Archives pour la catégorie Analyse – PSG

Le Grand Paris de Leo


Un demi-été. C’est ce qu’il a fallu à Leonardo pour retransformer le Paris Saint Germain en grand club. Le Brésilien est arrivé et a pu, merci aux qataris, directement appliquer les principes appris au Milan et à l’Inter : l’objectif principal d’un club de football n’est ni de gagner de l’argent, ni de remporter des titres. C’est de vendre du rêve à un maximum de personnes, d’abord les supporters traditionnels de ce club, et puis le reste du monde. En France, personne ne l’avait encore compris, ou plutôt tout le monde l’avait oublié.
 
 
Au départ, si les clubs se disputent les « âmes neutres » pour les convertir à leurs couleurs, ce n’est pas pour vendre plus de maillots, mais pour exercer plus d’influence. Le football est source de pouvoir, et non d’argent. Et Russell Crowe nous a tous appris que pour prendre le pouvoir, il n’y a rien de mieux que de se faire aimer par la foule. Voilà pourquoi il fallait ramener à Paname des authentiques vendeurs de rêve et d’enthousiasme, des artistes, cracks ou autres fuoriclasse… C’est un ouragan de fantaisie qui va réveiller Paris.
Aujourd’hui, quelle est la condition nécessaire et suffisante pour être considéré comme un grand club ? Jean-Michel Aulas dirait que c’est de participer chaque saison à la Champions League. En Espagne, Séville, Villareal et Valence sont des grandes équipes et au moins une d’entre elles est exclue de la CL chaque saison. En Angleterre, on peut aujourd’hui parler de Big Six (United, City, Chelsea, Arsenal, Liverpool, Tottenham), d’où deux exclus.
 Car les grandes équipes ne se construisent qu’en partie sur les résultats. Le reste, c’est un imaginaire créé par l’empreinte laissée par les joueurs sur les fans. Une marque qui restera à jamais dans l’esprit de passionnés. Prenons le Lyon de 2000-2007. On ne se rappellera de leurs records de points ou de leurs 7 titres d’affilée qu’à titre anecdotique. Ce qui fera surgir chez nous une émotion passionnelle dans quelques années, ce sont avant tout les coups-francs de Juninho, les remontées de balle de Govou, la puissance d’Essien ou les passements de jambes de Benzema. Si l’on dit toujours que les titres se jouent sur des détails, c’est peut-être bien parce que finalement le titre est un détail de l’Histoire. L’Histoire, c’est les joueurs, les manières de l’entraîneur, le caractère du Président, le flair du directeur sportif, l’atmosphère qui entoure l’équipe et le club.



 
Etre une grande équipe, c’est donc vendre du rêve à ses fans dans un premier temps, et conquérir les fans du monde entier dans un second temps. Et pas besoin de Champions League pour cela, comme l’ont montré Porto, Villareal ou Naples l’an dernier, mais plutôt de types comme Falcao, Hulk, Rossi, Nilmar, Cavani, Hamsik ou Lavezzi. De la jeunesse, de l’arrogance, des buts, du style, du talent. Les jeunes Allemands, Hollandais ou Suédois amateurs de Fifa joueront plutôt avec Paris ou Marseille cette saison ? Préféreront-ils mettre des grigris indécents avec Pastore et Menez ou plutôt des récupérations-passes en retrait avec Alou Diarra ? Cela peut paraître idiot, mais le plaisir de jouer avec une équipe sur PES ou FIFA a aujourd’hui une importance non négligeable dans le fun qu’apporte cette équipe aux fans de football internationaux. Et l’arrivée de Pastore va certainement propulser Paris dans une nouvelle dimension au niveau de l’influence internationale. A quand une pré-saison en Chine, par exemple ?

Leonardo a compris tout cela mieux que personne en France, et n’a pas tardé à remettre le PSG sur la carte du football européen. Un rapide coup d’œil la liste des joueurs approchés par Paris cet été démontre cette recherche de joueurs talentueux à personnalité : Nagatomo, Ganso, Kaka, Forlan, Milito… Leonardo sait très bien que la personnalité des joueurs est importante pour le bien de l’intérieur du groupe, mais il sait aussi qu’elle est vitale pour l’image extérieure du groupe. Il veut des joueurs qui amènent de l’émotion dans les tribunes, des joueurs qui ne peuvent laisser indifférents, qui marquent les esprits. Les chants milanistes en l’honneur de Kaka seront chantés jusqu’au prochain siècle chez les rossoneri… L’image du Principe à Madrid lors de la finale de Champions League 2010 restera gravée à travers des générations d’intéristes. Sans parler de l’impact de Diego Forlan sur tout le peuple uruguayen…
 
