de résultats, le Paris Saint-Germain réalise un départ canon et se lance vers une quatrième saison riche en trophées. Sur le plan du jeu, en revanche, les hommes de Laurent Blanc ne parviennent pas à épanouir un potentiel qui tutoie pourtant les sommets européens. Faut-il accabler le choix des joueurs ? Le niveau de ces derniers ? Le coaching ? Certes, certaines grandes rencontres des Parisiens se sont décidées sur des erreurs tactiques ces deux dernières années. Mais alors que Laurent Blanc est la cible des critiques, c’est bien toute la cohérence de la stratégie sportive du club qui pourrait être remise en question.

Et si le football était un tango ? Sur la piste, habillé de son costume d’homme autoritaire et charmeur, c’est l’entraîneur qui dirige, donne le tempo et annonce les changements de rythme. Déterminé et convaincu par son idée du mouvement, c’est lui qui persuade sa partenaire de la direction à prendre. Les joueurs, eux, sont cette partenaire chargée de mettre en mouvement ces consignes, de les faire vivre. Ils peuvent y ajouter de la fantaisie, à condition de suivre le rythme dicté. En fonction de leur talent, la danse peut ainsi prendre une dimension plus ou moins fabuleuse, mais l’essentiel est ailleurs : c’est la cohérence entre les consignes données et le potentiel de la partenaire à les réaliser qui décide de la grandeur de la danse. Ailleurs, un beau football est aussi le résultat du mariage entre une idée de jeu et le potentiel des joueurs à la réaliser.

Peu importe le style de la musique, les attaques placées ou les contres éclair, le public apprécie toujours la symbiose, la cohérence, l’intelligence. Au-delà du niveau tactique de l’entraîneur et bien au-delà de la maîtrise technique de ses interprètes, la cohérence prime avant tout : c’est la fameuse « fonctionnalité » des joueurs. Quand Arrigo Sacchi répond à la question « d’où est sorti votre grand Milan ? », la réponse est claire : « C’est venu grâce à la réunion de nombreux facteurs. Avant tout grâce à un club ambitieux, bien organisé, patient, et aussi compétent, qui nous a fait travailler dans les meilleures conditions possibles. Un club où le projet technique a pu prendre plus de place que les intérêts qu’imposent le merchandising et le marketing, un projet qui a fait comprendre qu’il fallait prendre les joueurs les plus fonctionnels pour le jeu que nous voulions réaliser. »

Boucs émissaires et crise du jeu

Cette saison, le potentiel du groupe du PSG est immense. Verratti, Ibrahimović, Pastore, Di María, Thiago Motta, Thiago Silva, Matuidi, Cavani, Marquinhos, Aurier, Maxwell, Lucas, Lavezzi, Rabiot, Trapp, Sirigu… À vrai dire, si ce groupe ne possède pas la qualité et l’expérience pour remporter la C1, qui la possède ? Seulement, sa production collective s’avère décevante. Son apogée ? Le huitième de finale de l’édition 2014 de la Ligue des champions, à Leverkusen. Car depuis, la progression dans le jeu semble enrayée. En une demi-saison, Laurent Blanc avait réussi à imposer des principes édifiants : un contrôle du jeu maîtrisé, l’influence créative de Zlatan dans le troisième quart du terrain, les courses de Matuidi, Lavezzi et Cavani… Aujourd’hui, en revanche, le jeu parisien a moins de fluidité. Mercredi soir au Parc contre le Real, comme contre Marseille, le PSG s’est parfois retrouvé coupé en deux, n’a pas réussi à porter le ballon dans le camp adverse et a mis en scène une attaque sans solution. Comment une troupe de danseurs étoiles peuvent s’éloigner autant du bon rythme ? Comme il fallait s’y attendre, le public de l’opéra parisien n’a pas tardé à chercher des boucs émissaires. La première victime serait Ibrahimović, l’étoile la plus prestigieuse. Historiquement, après tout, la France aime couper les têtes les plus puissantes. Les critiques tombent aussi sur Di María parce qu’il vient d’arriver et que sa saison à Manchester le rend peut-être plus vulnérable que d’autres. Enfin, Laurent Blanc ne convainc pas. Paris lui crie, à raison, que Pastore doit être titulaire. Paris lui crie, à tort, qu’Ibra doit aller s’asseoir. Mais peu importent Ibra, Pastore et Di María : le PSG ne traverse pas un problème de choix d’interprètes. La capitale vit une crise de jeu.

