Les Leçons Tactiques de Manchester City-PSG

Après avoir sauté des pages de sa partition au match aller, le PSG de Laurent Blanc s’est trompé de livre à Manchester et a ainsi proposé une première période stratégiquement incohérente. Le choix du plan de jeu initial aura eu de lourdes conséquences sur le reste de la rencontre, entraînant ainsi un festival de solutions tactiques d’urgence qui appuient là où ça fait mal : ce PSG n’était pas prêt, ou du moins pas préparé.

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Les vieilles façades du centre-ville transpirent des siècles de pluie, le verre des tours modernes laisse glisser les gouttes, et à l’Est de cette créature urbaine étrange qu’est Manchester, l’Etihad Stadium s’allume sous le crachat du gris ambiant. Un peu vaisseau spatial, un peu insecte architectural, l’enceinte des Citizens devait réunir mardi soir l’élite du football. Dix sud-américains, un géant Suédois, un golgoth Anglais, un petit Belge tout roux, quelques Espagnols et d’autres étoiles mondiales avaient tous rendez-vous là-bas, tout là-haut, au milieu de rien, à Manchester. Une ville surprenante qui a fait pousser la créativité de générations d’artistes. Mais pas mardi soir.

Etihad Stadium

Analyse et résultat

Match nul à domicile, défaite à l’extérieur, et le PSG est éliminé en quart pour la quatrième fois consécutive. C’est arrivé face au Barça avec la manière et les honneurs, Chelsea par excès d’attentisme, le Barça sans beauté ni cruauté, cette fois, puis enfin Manchester City. Forcément, dès que le résultat est tombé mardi soir, tout Paris s’est empressé de lister des motifs d’explication à coup de principes bruyants. Un problème d’état d’esprit et de manque de hargne pour ceux qui croient encore voir que Zlatan ne court pas parce qu’il n’aime pas ça. Un problème de stratégie sportive pour ceux qui, armés de savants calculs, estiment que Cavani et Di María ne sont pas adaptés au projet parisien – parce qu’ils auraient coûté trop cher. Un manque de qualité individuelle pour les autres qui crient qu’il serait scientifiquement impossible qu’une équipe remporte la C1 avec Blaise Matuidi. Mais gagner la C1 n’est pas une question de kilomètres, de retour sur investissement ni de somme de talents individuels. Difficile, donc, de faire le tri.

Parce qu’en plus d’être longue et confuse, cette liste d’explications se nourrit uniquement d’une analyse a posteriori du résultat. Si le PSG avait gagné, avec exactement le même jeu et la même préparation, il aurait reçu autant d’éloges qu’après le huitième à Stamford Bridge, à tort. D’ailleurs, mardi soir à Manchester, avec ce même effectif, cette même hargne et cette même tactique, le PSG aurait très bien pu s’imposer 0-1 sur la tête de Thiago Silva à la 65e minute. A la 75e, une bonne partie de l’Etihad Stadium voyait le PSG se qualifier in extremis. Même avec la défense à trois. Même avec le palmarès d’Ibra en C1. Même sans Verratti. Mais la qualité d’une prestation footballistique ne peut être réduite au résultat, qu’il soit bon comme à Londres ou mauvais comme à Manchester. Même si le PSG s’était qualifié en demi-finale, ces 180 minutes auraient de toute façon montré ses limites : l’absence de contrôle sans Verratti, le manque de hiérarchie au milieu avec Motta-Rabiot, une animation collective qui dépend bien trop des exploits individuels d’Ibra et Di María, une phase défensive perturbée par des erreurs individuelles – provenant trop souvent de David Luiz. Et puis enfin l’incapacité habituelle à se réinventer, chercher de nouvelles solutions, mettre en place un plan B cohérent et jouer avec les idées claires. Tâchons donc ici de produire une analyse descriptive du scénario de la rencontre et des choix qui ont provoqué son déroulement.

De Bruyne Marquinhos

Le 3-5-2, incohérence stratégique

Dans un monde où les schémas de jeu ressemblent parfois à des numéros de téléphone, le 3-5-2 reste un grand classique. Redevenu à la mode dans les années 10 en Italie, porté par la Juve et le Napoli en Europe, il offre à la fois robustesse et intelligence. Robustesse parce que l’attaque adverse est souvent victime d’infériorité numérique – comme le Kun mardi soir – et parce qu’il propose une occupation dense sur toute la largeur du terrain. Intelligence parce qu’il multiplie les solutions de relances au sol et les lignes de passes vers le milieu. Les ailes sont couvertes sans exiger la participation des acteurs offensifs – Ibra et Cavani, en l’occurrence – et Thiago Silva a l’embarras du choix pour ressortir le ballon proprement dans son camp. Plus d’assise derrière, mais moins d’aisance au milieu et sur les ailes.

