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Rabiot, un marquis dans la cour des Bleus

Ça y est, Adrien Rabiot a débarqué son pied gauche de marquis sur la moquette de Clairefontaine. Dans une équipe de France de Deschamps qui danse au rythme des qualités individuelles plutôt que sur un quelconque tempo collectif, le Parisien ressemble fortement à ce que DD cherche à tout prix : des profils complets capables de « fluidifier » le jeu. Mais si Rabiot pourrait bien devenir une solution du jeu des Bleus, il faudrait avant tout savoir en définir le problème. À quoi jouera la France en 2018 en terres russes ?

La France les a longtemps attendus. Coupé en deux par le génie offensif irrégulier de la génération 87 d’un côté et par une génération de milieux centraux trop défensifs de l’autre, le football français a longtemps attendu les héritiers des Vieira et Petit, milieux relayeurs décisifs dans les deux surfaces. Né en 1995, Rabiot s’est dévoilé à l’été 2012 après que le 4-3-3 bleu de Laurent Blanc a passé un mois à se reposer sur Alou Diarra en Europe de l’Est. Animal capillaire étrange dans l’univers des crampons, Rabiot a d’abord étonné, agacé un peu, surpris beaucoup puis convaincu toute la cour du football français. Un mètre quatre vingt-huit élégant, un pied gauche à l’éducation élitiste et une conduite de balle furtive et noble. À moins de 20 ans, Rabiot était déjà rangé dans la catégorie des milieux complets et multidimensionnels : capable de récupérer et créer, doué pour le tacle et pour le dribble, à l’aise dans les airs et dans les petits espaces. Comme Paul Pogba, Rabiot est logiquement sur le point de devenir un atout majeur pour Deschamps, fidèle aux « compromis » : le jeu, oui, parfois, à condition que l’équilibre soit assuré, toujours.

Développement limité, capacités inconnues

Ces dimensions, Rabiot les a développées durant quatre saisons intenses à Paris (et Toulouse), de 17 à 21 ans. Sous Laurent Blanc, néanmoins, le talent ne sortira jamais de l’ombre du trio Motta-Verratti-Matuidi, subissant les certitudes d’un coach qui lui imposera une croissance désordonnée, au rythme des blessures et des aléas plutôt qu’à celui de sa progression. Enfermé à l’extérieur de l’inamovible milieu à trois, Rabiot doit tour à tour répéter les gammes de l’ordre de Motta, l’élaboration de Verratti et le mouvement de Matuidi. Ainsi, le gaucher grandit comme une espèce à part, toujours utile, jamais indispensable. Dans le cadre de la possession avant tout et de l’omniprésence d’Ibra, Rabiot développe rapidement son jeu de passes et sa protection du ballon, mais il ne trouve pas de place pour exprimer son flair ni sa lecture du jeu, pourtant largement entrevus à Toulouse. Cette progression plafonnée a un symbole : le quart de finale retour de C1 à Manchester au printemps dernier.

Contre le City de Pellegrini, alors que Verratti et Matuidi sont en tribunes et que Motta sort peu avant la mi-temps, Rabiot prend les clés du bolide mais ne trouve pas le chemin. Dans le 3-5-2 devenu légendaire, le Français touche 95 ballons, réussit 6 dribbles et provoque 5 fautes anglaises, mais il ne crée aucune occasion (0 passe clé), commet 4 fautes de trop et ne donne jamais d’air au milieu parisien pressé par la paire Fernandinho-Fernando : seulement 2 tentatives de transversales, contre 5 pour Pastore en une demi-heure. Ce soir-là, Rabiot a-t-il pour consigne d’ordonner le milieu parisien comme Motta ? Doit-il plutôt relayer et aider Ibra et Di María à élaborer le jeu court de Blanc, comme Verratti ? Devait-il percuter et briser les lignes, comme Matuidi ? Les vestiaires de l’Etihad Stadium s’éteindront avec ce secret de l’histoire parisienne. Durant ces 4 saisons, Rabiot développera chaque dimension de son jeu sans choisir de direction, faisant parfois croire qu’il grandit en rond, comme la possession parisienne des mauvais jours.

La direction Emery, la maturité en Bleu ?

Sous les ordres d’Emery, Rabiot est le 4e parisien le plus utilisé en Ligue 1 : 767 minutes en 11 rencontres (8 titularisations). À ce rythme, il aura dépassé le nombre de minutes disputées lors de ses trois premières saisons bien avant Noël. Oscillant entre son poste de relayeur et celui de sentinelle (en première période contre Rennes) dans un milieu aux consignes nouvelles, Rabiot se retrouve enfin forcé à se réinventer, à imposer son propre style, à prendre les choses en main. Dans un PSG largement transformé qui tend parfois à se laisser guider par les surproductions de Di María, Rabiot incarne ainsi un certain ordre, une mesure, une justesse. Mais entre l’organisation, l’élaboration et l’accélération, le milieu n’a toujours pas choisi son rôle. Le style des performances de Rabiot semble dépendre largement des coéquipiers qui l’entourent : on l’imagine bien rendre des une-deux à Iniesta au Barça, mais on l’imagine tout autant en train de lancer directement en profondeur Diego Costa dans une surface anglaise à Chelsea. Bref, Rabiot s’adapte.

Ainsi, la convocation en bleu est peut-être la meilleure occasion de découvrir quelle est, loin du Parc, la vraie nature du jeu de Rabiot. Une araignée capable de tisser le jeu au milieu, c’est garanti. Et un bélier capable de percuter les défenses ? Cela devrait venir. À Paris, Rabiot a toujours joué avec une tour de contrôle capable de distribuer les ballons, et le joueur se dit lui-même plus à l’aise au poste de relayeur. Se situant aux alentours de 60-65 passes par match, le Français reste loin des 80-90 des métronomes Motta, Verratti et Krychowiak. Dans cette perspective, il vient se situer dans la catégorie des Rakitic, Vidal, Marchisio. D’où cette nécessité de venir peser dans les trente derniers mètres. Sinon, son futur devra se jouer devant la défense.

Quel marquis en bleu ?

