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Bodmer to the Dream !

Mathieu Bodmer est sans aucun doute un footballeur de génie. Mais il ne s’appelle ni Juan Roman, ni Diego Armando, est né à Evreux, porte le numéro 12 et n’a jamais quitté la Ligue 1. En clair, son jeu est de loin son atout le plus attractif pour plaire au large public français. Et quel jeu… Par son toucher, sa vision du jeu, sa faculté à tout simplifier, sa technique et son coup d’œil, Mathieu Bodmer devrait être une évidence pour cette équipe de France en manque de sex appeal. Le genre de joueur qui donne à une équipe le droit de perdre avec la manière. Le joueur que les Bleus ont besoin pour éviter le pire (2008-2010) et espérer le meilleur (un bel Euro, tout simplement). De la folie, de la simplicité, du jeu et du talent. Si toute l’Europe s’est agenouillée devant l’Athletic Bilbao et le Napoli, toute l’Europe se rendra devant le talent de Mathieu Bodmer en juin.

Bodmer, des faits et des gestes. D’abord, des faits. Lille, Lyon et enfin Paris pour neuf saisons de Ligue 1 et cinq participations à la LDC. Champion de France en 2008 avec les Lyonnais, Bodmer nous a enthousiasmés lors de quasiment 300 soirées de Ligue 1 et une cinquantaine de nuits européennes, pour une quarantaine de buts et d’innombrables gestes éblouissants. Car Mathieu Bodmer, c’est avant tout des gestes. De belles frappes (Lille-OM), de magnifiques reprises (Lyon-Paris), quelques têtes et beaucoup de spectacle (le chef d’œuvre, Lyon-Bordeaux). Petits ponts malins, déviations délicieuses, diagonales chevaleresques. Le Président de l’Evreux Football Club 27 sait faire les choses les plus compliquées avec une simplicité déconcertante. Surtout, sa sélection apporterait une variété de jeu qui manque cruellement au milieu de l’EDF, c’est à dire enfin un joueur capable de faire sauter les lignes et de nous sortir d’un jeu stéréotypé. Malheureusement, à l’image de son alter-égo Boris Diaw, avec qui il partage un jeu de passes fantastique, cette faculté à être performant sans courir et une polyvalence incroyable, Bodmer est trop talentueux pour être compris par tous.

Le préféré des romantiques

A l’heure où nous regrettons le choix d’une insistance de la formation française sur la taille et la puissance des milieux de terrain, Bodmer est un îlot de toque dans l’Hexagone, que ce soit au poste de milieu défensif ou de meneur de jeu. Devant la défense, Bodmer a du Xabi Alonso. Jeu long serein, relance brillante, contrôle du rythme du jeu, fautes tactiques, Mathieu aussi porte très bien la barbe. Plus avancé au milieu, Bodmer pourrait être assimilé à un Guti français. Attention, nous disons bien pourrait. Celui que tout le monde voudrait voir toujours titulaire, même si tout le monde sait bien au fond de soi que cela n’arrivera jamais. Talonnades, passes impossibles, et coups de virtuose. La panoplie est complétée par cette nonchalance éternelle qu’ont les talents les plus fascinants. Les plus beaux, les plus bruts. Pas forcément les meilleurs dribbleurs ou buteurs, mais ceux qui savent simplifier toutes les manœuvres offensives par leur lecture du jeu hors-du-commun. Tous ces joueurs dont le niveau ne pourra jamais être fidèlement retranscrit dans un jeu vidéo. Xabi Alonso, Guti, le mélange est tout trouvé : Bodmer est notre Pirlo national.

