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Les Leçons Tactiques de PSG-Manchester United

Sous le rythme des chants incessants d’un Parc des Princes désenchanté, l’opportunisme calculateur du Manchester United de Solskjær s’est vu offrir sa qualification au terme d’un scénario aussi arbitraire qu’invraisemblable. Dominateur dans le jeu, le Paris Saint-Germain de Thomas Tuchel a livré une prestation qui invite à explorer la frontière qui sépare et réunit les influences de la maîtrise tactique et de la gestion mentale au cours d’un match de football. Analyse.

Malédiction : état de malheur inéluctable qui semble imposé par une divinité, un sort maléfique, jeté sur un individu ou une communauté, ou le destin.
Désillusion : sentiment produit lorsqu’un individu se rend compte que la réalité est différente de ce qu’il avait imaginé, et ce, au terme d’un processus détruisant progressivement une illusion.

Ce jeudi matin, le peuple parisien se réveille d’un effroyable cauchemar, noyé sous les mains cruelles de ces deux concepts qui partagent le quotidien de la souffrance du supporter de football. Comment analyser le processus du jeu quand il se résout à laisser l’arbitraire décider du résultat final ?

Il y a trois semaines, l’escouade de Thomas Tuchel revenait d’Old Trafford avec un triple trésor. D’une part, une performance tactique digne de ce stade de la compétition, avec une gestion mûre du rythme de la rencontre, un but sur coup de pied arrêté, comme les grands, et un autre but sur une action accomplie, comme les grandioses. D’autre part, Paris semblait avoir vaincu son duel contre la peur de l’Europe, en allant jouer sa propre partition à l’extérieur. Enfin, le tout était couronné par un résultat autoritaire : 0-2.

Le plan de jeu de Tuchel

Contre Naples, Paris ne pouvait pas perdre. Contre Liverpool, Paris devait gagner. Hier soir, pour la première fois, la formation de Thomas Tuchel avait le luxe de choisir son match. Par respect pour l’identité offensive du club, par éthique de travail pour aller dans le sens des huit mois de travail réalisés par le staff et le groupe jusque-là, ou par principe esthétique – « ma philosophie est esthétique, et l’esthétique appliquée au football, c’est le contrôle du ballon, le rythme, l’attaque à chaque minute » –, Paris fait le choix de « jouer son jeu » . Tuchel déploie donc le 3-4-2-1 du match aller, pour contrôler la possession et dominer la rencontre, qui retrouve la forme d’un 4-4-2 en phase sans ballon.

Le plan de jeu de Solskjær

N’ayant pas les footballeurs ni les idées pour prendre la direction du scénario, Ole Gunnar Solskjær fait le choix de l’organisation, de la patience et de la réaction. Deux objectifs : marquer vite, et survivre jusqu’aux dix dernières minutes. En l’absence de son meneur Pogba, du métronome Matić, de l’équilibriste Herrera, de l’énergie verticale de Lingard et des différences individuelles de Martial – c’est-à-dire les éléments qui ont construit l’animation offensive mancunienne de ces trois derniers mois –, le Norvégien s’en remet à un 4-4-2 à plat classique. Une formation que l’Europe pourra observer uniquement en phase sans ballon, d’ailleurs, puisque l’équipe anglaise n’est pas venue pour jouer avec. L’audace. Éric Bailly se place en arrière droit et pousse Ashley Young en position de lanceur de contres sur le côté droit. Le milieu est complété par des remplaçants : Fred, McTominay et Pereira. Devant, Lukaku et Rashford ont la mission de transformer des cailloux en bijoux.

Le processus et le résultat

Moqueur, le jeu semble adorer nous faire croire à ses raisons avant de rompre brutalement nos illusions. Tout-puissant et infini, le football aime remettre en question notre entendement. Ici, heureusement, le défi est seulement de raconter et de (tenter de) comprendre la descente aux enfers parisienne.

Relisons l’entraîneur espagnol Juanma Lillo dans The Blizzard : « Vous ne pouvez valider un procédé à travers ses résultats. L’être humain a tendance à vénérer ce qui se finit bien, pas ce qui a été bien fait. On critique ce qui finit mal, et pas ce qui a été mal fait. (…) Le même procédé peut avoir des conséquences différentes, et parfois les mêmes conséquences viennent de causes complètement différentes. Le Bayern était une grande équipe à la 90e minute de la finale en 1999, et à la 92e minute, ils étaient nuls. Comment est-ce possible ? » Lillo poursuit : « Le truc, c’est qu’une fois que tout est terminé, on est tous des génies. Je les appelle les prophètes du passé, ceux qui jugent les processus à la seule lumière du résultat final. » Ce matin, toute l’Europe juge le projet sportif parisien à la lumière de ce penalty cruel. S’il n’avait pas été sifflé, elle rigolerait grassement du football développé par le projet millionnaire de Manchester United. Ainsi, pour faire le tri entre l’analyse du processus, des faits de jeu, de la maîtrise tactique et de la gestion mentale d’une telle rencontre, découpons l’analyse en cinq phases et trois faits de jeu :

– Premier fait de jeu : Lukaku (2e)
– La réaction parisienne (3e-12e)
– La domination et les regrets (13e-29e)
– Deuxième fait de jeu : Lukaku (29e)
– Le retour de la peur, la gestion d’un temps faible (30e-45e)
– Faux rythme et fausse domination (46e-70e)
– Les changements, le trompe-l’œil et le bouquet final (70e-99e)

Premier fait de jeu : Lukaku (2e)

Dès la première minute, après une première faute rose de Fred sur Di María, une mauvaise passe en retrait de Thilo Kehrer invite Lukaku à découvrir un premier diamant : interception, esquive de Thiago Silva, puis Buffon, superbe tacle glissé au ras du poteau et déjà 0-1 après 1 minute et 51 secondes.

Le PSG impose son jeu (3e-12e)

Après une nouvelle perte de balle de Kehrer à la 3e minute, Paris met enfin le pied sur le ballon (tactique) et sur le match (mental). La rencontre se transforme en attaque-défense, et Paris trouve vite des espaces. Sous le rythme des prises de balle de Verratti, la paire d’ailiers Di María-Bernat enchaîne les appels dans la profondeur et détruit la protection de Bailly et Young sur le côté gauche. À droite, Dani Alves dicte brillamment le jeu, mais les mouvements de Draxler sont moins incisifs. Derrière, la «  structure » chère à Tuchel fonctionne : Kimpembe et Kehrer entrent tour à tour dans le camp adverse pour porter le jeu parisien aux portes de la surface de Lindelöf et Smalling. Marquinhos, lui, se retrouve dans son rôle du match aller et parvient à accélérer le jeu d’une aile à l’autre quand le jeu le demande. Le pressing parisien, emmené par Verratti, est implacable. La structure supporte donc l’intensité.

C’est finalement par la droite qu’une inspiration de Dani Alves fait sauter l’organisation de Solskjær : collé à un Di María qui fait ses lacets (drôle de diversion), Mbappé se lance dans la « profondeur » et centre au second poteau, où Bailly a oublié de suivre Bernat. 1-1.