En bleu, la question n’est pas de savoir où il faut faire évoluer Rabiot, mais plutôt ce qu’il faut lui demander d’apporter à l’équipe. D’après Deschamps, Rabiot peut « fluidifier le jeu  » parce qu’il est « efficace à la transmission » et « juste à la récupération » . Traduction : Rabiot sait jouer, Rabiot sait ne pas perdre la balle, Rabiot sait défendre. Fluidifier, certes, mais quoi ? Si Rabiot était Samir Nasri, il serait tentant de répondre « tout le jeu » , comme l’ancien Gunner le fait actuellement à Séville sur les consignes de Sampaoli. Mais les Bleus n’ont pas autant de mouvements à proposer à leurs milieux, malgré les progrès réalisés par les confirmations de Kurzawa et Sidibe. Aujourd’hui, le tableau tactique des Bleus suggère naturellement deux rôles possibles pour Rabiot : faire le lien entre l’arrière-garde et Pogba ou faire le lien entre Pogba et le trio Payet-Griezmann-Sissoko.

Depuis la seconde période contre l’Irlande, Deschamps n’utilise que deux milieux centraux : Pogba-Matuidi contre l’Islande, l’Allemagne et le Portugal à l’Euro, puis les Pays-Bas et la Bulgarie en qualifications ; Pogba-Kante contre la Biélorussie. Le 4-3-3 est seulement revenu en amical contre l’Italie, dirigé par le trio Pogba-Kante-Matuidi. Si Deschamps souhaite conserver cette structure, Rabiot serait donc le remplaçant naturel de Matuidi dans le onze titulaire : plus de contrôle de la possession, mais aussi de l’espace aérien du milieu. Cette option verrait Deschamps oser une paire Pogba-Rabiot devant la défense, sorte de Vieira-Petit au doux parfum d’Highbury. Rabiot devrait alors partager avec Pogba les tâches d’organisation et d’élaboration, ce qui libèrerait naturellement l’un des deux. Si Deschamps envisage un retour au 4-3-3, schéma qui a vu grandir Rabiot, il semble naturel d’imaginer le trio Kante-Pogba-Rabiot, où le Parisien viendrait à nouveau prendre la place de Matuidi. Mais à 21 ans, Rabiot est surtout un gros morceau du futur jeu des Bleus. Une fois de plus, la question est de savoir quel sera le projet qui emmènera l’équipe de France en 2018, 2020, 2022… Parce que le marquis n’est pas le même quand il échange des une-deux avec Sissoko ou avec Koziello.

Markus

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Article publié le 11/11/2016 sur SOFOOT.com

Les Leçons Tactiques de Manchester City-PSG

Après avoir sauté des pages de sa partition au match aller, le PSG de Laurent Blanc s’est trompé de livre à Manchester et a ainsi proposé une première période stratégiquement incohérente. Le choix du plan de jeu initial aura eu de lourdes conséquences sur le reste de la rencontre, entraînant ainsi un festival de solutions tactiques d’urgence qui appuient là où ça fait mal : ce PSG n’était pas prêt, ou du moins pas préparé.

à lire aussi : De la cohérence du projet technique du PSG (octobre 2015)

Les vieilles façades du centre-ville transpirent des siècles de pluie, le verre des tours modernes laisse glisser les gouttes, et à l’Est de cette créature urbaine étrange qu’est Manchester, l’Etihad Stadium s’allume sous le crachat du gris ambiant. Un peu vaisseau spatial, un peu insecte architectural, l’enceinte des Citizens devait réunir mardi soir l’élite du football. Dix sud-américains, un géant Suédois, un golgoth Anglais, un petit Belge tout roux, quelques Espagnols et d’autres étoiles mondiales avaient tous rendez-vous là-bas, tout là-haut, au milieu de rien, à Manchester. Une ville surprenante qui a fait pousser la créativité de générations d’artistes. Mais pas mardi soir.

Etihad Stadium

Analyse et résultat

Match nul à domicile, défaite à l’extérieur, et le PSG est éliminé en quart pour la quatrième fois consécutive. C’est arrivé face au Barça avec la manière et les honneurs, Chelsea par excès d’attentisme, le Barça sans beauté ni cruauté, cette fois, puis enfin Manchester City. Forcément, dès que le résultat est tombé mardi soir, tout Paris s’est empressé de lister des motifs d’explication à coup de principes bruyants. Un problème d’état d’esprit et de manque de hargne pour ceux qui croient encore voir que Zlatan ne court pas parce qu’il n’aime pas ça. Un problème de stratégie sportive pour ceux qui, armés de savants calculs, estiment que Cavani et Di María ne sont pas adaptés au projet parisien – parce qu’ils auraient coûté trop cher. Un manque de qualité individuelle pour les autres qui crient qu’il serait scientifiquement impossible qu’une équipe remporte la C1 avec Blaise Matuidi. Mais gagner la C1 n’est pas une question de kilomètres, de retour sur investissement ni de somme de talents individuels. Difficile, donc, de faire le tri.

Parce qu’en plus d’être longue et confuse, cette liste d’explications se nourrit uniquement d’une analyse a posteriori du résultat. Si le PSG avait gagné, avec exactement le même jeu et la même préparation, il aurait reçu autant d’éloges qu’après le huitième à Stamford Bridge, à tort. D’ailleurs, mardi soir à Manchester, avec ce même effectif, cette même hargne et cette même tactique, le PSG aurait très bien pu s’imposer 0-1 sur la tête de Thiago Silva à la 65e minute. A la 75e, une bonne partie de l’Etihad Stadium voyait le PSG se qualifier in extremis. Même avec la défense à trois. Même avec le palmarès d’Ibra en C1. Même sans Verratti. Mais la qualité d’une prestation footballistique ne peut être réduite au résultat, qu’il soit bon comme à Londres ou mauvais comme à Manchester. Même si le PSG s’était qualifié en demi-finale, ces 180 minutes auraient de toute façon montré ses limites : l’absence de contrôle sans Verratti, le manque de hiérarchie au milieu avec Motta-Rabiot, une animation collective qui dépend bien trop des exploits individuels d’Ibra et Di María, une phase défensive perturbée par des erreurs individuelles – provenant trop souvent de David Luiz. Et puis enfin l’incapacité habituelle à se réinventer, chercher de nouvelles solutions, mettre en place un plan B cohérent et jouer avec les idées claires. Tâchons donc ici de produire une analyse descriptive du scénario de la rencontre et des choix qui ont provoqué son déroulement.