Nous avions écrit un article sur Özil et Iniesta, résumant le Clasico au duel entre les deux magnifiques. Mais il n’y a pas que le Clasico. En France aussi il y a de tels joueurs, et Bodmer est alors le premier de la classe. Ces hommes qui, ballon aux pieds, défendent l’enchantement contre la raison. Le rêve contre la réalité. Ces génies capables en une seule fulgurance de  faire oublier 89 minutes médiocres. Comme nous l’avions écrit dans cet article sur la Beauté, les bijoux d’un joueur irrégulier sont rares et donc d’autant plus appréciables. Car les principales critiques à l’encontre du normand ont toujours concerné son physique jugé fragile, principalement après ses deux longues saisons à l’infirmerie à Lyon (2008-2010). Bodmer est un peu le typique grand frère à la technique incroyable mais qui ne court jamais. Il aurait pu chercher la gloire à l’étranger, mais il est resté près de chez lui, à jouer sur le synthé du coin, tolérant un peu de bide et quelques clopes. Un grand Nicolas Kiefer, les nerfs en moins. Une sorte de James Bond finalement, dans le sens où sa nonchalance n’a d’égale que son efficacité. Mais voilà, Bodmer vient d’enchaîner plus de soixante-dix matchs en deux saisons parisiennes. Et puis les hommes ont toujours eu un faible pour tout ce qui est fragile. Quand la solidité inspire du respect et de la crainte, la fragilité fait chavirer les cœurs. Cela tombe bien, cette équipe de France a besoin d’amour.

Bodmer pour faire aimer les Bleus

Oui, la liste des concurrents au(x) poste(s) de Bodmer pour l’Euro est très longue. M’Vila, Cabaye, Martin, Nasri, Alou Diarra, Lass, Matuidi, Capoue, Sissoko, Gonalons, Toulalan et l’irrésistible Chantôme (si Gourcuff est « sélectionnable », alors…) se disputent quatre voire cinq places. Disons quatre sans Nasri. Avec cette liste, il est très compliqué de choisir quatre joueurs aux profils différents. Bodmer ne serait pas titulaire, mais il serait un plus précieux.

Un plus que Laurent Blanc doit emmener à l’Euro, même si nous avons bien conscience des maigres chances de Mathieu de faire le voyage. Evidemment, Bodmer ne va pas débarquer en Bleu, enfiler le numéro 10 et donner une fluidité zidanienne à la sélection française. Mais faire rentrer Bodmer dans un match de poule à l’Euro, c’est l’assurance d’avoir un joueur avec le talent et les couilles nécessaires pour mettre un petit pont à Lampard ou Zlatan et enchaîner sur une grosse frappe qui démangerait soixante millions d’âmes en attente de vibrations. Nous faire rêver, nous divertir et puis surtout nous rendre fiers. Montrer au reste de l’Europe que la France aussi produit des joueurs frissons, vendre les mérites de notre belle Ligue 1. Rajoutez Ben Arfa et Trezeguet, et les Bleus deviendront même une équipe sacrément sexy.

Le débat ne se situe ni sur son niveau de jeu (largement international, jurisprudence Alou Diarra), ni sur son expérience (jurisprudence Valbuena), mais plutôt sur l’enthousiasme. Vulgairement dit, nous parlons du kiff des Français. Après le niveau d’enthousiasme atteint en 2008 et 2010, l’équipe de France nous doit ce genre de surprise en 2012. Car l’enthousiasme, le rêve et l’espoir restent de loin les éléments les plus importants lorsqu’un pays joue une compétition internationale. Pour une sélection qui sort dès la phase de poule, une telle compétition ne dure que 270 minutes, soit 4h30 seulement. Pas grand chose. Rien à côté de toutes les heures que le peuple Français passera à penser aux possibilités et au potentiel de cette équipe. Toutes ces heures passées à imaginer la formation, le parcours des Bleus ou même à jouer virtuellement avec l’équipe. Une équipe fait rêver à partir de là, à partir de ces moments où les « et si… » savent si bien nous envoyer au paradis. Sélectionner Bodmer, Ben Arfa et Trezeguet (pas forcément titulaires) permettra d’offrir ce potentiel de rêve essentiel aux supporters des Bleus.