Le projet technique est-il vraiment la priorité ?

Depuis son arrivée, Blanc a clairement décrit sa danse idéale. Possession, maîtrise du ballon, contrôle du jeu, « philosophie barcelonaise ». « J’aime qu’on garde le ballon », répète le Président. Et c’est tout à son honneur. Seulement, si le PSG parvient à garder le ballon aisément dans son camp, à l’aide des pieds exceptionnels de Verratti, Motta et Thiago Silva, il n’a jamais réussi à étendre la domination territoriale jusqu’au camp adverse avec la constance et les variations du Bayern et du Barça. À vrai dire, il ne s’en est même pas approché. Et la raison est très simple : les interprètes choisis depuis l’arrivée de Blanc n’ont absolument rien à voir avec cette idée de football placé. Il y a eu Lucas l’ailier de débordement, Cavani l’attaquant guerrier aux pieds rebelles, Cabaye le milieu à l’anglaise, Di María l’animal mourinhesque du football de contre, David Luiz le bouclier mobile, Marquinhos le défenseur à l’italienne, Stambouli la lourde sentinelle, Kurzawa et Digne les latéraux accélérateurs. Parmi tous ces grands joueurs, qui serait une cible intéressante pour les projets de jeu du Bayern et du Barça aujourd’hui ? Personne.

Aucun de ces joueurs n’est apte pour faire briller un système visant 70% de possession de balle. Aucun. Ces joueurs ont les pieds et la tête pour jouer un football direct, rapide, agressif, comme Di María au Real, David Luiz à Chelsea, Motta à l’Inter, Cavani à Naples, Cabaye en Premier League. Le PSG n’est pas allé chercher les joueurs capables de satisfaire les exigences tactiques de Blanc : le projet technique ne serait pas la priorité du recrutement ? L’ambition de recruter Cristiano le démontre aussi. Paris n’est jamais allé chercher un milieu intérieur ayant une relation fusionnelle avec le ballon, à la Iniesta, Isco, Borja Valero, Modrić, David Silva ou Herrera. Paris n’est pas allé chercher non plus un ailier sachant presser et construire, à la Pedro. Dans la lignée de la construction opérée par Leonardo et Ancelotti, le PSG a continué à construire une équipe de joueurs habiles en contre. Et le plus beau symbole en est évidemment Javier Pastore. Mais pourquoi ?

Mais qui décide ?

Cette incohérence peut être la fille de deux facteurs. La première option est une mauvaise planification tactique : le PSG essaye de faire du projet technique une priorité, mais les joueurs engagés sont mal analysés. L’exemple de Lucas est frappant : pourquoi faire venir un joueur aussi percutant pour lui demander de jouer un football de contrôle ? La seconde est une mauvaise priorisation : les joueurs ne sont pas pris pour leur fonctionnalité dans l’idée de football de Laurent Blanc. Di María et Cavani auraient été pris parce qu’ils étaient les plus gros noms disponibles sur le marché, d’où un impact marketing conséquent, Cabaye et Stambouli auraient été pris pour leur nationalité, Lucas parce qu’il était le jeune Brésilien que l’élite européenne voulait, etc. Et c’est ici que l’on revient au rôle de l’entraîneur dans ce projet. Si les joueurs ne sont pas choisis pour leur fonctionnalité dans le projet tactique de Blanc, ils sont probablement choisis sans l’accord de l’entraîneur.

Si les joueurs lui sont imposés, Blanc a donc deux options. La première – qui serait la plus logique – est d’adapter son schéma aux joueurs recrutés, abandonner le 4-3-3 et faire jouer un football direct au PSG. Mais ce n’est clairement pas la direction prise. La seconde est de s’imposer à son tour en imposant son idée de jeu, la possession et le 4-3-3. D’après cette dernière éventualité, il y aurait un bras de fer continu entre l’entraîneur et sa direction, alors que tout semble indiquer le contraire. Alors, une dernière possibilité émerge : les joueurs et l’idée de jeu sont imposés. En clair, d’après cette hypothèse, il serait imposé à Blanc de jouer à la barcelonaise avec des joueurs de contre. Ce ne sont que des hypothèses et il est impossible de juger intelligemment cette situation d’un point de vue extérieur. Mais pour le moment, et ce, depuis maintenant deux saisons, le terrain ne ment pas sur l’incohérence du projet technique parisien.