De Bruyne Marquinhos

Le 3-5-2, incohérence stratégique

Dans un monde où les schémas de jeu ressemblent parfois à des numéros de téléphone, le 3-5-2 reste un grand classique. Redevenu à la mode dans les années 10 en Italie, porté par la Juve et le Napoli en Europe, il offre à la fois robustesse et intelligence. Robustesse parce que l’attaque adverse est souvent victime d’infériorité numérique – comme le Kun mardi soir – et parce qu’il propose une occupation dense sur toute la largeur du terrain. Intelligence parce qu’il multiplie les solutions de relances au sol et les lignes de passes vers le milieu. Les ailes sont couvertes sans exiger la participation des acteurs offensifs – Ibra et Cavani, en l’occurrence – et Thiago Silva a l’embarras du choix pour ressortir le ballon proprement dans son camp. Plus d’assise derrière, mais moins d’aisance au milieu et sur les ailes.

Seulement, alors que Pellegrini présentait son bloc ultra-conservateur et sacrifiait le talent de ses offensifs, le PSG n’avait absolument pas besoin de conserver aisément le ballon dans son camp mardi soir. Après le 2-2 dangereux de l’aller, le PSG devait marquer, provoquer des brèches et rapidement enflammer la rencontre. Durant près de 45 minutes, Paris aura finalement accompli l’objectif du schéma mis en place : conserver le 0-0 sans concéder d’occasion, mis à part ce pénalty (zéro tir cadré concédé tout de même). Mais pourquoi ? Face à des Citizens en souffrance défensivement cette saison à domicile, on attendait un Paris-Saint-Germain agressif capable de mettre le ballon le plus souvent possible dans la surface adverse, peu importe la possession. Avec ce 3-5-2 aux larges courbes et aux lourdes manœuvres, la fantaisie de Di María, la vision de Zlatan et les courses de Cavani ont vite été réduites à néant. Le trio offensif a été très critiqué a posteriori, mais il faut souligner que s’il s’est vite fait éjecter du circuit de la possession et a fini par ne jamais rentrer dans son match, ce schéma en est en grande partie responsable. La possession elle-même s’est avérée stérile et même souvent maladroite, peu aidée par l’absence totale d’automatisme (oui, parce que ce schéma n’avait jamais utilisé auparavant) et par les difficultés de Maxwell et Van der Wiel à interpréter ce rôle si particulier qu’est celui de milieu latéral. Compliqué d’occuper le terrain adverse dans ces conditions, et presque impossible donc d’exercer une pression constante sur City. En résumé, le PSG a obtenu un 0-0 indésirable et perdu 44 minutes cruciales qui ont conditionné l’ensemble de la rencontre. Et sans ce cri de douleur de Motta, cela aurait pu duré encore plus longtemps.

Le bal des déplacés

Alerté par la fragilité de sa défense au match aller, Laurent Blanc espérait certainement solidifier son bloc défensif sans provoquer de conséquence sur la qualité de son animation offensive. Mais alors que la paire anarchique Motta-Rabiot est une nouvelle fois chargée d’organiser et de réguler, sous les coups de pression de Fernando et Fernandinho, l’Italo-Brésilien se fait rapidement couper du dialogue de la possession et n’arrive ainsi pas à en placer une. Avec lui, tout Paris sait bien qu’une seule suffit. Mais elle n’arrivera jamais. Alors que l’Etihad se laisse bercer par les chants parisiens, Thiagone chute une première fois à 1a 41e. Le staff du PSG semble enregistrer l’information et discute avec le joueur, mais aucun remplaçant ne part s’échauffer. Quelques minutes plus tard, le cri de douleur de Motta se fait entendre. Devant le fait accompli et sans solution planifiée apparente – personne n’est parti s’échauffer – Blanc demande à Lucas et Stambouli de se changer. C’est le point de départ d’un bal de solutions tactiques d’urgence. Vingt ans plus tôt au Maine Road, les supporters de City auraient certainement chanté le célèbre « You don’t know what you’re doing ».

Le bal n’est pas joyeux, plutôt du genre dramatique, rythmé par une musique saccadée, tragique, qui accélère, de plus en plus sombre, de plus en plus gênante. Aurier défenseur gauche. Van der Wiel milieu droit. Di María sans poste. Puis Aurier défenseur droit et Marquinhos défenseur gauche. Puis Marquinhos milieu défensif et Aurier défenseur central. Rabiot dans cette position de milieu à tout faire qui n’a toujours pas choisi entre organisation, élaboration et accélération. Et, enfin, Cavani dans ce rôle d’avant-centre réinterprété bien trop librement (consigne de Blanc ? prise d’initiative individuelle ?). Après la mi-temps, le PSG se retrouve donc en 4-3-3 et parvient rapidement à remettre en place ses circuits de possession favoris et ses enchaînements d’appels habituels. Seulement, il doit marquer contre un adversaire qui est maintenant en confiance défensivement, et doit compter sur Marquinhos pour organiser le jeu au milieu alors que Stambouli s’échauffe éperdument. Heureusement, Thiago Silva masque les réalités et porte tout Paris sur ses épaules.

Pellegrini tactique

Déséquilibre et manque de temps

Conséquence directe – et classique – du 3-5-2 : les attaquants parisiens se retrouvent vite coupés du reste de l’équipe. Cavani et Ibra – qui s’est plaint ouvertement de ce système de jeu en zone mixte – auront une réaction logique pour aider le reste de l’équipe : alterner d’une part les phases où ils redescendent pour proposer leurs pieds à l’élaboration du jeu, et d’autre part les phases de travail de numéros 9 de surface, pour essayer de donner une direction à l’équipe. Mais il aurait été intéressant de voir une autre répartition des tâches : Cavani n’a pas les qualités pour jouer dos au but, Ibra n’a pas le volume pour répéter les appels. A la 60e minute, l’animation offensive n’est toujours pas allumée et Blanc fait logiquement entrer Javier Pastore. Parce que les manœuvres sont lentes et lourdes, parce que City joue de plus en plus dur, et parce que l’Argentin n’a pas besoin de cadre pour peindre un chef-d’œuvre. Mais malgré une fluidification du jeu, le bloc est déjà bien trop déséquilibré : Di María est forcé d’essayer de faire le Mascherano au milieu, chaque récupération de City est suivie d’une faute parisienne, par précipitation ou conscience tactique, et Paris perd du temps, encore.