L’occasion manquée (13e-29e)

Le quart d’heure qui suit laisse des regrets aux Parisiens. D’une part, l’animation offensive parisienne prend aisément le dessus sur l’organisation mancunienne. Di María domine l’aile gauche, et les mouvements constants de Mbappé et Draxler devant la surface empêchent les Anglais de trouver leurs repères au marquage : Smalling et Lindelöf repoussent les centres, mais ne peuvent rien faire face aux courses dans les demi-espaces. Au milieu, alors que Lukaku et Rashford se placent devant Verratti et Marquinhos pour les empêcher de recevoir le ballon directement des pieds de Thiago Silva, et pressent de temps à autre, le capitaine parisien ne manque pas une relance et trouve sans peine Dani Alves à droite ou Di María et Bernat à gauche pour faire respirer le jeu. Comme à l’aller, Paris maîtrise sa prestation, et les situations dangereuses se multiplient. Mais Alves manque sa volée, Bernat tire sur De Gea, et Mbappé se montre maladroit sur ses déviations. Des occasions manquées que la C1 ne pardonne pas. De l’autre côté, Manchester lance des longs ballons en direction de Lukaku, qui trouve Rashford une seule fois en une demi-heure.

Le second fait de jeu : Lukaku (29e)

À la 29e minute, une glissade de Kehrer offre une autoroute pour Rashford, mais sa passe est bien trop pauvre. Il faut noter que sur cette situation de jeu, Manchester applique parfaitement le plan de jeu opportuniste (intelligent) de son entraîneur : Lukaku et Young se ruent vers la surface pour un deux-contre-deux face à Thiago Silva et Kimpembe. Une minute plus tard, Lindelöf dicte la relance anglaise pour la première fois de la rencontre. La possession des Diables rouges touche consécutivement les pieds de ses milieux pour la première fois, jusqu’à la frappe reptilienne de Rashford aux trente mètres. Trompé par le rebond mouillé, Buffon ne peut capter le ballon ni le repousser sur un côté, et Lukaku le punit furtivement. 1-2.

Le retour de la peur, la gestion d’un temps faible (30e-45e)

Le contraste est alors affolant entre la supériorité autoritaire du PSG dans le jeu et le sourire rebelle du tableau d’affichage : Manchester United n’a réussi qu’une vingtaine de passes en une demi-heure, et mène 1-2. Où se situe la frontière entre la maîtrise tactique et la gestion mentale d’une rencontre de ce niveau ? En Ligue des champions, cette folle coupe enchantée, les rapports de forces se jouent bien souvent sur la capacité d’un collectif à résister à ses temps faibles et à profiter de la moindre erreur adverse. En clair, le jeu est moins récompensé que l’intelligence ou l’opportunisme, comme l’a froidement démontré le Real Madrid de Zizou et Cristiano. Thomas Tuchel le sait bien, il en parlait dans L’Équipe en septembre dernier : « Tellement de choses peuvent arriver. La Ligue des champions n’est pas une compétition seulement tactique, c’est plus une compétition de générations. Le Real Madrid a une génération qui sait comment gagner les grands matchs, comment résister à la pression. Pour moi, il faut inverser les choses : si on travaille bien chaque jour, si on vit bien chaque jour en tant que groupe, nous devrions être prêts pour les grands matchs. Et si on ne se focalise pas trop sur ces grands matchs à venir en février, peut-être qu’on peut mieux les aborder. »

C’est donc à ce moment-là que le PSG doit grandir et gérer, sous pression, son temps faible. Alors que Bailly doit céder sa place à la 35e, un coup franc brossé de Young trouve Rashford seul dans la surface (signalé hors jeu). Lukaku se déplace côté gauche pour aller provoquer Kehrer, qui se fait sauver habilement par son capitaine. À la 42e, après une démonstration de jeu dos au but de Lukaku, Manchester attaque finalement le camp adverse. Un débordement de Dalot trompe Bernat et fait paniquer la surface parisienne. Paris a résisté et reste qualifié à la mi-temps.

Faux rythme et fausse domination (46e-70e)

Les Parisiens reprennent l’ascendant au retour des vestiaires. Plus conservateur que jamais, le plan de jeu de Manchester repose sur les épaules du pied droit courbé de Young et de ses projectiles pour trouver Rashford entre Kimpembe et Thiago Silva. Lorsque le ballon est récupéré dans le camp parisien, Manchester centre à l’aveugle sans attendre. Les hommes de Solskjær évoluent dans une formation en U : une ligne défensive robuste, des bombardiers de centres sur les côtés et deux avants-centres. Comme dans le football anglais des années 1980, la passe semble être, pour eux, un geste surcoté. En réalité, le scénario est tel que cela les arrange de conserver un tel équilibre – un but d’écart – jusqu’aux dernières minutes, comme l’a expliqué Solskjær en conférence de presse. Un complexe d’infériorité assumé.

Côté parisien, la structure tactique retrouve ses repères, mais n’emballe absolument pas la rencontre. Si Verratti continue de ratisser au milieu et si l’énergie de Di María trouve toujours de l’espace entre les lignes, les débordements sont de moins en moins nombreux. L’absence de la menace constante de Cavani et Neymar manque alors terriblement. À la 57e, l’Argentin marque tout de même sur une talonnade inspirée de Mbappé (hors jeu). D’un point de vue géométrique, plus les minutes passent, plus le bloc parisien s’allonge et perd en compacité. Avoir 80% de possession de balle, cela fatigue les esprits. Heureusement (ou pas) pour eux, Manchester n’a toujours pas envie d’attaquer. Un numéro de Lukaku arrête la respiration du Parc à la 68e, mais c’est bien la seule production footballistique des Diables rouges en seconde période. Avec 5 duels aériens gagnés, 3 dribbles et 12 passes réussies, le Belge est le Mancunien qui aura proposé le plus de football au Parc.

Les changements et le trompe-l’œil (71e-89e)

Qu’il est difficile d’interpréter le dernier quart d’heure et son terrible dénouement. Pour remédier à l’allongement du bloc parisien, Tuchel effectue deux changements à la 70e : Meunier pour Kehrer, Paredes pour Draxler (blessé). Jugé probablement trop juste, Cavani n’entrera en jeu qu’à la 90e. Marquinhos prend la place du défenseur allemand, Meunier se positionne en ailier droit, tandis que Paredes s’installe devant la défense et fait remonter Verratti d’un cran, alors qu’Alves se glisse à l’intérieur pour former un milieu à trois (3-5-2). Dans le jeu, le PSG essaye de contrôler le ballon pour ne pas prendre de but et, si possible, aller chercher la qualification en marquant une dernière fois. Alors que l’entrée de Paredes verrouille le milieu, Manchester insiste sur les longs ballons pour Lukaku, marqué sérieusement par Thiago Silva et Kimpembe. Entre les deux animations, les fautes se multiplient et un faux rythme s’installe sans favoriser un camp ni l’autre. Devant Paredes et Verratti, l’animation offensive repose entièrement sur les inspirations de Di María, la qualité de passe de Dani Alves et les appels de Meunier et Mbappé. À la 82e, un joli mouvement collectif ponctué par Meunier provoque un arrêt de De Gea. À la 84e, le PSG se crée une ultime occasion franche, mais Mbappé glisse et Bernat se heurte au poteau.