Markus

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Article publié le 25/10/2015 sur SOFOOT.com

Les Leçons Tactiques de PSG-Real Madrid

Si le Parc des Princes n’a pas vu de but hier soir, il a assisté à une confrontation équilibrée, intense et d’un niveau technique élevé. Tactiquement, en revanche, le choc était déséquilibré : l’organisation de ce Real Madrid bis, brillamment orchestrée par un Rafa Benítez hyper actif, a fait douter un PSG qui avait pourtant une belle opportunité à saisir.

Ce PSG provoque un sentiment étrange et des émotions contraires. Il propose un potentiel gigantesque qui chatouille l’imagination, puis met en scène des prestations correctes qui épuisent nos tentatives d’explication. Entre fantasme et réalité, ce PSG provoque un jugement si nuancé qu’il en devient presque inaccessible, insaisissable. Concrètement, ce PSG fait croire à des volées de Cavani et des percées de Di María, puis offre un Uruguayen réinventé en ailier gauche stérile et un Argentin tenu en laisse dans un couloir droit qui cadenasse sa créativité et écrabouille sa finesse. Ce PSG nous suggère Pastore, puis nous crève les yeux. Et au-dessus de tous ces efforts de compréhension de son football, au-dessus de ces envies avortées et de ces théories rêvées, les choix de Laurent Blanc règnent avec l’autorité de celui qui détient le pouvoir et la pression de celui qui sera jugé à la fin. Mais la fin n’est pas encore arrivée. Et hier soir, Blanc avait l’occasion de convaincre la capricieuse cité parisienne face à un entraîneur expert des coupes européennes : Rafa Benítez. Malheureusement, la prestation de ses hommes n’a pas convaincu.

Le retour de l’agressivité authentiquement madrilène

Si l’arrivée de Rafa Benítez sur le banc du Real Madrid a donné des sueurs froides à bon nombre des sujets de la campagne galactique du roi Florentino Pérez, le style de l’Espagnol a le mérite de faire renaître un Real authentique. Si elle avait eu lieu en phase finale, la performance des Blancos au Parc aurait pu entrer dans l’imaginaire collectif madrilène : armé de quelques canteranos et de son travail tactique habituel, Rafa a privé le richissime PSG qatari d’un succès qui lui était promis. La recette ? Agressivité, récupérations hautes, courses verticales, ligne arrière intelligente et soin du ballon. Pour cela, l’homme au 4-2-3-1 a choisi le 4-4-2. Un système géométriquement épanoui que le Parc a pu admirer de la première à la dernière seconde : dix hommes blancs disposés parfaitement au milieu d’une pelouse verte. Casemiro travaille dur, le talent de Kroos est toujours aussi mystique dans ce costume blanc qui met en valeur la justesse de ses choix et le génie de son application, et le quatuor offensif agresse.

Cristiano, Isco, Jesé, Vasquez. Sans Benzema, Bale et James, Rafa a fait appel à l’esprit de Juanito et du Real Madrid pure souche. Au bout du quart d’heure de jeu, la pression autour de la surface parisienne commence à porter ses fruits. Au bout d’une demi-heure, le génie de Motta et Verratti ne suffit plus. Et le Real enchaîne les temps forts. Derrière ses lunettes, Benítez semble mesurer chaque espace et compter chaque seconde. Et le Real Madrid se montre précis et organisé. Derrière, la ligne défensive est méticuleuse : 7 positions de hors-jeu, toujours à la limite. Devant, le semblant d’anarchie offensive se régule par l’intensité du pressing et la verticalité des appels. À la fin de la première période, le PSG est coupé en deux, et le Real récolte les occasions. Mais Trapp veille. Si Benítez parvient à convaincre les médias espagnols du potentiel de son travail, le Bernabéu pourrait redevenir un enfer cette saison.

Le trimestre inquiétant du PSG

Puisque c’est le début de saison, disons que le PSG est de retour à l’école. Et alors que le premier trimestre s’achève, le conseil de classe aime faire le bilan : Paris maîtrise déjà certaines matières comme un très grand d’Europe, mais rame de façon inquiétante sur d’autres disciplines qu’il semblait pourtant dominer. Il faut donc faire la part des choses. D’une part, et c’est important de le souligner, le groupe semble encore guidé par une ambition à toute épreuve, les joueurs ont faim, l’équipe a envie. D’autre part, et on entre ici dans le domaine du jeu, le PSG a montré hier soir sa facilité pour ressortir la balle proprement. Comme Arsenal mardi soir avec Cazorla et Özil, Paris a longtemps épuisé le pressing de Benítez avec son duo légendaire Motta-Verratti. Une marque de fabrique. En défense, les Parisiens ont aussi montré une excellente organisation et une gestion intelligente de l’espace, sans David Luiz, menés par un gardien en confiance. L’équilibre des latéraux a aussi porté ses fruits : Aurier en séducteur drôle, Maxwell en beau timide.