Le risque défensif de Pellegrini

En face, Manchester City a décidé de prendre le risque maximal : se qualifier sans élaborer de jeu et envisager donc d’encaisser un but tardif sans avoir eu l’opportunité de démontrer ses capacités offensives. David Silva court dans le vide comme un ailier travailleur, Jesus Navas court partout comme toujours, et De Bruyne s’applique plus ou moins au pressing. Le Belge n’apparaît que sur de rares transitions (très) rapides et habiles, Silva n’apparaît que sur les rarissimes phases de possession – avec une splendide maîtrise – et si le Kun parvient à proposer de la verticalité, ses propositions sont rejetées pour « manque de soutien ». Derrière, le défi physique est largement tenu par Mangala-Otamendi. Et finalement, tous les Citizens prennent rapidement pour modèles Sagna et Clichy : une défense sobre, un dégagement assuré, et encore de la défense sobre. Une fois de plus à ce niveau de la compétition, l’équipe avec les idées les plus claires a produit la prestation la plus cohérente. Si les esthètes de City – Silva et De Bruyne en première ligne – attendent encore Guardiola à genoux, ils ont les deux pieds en demi-finale.

Le manque de programmation tactique

Ainsi, le PSG a sombré en utilisant un schéma de jeu inadapté au contexte, à l’adversaire et à ses propres armes. A priori, la réflexion ayant mené à ce schéma provenait du manque de solutions de rechange au plan initial, le plan A, le 4-3-3 connu de tous, celui que l’on devrait renommer « plan V », comme Verratti. L’Italien blessé, Matuidi suspendu, David Luiz suspendu, Pastore incertain, Blanc s’est vu forcer d’inventer de toute pièce la mise en place d’un plan B en avril 2016. « En fait, les gens changent de manière significative seulement quand ils ont le dos au mur. Il se pourrait qu’il faille plus de fragilité, de drame et de misère économique pour que les choses bougent », disait cette semaine Christine Lagarde, directrice générale du FMI, lors d’un entretien donné à Bloomberg. Avant d’ajouter : « Si les politiques étaient déterminés, mieux coordonnés, et avaient une vision à long terme, bon nombre des problèmes avec lesquels nous nous débattons aujourd’hui pourraient être résolus. »

Le management d’une équipe de football nécessite aussi études, prévisions, gestion des risques, travail théorique et longues mises en applications. Alors, pourquoi ne pas avoir cherché de remplaçant à Verratti cet été ? Pourquoi ne pas avoir plus intégré Stambouli, milieu organisateur de formation, qui aurait permis le replacement de Marquinhos en défense centrale et la sortie d’un Aurier trimballé partout sur la pelouse ? Pourquoi ne pas avoir osé Kurzawa et préparé Maxwell à évoluer au milieu, comme il avait pu le faire sous Ancelotti ? Blessures ou coups du sort, peu importe, finalement. Cette campagne européenne se termine ainsi avec des idées floues dans le brouillard mancunien, et il faut déjà préparer la prochaine.

Markus, à l’Etihad Stadium, Manchester

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Les Leçons Tactiques de PSG-Manchester City

Après une prestation inconstante et inégale au Parc, le PSG de Blanc se retrouve dans une situation paradoxale à la veille du match le plus important de sa saison. Côté rêve éveillé, les Parisiens peuvent sereinement envisager le retour au vu du nombre d’occasions créées sans briller. Côté cauchemar amer, Paris a encaissé deux buts à domicile et laissé passer l’immense opportunité de s’envoler à Manchester avec une assurance tous risques. De toute façon, les deux points de vue s’accordent sur le plus important : le PSG n’a pas convaincu dans le jeu. Ni devant, ni derrière, et surtout pas au milieu.

Le désordre David Luiz
Le Parc des soirées européennes nous avait habitués à un football sophistiqué, charmeur et élitiste. Un football très parisien, finalement. Hier soir, pourtant, ce même Parc des Princes a plutôt été le théâtre d’un vulgaire spectacle, de quelques glissades ridicules et autres bouffonneries grotesques. À ce stade de la compétition, chaque ballon qui s’approche de la surface devrait être une menace de crise cardiaque. Hier soir, les deux équipes ont vite mis de côté l’excellence et la tension qui va avec. Dans ce contexte, s’il fallait choisir un visage pour habiller cette prestation, l’effectif du Paris Saint-Germain ferait un beau casting. Matuidi ? Rabiot ? Motta ? Di María ? Mais toutes ces candidatures, plus ou moins justifiées, ne font pas le poids face à l’énigme David Luiz. Un joueur qui côtoie l’élite du football européen depuis déjà près de huit saisons, mais que personne n’arrive à cerner. Un défenseur héros-zéro qui brouille les pistes des pieds à la tête, de ses relances décontractées à ses anticipations guerrières.

Hier soir, cette énigme ambulante n’a pas trahi sa réputation. Comme le PSG, David Luiz a commis des erreurs. Sur le premier ballon du match, aux abords de la surface parisienne, le contrôle d’Agüero est joliment orienté et le corps du Brésilien est déjà dépassé. Carton jaune, suspendu pour le retour. Sur le premier but, David Luiz est pris entre l’envie d’anticiper Fernandinho et le devoir de couvrir De Bruyne. Une glissade plus tard, il ne fera ni l’un ni l’autre. Mais le Brésilien a aussi affiché un autre visage. Dix minutes après ce jaune pénalisant, c’est lui qui ira chercher les pieds de Sagna pour provoquer le penalty parisien. Surtout, il empêchera le Kun de dominer la profondeur du Parc à l’aide de quelques sauvetages imposants. En temps normal, le PSG de Blanc préfère ressembler à Verratti et se faire juger sur son niveau de fidélité à sa « philosophie de jeu » . Mais hier soir, le PSG a bien plus ressemblé à David Luiz. Énigmatique, faussement à l’aise, mais pas vraiment en difficulté. Et difficile à cerner.

Les blocs déconnectés de City
Sur le papier, Blanc fait des changements : revoilà Cavani à la place de Lucas et Aurier à la place de Marquinhos. Verratti et Pastore dramatiquement absents, c’est Rabiot qui vient se situer entre Motta et Matuidi. Côté Pellegrini, le Chilien dessine un 4-2-3-1 orphelin de Yaya Touré et Vincent Kompany, sa grand-voile et son skipper. Le bloc mancunien est construit de quatre blocs qui manquent de lien : le quatuor défensif presque 100% français, la paire de milieux brésiliens, Jesús Navas en ailier droit à l’ancienne avec un script tactique précis, et enfin le triangle flexible Silva-De Bruyne-Kun Agüero. La performance des Anglais ne livrera pas de surprises, si ce n’est un esprit de combativité typiquement british, malgré la présence d’un seul Britannique dans le onze. Surtout, City aura donné l’impression d’assumer parfaitement son football à réaction. Les hommes de Pellegrini se sont emparés du ballon quand le PSG n’avait pas les idées assez claires pour savoir l’utiliser, c’est-à-dire en tout début de match : à la 10e minute, les Citizens ont plus de 60% de possession. Puis ils subiront avec discipline la possession parisienne, se plaçant dans un 4-4-2 ordonné et sacrifiant ainsi les jambes de David Silva sur l’aile gauche. Si le schéma a peu évolué, on peut noter que la variété des armes de City a été réduit au fur et à mesure du match, ce qui révèle une vraie impuissance.