Bien sûr, l’Espagne a remporté le doublé Euro-Mondial sans Guti. Mais la Roja a eu la chance de pouvoir compter sur des joueurs à la fois hyper performants et hyper enthousiasmants. Prenons plutôt l’exemple de l’Italie. Peu importe la piètre performance de la Squadra Azzurra en Afrique du Sud, les seules présences de Cassano et Balotelli  font très facilement croire à l’impossible pour le mois de juin. Il est certain que Bodmer n’est ni Fanantonio, ni Supermario. Mais il est tout aussi sûr que l’aisance de Bodmer est capable de surclasser les milieux de terrain anglais, suédois et ukrainiens, ce qui n’est pas le cas de celle de tous ses concurrents… « Un joueur fantastique« , comme dit Carletto.

Bodmer à l’Euro, un choix raisonnable ?

Alors bien sûr, Bodmer ne fait pas (encore) partie du groupe France et ne compte qu’une seule pauvre sélection en A’ (très pauvre même), mais que vaut la raison face au rêve ? La raison, parlons-en. Trois arguments vont à l’encontre de la sélection du « frère blanc » de Bernard Mendy : une expérience inexistante en Bleu, un âge avancé pour un début (le classique « il a laissé passer sa chance, laissons de la place aux plus jeunes pour le futur ») et une présence pas automatique dans le 11 parisien. Sauf que, premièrement, il est difficile de douter de la capacité d’adaptation d’un bonhomme comme lui (un joueur qui à 21 ans rachète son propre contrat pour quitter Caen) qui connaît bien mieux le très haut niveau que nous voulons bien le croire (photo et photo). Deuxièmement, Marcos Senna avait 32 ans à l’Euro en 2008. Enfin, Bodmer arrivera peut-être à l’Euro avec un nouveau titre de Champion de France. Maturité, confiance et peur de rien. Sans oublier de rajouter que 190 centimètres et 90 kilos supplémentaires pourraient s’avérer utiles à l’heure d’aller affronter des vikings, des ukrainiens et des rosbifs.

Au mieux, si l’équipe de France continue sur sa lancée des matchs amicaux (rappelons les victoires sur l’Angleterre, le Brésil et l’Allemagne) et parvient à allier solidité et efficacité, Bodmer chauffera le banc et apportera de nouvelles options dans le cas d’une impasse ou de difficultés. Au pire, si les Bleus sont pathétiques et confondent solidité et peur de jouer, alors les gestes et le jeu décomplexé de Bodmer nous mettront du baume au cœur, voire plus…

Parce que l’équipe ne doit pas être divisée en deux, parce que la fantaisie ne doit pas être la propriété exclusive des numéros 7, 9, 10 et 11, nous espérons voir Bodmer en bleu en juin. Et même si c’est extrêmement improbable, il n’est pas interdit de rêver. Imaginez…

Markus

PS : Le titre de l’article fait référence à la chanson « Hold on » de Sean Paul, reprise par le camp socialiste lors de la campagne présidentielle (le fameux « Hollande to the dream » )

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Ode à Youri

N.B. : Cet article est une reprise du papier Les Oubliés : Youri Djorkaeff paru sur fautetactique.com le 28/09/11.

Snake.

Si vous avez aimé le football des années 1990, ce surnom doit certainement vous donner des frissons. Génial, élégant, surprenant, inimitable, talentueux, insaisissable, instinctif. Youri Djorkaeff, ce n’est pas seulement un joueur, c’est un concept. A tel point que pour beaucoup, snake ne veut plus dire « serpent » en anglais, mais juste Youri. Une trajectoire de tir reptilienne, un sang froid redoutable et un style unique. Pourtant, la France ne lui donne pas la reconnaissance qu’il mérite. Certes, la mémoire d’un pays ne répond à aucune logique et reste très inégale. En lisant cet article, certains d’entre vous auront le sentiment d’être trahi, pensant avoir fait le nécessaire pour maintenir vivement la mémoire de Snake, et d’autres se sentiront peut-être vexés. Ne vous sentez pas coupable, il s’agit simplement d’un hommage à un grand joueur dont la reconnaissance n’est pas, selon notre humble avis, en accord avec la carrière exceptionnelle.

