Les Leçons Tactiques de France-Allemagne

Il l’a fait. Lui, Didier Deschamps. Lui, Antoine Griezmann. Lui, Hugo Lloris. Lui, Samuel Umtiti. Lui, Paul Pogba. Lui, Bacary Sagna. Lui, Laurent Koscielny. Lui, Moussa Sissoko. Lui, Patrice Évra. Lui, Blaise Matuidi. Lui, Olivier Giroud. Lui, Dimitri Payet. Lui, N’Golo Kante. Lui, Yohan Cabaye. Lui, André-Pierre Gignac. Lui, lui, lui et tous les autres. L’équipe de France l’a fait. Et la théorie de la force du groupe de DD a encore vaincu. En face, il y avait le champion du monde en titre et ses idées de jeu sophistiquées. Presque trop subtiles.

Le petit prince voulait qu’on lui dessine un mouton. Dans la nuit marseillaise, Antoine Griezmann n’a pas tremblé au moment de crayonner nos songes enfantins. D’un coup de pinceau aussi fin que décidé, mené par cette conduite de balle d’ailier latin et emporté par ce sens du jeu de meneur français, Grizou n’a cessé de remettre le plan de jeu des Bleus sur ses épaules quand celui-ci insistait pour rester au sol. Dès les premiers instants, il signait une percée que seuls les petits génies gauchers savent entreprendre. Mais Grizou n’est pas petit. Face au géant Boateng, il a longtemps rebondi, mais est toujours revenu. S’improvisant meneur de jeu reculé, loin comme Redondo mais rapide comme Djorkaeff, il a tenu le jeu des Bleus entre ses pieds. Un contrôle, une relance, une remise. Au duel, au dribble, au tacle. Tout est passé par Grizou. Et au milieu du désert de l’animation offensive bleue, à l’image d’un Antoine de Saint-Exupéry paumé dans le Sahara, Antoine a lui aussi écrit son histoire de petit prince.

5 minutes de bleu, 40 minutes de blanc

Le cœur bat à cent à l’heure, mais le jeu n’accélère pas. Un faux rythme, une musique saccadée et lente : le début de la rencontre est un tour d’observation. Comme prévu, les Allemands ne semblent pas savoir à quoi s’attendre. Parce que les Bleus n’ont pas encore d’identité, parce que Deschamps a brouillé les pistes, parce que son 4-2-3-1 pourrait être un avion de chasse, ou pas, et parce que personne ne peut avoir la présomption de prévoir le jeu de Moussa Sissoko. Après cinq bonnes minutes françaises, le 4-2-3-1 abandonne et montre qu’il n’a rien d’un chasseur. Incapable d’aller chercher un ballon dans le camp adverse, incapable de presser le porteur de balle de manière coordonnée, incapable de diriger la possession adverse vers des zones préférentielles, le système français est vite devenu muet face au chant de la possession allemande.

Positionné dans un 4-4-2 qui a tout essayé pour faire de Payet un ailier gauche défensif, le bloc des Bleus a fait l’essuie-glace. Balancé à droite et à gauche par les transversales des quatre pieds de Boateng et Kroos, il n’a pourtant pas bronché. Vulnérable à gauche et très souvent en plein axe, il s’est montré admirable à droite, côté Sagna. Derrière, la crinière de Koscielny et les pattes de Umtiti ont tout repoussé. La première période fut une tempête de neige sur la Côte d’Azur : étouffé par un immense nuage blanc, le ciel bleu ne s’est pas montré, ou presque. Un coup franc miracle, puis un deuxième. Et enfin ce penalty céleste.

Une Mannschaft qui centre plus qu’elle ne tire

Porté par quelque chose, le public, un esprit, le groupe bleu commencera la seconde période avec la même conviction que la première, avant d’être ramenée à la réalité par le contrôle des idées de jeu allemandes. Des concepts puissants qui lui offriront une domination industrielle du ballon, mais aucun produit fini, la faute à un manque d’efficacité à faire pleurer Thomas Müller, assis près de quatre fois dans des conditions de buteur. Le résultat aurait-il été différent avec Hummels, Khedira et Gómez ? Si le match devait se rejouer dix fois, il serait compliqué d’imaginer les Allemands frapper autant sans marquer. Mais Lloris s’est montré plus fort que tout. Et le match devait se gagner là, cette fois, jeudi soir. Portés vers les côtés par le 4-4-2 de Deschamps, les Allemands ont fini par plonger dans une répétition de centres dangereux, flottants, courbés, forts. Et insuffisants face à la forme de la charnière Umtiti-Koscielny (6 centres réussis sur 28). En face, Pogba a eu besoin d’un seul pas de danse pour renverser toute la boîte. Une fois de plus, ce sont les individualités françaises qui ont porté le projet collectif vers les sommets.

Deux buts isolés, mais constructifs

Les Bleus ont donné une impression de manque d’idées à la transition, mais il faut noter que les deux buts ont été le résultat de deux actions anormales : cette équipe de France a su se surpasser aux meilleurs moments. À l’origine du corner du premier but, la première action naît dans le sang-froid des pieds calmes de Samuel Umtiti, premier central français de l’Euro à se montrer aussi habile et intelligent dans l’utilisation du ballon. La seconde provient d’un pressing opportun, presque improvisé à la suite d’une transmission allemande imprécise. Une relance courageuse et un pressing de pirates auront donc suffi pour faire tomber Neuer. Deux fois.

Les chiffres des Bleus
3 – Le nombre d’occasions créées par Olivier Giroud, un homme qui préfère donner que prendre.
15/25 – Le ratio de longs ballons réussis d’Hugo Lloris. Des parades et des diagonales, le pain et le nutella.
11 – Le nombre de ballons repoussés par El Doctor Koscielny.
5 – Le nombre de dribbles réussis par Griezmann. Premier Français. Autant que tous les autres Bleus réunis.
7 – Le nombre de tirs tentés par Griezmann. Premier Français. Autant que Payet, Giroud, Pogba et Gignac réunis.
58 – Le nombre de ballons touchés par Griezmann, premier Bleu dans cette catégorie devant Pogba (50). Ahurissant pour un attaquant buteur et meneur. La tête, le cœur et les jambes de cette équipe.

Markus

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Article publié le 08/07/2016 sur SOFOOT.com

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