Schématiquement, les Anglais ont commencé avec le ballon, mais la paire Fernandinho-Fernando a vite abandonné toute tentative d’occupation du camp parisien, à la suite du penalty non sifflé de Matuidi. Pellegrini s’est ensuite reposé sur un City que l’on connaît mieux, porté par la fantaisie du trio Silva-Kun-De Bruyne, capables à eux trois d’accélérer, de conserver, de faire tourner et même de marquer, à l’aide de l’apport vertical de Fernandinho. Mais ces courses se sont épuisées : le ballon aura passé plus de temps dans les pieds des latéraux et de Fernando que dans ceux de De Bruyne, Silva et Agüero. Alors, la seconde période aura vu les Citizens répéter sans cesse le même circuit : une tentative de jeu long vers Agüero, une tentative d’exploit créatif pour Silva, ou alors Jesús Navas. Postionné en winger de la veille école, l’Espagnol a lu sa partition avec brio : disponible le plus près possible de la touche, il lui a suffi de quelques accélérations sans fioriture pour mettre le ballon dans la surface parisienne. Et amener le second but. À Manchester, ces options seraient toutes embellies par l’éventuel retour de Yaya Touré.

L’anarchie parisienne
En relisant le film du match scène par scène, l’inégalité de la prestation parisienne saute encore plus aux yeux que par la simple énumération des épisodes. Le tableau initial est influencé par la première action de la rencontre : le carton de David Luiz et le coup franc qui suit feront peser une ombre gênante sur l’entame de match parisienne. Alors que City installe une possession importante, le PSG manque ses transitions rapides, et les Anglais font croire à un projet de jeu qui inclut le contrôle du ballon. Mais à la 7e minute, alors que les Citizens occupent le camp parisien sans conviction, Cavani lance Matuidi vers un penalty non sifflé. À partir de là, City reculera, et Paris entrera enfin dans son match. À la minute suivante, une possession française vient enfin visiter les deux ailes. Deux minutes plus tard, une belle manœuvre de Rabiot et Motta infiltre enfin l’axe pour atteindre Ibra sans que le Suédois ait à créer le décalage. Paris s’est retrouvé, obtient un penalty, puis se crée des occasions. L’ordre semble rétabli. Mais ces initiatives – possession collective, passe éclair de Motta, les bons appels d’Aurier et Maxwell – sont vite plombées par un milieu désordonné et anarchique.

Le PSG de Blanc sans Marco Verratti n’est plus la même équipe. C’est un fait avéré et supporté par les performances des Parisiens depuis quelques semaines. Mais cette prestation du milieu parisien nous fait croire à un diagnostic encore plus grave : le PSG de Blanc sans Verratti pourrait ne pas être une équipe tout court. Lorsque le projet parisien gravite autour des courtes pattes de l’Italien, il gagne tout d’abord de la réflexion grâce à la maturité de Verratti. Une fois la passe de Silva arrivée aux pieds de l’Italien, la philosophie collective du PSG dépend entièrement du jugement de Saint-Marco. Lorsqu’il ralentit, l’équipe ralentit. Lorsqu’il accélère, elle suit. D’une part, ce rôle a disparu avec le milieu Motta-Rabiot-Matuidi : Verratti n’est pas remplacé. Lors de la dernière rencontre pleine de C1 de Verratti, au Bernabéu, la distribution des ballons touchés avait été la suivante : 149 Motta, 115 Verratti (en 79 minutes, retour de blessure), 76 Matuidi. Hier soir, la distribution était la suivante : 130 ballons touchés pour Motta, 74 pour Matuidi et Rabiot, 71 pour Di María, 70 pour Ibra. D’autre part, Motta et Matuidi perdent leurs conditions idéales pour briller. Motta a besoin de dialoguer en permanence au milieu pour pouvoir mieux surgir de l’ombre et distiller l’une de ses passes éclair. Pour cela, il lui faut une possession permanente, laisser passer des appels et avoir le choix. Matuidi, lui, a besoin d’une structure pour pouvoir laisser parler librement ses courses. Mais le tandem Motta-Rabiot n’apporte ni dialogue ni structure.

Ibrahimović, roi sans couronne
Si le PSG récupèrera rapidement le ballon – 58% de possession à la 20e minute –, il ne mettra pas pour autant le pied sur le contrôle du jeu. À l’aide de l’activité de Di María à Stamford Bridge – 118 ballons touchés ! – ce diagnostic pessimiste sur le milieu parisien n’a jamais conduit à un changement majeur. Hier soir, l’Argentin est apparu pour la première fois à la 46e minute et n’est jamais parvenu à utiliser sa créativité au service du contrôle du jeu. À partir de la 10e minute, seul Ibrahimović sera parvenu à se proposer en pôle créateur constant. Les meilleurs moments parisiens de la première période sont d’ailleurs marqués par l’omniprésence du Suédois, replacé par nécessité en playmaker de 95 kilos. Seul Ibra semble alors capable de faire accélérer cette équipe, mais aussi de lui donner du contrôle. Cavani se montre utile et productif dans le combat du milieu qu’invite le nombre ahurissant de pertes de balle, mais il ne propose pas du jeu. Ibra, lui, se montre très fin techniquement, bien plus qu’à Stamford Bridge, par exemple, plus mobile et plus inspiré. Mais moins efficace devant le but.

Dans les deux cas, avec l’excès de participation de Di María ou d’Ibra (ou de Pastore la saison dernière), force est de constater que sans Verratti, le milieu parisien ne suffit plus jamais pour que le PSG développe un football ordonné. Et cela nous mène à des questions sur la stratégie parisienne : pourquoi ne pas avoir recruté un milieu supplémentaire au profil de toque de Verratti ? Pourquoi remplacer l’Italien par Rabiot sans adapter le reste de la structure ? Très loin à Santiago, David Pizarro s’est peut-être dit qu’il aurait pu rendre quelques services aux Parisiens hier soir. Sans parler de Borja Valero. Parce qu’une telle dépendance – il ne s’agit pas d’un joueur qui fait la différence, mais d’un joueur qui détient les codes du projet de jeu – n’est pas dangereuse, elle est suicidaire. Finalement, les 25 premières minutes de la seconde période seront les plus intéressantes pour Paris et feront alors croire à une lente montée en puissance, voire une pluie de buts. Paris mène alors 2-1, jouit de 70% de possession, a déjà tiré 15 fois et domine outrageusement City techniquement : 89% de passes réussies contre 73%. Mais cette domination sera gâchée par une erreur défensive de trop. Et dans le dernier quart d’heure, les hommes de Blanc ne trouveront jamais le jus et la lucidité pour retrouver patience et vitesse.