La stratégie peut sembler raisonnable : pourquoi aller chercher un but à tout prix alors que la qualification semble acquise et que l’opposition s’avère inoffensive ? Sauf que les matchs à élimination directe de Ligue des champions ne se gèrent pas, ils se tuent. La tactique gestionnaire est renforcée par le manque de menace apparent (la patience trompeuse) de Manchester United qui attend encore, patiemment ou impuissamment. Une approche forcée par d’effroyables limites footballistiques ? Ou une stratégie féline de chasseur qui sait ce qu’il fait ? Le jeu a ses secrets. À partir de la 85e, le milieu parisien enchaîne quelques pertes de balle sans suivi de pressing, et le bloc défensif recule logiquement pour prendre la forme d’une ligne à cinq. La réplique de Manchester United reste étonnamment passive, et les entrées de Chong et Greenwood n’apportent pas plus de pression à la surface parisienne : zéro corner, zéro ballon chaud.

Le bouquet final arbitraire (90e-99e)

À la 89e, le chasseur s’en remet finalement à la foudre pour faire tomber sa proie : c’est une frappe lointaine (et non cadrée) de Dalot qui offre à la VAR le luxe de proposer un penalty à l’arbitre et la qualification au mental de Rashford. Sans même s’en rendre compte, le PSG s’en est remis au hasard de la trajectoire d’un projectile lancé à pleine vitesse dans sa surface pour décider du sort de sa saison européenne.

Et maintenant ? Il faut apprendre et continuer à grandir, comme les 78 autres clubs qui auront participé à cette édition de la C1 sans la remporter. Au Camp des Loges, d’une part, le chantier de la maîtrise tactique semble être sur le bon chemin, et les prochains mois en diront certainement plus sur les circuits de l’animation offensive travaillée par le staff de Thomas Tuchel. D’autre part, la gestion mentale de ces rencontres sous haute pression sera certainement un axe de travail majeur à de nombreux niveaux. La course vers les applaudissements continentaux est longue, tortueuse et douloureuse, il n’y a pas de raccourci, et le football apprend à perdre à tout le monde, même si certains clubs le savent mieux que d’autres. Avant d’enchaîner les demi-finales et les titres, le Real Madrid de Sergio Ramos s’était incliné six fois d’affilée en huitièmes de 2005 à 2010. En tout, les supporters de la Juventus ont vu leur institution perdre sept finales de C1 sur neuf. Plus au sud, les supporters de l’Atlético de Madrid ont vu Diego Simeone bâtir une équipe tactiquement et mentalement exceptionnelle avant d’échouer deux fois en finale au bout de la prolongation et des tirs au but. Tout comme en 1974. Désillusions et malédictions.

Markus Kaufmann

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Article publié le 08/03/2019 sur SOFOOT.com

Markus Kaufmann est l’auteur de Thomas Tuchel, Faire grandir Paris (éditions Marabout, 336 pages), ouvrage dans lequel il raconte l’aventure du parcours de l’entraîneur allemand et la construction de sa méthodologie en tant que formateur, puis en Bundesliga.

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La première biographie de Thomas Tuchel, l’homme que Paris a choisi pour poursuivre son ascension. Une enquête menée dans toute l’Europe avec des témoignages exclusifs de dirigeants, entraîneurs, joueurs – entre autres, Ilkay Gündogan, son lieutenant à Dortmund, et Nikolce Noveski, son capitaine à Mayence – et proches, comme son ami et confident libraire à Augsburg, qui dessinent un portrait documenté de la personnalité de l’homme et des méthodes du tacticien.

À Mayence et Dortmund, mais aussi à Stuttgart et Augsbourg dans un rôle de formateur, Thomas Tuchel s’est imposé comme un expert de la tactique et de la psychologie de groupe. Dans des contextes souvent difficiles, voire chaotiques, il a su tirer le maximum du potentiel de ses équipes, le tout en proposant un football inventif et dynamique. À la fois charismatique et impertinent, autoritaire et romantique, l’entraîneur est arrivé à Paris avec un seul objectif : faire progresser le Paris Saint-Germain avec exigence et flair.

Le livre alterne entre le récit de la folle ascension de Thomas Tuchel et de nombreuses leçons tactiques des plus belles performances de ses équipes.

 

Les Leçons Tactiques de France-Croatie

Au terme d’une première période théâtrale au scénario cruel pour les Croates et le football, les Bleus menaient déjà. Toujours devant au tableau d’affichage, comme si tout était déjà écrit, les Français n’ont cette fois-ci ni contrôlé la rencontre ni créé plus de jeu que leur adversaire (4-2). Sauvés par le destin et sa domination des airs, puis portés par le réalisme dément de Griezmann et un commandant Pogba extraordinaire, les Bleus ont su résister au superbe plan de jeu croate. Pour la première fois depuis 2006, le Mondial n’est pas le triomphe d’un système de jeu.

Si le football est un art, son expression tend à emprunter les traits des pièces de théâtre. Et hier soir à Moscou, sur la plus grande des scènes – celle de la finale du Mondial –, le metteur en scène était français et avait un goût certain pour la caricature. Avec un but contre son camp, un penalty accordé par la VAR et zéro tir dans le jeu, les Bleus de Deschamps mènent 2-1 à la pause alors que Subašić n’a probablement pas touché un seul ballon. Parfois illisible, mais toujours efficace et solide (à l’image du Real Madrid de Zizou), la France de Deschamps a atteint son sommet en caricaturant la « méthode de la gagne » de son sélectionneur.

Les propos de Courtois à la suite de la défaite belge, repris et relancés par les médias français, avaient réussi la vilaine mission de manipuler la performance des Bleus et fonder le mythe d’une qualification « moche » . Une manipulation intellectuelle basée sur une réalité – les Bleus ne voulaient pas contrôler le ballon – et beaucoup de mensonges : ses contres et attaques rapides avaient été plus créatifs, plus efficaces et certainement plus beaux que le chaos argentin, l’ordre uruguayen et la stérilité belge.

Leçon d’ambition footballistique croate

Sauf qu’hier, les Croates ont non seulement gardé le ballon deux fois plus longtemps – 66% de possession –, mais ils ont aussi tiré deux fois plus (14-7) et obtenu trois fois plus de corners (6-2). La première période est une danse des Balkans : sept tirs à zéro, sept corners à un et seulement deux dribbles réussis pour les Bleus. Le coup franc de Grizou ? Il arrive après un long ballon pour Giroud. Le corner de Grizou ? Un dégagement de Lloris. Et le premier tir bleu à la 47e ? Un nouveau long ballon pour Giroud. Les Bleus craignaient de devoir faire le jeu pour la première fois depuis la phase de poules, mais les Croates nous ont donné une leçon d’ambition footballistique, dominant à la fois le ballon et la rencontre durant près d’une heure de jeu. Réduits à 68% de passes réussies (84% contre la Belgique !), les Bleus ont survécu grâce à la résistance de leurs centraux, leur force dans les duels aériens, les exploits de Griezmann et Pogba, et la menace constante Mbappé.

Quand Kanté s’est retrouvé pris au piège (57% de passes réussies et 0/3 longs ballons), Pogba a pris les commandes (86%, 7/8). Au-delà des buts, deux scènes ont marqué les esprits dans le tableau de ces Bleus victorieux. À la 85e, Griezmann sprinte pour venir tacler la Croatie par derrière et offrir un nouveau souffle aux siens. À la 94e, Pogba laisse sortir le ballon en le protégeant de toutes ses forces face à la détermination terrifiante de Perišić. Deux gestes défensifs vus plusieurs fois par rencontre, signés par les deux Français les plus créatifs.