Seulement, le reste de la partition parisienne est criblé de fausses notes. Sans même parler de création, Paris ne transforme pas sa possession en élaboration de jeu. Paris n’utilise jamais les phases de transition. Paris ne joue pas entre les lignes. Paris n’utilise pas la profondeur. Alors que le Real Madrid semblait jouer en 4-2-4 à la fin de la première période, le PSG était habillé d’un curieux 4-6-0 fait d’une étrange recherche du contrôle du jeu. Finalement, seul Aurier dépasse ses fonctions. Et ici, trois explications peuvent être avancées : l’absence de Pastore, le manque d’automatismes du trident offensif – est-ce une incompatibilité structurelle ou un manque de temps ? – et enfin le manque de participation du milieu de terrain à l’animation offensive.

Un problème Zlatan, vraiment ?

Les lignes dégoulinent partout dans la presse française, à la radio, à la télévision. Après une blessure de début de saison, Zlatan est bel et bien de retour dans le quotidien de cette France qu’il aime tant faire rire et rager. Seulement, cette fois, on le juge pour l’éloquence de ses pieds. Mais hier soir, s’il a été loin d’être brillant, Zlatan a été l’attaquant parisien le plus actif. Toujours prêt à participer à la construction dans ce rôle hybride qui est devenu le sien, le 10 a touché autant de ballons qu’un milieu de terrain (58 passes) : le Suédois a réussi à construire intelligemment, à aérer le jeu et à proposer des associations pertinentes. Et s’il a failli dans l’accélération et la création, s’il s’est montré incapable de transformer la manœuvre en danger, il faut souligner que le schéma mis en place ne l’a pas aidé. Sans les appels de Cavani – collé à gauche – et sans la profondeur de Di María – collé à droite – à qui Ibra devait-il donner le ballon ? Lorsqu’il a proposé des appels de numéro 9, il a fait sentir sa présence (passes de Di María à la 7e, Lucas à la 70e). Il devra élever son niveau de jeu pour être dominant au printemps, mais aujourd’hui le PSG peut difficilement s’imaginer sans son envergure.

Le malaise Cavani

Difficile de savoir pourquoi. Est-ce le joueur qui insiste lui-même pour jouer contre nature ? Est-ce l’entraîneur qui se trompe de consigne ? Peu importe, mais la prestation de Cavani a dû faire croire à Madrid que le joueur avait changé. Lorsque Guidolin disait qu’il n’était pas un numéro 9 (à lire : Cavani est-il vraiment un numéro 9 ?), l’entraîneur italien voulait dire qu’il était un « attaquant extérieur droit ». Mais surtout pas un ailier gauche. Collé à cette ligne qui semble l’endormir, Cavani se retrouve loin de tout – d’Ibra, de Di María, du ballon – et ne peut rien montrer. À la 49e, il s’est aventuré dans la surface et a failli marquer. Et ce n’est pas un hasard. Dans ces conditions, le guerrier ne peut même pas offrir à Paris son sens du sacrifice (zéro récupération défensive). Pour courir et récupérer le ballon, il faut au moins l’apercevoir. En jouant seulement 25 minutes, Lucas a touché autant de ballons que lui (21).

Le besoin de Javier Pastore, l’utilisation de Di María

Avant, Pastore était décrit comme ce phénomène esthétique qui séduisait les yeux sensibles. En manque du Flaco, ceux-là en redemandaient encore et encore sans forcément savoir pourquoi. Mais la saison dernière, l’Argentin est devenu bien plus qu’une drogue : il s’est transformé en remède. En devenant effectivement (il l’avait toujours été dans le potentiel) le phare de la créativité parisienne, Pastore a dépassé l’envie pour mettre les pieds dans le besoin. En clair, Pastore a rendu le beau nécessaire. Mais après une très belle Copa América (à lire : Pastore et la quête d’une idée argentine) et l’arrivée de Di María, Blanc semble convaincu de pouvoir se passer de son remède. Malade, son 4-3-3 continue à en souffrir le manque… Enfin, il faut souligner que la titularisation de Pastore ne résoudrait pas tout. Alors que l’arrivée de Di María propose une nouvelle dimension, de nouvelles associations, une possibilité infinie de jeu entre les lignes, de passes imprévisibles et de déséquilibres au milieu, pourquoi vouloir enfermer l’Argentin dans le couloir droit ? S’il joue ailier gauche ou milieu relayeur gauche, Di María sera bien plus ouvert sur le jeu, et Paris appréciera bien plus les contours de sa drôle de silhouette.