Youri, c’est d’abord un type dont le prénom est donné après l’ouvrage (et le film) Docteur Jivago, histoire de dire que le monde du football n’est pas aussi cloisonné qu’on aimerait le faire croire. Fils de capitaine d’équipe de France, le petit Djorkaeff naît d’un mélange d’origines unique : moitié russo-mongole, moitié arménien. Connaissant le background de l’homme, le fait qu’il ait alterné sa première saison à Monaco avec son service militaire étonne finalement peu. Il deviendra un pro exemplaire, évidemment, faisant mentir le célèbre précepte disant que « les plus talentueux s’entraînent moins ». Un génie sérieux, quoi.

Surtout, le joueur Djorkaeff est inimitable. Si Messi a son Buenanotte ou son Piatti (gaucher de petite taille dont les chevilles peuvent tourner sur elles-mêmes et offrir des angles de dribbles impossibles), si Cristiano a son Nani, si Henry a son Rémy, personne ne peut oser comparer son style à celui de Snake. Quand Djorkaeff prend sa retraite, le monde du football sait que le style de Youri ne se reverra plus jamais. Et les six dernières années lui donnent raison : certains ont beau chercher des comparaisons avec Berbatov ou Benayoun, rien n’y fait. Trop classe et trop fort à la fois. Nous vous parlions de « rareté » dans notre article sur la beauté, Snake en est un très bel exemple. L’Histoire ne se répète pas toujours, à moins que dans quelques années…

Oublié ? Un peu ? Beaucoup ? Trop.

Malheureusement, il a vite été oublié. La France l’a oublié. En 2006, Youri prend sa retraite incognito, à sa façon, pas comme les autres grands de ce sport. Pas de conférence de presse douloureuse, pas de coup de boule, pas de contrôle positif. Tout naturellement, Djorkaeff raccroche après une dernière blessure. On est en octobre 2006 et le monde entier est trop occupé à pleurer la retraite du grand Zinedine Zidane pour se rendre compte de la perte qu’implique le départ de Snake. Zizou, le « Meilleur joueur de sa génération », disent certains. « Meilleur joueur de tous les temps », osent d’autres.

Sauf que si Djorkaeff n’avait pas été là, Zidane ne serait jamais devenu le mythe qu’il est aujourd’hui. Pas « certainement pas » ou « peut-être jamais », jamais. Quand la France se rappelle des Bleus qui étaient sur le toit du monde entre 1998 et 2001, elle rêve de Barthez dans les cages, Thuram, Desailly, Blanc et Lizarazu en défense, Deschamps en capitaine au milieu, et Zizou pour le jeu offensif. « Et puis il y avait Zizou devant… », entendons-nous souvent. Youri souffre d’un certain manque de reconnaissance. Lui qui reste bien plus discret que d’autres France 98, lui qui fait peu parler de lui et à qui nous pourrions seulement reprocher un talent musical discutable. Attention, Djorkaeff n’est ni sous-évalué, ni méprisé ni critiqué, mais sa contribution aux succès des Bleus est trop souvent oubliée.

Dans cette équipe de France plus rigoureuse que créative, Youri était bien LE joueur dont les moves faisaient rêver et dont les tirs cherchaient toujours la lucarne. Des buts toujours spectaculaires, de l’audace, du talent. Doué d’une précision animale, le jeu de Djorkaeff comportait un côté mystique : sans explication, tout ce que faisait Snake était différent, avec cette pincée de finesse et d’élégance qui l’a toujours caractérisé. Un joueur clutch, aussi. Zidane n’était pas aussi seul dans l’animation offensive nationale en 1995-2000 qu’en 2002-2006, loin de là.

Plus important que Zizou en Bleu jusqu’en 2000 ?

Sans oser répondre « oui », la question est parfaitement légitime (malgré les quatre ans de différence). Nous avons bien conscience du fait que chercher à savoir qui était le plus important entre Snake et Zizou chez les Bleus est un débat bien inutile, car cela impliquerait forcément des dépréciations de leurs performances respectives et nous préférons célébrer les grands joueurs qu’ils ont été. Et puis cela signifierait aussi qu’on ignorerait l’impact des autres, Pirès en tête. Néanmoins, c’est une erreur de déconsidérer l’influence de Youri Djorkaeff sur cette équipe des Bleus qui gagna tout ce qu’il y avait à gagner, et ces quelques lignes ont ainsi pour objectif de rappeler le rôle majeur qu’occupa Snake dans la période 1995-2000.