Markus

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Article publié le 07/04/2016 sur SOFOOT.com

Les Leçons Tactiques de Chelsea-PSG

Après le chavirage apocalyptique et dembasbesque de 2014, et le combat de boxe cinématographique de 2015, Stamford Bridge a vécu une soirée bien moins émouvante hier. Côté parisien, les hommes de Blanc ont produit une prestation pleine de paradoxes, réussissant à se faire peur tout en transmettant une impression de puissance. Si le PSG se qualifie en s’imposant lors des deux rencontres face à des Blues coriaces, il puise son autorité dans le bruit du résultat plutôt que dans la musique de la manière.

Il est 20h20 à Fulham Broadway, et le ballon ne s’arrête plus de dévaler la pelouse de Stamford Bridge. Alors que le PSG est décidé à « jouer son jeu » en terres ennemies londoniennes, usant de possession plutôt que de longs ballons, Ángel Di María se retrouve seul dans le rond central à la demi-heure de jeu. Le ballon suspendu au bout de son pied gauche, l’Argentin lève le menton en recherche de mouvement. Il n’y en a pas. Le score est figé à 1-1, Matuidi n’a pas les poumons ni l’aisance technique pour sublimer le côté gauche, la paire Rabiot-Motta peine à élaborer plus qu’une gestion hachée de la possession, et les latéraux parisiens s’interdisent toute aventure offensive. Sans le savoir-faire génial de Verratti, le génie ludique de Pastore ou encore la puissance gourmande d’Aurier, la création parisienne se retrouve enchaînée dans son costume de Ligue 1 : les coups de pinceau de Di María, les slaloms aventuriers de Lucas et la présence d’Ibrahimović.

Malgré de nombreux moments de souffrance forcés par un grand Diego Costa et les récupérations forcenées des Blues, le PSG marquera ainsi deux buts taillés dans un format habituel : un brillant décalage en profondeur sur le côté, un centre fort et de la présence dans la surface, le tout orchestré par la sage simplicité d’Ibra et le talent explosif de Di María. Entre autorité et fébrilité, le PSG a livré une prestation complexe qui reste difficile à jauger. Côté enthousiasme, le résultat est là, indiscutablement gravé dans l’histoire. Le PSG a gagné deux fois 2-1. Paris est allé gagner à Stamford Bridge. Ibra a délivré une passe décisive et marqué un but. Et le club de la capitale a dominé 62% de la possession. Mais si l’analyse devait simplement colorier le verdict, la toile n’aurait pas besoin d’être travaillée. Or, les hommes de Blanc ont durement souffert entre la 30e et la 65e minute. Trapp a dû se montrer décisif. Rabiot, Motta et Matuidi n’ont jamais dominé les terres du milieu. Et la blessure de Diego Costa est certainement le tournant du match.

Confiance, expérience et jeu

Il est inutile d’évaluer l’adversité a posteriori. Qui sait si ces Blues ont été plus ou moins coriaces que les vainqueurs de 2014 et les perdants de 2014 ? Les contextes sont différents, les formes sont distinctes. Mais hier, la première leçon à tirer était que le PSG a eu le mérite d’insister et de presque forcer son plan de jeu, au contraire du cru 2014. Préparés par un Laurent Blanc qui n’a cessé de demander de poser le jeu dans sa zone technique – debout durant 90 minutes – les Parisiens ont eu la force mentale de rarement céder au long ballon, à commencer par Rabiot et Motta, pourtant sous pression. Les premières minutes en sont une belle illustration. Pedro accélère sur le côté droit, et Paris concède un premier long ballon vers Ibra. Hazard talonne sur le côté gauche et Rabiot perd un ballon sur une relance risquée dans sa surface. Diego Costa intercepte, tandis que Zlatan perd la balle. En clair, l’introduction tourne largement à la faveur d’Anglais tranchants et précis. La réponse du PSG ? Son jeu.

Dès la 4e minute, les hommes de Blanc mettent en place une première longue possession. Ibra distribue au milieu, Di María est un milieu droit ouvert, et Lucas est un électron libre dans l’axe. Personne ne joue attaquant, parce que le PSG essaye de construire plutôt que d’attaquer, au contraire d’il y a deux ans. Une fois que la réflexion est posée, les premières idées font mal : une bonne percée de Lucas aboutit sur une frappe du droit de Di María – sauvetage de Cahill –, puis sur un but d’Ibra en position de hors-jeu. On joue la 10e minute, et Rabiot part au pressing comme s’il avait l’audace de Verratti. Une minute plus tard, Motta récupère le ballon zone adverse, le dialogue Lucas-Di María fonctionne à merveille, et Paris obtient un corner. Courtois doit déjà s’imposer devant Ibra, Rabiot résiste aux coups d’épaule britanniques, et Motta obtient des fautes quand Willian le presse. Quand il ouvre le score au quart d’heure de jeu, le PSG semble sûr de sa force. Et les supporters parisiens chantent qu’ils prennent le Pont par derrière.

Autorité relative, contrôle nul

Les minutes qui suivent vont dans le même sens. Alors que Chelsea peine à faire circuler le ballon rapidement autour d’Obi Mikel et Ivanović, Ibra s’arrange pour obtenir une faute dès que Paris veut souffler. Quand Di María repeint Obi Mikel, Hiddink demande à Loïc Rémy de partir s’échauffer. Ainsi, et même si Pedro joue au cycliste avec ses bicicletas et si Hazard se secoue à gauche, le combat semble largement déséquilibré. Mais le jeu sans crainte des Parisiens finit par faire tomber le masque. Le gain d’expérience est indéniable à la quatrième campagne européenne, mais il n’empêche pas la volonté de contrôle de se transformer en élaboration approximative. Un symbole de cette vulnérabilité ? Les deux cartons pris par Rabiot et Motta à la 34e et la 41e, alors que le PSG tient sa qualification. Ou encore la passe-grenade lancée par Rabiot dans le genou de Motta sur le but londonien. Ou encore l’image d’un Matuidi à court de jus, mais surtout d’idée pour aider ses coéquipiers. Privé de la tendresse coquine de Verratti, le milieu parisien a longtemps souffert et jamais dominé.