Markus

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Article publié le 22/10/2015 sur SOFOOT.com

Quand Thiago Motta ne suffit plus

Depuis son arrivée au PSG, Laurent Blanc a imposé un style de management distant, autoritaire et déroutant. D’un côté, l’entraîneur paraît très sûr de lui et suit des certitudes rapidement établies chaque saison. D’un autre côté, cette hâte apparente semble souvent nourrie par une envie de chasser les doutes plutôt que de récolter la solution. Si la méthode a indéniablement porté ses fruits lors de la première partie de la première saison, le PSG n’a jamais montré de signe de croissance tactique face aux grandes équipes depuis. Et si le jeu du PSG n’évoluait plus ?

Lancé au Barça par une coupe de cheveux équestre, des crampons attirés par les cartons et des muscles de fêtard, Thiago Motta a commencé sa carrière tel un curieux phénomène. La taille et le pied gauche de Cocu, un toucher brésilien, mais aussi les cartons rouges et l’inconstance de celui qui n’est pas à sa place à Barcelone. Mais à 26 ans, Motta débarque discrètement au port de Gênes et une seule saison lui suffit pour donner une claque au football italien. En 2009, il se trouve que Mourinho veut donner plus de réflexion au jeu de son Inter limitée par l’âge de Vieira et la verticalité de Stanković. Motta est enfin chez lui : titulaire chez un grand d’Europe dans un football qui apprécie ses fautes tactiques et son « expérience ». Discrètement, il dessine aux côtés de Cambiasso les traits de l’une des équipes les plus intelligentes de tous les temps. Un an et demi plus tard, alors qu’il est devenu le talisman de l’équipe milanaise, Leonardo le fait habilement venir à Paris : pour moins de dix millions d’euros, Motta devient officieusement le joueur le plus important du jeu du PSG.

Le 4-3-3 et les perspectives de progression

Alors que le projet parisien est encore en train de traverser une phase bancale à son arrivée en janvier 2012, l’Italo-Brésilien met de l’ordre dans l’utilisation du ballon, la gestion de la phase défensive et la couverture des espaces. Quand Motta joue, Paris ne déjoue plus. Pour ses adversaires, sa gestion du rythme est une torture silencieuse. Celle dont on parle peu, mais qu’on ressent plus : une torture physique aux séquelles psychologiques. Motta fait peu de bruit. Mais lorsqu’il est demandé à Thiago Silva d’expliquer les différences entre la philosophie d’Ancelotti et celle de Blanc, le Brésilien répond sans hésiter, comme si la réponse était connue de tout le vestiaire parisien : « Si vous regardez bien le calendrier et les matchs, il n’y avait pas Thiago Motta (avec Ancelotti, ndlr). C’est ça, la grande différence avec la saison dernière. » En 2012-13 sous Ancelotti, les blessures empêchent Motta de jouer plus de 12 matchs de Ligue 1. La saison suivante, sous Blanc, il en joue 32. Une philosophie faite de 4-3-3 et de possession résumée par la présence d’un seul joueur ? En tout cas, Blanc a l’intelligence d’en profiter au maximum : son PSG se base sur le trio Motta-Verratti-Matuidi, la création de Zlatan, deux ailiers capables de prendre la profondeur et une grande efficacité sur coups de pied arrêtés.

Lors de cette première saison, les conditions du développement tactique du PSG semblent clairement posées : Paris veut devenir une équipe de ballon et compte sur la paire Motta-Verratti pour la porter vers les sommets du toque. Autour de ce milieu bien réfléchi, les perspectives de progression sont alors nombreuses : il y a la progression de Lucas dans sa compréhension du jeu européen, il y a la progression de Cavani dans ses mouvements en fonction d’Ibra, il y a l’intégration des beaux pieds de Pastore à ce jeu de possession, la possible progression de Matuidi dans le jeu court et enfin l’arrivée attendue d’un latéral droit capable d’offrir une menace supplémentaire à cette animation offensive bien équilibrée. Mais face à Chelsea en 2014, la capitale s’aperçoit des limites de cette progression : Cavani se montre inefficace, Lucas perd le ballon, Pastore reste sur le banc, et le milieu recule sans certitude. Face au Barça en 2015, le PSG croule sous les blessures. Finalement, en Europe, le PSG semble toujours plus attentiste, prudent, dépendant du moment, de l’adversaire, de la forme de Suárez, des changements de Mourinho, de la blessure de Messi, de ses propres blessures. Et aujourd’hui ?