L’Euro 1996 aurait révélé le niveau de Zidane aux yeux de l’Europe ? Si la France se qualifie in extremis, c’est bien grâce aux buts de Djorkaeff face à la Pologne, l’Azerbaïdjan, la Roumanie et Israël. Dans un match crucial face à la Pologne au Parc des Princes, les Bleus obtiennent un coup franc à trois minutes du terme. Youri s’avance, prend son élan et sauve la tête d’Aymé Jacquet, et en passant l’histoire du football français. Un simple coup de pied arrêté, ce genre d’actions décisives qui consacrent les plus grands et les font entrer à jamais dans l’Histoire. Pour une action très similaire, Beckham sera peut-être anobli.

Quand la France se souvient de la pré-Coupe du monde 1998, elle rappelle avec plaisir le but de Zizou face à l’Espagne, lors du match d’inauguration du Stade de France. Comme un symbole, Zizou marque. Comme un symbole, il ne fait « que » reprendre le ballon qui vient d’échouer sur la barre transversale (puis le poteau !) après un tir de… Djorkaeff. S’il était écrit que Zidane marquerait ce but, il était peut-être aussi gravé que Snake ne serait pas celui qui associerait son nom à l’histoire de ce stade. Il faudrait aussi se rappeler de son but assommant face à l’Italie en 1997 (vidéo ; Zidane aussi buteur ce soir-là) et puis de son « aile de pigeon acrobatique » lors du trophée Hassan II au Maroc (vidéo). Youri est alors clairement le fuoriclasse de cette équipe de France.

En juin 98, avant le début de l’aventure de Footix, Djorkaeff est tout simplement le meilleur buteur des Bleus engagés dans la compétition (16 buts). Si l’équipe de France est réputée pour sa solidité défensive, Zizou est loin d’être le seul dépositaire du jeu offensif français. Le Mondial 1998, parlons-en. Souvent, nous pouvons lire ou entendre des commentaires sur le fait que Zizou soit passé à côté de sa Coupe du Monde (ses prestations avant la finale, évidemment). C’est faux, il a fait une coupe du monde en cohérence avec son niveau de l’époque, parfois brillant et parfois inconstant. Mais un autre meneur de jeu, portant le numéro 6, éclaboussait (aussi) le monde de sa classe. La talonnade pour Liza contre l’Arabie Saoudite, l’homme qui prend ses responsabilités et tire le penalty contre le Danemark, le génie qui délivre un bijou de passe de l’extérieur pour l’égalisation de Thuram contre la Croatie (vidéo, c’est toujours un plaisir), et enfin le pied droit qui tire ce corner à la 46e minute du 12 juillet 1998, c’est Snake. Pour revenir sur cette époque, Djorkaeff, qui jouait trequartista à l’Inter, a marqué plus de buts pour l’Inter en 101 matchs que Zidane pour la Juve en 212 rencontres.

Puis vient l’Euro 2000. Si la France compte des attaquants comme Henry, Anelka et Trezeguet, le meilleur buteur des qualifs (compliquées) de cet Euro est encore Monsieur Djorkaeff qui, diminué par une blessure lors de la compétition, marquera néanmoins contre la République Tchèque et contre l’Espagne.

Enfin, il n’y a pas besoin d’épiloguer sur ses succès en club, en France avec Monaco et le PSG, en Italie avec l’Inter, en Allemagne avec Kaiserslautern, en Angleterre avec Bolton ou encore avec les Metrostars (puis Red Bull) à New York. Dire qu’il est devenu une légende partout où il est passé suffira amplement.

Puisque Youri sera toujours aussi dignement discret, tâchons donc, nous – le public français – de rappeler avec cette même dignité que le numéro 6 de l’équipe de France devrait lui aussi être sacré.

Markus

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Lassana, le triple A pour sauver l’Euro ?