D’une part, Rabiot et Motta n’ont pas su prendre la mesure du pressing londonien mené par Fàbregas, Willian et Diego Costa. Motta a parfois semblé manquer de temps et d’espace, un comble pour un métronome. Rabiot a eu le crochet facile et son élégance balle aux pieds a dû charmer une bonne partie de Londres, toujours friande de french touch, mais sa sélection de passes a lourdement handicapé le PSG. Le Parisien a alterné les excès de prudence – ces multiplications de passes en retrait – et les prises de risques mortelles – un assist sympa pour Diego Costa. Ce milieu à trois ne fatigue pas son adversaire, et pire, il le nourrit de munitions. Mais la paire de gauchers n’est pas la seule responsable. D’une, Matuidi a rapidement quitté le circuit de la possession : trop pressé pour aider la construction, trop fatigué pour aider la destruction. De deux, malgré toute la classe du monde de Maxwell, les latéraux ont rarement été en mesure d’élargir l’élaboration du jeu parisien. De trois, Rabiot a tout de même démontré de la personnalité (4 fautes qu’il fallait commettre dans un contexte compliqué). De quatre, la rencontre de Motta est paradoxale, comme souvent cette saison. Malmené sans ballon, c’est sa vision qui crée le second but. Finalement, alors que les hommes de Blanc célèbrent leur qualification, un seul joueur est chanté par le parcage parisien : Marco Verratti.

Nouille endiablée et sobre viking

Si le milieu parisien a longtemps flirté avec les limites de l’écroulement sans jamais céder, il le doit à son trio offensif. Appliqué dans son rôle d’accélérateur et de protecteur de ballons, Lucas semble gagner en maturité cette saison. À ses côtés, Ibrahimović a réalisé une rencontre sobre mais juste : si le Suédois fait les gros titres ce matin, il a bien plus brillé dans la simplicité que dans le génie, et c’est bien là où les Parisiens avaient besoin de lui. Enfin, positionné en créateur perturbateur censé jouer partout et surtout dans le dos des milieux londoniens, l’Argentin a rempli son rôle à merveille. 118 ballons touchés, 3 passes clés, 92% de passes réussies, 5 dribbles réussis, 3 fautes provoquées, 7 longs ballons (changements d’aile et passes en profondeur) réussis sur 8. Et encore, les statistiques sont bien incapables de décrire cette sensation de menace permanente que transmettent ses mollets aussi frêles qu’explosifs. Une nouille endiablée que les Red Devils regrettent amèrement en ce grand jour de Ligue Europa.

Markus, à Stamford Bridge

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Article publié le 10/03/2016 sur SOFOOT.com

Les Leçons Tactiques de PSG-Chelsea

Dopés par le retour de la tendresse coquine des pieds de Verratti, les Parisiens se sont imposés à la maison et aborderont la bataille de Stamford Bridge avec un léger avantage. En face, la solidarité défensive de Chelsea a laissé voir le visage d’une équipe consciente de ses limites, sans oublier de dévoiler ce sourire malicieux qui sait que tout est possible quand on est à la fois le pauvre 12e de Premier League et le riche champion d’Angleterre en titre.

S’il fallait ordonner ces huitièmes de finale, la place de ce PSG-Chelsea serait toute trouvée dans la dramaturgie footballistique des années 2010. Barça-Arsenal est l’histoire de deux philosophies similaires et d’un ballon qui a semble-t-il choisi son camp. Derrière le duel Spalletti-Zidane, ce Real Madrid-Roma pourrait furtivement prendre une place intéressante au cœur de la rivalité italo-espagnole. L’affiche Bayern-Juve est attirante par son poids historique, ses airs aristocratiques et sa richesse tactique. Et enfin, PSG-Chelsea s’impose à l’Europe comme une bataille tendue et équilibrée. Tendue parce que la confrontation s’est transformée en classique européen des années 2010. Équilibrée parce que chaque saison à ce stade de la compétition les deux équipes semblent aimer s’aligner sur le niveau de leur adversaire, peu importe sa forme du moment. Et enfin bataille parce que du sang a coulé, des têtes ont volé et après deux manches en parfaite égalité, la belle a sonné.

Premier quart d’heure modèle

En 2014, le PSG affrontait un Chelsea en pleine construction mourinhesque, fait de produits recyclés et d’antiquités, de fougue et d’orgueil. En 2015, Paris s’était préparé à affronter l’une des équipes les plus dangereuses du continent : les Blues de fin 2014, portés par la fluidité de la connexion Matić-Cesc-Costa. Faute de réseau, le combat avait fini au couteau, et le PSG de Saint Marco s’était montré bien plus habile. Sous le commandement calme mais autoritaire d’Hiddink, cette année, les Blues devaient avoir la surprise de leur côté. Mais les hommes de Blanc ont rapidement annulé ses effets. Côté parisien, Blanc récupère son milieu à trois et laisse Cavani sur le banc. Dans le couloir droit, l’application de Marquinhos remplace l’éloquence de Serge Aurier. En face, Hiddink réinvente sa défense sans Terry. Capitaine Ivanović est replacé dans l’axe avec Cahill, Azpi passe à droite, et le jeune Baba Rahman entre en scène à gauche. Guidée par Courtois, la défense blanche est protégée par Mikel et Cesc. Devant, Diego Costa est nourri par les courses de trois milieux polyvalents aux missions variées : Hazard, Willian et Pedro. Et c’est ici que l’effet de surprise aurait pu être intéressant. Avec la titularisation d’Hazard, Hiddink fait le choix des beaux pieds, et tant pis pour les espaces laissés par Fàbregas au milieu. Un choix audacieux qui permettra de fluidifier la relance et de conserver le ballon quelques précieuses secondes supplémentaires tout au long du match, mais qui ne suffira pas pour bouleverser l’équilibre instauré par les Parisiens. Car mardi soir à 20h45, c’est bien Paris qui commande.