Les courbes et la géométrie croates

De retour dans l’arène où il avait su vaincre la structure tactique de Southgate et les coups de pied arrêtés anglais mercredi, Dalić reprend la même recette : devant Subašić et le quatuor défensif habituel (Vrsaljko, Vida, Lovren, Strinić), c’est le volume de jeu et les pieds éduqués de l’Intériste Brozović qui sont choisis pour accompagner le commandant Modrić et son lieutenant Rakitić. Le schéma s’adapte à celui des Bleus, dans un 4-3-3 coiffé de Perišić, Mandžukić et Rebić. Depuis que Modrić s’est imposé comme le dernier maître à jouer venu des Balkans, la Croatie a l’habitude de contrôler et dominer le jeu grâce à un infatigable courant de passes et de courses, un tourbillon qui repose sur trois piliers. D’une, la technique de pianiste de ses milieux, tous habiles des deux pieds dans le contrôle aussi bien que la passe.

De deux, leurs intelligence et polyvalence tactiques : à l’aise dans la conservation et le mouvement, dans les petits espaces et le jeu long, la possession et les contres, Modrić, Rakitić et Brozović peuvent tous alterner les positions de 6, 8 et 10. De trois, enfin, le volume de jeu : le milieu croate peut courir des kilomètres et continuer à prendre les bonnes décisions. Contre l’Angleterre, Brozo avait dépassé les seize kilomètres. Hier soir, en fonction de l’attitude de ses milieux au pressing, le schéma croate varie entre le 4-1-4-1 et le 4-2-3-1 quand Rakitić se rapproche de Brozović pour couvrir. Et comme Martínez en demi-finales, Dalić remporte la première bataille tactique de la rencontre.

Dalicć piège Deschamps

Alors que le peuple français faisait des cauchemars à l’idée d’affronter peut-être un bloc bas à la portugaise, le plan de jeu croate est réfléchi dans la gestion du ballon et agressif à la perte de balle. Après une hésitation d’Umtiti puis d’Hernández balle aux pieds, Pavard perd un ballon dangereux dès la troisième minute : le pressing de Perišić ne fait pas de calcul. Dalić, lui, a tout préparé : en plus de couper les lignes de passe pour Pogba, comme la Belgique avec Fellaini, la Croatie isole Kanté en le ciblant au pressing. Le résultat est diabolique : 57% de passes réussies pour le héros bleu (!). Sans souffle, les Bleus n’ont pas le temps de trouver Pogba ou d’attendre que Griezmann redescende : les phases de distribution et de construction sont bâclées, sautées, ignorées. En phase défensive, le 4-4-2 bleu flanche encore du côté de Mbappé, pris dans son dos par Strinić. La possession croate est rythmée et rapide d’une aile à l’autre, et la ligne directe Perišić est facilement trouvée par Rakitić et Strinić (10e, 15e).

Dans ce contexte, le timide pressing bleu s’avère inutile et le jeu long est hasardeux : à la douzième, alors que Giroud est enfin trouvé sur un long ballon, le ballon revient immédiatement aux centraux sans qu’aucun milieu ne puisse le contrôler. Le ballon brûle. À la 17e, c’est un long ballon pour Mbappé qui revient dans les pieds de Giroud. Si le 9 est superbement repris par Rakitić, Griezmann apparaît soudainement (son premier ballon ?). Faute, coup franc et 1-0 pour des Bleus qui n’ont pas encore tiré ni créé. Comme contre la Belgique, les Bleus réagissent : Griezmann redescend, Matuidi monte au pressing et Pogba se démarque de plus en plus facilement. Mais à part l’espoir d’une accélération de Mbappé à la 23e, toute tentative de contre est avortée.

Perišić et la limite structurelle croate

Si la génération dorée de Modrić sait dominer et presser depuis une dizaine d’années, elle n’a jamais réussi à résoudre l’équation gagnante : curieusement, la création de ses occasions provient rarement de la maîtrise ibérique de ses milieux. Un phénomène récurrent qui voit la Croatie jouer chaque rencontre sur deux tableaux : son milieu domine le territoire, et le reste essaye de marquer des buts. La raison est simple : ses armes offensives sont déconnectées du tourbillon de passes décrit plus haut. Si Perišić parle le même langage que ses milieux – technique des deux pieds et volume de jeu sans fond –, le reste a du mal à épouser les formes de la possession : la force de Mandžukić, la vitesse de Rebić, les mouvements de Kramarić, les débordements de Pjaca et enfin les coups de pied arrêtés. Pour remettre les choses dans leur contexte, les Croates dominent l’axe, mais ne peuvent mettre Rakitić ou Modrić en bonne position : les centres s’enchaînent alors que Mandžukić est seul contre deux, voire trois.

Ainsi, le lien Perišić est le seul qui sait « voir la porte » , comme disent nos amis les Italiens. Et l’ouvrir. À la 28e, Kanté prend un jaune et la combinaison sur le coup franc finit par revenir sur l’Intériste. Crochet du droit, frappe du gauche. Un partout. Mais la mise en scène de la rencontre n’a pas peur de frôler avec la fiction. À la 36e, un dégagement de Lloris devient un corner et la vidéo sanctionne la main de Perišić. Griezmann fait du « Zizou » : « doublé » de coups de pied arrêtés. Les Bleus transforment des miettes en une belle baguette Tradition.

Différents sauveurs

L’événement ponctuel ne transforme pas le rapport de force de la rencontre : la première période se termine sur une succession de trois frappes et trois corners croates. Si les Bleus parviennent enfin à frapper dans le jeu au retour des vestiaires (nouveau long ballon pour Giroud), la Croatie pousse encore. Les situations dangereuses s’enchaînent, Perišić se retrouve encore et encore en situation de un-contre-un face à Pavard, et Lloris doit sauver les siens (48e, 49e) à un moment crucial, quand ça compte vraiment.

Quand ce n’est pas leur capitaine, les Bleus sont sauvés par Varane, Umtiti et Hernández, qui repoussent tous les centres les uns après les autres (28, en tout). Lorsque les Bleus parviennent à récupérer le ballon, tout repose une fois de plus sur le jeu long miraculeux de Pogba et sur les inventions, grands ponts et astuces de Griezmann pour remonter le ballon. Les Croates jouent et créent, les Bleus font de la spéculation.

Le cadenas Nzonzi

À la 55e, Deschamps réalise son plus beau changement du tournoi : Nzonzi remplace Kanté. Le Sévillan pose ses deux balais sur Moscou et nettoie la soirée française : 93% de passes réussies, des une-deux avec Pogba et une lecture du jeu impeccable. Cinq minutes plus tard, Pogba envoie une passe en demi-volée de génie pour lancer Mbappé dans la profondeur. S’ils ne parviennent pas à jouer dans le camp adverse, les Français savent l’attaquer : quatre Bleus sont dans la surface au moment de la frappe de Pogba. 3-1. La minute suivante, alors que la Croatie est sonnée, le jeu long de Pogba frappe encore, cette fois côté gauche. Dans les minutes qui suivent, les Croates gardent le ballon comme un boxeur s’agrippant aux cordes, pour respirer.