« Depuis août 2010, il n’a plus été sélectionné suite à l’émergence d’Abou Diaby, de Yann M’Vila et de Blaise Matuidi ». Wikipédia le prend peut-être avec humour, mais on ne peut pas sérieusement envisager l’Euro 2012 sans Lassana Diarra. Devenu indispensable au Real avec le numéro 24 de Maké, Lass s’affirme à la fois comme étant l’un des tout meilleurs milieux défensifs au monde, mais aussi un arrière droit de classe mondiale. Alors qu’il n’est pas sélectionné depuis août 2010, la France devrait ouvrir les yeux : Benzema n’est pas le seul français à avoir séduit le Bernabéu en 2011.

En fonction des sélectionneurs, les critères pour choisir tel ou tel joueur varient très souvent, voire toujours. Certains ont des principes arrêtés (le joueur en question doit avoir un temps de jeu important, le joueur doit être titulaire en club, le joueur doit jouer au même poste qu’en sélection, etc.), d’autres choisissent les joueurs selon leur mentalité, leur talent ou encore leurs affinités avec le staff… Certains choisissent le système puis les joueurs, d’autres font l’inverse. Il n’y a pas de règle dans ce domaine. Et on pensait avoir tout vu jusqu’à ce que Benzema et Nasri soient mis de côté par Raymond en 2010…  Néanmoins, en plus de rendre le collectif plus fort, toute sélection devrait toujours vérifier deux principes : le joueur en question doit être en forme et il doit être meilleur que tous ses compatriotes au même poste pour le(s) système(s) utilisé(s).
La candidature de Lassana Diarra remplit ces deux conditions, et même beaucoup plus.

Incontournable au Real Madrid

Quand le Real Madrid joue, la France n’a d’yeux que pour Benzema. C’est bien, Benzema est un joueur magnifique – le meilleur joueur français depuis Zidane – et vous pouvez d’ailleurs relire à l’occasion notre article sur l’explosion imminente de Karim (août 2011). Mais au risque de surprendre les moins avertis, il y a d’autres français au Real Madrid. D’abord Varane, qui réalise des performances proprement hallucinantes au vu de son peu de vécu. Et surtout l’incontournable Lass. Souvent préféré à Khedira pour épauler Xabi Alonso au milieu, le parisien est devenu un bonhomme à Madrid. Une partie du public du Bernabéu en a même fait son chouchou et hier soir, nombreux étaient les madrilènes qui se sont mis debout pour l’applaudir à sa sortie. « Les deux meilleurs pour le moment, c’est Lass et Cristiano, comme souvent dans les gros matchs« , entendait-on d’ailleurs à la mi-temps dans les gradins de Chamartin. En France, soit on ne s’en rend pas compte, soit on ferme les yeux. Après tout, c’est un mécanisme français classique : on parle de Coentrao et de Khedira pendant toute la coupe du monde en disant que ce sont des phénomènes, puis Lass s’impose dans la hiérarchie des milieux du Real, et on n’en dit pas un mot.

La forme, la continuité, le temps de jeu et les performances : Lass a tout les ingrédients d’une bonne sélection. En 2010-2011, dans la « deuxième meilleure équipe du monde », le gamin de Belleville dispute 41 matchs dont 27 dès le coup d’envoi. Cette saison, il en est déjà à dix-huit dans ce qui est certainement l’effectif le plus concurrentiel au monde. Pour ce qui est de cette expérience du plus haut niveau, ô combien précieuse à l’heure d’aborder une compétition internationale aussi relevée que l’Euro, Lass est d’ailleurs le milieu de terrain français le mieux paré. Titulaire lors des deux Clasicos des demis de Champions League la saison dernière, Lass  a l’habitude des matchs à enjeu. Cette saison, le Mou l’a aligné en Liga face à tous les grands : Barça (deux fois), Valence, Atlético, Séville. Toujours là dès le coup d’envoi, Lassana n’a pas déçu et a toujours répondu présent quand le niveau s’est élevé, en témoignent ses quatre-vingt minutes de moyenne sur le terrain lors de ces cinq confrontations. Et si un Mister comme Mourinho compte tellement sur lui, on a du mal à croire qu’il ne pourrait pas servir à notre pauvre équipe de France en quête de prestige.