 
Paris n’a pas retrouvé de franchise player depuis Pedro Miguel
 
Un joueur évoluant dans une grande équipe doit aujourd’hui être international ou prétendre sérieusement à le devenir (ou l’avoir été pour le cas des vétérans). A Paris, il n’y a plus de place dans le 11 titulaire pour des Jérémy Clément, des Luyiundula ou des Maurice car ce ne sont tout simplement pas des joueurs de grand club. Sirigu est international italien. Pastore international argentin. Matuidi international français. Sissoko international malien passé par Liverpool et la Juventus. Menez international français passé par la Roma. Gameiro est international français et aurait pu être en train de planter à Valence à l’heure qu’il est. Bisevac est international serbe. Lugano est le capitaine de l’Uruguay. Chez tous ces joueurs, on retrouve également un certain sens de la grinta, ce qui manquait à Sessegnon, le dernier avant Nêne à avoir fait rêver le Parc durant quelques mois d’hiver 2008. Des guerriers derrières, des artistes devant. Emotions garanties.

Le PSG a maintenant les joueurs pour marquer l’Histoire, il lui faut un entraîneur. Oui, Kombouaré est un bon coach. Il l’a prouvé avec Valenciennes d’abord, et ensuite avec Paris l’an dernier : arrivé dans un contexte compliqué, il a su donner à cette équipe une identité de jeu et de bons résultats au vu des moyens qu’il avait à sa disposition. « Un bon entraîneur, c’est un entraîneur qui sait tirer le maximum de ses joueurs », dit le génial Unai Emery. On peut dire que Kombouaré a fait son job, au vu de la qualité de l’effectif parisien 2009-2011, et surtout de la profondeur de son banc… Quand vous faites joueur Jean-Eudes Maurice titulaire en Coupe Européenne, il faut vraiment avoir confiance en son système. « L’équipe qui produit le plus beau jeu de Ligue 1 – avec Lille » pouvait-on entendre en janvier dernier.
Mais Kombouaré n’a pas la notoriété, le charisme ou la vision de grand club qu’a un prétendant comme Ancelotti. Oui, Kombouaré pourrait gagner le titre avec Paris dès cette saison, et peut-être même l’Europa League. Mais Ancelotti aussi, et en mieux. C’est-à-dire en faisant la Une de la Gazzetta, en provoquant la réalisation d’un reportage sur le PSG par Sky Sports et en donnant immédiatement une stature internationale au PSG 2011-2012. Il serait une figure supplémentaire au grand club que redevient Paris. Le Barça a Messi et Guardiola. Manchester a Ferguson et Rooney. Aujourd’hui, Paris a Pastore et… Leonardo, mais la figure du brésilien ne devrait pas bouffer celle du coach. En attendant un grand nom, Ancelotti, ou un autre. Et tant pis pour Kombouaré. Le club est au-dessus des individualités.
 
 
 
 
 
Paris a maintenant retrouvé (presque) tous les attributs d’un grand club. La ville extraordinaire. Le stade mythique. L’Histoire magique. Les grands joueurs passés. Le maillot Nike. Un certain appeal au Brésil ou aux Balkans…mais Paris n’a plus de supporters.
Avant Leproux, « Paris avait des joueurs de merde et un public incroyable. Aujourd’hui, Paris a un public de merde et des joueurs incroyables », témoignait Alex, ex-abonné d’Authentiks, à la sortie du Parc après la victoire sur Valenciennes (2-1). L’actuel public du PSG, plus habitué au Stade de France ou à Bercy qu’au Parc, n’est pas digne de voir évoluer ce grandiose Paris Saint Germain, comme l’ont montré les sifflets pour Menez contre Valenciennes… Un joueur qui délivre une passe décisive, élimine à plusieurs reprises trois joueurs adverses et demande à ses coéquipiers de venir fêter les buts en-dessous des virages (ou ce qu’il en reste), le Parc l’aurait acclamé. Ces « nouveaux parisiens », ceux qui ont certainement toujours associé la porte d’Auteuil à Roland Garros plutôt qu’au Parc, mettent mal à l’aise.
Espérons que Leonardo sache aussi ramener les passionnés chez eux, dans leur Parc.




Markus