À la suite d’une possession croate infinie, c’est une remontée de balle d’ailier technique de notre guerrier national Lucas Hernández qui met Mbappé sur orbite : 4-1. Alors que Lloris tente malgré lui un petit pont sur Mandžukić – impossible à inventer, ça dépasse la fiction –, Dalić réagit tardivement : Kramarić pour Rebić à la 71e, Pjaca pour Strinić à la 81e. Comme d’habitude, le scénario pousse Deschamps à blinder son milieu avec Tolisso et Fekir. La fin de match ressemble à celle de notre huitième contre l’Argentine, mais sans Messi ni Agüero.

La colonne vertébrale Varane-Pogba-Griezmann

Arrivé avant l’Euro sans certitude, le bloc défensif Bleu est monté en puissance match après match. À tel point que les Bleus ont aimé en abuser, testant toujours plus leur quatuor défensif et les arrêts clés de Lloris. Et pas seulement. Au milieu du combat, cette faim de contre-attaque a poussé les trois petits jeunes de 2014 à devenir notre colonne vertébrale de 2018 : Varane, Pogba, Griezmann. Auteur d’un doublé C1-Mondial, le central propre a tout repoussé (sauf le Kun). Chargé de faire à la fois du Zizou en lançant les contres et du Deschamps en ordonnant le jeu, Pogba n’a pas trouvé d’adversaire à sa taille : personne n’aura gagné autant de duels et fait gagner autant de mètres à son équipe lors de ce Mondial.

Qui voulait le mettre sur le banc avant la compétition, déjà ? Repositionné en meneur de jeu plutôt qu’attaquant, parce que la France a toujours eu besoin d’un 10 pour briller, Griezmann s’est retrouvé au cœur du bloc et de la contre-attaque. Un patron cholesqueplus défenseur et finalement plus décisif que Zizou et Platini : quatre buts, trois assists. On pourra remarquer qu’il obtient deux de ses penaltys et signe un but et/ou une assist à chaque tour d’élimination directe. Enfin, l’impact évident des rôles subtils de Giroud et Matuidi ne fait plus rire personne.

Synthèse des styles français

Ainsi, la bande de 2018 trouve sa place dans l’héritage du football français comme une synthèse des styles. Avec le triangle magique Grizou-Pogba-Kanté, elle retrouve ses milieux tout terrain créatifs des années 1980, capables à la fois de récupérer et de faire vivre le ballon. Avec son bloc bas et sa domination des airs, elle retrouve la science, la puissance physique et la discipline des années 1990. Priorité à l’équilibre oblige, le jeu des Bleus ne s’orchestre pas collectivement, mais grandit au fil de la progression de ses individualités, tous entraînés par les meilleurs techniciens de la planète. Au contraire de l’Espagne en 2008, 2010 et 2012 et l’Allemagne en 2014, le triomphe français de 2018 n’est pas celui d’un système de jeu : comme l’a répété Deschamps lui-même, cette victoire est celle des joueurs (et de son obsession de l’équilibre, quand même).

Un football d’individualités qui ont su se surpasser quand le jeu le demandait, même en cours de match. En 2006, le triangle de l’Italie de Lippi était formé par Pirlo, Gattuso et Totti. Mais la France de Deschamps n’a jamais eu besoin de prolongation ni de tirs au but pour vaincre. Si le collectif bleu a encore montré ses limites pour ordonner sa possession, presser l’adversaire et déséquilibrer un bloc regroupé, aucune sélection n’a été en mesure de vraiment le faire remarquer en Russie : la France n’a été menée au score que durant neuf petites minutes, contre l’Argentine de Messi. Les Bleus sont champions du monde pour la deuxième fois de leur longue histoire. De quoi provoquer une pensée pour toutes les belles équipes de France joueuses qui n’ont pas eu la chance d’accrocher leur étoile, mais qui règnent aussi dans notre vaste ciel bleu.

Markus

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Article publié le 16/07/2018 sur SOFOOT.com

 

Les Leçons Tactiques de France-Belgique

Les Bleus ont plus défendu, plus attaqué et aussi plus souffert. Au bout de 96 minutes de résistance défensive et d’attaques rapides, un corner de Griezmann brossé sur le crâne d’Umititi a suffi pour grimper la montagne Courtois et éviter les slaloms d’Hazard (1-0). Martínez avait remporté la première bataille tactique du match, mais les Bleus ont sorti une nouvelle prestation de caméléon. Embrassée par un « dauphin sophistiqué » comme dirait Roméo Elvis, la Belgique s’incline face à plus belle et plus forte.

« Je suis convaincu d’une chose : le talent, cela n’existe pas. Le talent, c’est avoir l’envie de faire quelque chose. Je prétends qu’un homme qui, tout à coup, rêve de manger un homard, a le talent de manger ce homard dans l’instant, de le savourer convenablement. Avoir envie de réaliser un rêve, c’est le talent. Et tout le reste, c’est de la sueur. C’est de la transpiration, c’est de la discipline. Je suis sûr de cela. L’art, moi, je ne sais pas ce que c’est. Les artistes, je ne connais pas. Je crois qu’il y a des gens qui travaillent à quelque chose et qui travaillent avec une grande énergie. L’accident de la nature, je n’y crois pas. Pratiquement pas. » Un demi-siècle plus tard, les mots de Jacques Brel nous racontent cette génération des Bleus : du talent et de la sueur, de l’envie et de la discipline. Et si Brel ne croyait pas encore aux artistes, ou « pratiquement pas » , c’est qu’il n’avait pas eu la chance d’observer les œuvres en transition de Paul Pogba, N’Golo Kanté et Antoine Griezmann. Ou encore d’imaginer le dernier « accident de la nature » du football bleu : Kylian Mbappé.

« Jouer à rien », vraiment ?

Contre le Brésil, les Belges avaient concédé 27 tirs et n’avaient pas eu besoin de la possession (41%) pour faire mal : deux buts pour neuf tirs. Portés par un Hazard à mettre au panthéon des grandes performances individuelles en Mondial, ils avaient surtout maintenu un taux de passes réussies supérieur à 80% malgré l’urgence brésilienne. Hier soir, c’était au tour des Bleus d’abandonner le ballon. Et de « jouer à rien » , comme Courtois a osé l’affirmer à chaud ? Privée du grand classique des Mondiaux de notre génération – le légendaire France-Brésil –, la troupe de Deschamps a tout simplement amélioré la performance des Diables rouges : avec 36% de possession, les Bleus ont beaucoup plus attaqué (19 tirs à 9), mieux conservé le ballon en transition (84% de passes réussies).

Et surtout mieux défendu : pas d’action litigieuse dans la surface et seulement neuf tirs concédés, dont trois cadrés. Si cela avait suffi pour en mettre deux à Alisson, un grandissime Lloris n’a rien laissé passer. Varane le skipper résume sa régate : « Une partie d’échecs ? Un peu, certainement. Ce type de match, on attaque, on défend, on sait quand il faut laisser le ballon à l’adversaire. » Dans son style de boxeur, Umtiti raconte son combat : « On a fait le job, on s’est déchirés, il y avait onze chiens sur le terrain. » De la classe et du caractère.