Du besoin de Pastore et de la dépendance de Motta

Aujourd’hui, un an et demi après l’épisode de Stamford Bridge, le PSG semble avoir évolué à coups de compromis. La progression de Lucas stagne ? Matuidi se mute en héros de la profondeur. Cavani n’arrive pas à dialoguer avec ses milieux ? Pastore devient le lien entre possession et création. Matuidi participe moins à la construction ? Verratti prend une nouvelle dimension et fait le boulot de deux milieux, tout seul. Ainsi, au vu de l’évolution positive de l’influence de Pastore au cœur du jeu et de la dimension prise par Verratti l’an dernier, on aurait pu imaginer un changement de cap de Laurent Blanc. Un changement progressif, mais un changement quand même. On aurait pu imaginer une variation dans le système de jeu, un Motta et un Ibrahimović reposés par la verticalité de Pastore et la possession de Verratti, un pressing plus intense, une alternative à l’animation du Suédois au cœur du jeu, un nouveau rôle pour Lucas. L’arrivée de Di María ouvrait même de nouvelles perspectives : un schéma plus élastique et agressif. Plus joueur, aussi.

Mais l’arrivée de l’ailier polyvalent a carrément poussé le meilleur Parisien du dernier exercice – Javier Pastore – sur le banc. Et les matchs importants ont montré que le onze n’allait pas être remis en question pour le moment : le trio du milieu joue parce qu’on ne change pas une équipe qui gagne (même lorsqu’elle perd), et le trident offensif joue parce que c’est le plus évident. Or, cette nouvelle configuration efface la maturité engrangée la saison dernière, et l’absence de Pastore fait mal : alors que l’Argentin soulageait grandement la dépendance d’Ibra et Motta, le jeu parisien dépend à nouveau de deux joueurs de 34 et 33 ans. Et près de quatre ans après son arrivée, Thiago Motta redevient l’élément le plus important du jeu parisien. Lorsque le talisman est dans un bon jour, le PSG se trouve toujours plus vertical, rapide, dangereux et serein défensivement. Mais lorsqu’il lui arrive de jouer avec le frein à main, le PSG ralentit, doute, se précipite, bégaye. En quelques semaines, Motta a aisément démontré qu’il allait répondre présent quand le PSG allait avoir besoin de lui cette saison, comme il l’a toujours fait. Mais le PSG a besoin de plus de variations pour triompher en Europe. Celles des mouvements de Pastore, notamment. Mais aussi celles d’un schéma qui n’évolue plus, alors qu’il semble avoir les armes pour continuer à grandir.

Markus

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Article publié le 21/10/2015 sur SOFOOT.com

Les Leçons Tactiques de PSG-OM

Alors que la rivalité classique continue à avancer dans l’histoire, son pas boiteux ne peut plus dissimuler le déséquilibre structurel qui lui fait perdre tant de saveur. Aujourd’hui, PSG-OM n’est plus un choc culturel tendu, et les deux clubs ont su se trouver d’autres ennemis. Mais pour ses dernières représentations, il faut reconnaître que le pas boiteux a été régulier : Marseille y croit au début, Paris gagne à la fin.

Le maillot blanc. Le pressing agressif. Les contre-attaques déterminées. Les traits de Michel. Le cœur de Lassana Diarra. Cette première demi-heure marseillaise avait une certaine allure madrilène. Non pas une aura galactique, mais plutôt des traces de la Furia espagnole des années 1980 et 1990. C’était l’Espagne qui créait beaucoup et finissait toujours par perdre face aux méchants Italiens et Allemands. C’était l’esprit de Juanito, les schémas de Javier Clemente et la verticalité de Luis Enrique. Dimanche, c’était un peu cet Olympique de Marseille capable de jouer avec les idées claires et de pouvoir déchirer la copie brouillonne des Parisiens, le temps d’une vingtaine de minutes. Comme l’an passé avec Bielsa, l’OM a mieux commencé. Comme l’an passé, l’OM a trébuché face au premier obstacle italien, puis face au deuxième, allemand : Ibrahimović déguisé en Tassotti, Trapp en Matthaüs. Le cynisme est-il plus fort que la foi ? Allez demander aux quatre étoiles qui couronnent le maillot de la sélection italienne. Allez demander aussi au palmarès de Raúl et Morientes en sélection. Même si, en réalité, peu importe : le PSG s’est montré plus cynique et a aussi fini par se montrer plus fort. Mais les Parisiens n’étaient pas pressés (et ce n’est pas forcément un défaut).