Lass est aussi le milieu de terrain français le mieux préparé à l’Euro. Quand on jouera contre l’Espagne, l’Allemagne ou les Pays-Bas, les made in Ligue 1 M’Vila, Gonalons et Alou Diarra seront mis au défi de faire déjouer Xabi Alonso et Xavi, Ozil et Khedira, ou encore Sneijder et Robben. C’est à dire des joueurs que seul Lass connait bien, qu’il a longtemps côtoyés ou alors qu’il a affrontés à de nombreuses reprises.

Jouer pour gagner

A vrai dire, il ne fait aucun doute que Lass serait « utile » aux Bleus, par son expérience, son aura et son talent. Mais on a même des raisons de croire qu’il serait capable de transcender cette équipe en quête de confiance, de repères. On ne pense pas vous mentir lorsque l’on dit que Lass ne se bat plus pour faire partie des meilleurs milieux de terrain français, mais plutôt pour être pris en considération dans les débats qui concernent les meilleurs au monde. Au poste de « récupérateur-agresseur », très peu sont devant lui. A son meilleur niveau, comme lors du match retour des demis de Champions League 2011, Lass est  peut-être même le meilleur. La vivacité et l’agilité d’un milieu offensif avec les poumons et la puissance d’un défenseur. Ce n’est pas un hasard si Lass est surement le joueur ayant remporté le plus grand nombre de un contre un face à Messi ces dernières années (vidéo). Certes, Messi ne sera pas là à l’Euro, mais s’il pouvait déjà nous aider à stopper Jack Wilshere ou Sebastian Larsson, ce serait déjà pas mal.

Sauf que Lass n’est plus sélectionné depuis un an et demi en Bleu, et il semblerait que Yann M’Vila fait tout pour mériter sa place devant la défense française. Admettons, mais Yann n’empêche pas Lass ! Blanc joue sur deux systèmes : un 4-4-2 avec double pivot (M’Vila et Alou Diarra contre les Etats-Unis) et un 4-3-3 plus constructeur avec M’Vila aux côtés de relanceurs comme Cabaye ou Martin (où Nasri et Gonalons ont aussi profité de temps de jeu). Dans ces deux systèmes, sur les cinq postes, Lass peut en jouer quatre, comme au Real. A côté de Xabi Alonso dans un milieu à deux, et avec Khedira (ou Coentrao ou Pepe) et Xabi dans un milieu à trois. Dans toutes ces configurations, Lass joue avec un passeur qui dicte le jeu, un dictator comme disent les anglais. Yann M’Vila s’occupant de dicter le jeu aux Bleus, Lass pourra s’occuper de ratisser. Il le fait si bien en blanc, pourquoi pas en bleu ?

D’autre part, Lass n’a que 26 ans. Si l’on en croit la rumeur qui dirait que Mourinho a demandé à le prolonger en décembre, cela signifie qu’en 2014 pour le Mondial, Lass aura deux années de Real Madrid de plus dans les jambes et dans la tête. On se priverait d’un tel joueur durant les deux prochaines années encore, privilégiant le développement de jeunes de Ligue 1 (Gonalons et Matuidi entre autres) ? C’est inenvisageable. On a assez perdu de temps : Lass doit être une figure de l’EDF en 2012 et en 2014, au même titre que Benzema. Un milieu Lass-M’Vila, ça a de la gueule. Du muscle, de la course, du versatile comme disent les américains, de l’impact, de l’esprit. Si Blanc a su donner de la stabilité à son équipe (l’EDF est invaincue depuis seize matchs et elle encaisse très peu de buts), à présent il faut commencer à penser à transformer ces matchs nuls (dans tous les sens) en victoires conquérantes. Oh, une compétition approche ! « Il faut aller le plus loin possible à l’Euro […] Gérer un groupe en compétition, c’est l’heure de vérité. L’équipe de France doit faire mieux sportivement. Le temps de la gagne est venu ». On remercie d’ailleurs Noël Le Graet pour le coup de pression.