Martínez remporte la première bataille tactique

Sur le papier, Martínez fait croire à un nouveau 3-4-3. Sur le terrain, c’est bien une ligne de quatre et un milieu à trois que l’Espagnol met en place en phase sans ballon : Chadli-Alderweireld-Kompany-Vertonghen devant le ptérodactyle Courtois, Witsel et Dembélé devant la défense, et Fellaini dans un rôle bâtard de milieu prisonnier des déplacements de Pogba. Devant et partout, la paire magique Hazard-De Bruyne. Et Lukaku en pointe, esseulé là-haut. En face, Deschamps aligne son 4-2-3-1 asymétrique – toujours plus proche du 4-3-3 – avec Matuidi de retour dans son rôle de milieu intérieur gauche capable à la fois de blinder le milieu en défense et de l’étirer en attaque.

Si Mbappé lâche une accélération foudroyante dès la première possession, la première bataille tactique de la rencontre tourne clairement à l’avantage de Martínez. Pogba est mis « hors jeu » par le marquage de Fellaini, Griezmann est trop loin du jeu, pris entre Witsel et Dembélé, tout comme Giroud entre les deux centraux. Kanté redescend entre Varane et Umtiti, mais l’option Matuidi est trop incertaine pour que les Bleus puissent progresser dans le camp adverse : les Bleus abandonnent la construction, installent leur bloc bas et se préparent à souffrir.

Hazard brillant

En phase de possession belge, Griezmann et Giroud bloquent les lignes de passes vers la paire Dembélé-Witsel, tous deux incapables de dépasser leur rôle de distributeurs sans risque, et Matuidi gêne les appels de De Bruyne entre les lignes. Alors que Fellaini se transforme en passager clandestin, la créativité belge se tourne rapidement vers les montées de Chadli et la magie de Hazard, qui profite de la faible couverture de Mbappé. En un contre un face à Pavard, le meneur de Chelsea déséquilibre les Bleus à chaque invention (6e, 16e, 19e).

À la 22e, Lloris doit réaliser un exploit face à son coéquipier Alderweireld. En juin 2017, Deschamps abordait l’éternelle question du style des Bleus : « C’est quoi une identité de jeu à part des mots ? Est-ce que l’équipe reste derrière, attend et joue en contre ? Non. Je demanderai toujours à mon équipe d’aller de l’avant. Après, on a le ballon ou on ne l’a pas. Ça dépend du rapport de force. » Si ce rapport de force est bien dominé par les Belges en ce début de rencontre, il serait réducteur de le mettre sur le compte d’une quelconque supériorité technique collective ou individuelle : c’est bien la mise en place tactique de Martínez qui domine les 25 premières minutes.

Les Bleus s’adaptent encore et punissent toujours

Comme contre l’Uruguay et le Pérou, les Bleus s’organisent en fonction du rival. Jusque-là, la France parvient déjà à se montrer dangereuse sur les quelques erreurs de contrôle belges pour se projeter vers l’avant via Pavard et Hernández. À la neuvième, Pavard trouve Matuidi qui remet sans contrôle vers l’avant (!) pour Griezmann. À la treizième, une récupération de Kanté trouve Griezmann en pivot, qui sert parfaitement Pogba. Le Black Swan élimine Dembélé avec élégance et donne le vertige à Vertonghen en lançant Mbappé dans la profondeur. Mais les Belges continuent à nous faire souffrir. À partir de la 25e, Pogba et Kanté bouleversent les équilibres. Dos au but et marqué par Fellaini, la Pioche parvient à se retourner pour servir NG dans l’axe vers l’avant et se libérer enfin du marquage individuel.

Sans ballon, la paire s’adapte aux incursions de Hazard en venant en aide. Malgré les transversales intelligentes de son 10, le côté droit belge ne se montrera jamais aussi dangereux. À partir de là, le quadrillage du terrain belge faiblit et les Bleus attaquent chaque transition pour aller au bout, suivant la baguette magique d’un Griezmann au volume extraordinaire : ils tenteront sept tirs entre la trentième et la quarantième minute, variant entre contres rapides et attaques placées. Deschamps résume Pogba : «  Il a été monstrueux dans ce qu’il a fait. Martínez lui avait mis Fellaini, il a eu très, très peu de déchet. Lui est plutôt un créatif, dans le duel, il a été très, très performant. Il a pris beaucoup, beaucoup de poids dans l’équipe. Il assume. »

Bataille des airs dans le ciel bleu

En contre, la lecture du jeu de Kanté domine – encore et toujours – largement les intentions belges, tandis que la justesse technique de Pogba et Griezmann lance brillamment les Bleus, portés par un jeu long ou mi-long excellent : Pogba 4/5, Kanté 4/4, Griezmann 3/3, Varane 6/8 et Mbappé 1/1. En attaque placée, les Bleus misent sur les accélérations de Mbappé – un amour de passe pour Pavard à la 39e, et puis cette passe roulette mythique – et les passes créatives de Pogba, mais les Bleus n’exercent jamais de pression constante sur le but adverse via la possession. Dans les deux surfaces, il faut noter que les centraux remportent absolument tous leurs duels contre Giroud et la paire Lukaku-Fellaini, mise à part la frayeur Umtiti en fin de première période. Une fois l’ouverture du score acquise par les Bleus, Martínez fait un changement pour la verticalité : Mertens pour Dembélé. Le Napolitain vient se placer en ailier droit et bombarde la surface de centres bien brossés, mais les centraux bleus s’interposent.

Il y a un prix à payer : protégée seulement par Witsel et De Bruyne dans l’axe, la défense belge souffre sans le ballon, comme contre le Japon. Les Belges se retrouvent avec moins de contrôle et donc de menaces offensives : dans le quart d’heure qui suit, leurs armes se résument aux centres pour Lukaku-Fellaini (le second s’impose à la 65e) et aux frappes lointaines (De Bruyne 76e, Witsel 81e), bien mieux défendues par les Bleus que contre l’Argentine et le Pérou. Carrasco entre pour Fellaini, Nzonzi et Tolisso remplacent Giroud et Matuidi. Les dernières minutes sont une souffrance plus psychologique que tactique, les Bleus se procurant les dernières occasions de la rencontre dans les boulevards belges (Tolisso puis Grizou).

La structure du caméléon : Matuidi, Giroud et le triangle magique

Le onze est structurellement construit pour s’adapter. Autour du nouveau triangle magique Griezmann-Pogba-Kanté, Matuidi et Giroud offrent des armes différentes pour s’adapter à toutes les situations. De retour dans le onze, Blaise n’a pas fini de nous surprendre : la France s’attendait au marquage sans faille sur De Bruyne et aux frappes en bout de course, mais pas forcément à cette habileté dans les petits espaces (cette passe à la neuvième…) et cette faculté à obtenir des fautes en transition (quatre fois). Des stats à la Lampard : trois tirs, deux passes clés, six tacles réussis, trois interceptions. Devant, dans ce contexte tactique, Giroud est une pièce à part, adaptée au défi physique gaulois et au devoir défensif, mais certainement pas aux contres rapides et à ce 4-6-0. Alors, pourquoi Giroud ? Parce que si la Belgique avait choisi un autre projet tactique, le 9 aurait été l’élément central de l’animation offensive française. À noter qu’en matière d’armes individuelles, les Bleus ont de la marge (Fekir, Lemar, Thauvin), mais pas au poste d’avant-centre.