La première mi-temps aura offert trois périodes riches et variées. Lors du premier quart d’heure, le PSG instaure une pression étouffante, relance avec vitesse et précision, enchaîne les frappes dangereuses et crée un cycle continu de création d’occasions. Alors que nos yeux excités sont encore en train de tâter le terrain à la recherche d’enseignements ponctuels, une accélération turbo, puis un coup de talon de Zlatan lancent les débats. Di María fait chuter Baba d’un coup d’œil, Verratti frappe des 30 mètres, Thiago Silva fait l’aigle royal en défense et le PSG déjoue aisément le pressing appliqué de Willian. Ce PSG-là ferait reculer – presque – n’importe qui. Peu importe si les Blues alternent le 4-4-2 et le 4-5-1 en phase défensive, peu importe si Willian se place intelligemment près de Motta, Paris est trop fluide et tranchant. Pris à la gorge notamment par les longues lames de Matuidi, impressionnant en première période, Ivanović et Hazard capitulent et se replient rapidement autour de Courtois. Mais ils résistent.

« C’était très dur de jouer l’attaque, il a fallu les arrêter »

La deuxième phase se situe approximativement entre la 15e et la 25e minute. Phénomène physique logique – il arrivait la même chose au Barça de Pep –, l’intensité retombe au bout du premier quart d’heure. Paris perd le ballon plus vite et augmente sa prise de risque, tandis que Chelsea trouve plus facilement des canaux de remontée de balle, surtout via Willian. Cesc lance une passe laser pour que Costa aille enfin tester la profondeur parisienne, et quelques instants plus tard, le guerrier balance un coup de casque sur le bout des doigts de Trapp. Après la résistance, voilà la contre-attaque. Dans cette phase bâtarde où les transitions règnent, le choix joueur d’Hiddink s’avère payant : si le milieu Cesc-Mikel-Hazard n’est pas le plus intimidant défensivement, il est assez technique pour offrir aux Blues des transitions vives. Mais malgré la qualité de certains éléments, la structure collective des Blues ne leur permet pas d’espérer mieux : les latéraux ne montent que ponctuellement, et Pedro semble terriblement manquer de partenaires de toque dans sa zone (et de partenaires tout court) : le Canari la rend toujours plus vite, mais l’attend toujours plus longtemps. Comme l’a dit Ivanović au coup de sifflet final, « c’était très dur de jouer l’attaque, il a fallu les arrêter » .

La troisième phase démarre aux alentours de la 25e minute, dure jusqu’à la mi-temps, et commence par un argument d’autorité parisien : une possession aussi longue que variée, sophistiquée par le toucher de Verratti et Di María et musclée par les montées de Maxwell. À l’image de la dernière prestation des Parisiens à Stamford Bridge, les hommes de Blanc n’ont jamais abandonné leur football mardi soir, revenant sans cesse à la patience des pieds de Verratti et Motta. À l’image des 45 dernières minutes, cette troisième phase met en évidence l’importante création d’occasions parisiennes sans pour autant effacer le danger permanent des Blues : quel serait le score sans l’omniprésence de Thiago Silva ? Le but d’Ibrahimović sur coup franc n’est que la récompense d’attaques répétées – la tête d’Ibra (33e), la frappe de Di María (36e), la faute sur Lucas – tandis que le but d’Obi Mikel est le fruit de plusieurs facteurs : l’insistance de l’expérience des joueurs d’Hiddink, qui semblent capables d’obtenir un coup franc dangereux sur commande, le talent combatif de Diego Costa et un sursaut d’orgueil personnifié par Mikel, héros coupable.

Les monstres Willian et Thiago Silva, le funambule Di María

La deuxième période respectera les équilibres de la fin de la première, avec deux différences fondamentales : Paris a besoin de marquer pour gagner, et Chelsea peut se contenter de défendre son match nul. Le camp de Hiddink reprend confiance, et c’est le moment où Hazard décide de lancer sa session de crochets et d’accélérations. Enfin. Mais ce n’est pas grand-chose à côté du spectacle Willian. Intelligent, physique et habile, le Brésilien donne des formes à la cause défensive anglaise et nourrit les contres londoniens avec justesse. En tout, il provoquera 5 fautes et créera 4 passes-clés. Mais lorsque Paris parvient à nouveau à pousser Chelsea loin du ballon, la domination territoriale fait son effet : sans ballon, Cesc et Hazard ne sont pas les meilleurs éléments pour défendre l’axe d’une défense regroupée, et il est étonnant que ni Matuidi ni Motta n’aient pas plus souvent trouvé de faille dans leur dos. À travers cette possession et la montée en puissance de Di María, véritable lien entre le contrôle et l’accélération (93 ballons touchés, 4 tirs, 2 cadrés), Paris montre de la maturité et alterne l’envie d’un contrôle total du jeu et le besoin génétique d’attaques rapides de ses joueurs. Thiago Silva ne tentera qu’un seul long ballon, et Trapp n’en jouera que 5 (contre les 28 de Courtois). Pour résumer, il y aura une frappe de Lucas, une autre d’Ibra et au moins une tonne de corners mal tirés par le Brésilien, qui a su toutefois se montrer utile : des accélérations tranchantes lorsque Paris ne sait plus quoi faire du ballon (à l’origine du premier but) et une faute tactique nécessaire sur Baba, malgré le peu de fluidité et de finition de son jeu par rapport à Pastore et Cavani.

Alors que la rencontre se résume de plus en plus aux duels Ivanović-Ibra et David Luiz-Costa (qui a rapidement abandonné le combat face à Thiago Silva), Blanc fait enfin des changements : à la 74e pour Cavani, à la 81e pour Pastore et Rabiot. Si l’Uruguayen se distingue par son appel admirable et son sang-froid retrouvé (l’absence de contrôle, c’est la clé), l’Argentin séduit à l’aide d’un coup de talon et de deux ouvertures inspirées. Autour de la structure du milieu à trois et d’une défense impérialement guidée par la tête de Thiago Silva et les pieds de Trapp, le PSG semble toujours dépendre de deux facteurs incertains : la créativité de ses individualités, qui prime encore sur sa créativité collective, et l’intensité de son pressing à la perte de balle. Un collectif orchestré par des individualités, et non l’inverse. Et si Di María et Pastore étaient alignés ensemble ? Cette imprévisibilité pourrait-elle devenir « plus » permanente ? L’an passé, cette double confrontation nous a appris que ce Classique n’est pas une vie en soi. Le perdant meurt, mais le vainqueur a encore un long chemin devant lui. À Stamford Bridge en 2015, le PSG avait lâché bien trop d’énergie pour espérer poursuivre sa route au tour suivant. L’enjeu est donc ici : écarter Chelsea de la course à la table ronde, et le faire avec suffisamment d’autorité pour s’en sortir sans dette fatale.

Markus

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Article publié le 17/02/2016 sur SOFOOT.com