Le meilleur arrière droit français ?

Depuis le début, Laurent Blanc suit bien son plan. Donner le rythme international à une équipe jeune, presque neuve, les frotter progressivement au haut niveau, et créer un groupe à la structure la plus « claire » possible. Du coup, un type qui débarque avec un talent énorme à deux postes différents, ça dérange forcément l’esprit de Monsieur le sélectionneur. Mais ça peut changer.
Hyper polyvalent, Lass peut jouer aussi bien devant sa défense, en relanceur ou alors latéral droit. C’est idiot de coller des étiquettes sur des joueurs qui savent aussi bien s’adapter, et même changer de poste en cours de match. Principe débile, mais principe quand même. Sauf que le cas Lassana Diarra est différent. Ce n’est pas comme Abidal par exemple, qui joue à gauche au Barça et en défense centrale en France. Sur ses dix-huit apparitions en blanc cette saison, Lass a joué cinq fois arrière droit et treize fois milieu défensif : il ne s’agit pas d’un changement de poste radical. Lass a du temps de jeu aux deux postes et son rendement n’est pas perturbé par ces changements de position, même lors d’un même match.

Peut-on envisager que Blanc sélectionne Lass pour le faire jouer seulement arrière droit ? Parfaitement. A lui de faire ses choix, mais le crime serait de ne pas l’emmener tout court, d’opter pour le non-choix. A Lyon en match de poule de Ligue des Champions cette année, ou face à Malaga en Coupe du Roi au Bernabéu il y a deux semaines, Lass a fait ce qu’aucun arrière droit français ne serait capable de faire. Courir, défendre haut, agresser, récupérer, anticiper, mais aussi relancer et même dribbler ! (attention toutefois à ne pas employer des mots qui donneraient des allergies à notre équipe de France loin d’être audacieuse). Face à Malaga, Lass a même fait croire au Bernabéu qu’il y avait deux Marcelo sur le terrain, un de chaque côté. Depuis que le Mou est au Real, Lass tente plus de choses, Lass ose, Lass prend des risques. Oui, Lass fait tout ce que Sagna ou Réveillere n’ont jamais fait (et ne feront jamais).

Alors, où réside le problème ?

Certains diront qu’il est déjà trop tard et que Lass n’aura pas le temps de s’adapter aux « systèmes » de Laurent Blanc, ou encore au groupe. C’est sous-estimer encore une fois l’expérience du joueur, qui en connait un rayon niveau adaptation rapide. Quand Lass débarque au Real en décembre 2008, c’est sous les ordres de Juan Ramos, tout juste arrivé. En cinq mois, jusqu’au 2-6 fatal, le Real engrange 49 points sur 51 possibles. Diarra se révèle être la recrue la plus intéressante de la Maison Blanche et à la fin de la saison, on lui fait une telle confiance qu’il hérite du numéro 10 de Sneijder. Voilà ce qu’on appelle s’imposer rapidement. L’ancien du Havre a cette capacité à transcender l’équipe dans laquelle il débarque.

L’autre argument anti-Lass serait de dire que l’hommejoue au Real, se prend pour un champion et ne souhaite pas venir sans la garantie d’être titulaire à son poste souhaité. Lass aurait peur de la concurrence ? La seule garantie du parisien, c’est son talent. Et celui-ci lui a déjà permis de virer des joueurs comme Gago, Mahamadou Diarra ou de mettre sur le banc des Granero, Van der Vaart, Sahin, voire même Khedira.  A 26 ans et seulement 28 sélections, Lass n’a plus de temps à perdre et on peut parier sur son comportement exemplaire. D’après Diego Torres d’El Pais, Benzema et Varane le suivraient comme un « prophète » dans le vestiaire madrilène.

Un joueur qui prend des risques, qui ne joue pas de façon aseptisée, qui tente, provoque, se manque parfois de peu mais qui sait faire des miracles, l’équipe de France en a besoin. Il nous faut de l’audace, il nous faut de la fierté, il nous faut un esprit guerrier. Ou alors il faudrait nous expliquer : pourquoi va-t-on à l’Euro ?

Markus

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