De l’efficacité et de l’ambition des Bleus

Deschamps dira que « la Belgique a eu plus de maîtrise que nous. On lui a fait mal par moments. Avec plus de justesse, on aurait pu leur faire encore plus mal » . Mais les Bleus ont-ils vraiment manqué de justesse ? Ou d’ambition ? Entré à la 84e, Nzonzi n’a touché que trois ballons. En dix minutes, Tolisso n’a fait que deux passes. Et si les Bleus avaient fini par encaisser un but sur un exploit individuel inévitable – toute solidité défensive est toujours relative aux exploits offensifs adverses – comme contre l’Argentine, aurait-on mis l’égalisation sur le dos d’un manque d’efficacité en contre ? Il serait opportun de poser la question de ce recul systématique du bloc bleu, même quand il a les armes pour défendre avec le ballon et mettre la pression sur le camp adverse. Obsession de l’équilibre de Deschamps ? Refus du jeu ? Ou confiance en ses propres moyens pour défendre en bloc ? Contre l’Argentine, les Bleus avaient eu quarante minutes pour renverser la tendance face à un bloc défensif très ouvert. Contre le Portugal il y a deux ans, face à un bloc regroupé, une petite dizaine de minutes n’avait pas suffi. Mais les Portugais n’avaient pas croisé la route de Mbappé.

Le leader Mbappé

Définissant match après match les limites de son propre monde, l’ado a réalisé une nouvelle performance de leader : deuxième Bleu le plus sollicité avec 56 ballons, il a maintenu les Belges sous pression avec six passes clés, sept dribbles réussis et trois fautes provoquées. Comme Neymar, Mbappé tente, rate, réussit, tombe, se relève et repart à l’assaut. Un accident de la nature, à l’image de sa passe roulette qui nous a tous cassé la voix. Suffisant pour lui pardonner de ne pas savoir encore obtenir un corner… En 1812, lors de la campagne de Russie, Napoléon avait voulu attaquer directement Moscou en espérant faire plier la capitale St-Pétersbourg. Cette fois-ci, la France a d’abord pris la forteresse de Pierre le Grand pour se diriger vers la conquête du Kremlin. Et y retrouver la marine anglaise ?

Markus

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Article publié le 11/07/2018 sur SOFOOT.com

Les Leçons Tactiques de France-Uruguay

L’adaptation tactique, devant, derrière et au milieu. Portés par la passe décisive et le but de Griezmann au cœur du jeu et de l’équilibre (2-0), les Bleus de Deschamps ont su s’adapter pour maîtriser ce qui aurait pu être un combat tactique légendaire. Orphelins de Cavani, les hommes de Tabárez avaient choisi de prendre l’initiative et d’aller chercher les Bleus. Ils les ont trouvés.

« Je parcours le monde, les mains tendues, et dans les stades je plaide : une belle action, pour l’amour de Dieu ! Et quand le bon football apparaît, je dis merci pour le miracle et je me fiche bien de savoir quelle équipe ou quel pays l’a produit. » Si l’auteur uruguayen Eduardo Galeano avait pu se rendre sur les bords de la Volga à Nizhny Novgorod hier après-midi, il aurait certainement apprécié le petit pont de Griezmann, du bout du pied, évanouissant la vigilance de Laxalt. Ses yeux auraient cligné devant l’électricité des démarrages de Mbappé. Au milieu de la superbe architecture bleu et blanc, Galeano se serait certainement levé pour applaudir la protection de balle de Pogba, le poids-lourd qui remonte le ballon comme un 10. À contrecœur, il aurait été ému par la rage du coup de tête de patron de Varane et pleuré les larmes de Giménez. Enfin, l’auteur de Football, ombre et lumière aurait probablement été ébloui par le soleil de cette Coupe du monde : la « physique kantique » de N’Golo.

Nuances. Si la France a été bousculée en première période, son bloc ne s’est jamais découvert. Et s’ils ont marqué sur un coup de pied arrêté et une erreur du gardien, leurs seuls tirs cadrés, les Bleus se sont aussi permis de lâcher plusieurs petits ponts à l’Uruguay en quarts de finale de Mondial. Le spectacle n’est pas qu’au fond des filets. Tout est relatif, mais une chose est certaine : en fonction de l’adversaire et de ses propres forces, cette équipe de France trouve toujours les moyens de s’adapter. Pour le pire : contre un adversaire inférieur, elle ne dicte pas le jeu. Et pour le meilleur : elle sait danser sur toutes les musiques. Illisible, mais injouable ? Tabárez l’a bien résumé : «  Pendant vingt minutes, on a été au même niveau que la France. Mais on n’a pas su profiter des erreurs dans leur surface. Ils ont mené et ensuite cela s’est joué sur des détails. C’est ça, un quart de finale de Coupe du monde. La France a bien contrôlé le match, mieux joué que nous. On n’a pas trouvé de solutions. »

L’Uruguay en force

La sagesse et la béquille du Maestro Tabárez reconduisent un 4-4-2 en losange. Devant Muslera, on retrouve la charnière de l’Atlético, Cáceres à droite et le milieu Laxalt et sa discipline italienne à nouveau placés arrière gauche. Au milieu, le guerrier de poche Torreira se place en soutien des relayeurs Nández-Vecino et des bons pieds de l’élégant Bentancur. Pas de trace du pitbull Sánchez ni de l’ailier travailleur Arrascaeta : la Celeste n’est pas venue pour détruire le jeu. Pour remplacer Cavani, Tabárez choisit les mouvements de Stuani plutôt que la force de Maxi Gómez. Une confiance en ses forces qui s’explique aisément : depuis le mois de mars, l’Uruguay reste sur 7/7 victoires pour 13 buts marqués et 1 seul encaissé (la tête de Pepe). En poule, il avait même joué avec 59% de possession (vs Russie et Égypte). Mais le projet a ses limites techniques : l’Uruguay est le quart-de-finaliste avec le plus de possessions gâchées par match (mauvais contrôles et ballons subtilisés) : 29, loin derrière le leader suédois (16). Côté bleu, DD reconduit le onze argentin avec Tolisso pour Matuidi.

Beaucoup s’attendaient à passer une heure et demie – voire deux heures – à mesurer la capacité de déséquilibre de l’animation offensive française face au degré de compacité du bloc uruguayen. Que nenni. Alors que la semelle de Giménez s’invite dans le talon de Giroud dès la 2de minute et que Nández tacle autoritairement Hernandez dès sa première touche de balle, Torreira prend le temps de poser le jeu et Giménez n’hésite pas à progresser jusqu’à la ligne médiane. Le danger se projette rapidement vers la surface française. À la 4e, Varane manque une relance, et Suárez lance Laxalt : le ballon traverse la surface bleue jusqu’à Stuani. Une minute plus tard, Nández obtient une faute qui aurait pu offrir un coup franc intéressant, mais Cáceres choisit de jouer vite au sol. Suárez dévie pour Stuani qui croise trop sa frappe au ras du sol. Avec Cavani, le scénario aurait pu être différent… Comme contre l’Argentine à 1-2, c’est encore Mbappé qui endosse le costume du super-héros aussi imperturbable que réconfortant : accélération, un-contre-un, puis deux, transversale de Griezmann et frappe de Lucas. « Il ne fallait pas tomber dans leur jeu, rester calme, être positif et amener le jeu là où on voulait » , dira Griezmann.