Seulement, alors que Pellegrini présentait son bloc ultra-conservateur et sacrifiait le talent de ses offensifs, le PSG n’avait absolument pas besoin de conserver aisément le ballon dans son camp mardi soir. Après le 2-2 dangereux de l’aller, le PSG devait marquer, provoquer des brèches et rapidement enflammer la rencontre. Durant près de 45 minutes, Paris aura finalement accompli l’objectif du schéma mis en place : conserver le 0-0 sans concéder d’occasion, mis à part ce pénalty (zéro tir cadré concédé tout de même). Mais pourquoi ? Face à des Citizens en souffrance défensivement cette saison à domicile, on attendait un Paris-Saint-Germain agressif capable de mettre le ballon le plus souvent possible dans la surface adverse, peu importe la possession. Avec ce 3-5-2 aux larges courbes et aux lourdes manœuvres, la fantaisie de Di María, la vision de Zlatan et les courses de Cavani ont vite été réduites à néant. Le trio offensif a été très critiqué a posteriori, mais il faut souligner que s’il s’est vite fait éjecter du circuit de la possession et a fini par ne jamais rentrer dans son match, ce schéma en est en grande partie responsable. La possession elle-même s’est avérée stérile et même souvent maladroite, peu aidée par l’absence totale d’automatisme (oui, parce que ce schéma n’avait jamais utilisé auparavant) et par les difficultés de Maxwell et Van der Wiel à interpréter ce rôle si particulier qu’est celui de milieu latéral. Compliqué d’occuper le terrain adverse dans ces conditions, et presque impossible donc d’exercer une pression constante sur City. En résumé, le PSG a obtenu un 0-0 indésirable et perdu 44 minutes cruciales qui ont conditionné l’ensemble de la rencontre. Et sans ce cri de douleur de Motta, cela aurait pu duré encore plus longtemps.

Le bal des déplacés

Alerté par la fragilité de sa défense au match aller, Laurent Blanc espérait certainement solidifier son bloc défensif sans provoquer de conséquence sur la qualité de son animation offensive. Mais alors que la paire anarchique Motta-Rabiot est une nouvelle fois chargée d’organiser et de réguler, sous les coups de pression de Fernando et Fernandinho, l’Italo-Brésilien se fait rapidement couper du dialogue de la possession et n’arrive ainsi pas à en placer une. Avec lui, tout Paris sait bien qu’une seule suffit. Mais elle n’arrivera jamais. Alors que l’Etihad se laisse bercer par les chants parisiens, Thiagone chute une première fois à 1a 41e. Le staff du PSG semble enregistrer l’information et discute avec le joueur, mais aucun remplaçant ne part s’échauffer. Quelques minutes plus tard, le cri de douleur de Motta se fait entendre. Devant le fait accompli et sans solution planifiée apparente – personne n’est parti s’échauffer – Blanc demande à Lucas et Stambouli de se changer. C’est le point de départ d’un bal de solutions tactiques d’urgence. Vingt ans plus tôt au Maine Road, les supporters de City auraient certainement chanté le célèbre « You don’t know what you’re doing ».

Le bal n’est pas joyeux, plutôt du genre dramatique, rythmé par une musique saccadée, tragique, qui accélère, de plus en plus sombre, de plus en plus gênante. Aurier défenseur gauche. Van der Wiel milieu droit. Di María sans poste. Puis Aurier défenseur droit et Marquinhos défenseur gauche. Puis Marquinhos milieu défensif et Aurier défenseur central. Rabiot dans cette position de milieu à tout faire qui n’a toujours pas choisi entre organisation, élaboration et accélération. Et, enfin, Cavani dans ce rôle d’avant-centre réinterprété bien trop librement (consigne de Blanc ? prise d’initiative individuelle ?). Après la mi-temps, le PSG se retrouve donc en 4-3-3 et parvient rapidement à remettre en place ses circuits de possession favoris et ses enchaînements d’appels habituels. Seulement, il doit marquer contre un adversaire qui est maintenant en confiance défensivement, et doit compter sur Marquinhos pour organiser le jeu au milieu alors que Stambouli s’échauffe éperdument. Heureusement, Thiago Silva masque les réalités et porte tout Paris sur ses épaules.

Pellegrini tactique

Déséquilibre et manque de temps

Conséquence directe – et classique – du 3-5-2 : les attaquants parisiens se retrouvent vite coupés du reste de l’équipe. Cavani et Ibra – qui s’est plaint ouvertement de ce système de jeu en zone mixte – auront une réaction logique pour aider le reste de l’équipe : alterner d’une part les phases où ils redescendent pour proposer leurs pieds à l’élaboration du jeu, et d’autre part les phases de travail de numéros 9 de surface, pour essayer de donner une direction à l’équipe. Mais il aurait été intéressant de voir une autre répartition des tâches : Cavani n’a pas les qualités pour jouer dos au but, Ibra n’a pas le volume pour répéter les appels. A la 60e minute, l’animation offensive n’est toujours pas allumée et Blanc fait logiquement entrer Javier Pastore. Parce que les manœuvres sont lentes et lourdes, parce que City joue de plus en plus dur, et parce que l’Argentin n’a pas besoin de cadre pour peindre un chef-d’œuvre. Mais malgré une fluidification du jeu, le bloc est déjà bien trop déséquilibré : Di María est forcé d’essayer de faire le Mascherano au milieu, chaque récupération de City est suivie d’une faute parisienne, par précipitation ou conscience tactique, et Paris perd du temps, encore.