La furie marseillaise

Si la rivalité connaît une période de déséquilibre, le thème s’est aussi invité dans l’opposition tactique au Parc. La première demi-heure peut être imagée de la sorte : l’OM court sur son attaque, le PSG s’assoit sur sa défense. Difficile de dire quel phénomène est la réaction de l’autre, et peu importe. Mais le manque de créativité de la sortie de balle parisienne couplé au tranchant de la relance marseillaise donne le premier avantage à Marseille. On aurait pu croire que le 4-2-3-1 de Michel allait se retrouver rapidement déséquilibré par la possession de Blanc, mais tout l’inverse se produit. Lors des vingt premières minutes, l’OM se montre plus dangereux et plus ordonné que le PSG : 4 tirs à 1, malgré 40% de possession. En plus de Lass (cf. paragraphe ci-dessous), le grand responsable est Michy, crucial en point d’ancrage hyper mobile (6 tirs, 33 passes, 2 longs ballons sur 2). Au départ, le danger se concrétise sous la forme de frappes lointaines et stériles d’Alessandrini et Cabella, comme Gignac et Payet la saison dernière.

Presque surpris d’arriver si facilement à la surface parisienne, les Marseillais ont la consigne de frapper dès qu’ils le peuvent. La bonne utilisation de Cabella et Barrada dans le troisième quart ouvre le 4-3-3 de Blanc, trop passif sans ballon et trop patient en phase de possession. Les deux offensifs ne font pas seulement le lien avec leurs milieux sur de belles sorties de balle, ils parviennent aussi à porter les attaques blanches. Marseille court sur son attaque : Nkoulou et Rolando ne touchent que 5 et 7 ballons respectivement lors des 20 premières minutes : tout se passe dans le camp parisien et l’OM va droit au but, trop pressé ou trop conscient du manque de temps de domination qu’il lui reste. Mais l’OM n’a pas que l’agressivité de la Furia espagnole. Elle en a aussi la naïveté. Si la sortie de balle de l’action du but de Michy est un cas d’école, la prise de risque et la précipitation à la relance sont telles que la moindre perte de balle devient une occasion parisienne.

Le brouillon gagnant du PSG

En face, le PSG joue sur un faux rythme. Maxwell fait une fausse touche, Ibra perd deux ballons dans les trois premières minutes. Paris dort sur sa défense parce que le ballon somnole entre les pieds de Verratti (21 ballons en 20 minutes) et David Luiz (17 ballons) : Di María et Matuidi touchent seulement 10 ballons dans les 20 premières minutes. Si le PSG construit peu, il se montre surtout vulnérable dès que le rideau Verratti-Motta est piégé dans la transition. Comme souvent, la santé du Parc dépend alors de la lecture du jeu de Thiago Silva ou de la prise de risque de David Luiz. Silva s’avance pour boucher le trou et il faut dire que dans la majorité des situations, cela suffit pour éviter l’infection. Devant, alors qu’il est difficile d’atteindre Di María et Cavani, seul Ibra permet de maintenir un semblant de dialogue avec le milieu. Face aux murmures du Parc qui semblent avoir envie de le voir partir à la retraite, le Suédois reste le pilote des contres parisiens qui s’appuient sur son moteur Aurier à la 12e, puis sur Cavani à la 19e. À la 23e, Zlatan peut déjà ouvrir le score face à un héroïque Mandanda (cet arrêt sur Pastore, sérieusement…). Il terminera finalement le match avec un savoureux doublé à l’italienne. À sa sortie, Cavani n’a jamais réussi à rétablir un semblant de hiérarchie offensive. Une occasion manquée pour l’Uruguayen ?