Intensité, fautes et faux rythme

En huitièmes, l’Uruguay avait choisi de reculer pour mieux mettre à jour le manque de créativité portugaise, Cavani occupant le poste « d’avant-centre défenseur central » . Hier, Tabárez a préféré défendre en avançant. Lorsque la possession bleue progresse sur les côtés, le pressing part agressivement attaquer Hernández, Pavard, Tolisso et Pogba. Seul Kanté se retrouve libre pour avancer dans l’axe. Nourris en phases de transition, les Bleus auraient pu se lancer avec témérité dans ces espaces imprévus. D’ailleurs, lorsqu’ils essayent d’accélérer, les combinaisons sont précipitées – déviations imprécises de Griezmann – ou mal coordonnées : à la 35e, une ouverture de Pogba lance Mbappé à droite, personne n’a suivi. Au lieu de transformer la rencontre en une succession d’attaques rapides des deux côtés, les hommes de Deschamps s’adaptent. Dans l’intensité, d’une part (Hernández, Umtiti, tous les milieux). Et dans la gestion du rythme, d’autre part : les Bleus aussi savent commettre des fautes ennuyantes (Hernandez, Pogba) et prendre le temps de construire. À la mi-temps, les débats sont équilibrés : un avertissement chacun sur phase arrêtée (Varane 11e, Giménez 14e), un coup de tête «  gagnant » chacun (Varane 40e, Cáceres 44e) et 4 tirs de chaque côté. « Jusqu’au premier but, qui provient d’une de nos pertes de balle, le match était équilibré  » , rappellera Suárez. Mais les Bleus ont capitaine Hugo : autoritaire et courageux sur sa sortie à la 14e, héroïque sur la tête de Cáceres.

L’Uruguay cale, mais la France n’accélère pas

En fin de première période et surtout en seconde, le projet uruguayen perd en vigueur et oxygène, privé du volume et de la qualité d’un Cavani jusque-là immense. Là, au lieu d’aller chercher la balle de match, les Bleus se montrent encore une fois très (trop ?) prudents, comme en huitièmes. Varane et Umtiti tiennent une ligne défensive rigoureusement basse, et les coups de pied arrêtés sont joués en pensant plus au futur contre adverse qu’au deuxième but. Attentifs, les Bleus continuent leur festival de petites fautes intelligentes aux alentours de la ligne médiane. Autour de leur surface, ils se montrent aussi compacts que contre le Pérou. Au bout d’une montée d’abord chevaleresque puis altruiste de Pogba, Grizou se charge d’éliminer la sélection du parrain de sa fille. Le timing est terrible pour Tabárez, qui préparait les entrées de Rodríguez et Maxi Gómez. À la 79e, la bonne entrée de Nzonzi – précieux dans le duel aérien et la gestion du ballon – fermera définitivement le verrou.

Mais pourquoi les Bleus sont-ils si forts pour gérer ces matchs à faux rythme ? Avançons 6 explications. D’une, la richesse de leurs différentes cultures de jeu : le onze Bleu évolue en Liga (4 joueurs), Premier League (4), Bundesliga (2) et Ligue 1 (Mbappé). Pour résumer, les Bleus sont une équipe d’athlètes techniques à l’aise avec et sans ballon entraînés par les meilleurs techniciens de la planète : Simeone, Mourinho, Conte, Zidane, Emery, Allegri, Valverde, Pochettino et Ancelotti/Heynckes cette saison. Ils savent s’adapter à tous les scénarios et styles. Dernier exemple, Tolisso : « J’ai évolué à un poste un peu inhabituel pour moi, mais le coach m’avait dit ce qu’il attendait de moi : aider Lucas et N’Golo pour que les milieux ne se retrouvent pas à deux. Sinon, ça risquait d’être compliqué, ils allaient prendre des vagues. Il fallait que je resserre un minimum tout en aidant aussi Lucas sur le côté.  » De deux, la culture de l’équilibre de Deschamps. Toujours conservateur, le bloc défensif ne se découvre jamais assez pour concéder des occasions grotesques. De trois, la puissance. Les Bleus voulaient offrir un « duel physique » (Kanté) à la garra charrúa. Bilan : 34 duels aériens gagnés, 23 perdus. Hier, notre colonne vertébrale Giroud-Pogba-Varane (1m91-92) a gagné 21 duels à eux trois (7 chacun).

De quatre, la voûte Kanté-Pogba. Peu importe qui joue à ses côtés (Matuidi, Tolisso), la paire assure l’équilibre, sort sur le porteur et, surtout, ne cesse de demander le ballon. En Russie, la paire Varane-Umtiti ne fait que 90 passes par match en moyenne, contre 120 pour Pogba-Kanté : les Bleus savent garder le ballon dans le trafic. Leur importance est comparable à celle de Casemiro pour la Seleção, invaincue avec son milieu et toujours perdante en son absence (Belgique hier, Argentine en 2017). De cinq, la variété de ses armes offensives : du pivot Giroud aux débordements de Mbappé en passant par la panoplie de Griezmann et la verticalité de Pogba-Tolisso (et Matuidi), sans oublier les projections de ses latéraux. Hier, la France a compté 9 tireurs différents pour 11 tirs. Si cette diversité est problématique lorsqu’il s’agit de construire une animation offensive harmonieuse, elle devient un atout quand il s’agit de s’adapter à l’adversaire. De six, enfin, Antoine Griezmann.

Griezmann, leader à l’uruguayenne

Il est heureux de défendre en bloc bas et en pressant haut. Il est ravi de faire accélérer de longues phases de possession et de lancer à toute vitesse des contres fulgurants. Il est au départ et à l’arrivée, en haut et en bas. Caméléon, faux attaquant, vrai buteur, Griezmann est à l’image de ces Bleus. En plus d’être décisif, le 7 s’est montré aussi vital pour le jeu que pour l’équilibre : la configuration des Bleus post-Euro s’adapte progressivement à sa figure. Dans les chiffres, cela donne 82 ballons touchés et 58 passes, plus du double de ses matchs contre l’Australie et le Pérou. Dans les détails, Griezmann tire (2), crée des situations de tirs (3), oriente le jeu (4/4 longs ballons), centre (6) et, enfin, tacle (5, leader des Bleus). Lorsque les Bleus souffrent près de leur surface à la 4e, c’est bien le numéro 7 qui vient se placer devant la défense en cas de rebond. Vingt secondes plus tard, il est devant pour couvrir la ligne de passe Godín-Torreira. Maestro. Une classe à part qui aurait pu faire dire à notre spectateur poétique Galeano : « La balle rigole, radiante, dans l’air. Il la fait redescendre, l’endort, la douche de compliments, danse avec elle… Et devant un tel spectacle, ses admirateurs ne peuvent que ressentir de la tristesse pour leurs futurs petits-enfants qui ne le verront jamais de leurs propres yeux.  »

Markus

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Article publié le 07/07/2018 sur SOFOOT.com