Le risque défensif de Pellegrini

En face, Manchester City a décidé de prendre le risque maximal : se qualifier sans élaborer de jeu et envisager donc d’encaisser un but tardif sans avoir eu l’opportunité de démontrer ses capacités offensives. David Silva court dans le vide comme un ailier travailleur, Jesus Navas court partout comme toujours, et De Bruyne s’applique plus ou moins au pressing. Le Belge n’apparaît que sur de rares transitions (très) rapides et habiles, Silva n’apparaît que sur les rarissimes phases de possession – avec une splendide maîtrise – et si le Kun parvient à proposer de la verticalité, ses propositions sont rejetées pour « manque de soutien ». Derrière, le défi physique est largement tenu par Mangala-Otamendi. Et finalement, tous les Citizens prennent rapidement pour modèles Sagna et Clichy : une défense sobre, un dégagement assuré, et encore de la défense sobre. Une fois de plus à ce niveau de la compétition, l’équipe avec les idées les plus claires a produit la prestation la plus cohérente. Si les esthètes de City – Silva et De Bruyne en première ligne – attendent encore Guardiola à genoux, ils ont les deux pieds en demi-finale.

Le manque de programmation tactique

Ainsi, le PSG a sombré en utilisant un schéma de jeu inadapté au contexte, à l’adversaire et à ses propres armes. A priori, la réflexion ayant mené à ce schéma provenait du manque de solutions de rechange au plan initial, le plan A, le 4-3-3 connu de tous, celui que l’on devrait renommer « plan V », comme Verratti. L’Italien blessé, Matuidi suspendu, David Luiz suspendu, Pastore incertain, Blanc s’est vu forcer d’inventer de toute pièce la mise en place d’un plan B en avril 2016. « En fait, les gens changent de manière significative seulement quand ils ont le dos au mur. Il se pourrait qu’il faille plus de fragilité, de drame et de misère économique pour que les choses bougent », disait cette semaine Christine Lagarde, directrice générale du FMI, lors d’un entretien donné à Bloomberg. Avant d’ajouter : « Si les politiques étaient déterminés, mieux coordonnés, et avaient une vision à long terme, bon nombre des problèmes avec lesquels nous nous débattons aujourd’hui pourraient être résolus. »

Le management d’une équipe de football nécessite aussi études, prévisions, gestion des risques, travail théorique et longues mises en applications. Alors, pourquoi ne pas avoir cherché de remplaçant à Verratti cet été ? Pourquoi ne pas avoir plus intégré Stambouli, milieu organisateur de formation, qui aurait permis le replacement de Marquinhos en défense centrale et la sortie d’un Aurier trimballé partout sur la pelouse ? Pourquoi ne pas avoir osé Kurzawa et préparé Maxwell à évoluer au milieu, comme il avait pu le faire sous Ancelotti ? Blessures ou coups du sort, peu importe, finalement. Cette campagne européenne se termine ainsi avec des idées floues dans le brouillard mancunien, et il faut déjà préparer la prochaine.

Markus, à l’Etihad Stadium, Manchester

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3 réflexions sur “ Les Leçons Tactiques de Manchester City-PSG ”

  1. Donc ça confirme ce que j’ai vu pendant le match : Blanc a fait absolument n’importe quoi et a sabordé son équipe. Je serais Nasser je le virerais immédiatement. Et tant pis pour le long terme, j’embaucherais Mourinho qui saurait maintenir cette équipe sous pression dans un championnat trop facile pour elle.

    1. Tout à fait d’accord sur les seuls matchs importants de la saison du Psg L Blanc se loupe lamentablement par manque de préparation et par une gestion à court terme sans aucune anticipation

      1. Sake / -Es asombroso como se puede engañar a los desinformados y la manipulación de la prensa pasatdirit.-Tanto la del PP como la del Psoe.-Por éso es tan dificil abrirse camino a un patido nuevo como UPyD.-Y con la ley electoral injusta te arrinconan.-Los dos Grandes partidos sólo se mueven para ocupar el sillón de cuatro en cuatro años.-Los problemas reales ni les importan y tapan la boca a quien los denuncia.-La única esperanza es que el pueblo no es tonto.-La única es verdad.

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