Le réveil du PSG coïncide finalement avec la multiplication des interventions de Di María. Après avoir touché seulement 10 ballons en 20 minutes, l’Argentin en touche 23 dans les 20 suivantes, dont 3 tirs (2 cadrés). En l’absence de Javier Pastore, il semble évident que c’est à son compatriote argentin de porter l’animation offensive parisienne. Mais la structure de ce 4-3-3 ne s’y prête pas : Di María est bien trop éloigné de Motta pour espérer faire le lien entre élaboration et création. Le constat de Laurent Blanc est lucide : « On n’a pas réussi à mettre notre jeu en place. On n’a pas fait un grand match, mais même sans cela, on a des occasions et on marque des buts. » Peu de jeu, mais beaucoup d’occasions. Suffisant pour en tirer trois points. Reste à savoir si les enseignements seront aussi clairvoyants. Le PSG peut-il vraiment se priver de Pastore sans remplacer l’élaboration du Cordobés ?

Capitaine Diarra

On a cru le revoir au milieu du Camp Nou un soir de demi-finale de Ligue des champions, mais avec plus de responsabilités organisatrices et d’influence au cœur du jeu. Lors des vingt premières minutes du match, les seules minutes vraiment marseillaises, Lass a été ce milieu au degré d’agressivité maximal qui a osé venir mettre en difficulté la paire Motta-Verratti. Lors des vingt suivantes, il a tout fait pour soigner la relance des siens, minimiser les risques de pertes de balle et maintenir la hauteur du bloc. En seconde période, Lass était déjà le dernier élément marseillais à jouer avec l’intensité de la première période. Alors que beaucoup aiment multiplier les comparaisons avec Matuidi, ce qui n’a pas de sens (tactiquement, en tout cas), il faut encore le voir comme un meneur de jeu reculé. Dans le costume du Xabi Alonso de cet OM, celui du numéro 6 sans possession, le Français a alterné construction et destruction avec la sérénité de celui qui n’a pas besoin d’air pour respirer. 47 passes, plus que tous ses coéquipiers (mais deux fois moins que Verratti) et 6 interceptions. L’équilibre du 4-2-3-1 porte son nom : Verratti semblait presque heureux d’avoir enfin un défi en Ligue 1. Finalement, il lui a seulement manqué de la précision sur ses longs ballons (0 sur 4), mais ici les duels aériens gagnés par la défense parisienne ont leur part de responsabilité.

Le cas De Ceglie

De tout temps, le football italien nous a fait croire à une puissance surnaturelle capable de transformer un défenseur aux apparences limitées en gladiateur tactiquement irréprochable. Un défenseur qui ne se montre pas, mais qui ne laisse rien passer. Dimanche soir, malgré son glorieux prénom, Paolo De Ceglie a démystifié le défenseur italien. Si Marseille a finalement payé le prix de deux erreurs, les Parisiens ont multiplié les occasions, et le score aurait pu être bien plus lourd. L’espace entre De Ceglie et Rolando ne s’est jamais refermé, et Paris a attaqué ce côté sans relâche. À droite, Aurier et Di María se sont gavés de 3 passes clés chacun, toutes dans cette zone de non-droit. De Ceglie, lui, a réalisé une performance unique à ce niveau : se montrer décisif sans jouer. À un poste de latéral normalement sollicité, l’ex de la Juve a réalisé seulement 8 passes (pour info, Mandanda en a fait 30, Dja Djé Djé a eu le temps d’en faire 11 en 20 minutes), 0 tacle, 1 dégagement et seulement 62% de passes réussies. Comme si un être invisible n’arrivait pas à se cacher.

Kevin Trapp, des pieds et des mains

Dans un monde en noir et blanc, la boulette de Kevin Trapp contre Bordeaux aurait pu condamner le gardien allemand et faire revenir Salvatore Sirigu dans les cages parisiennes. Dans un monde en noir et blanc, ce penalty de Barrada arrêté avec autorité aurait suffi pour en faire un héros moderne du PSG, loin devant le manque d’influence de son concurrent italien lors des gros rendez-vous. Seulement, le monde est un peu plus nuancé que ça. Dimanche soir, il était bleu, blanc et rouge. Et alors que les titres bruyants alternent entre l’aride sévérité et la pluie d’éloges pour Trapp, certains chiffres silencieux en disent bien plus. Lors des trois dernières saisons, Sirigu avait un taux de passes réussies de 64%, 71%, puis 70% la saison passée. Cette année, Trapp est à 80,5%. Une révolution silencieuse.

Markus

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Article publié le 05/10/2015 sur SOFOOT.com