Les Leçons Tactiques de PSG-Manchester City

Après une prestation inconstante et inégale au Parc, le PSG de Blanc se retrouve dans une situation paradoxale à la veille du match le plus important de sa saison. Côté rêve éveillé, les Parisiens peuvent sereinement envisager le retour au vu du nombre d’occasions créées sans briller. Côté cauchemar amer, Paris a encaissé deux buts à domicile et laissé passer l’immense opportunité de s’envoler à Manchester avec une assurance tous risques. De toute façon, les deux points de vue s’accordent sur le plus important : le PSG n’a pas convaincu dans le jeu. Ni devant, ni derrière, et surtout pas au milieu.

Le désordre David Luiz
Le Parc des soirées européennes nous avait habitués à un football sophistiqué, charmeur et élitiste. Un football très parisien, finalement. Hier soir, pourtant, ce même Parc des Princes a plutôt été le théâtre d’un vulgaire spectacle, de quelques glissades ridicules et autres bouffonneries grotesques. À ce stade de la compétition, chaque ballon qui s’approche de la surface devrait être une menace de crise cardiaque. Hier soir, les deux équipes ont vite mis de côté l’excellence et la tension qui va avec. Dans ce contexte, s’il fallait choisir un visage pour habiller cette prestation, l’effectif du Paris Saint-Germain ferait un beau casting. Matuidi ? Rabiot ? Motta ? Di María ? Mais toutes ces candidatures, plus ou moins justifiées, ne font pas le poids face à l’énigme David Luiz. Un joueur qui côtoie l’élite du football européen depuis déjà près de huit saisons, mais que personne n’arrive à cerner. Un défenseur héros-zéro qui brouille les pistes des pieds à la tête, de ses relances décontractées à ses anticipations guerrières.

Hier soir, cette énigme ambulante n’a pas trahi sa réputation. Comme le PSG, David Luiz a commis des erreurs. Sur le premier ballon du match, aux abords de la surface parisienne, le contrôle d’Agüero est joliment orienté et le corps du Brésilien est déjà dépassé. Carton jaune, suspendu pour le retour. Sur le premier but, David Luiz est pris entre l’envie d’anticiper Fernandinho et le devoir de couvrir De Bruyne. Une glissade plus tard, il ne fera ni l’un ni l’autre. Mais le Brésilien a aussi affiché un autre visage. Dix minutes après ce jaune pénalisant, c’est lui qui ira chercher les pieds de Sagna pour provoquer le penalty parisien. Surtout, il empêchera le Kun de dominer la profondeur du Parc à l’aide de quelques sauvetages imposants. En temps normal, le PSG de Blanc préfère ressembler à Verratti et se faire juger sur son niveau de fidélité à sa « philosophie de jeu » . Mais hier soir, le PSG a bien plus ressemblé à David Luiz. Énigmatique, faussement à l’aise, mais pas vraiment en difficulté. Et difficile à cerner.

Les blocs déconnectés de City
Sur le papier, Blanc fait des changements : revoilà Cavani à la place de Lucas et Aurier à la place de Marquinhos. Verratti et Pastore dramatiquement absents, c’est Rabiot qui vient se situer entre Motta et Matuidi. Côté Pellegrini, le Chilien dessine un 4-2-3-1 orphelin de Yaya Touré et Vincent Kompany, sa grand-voile et son skipper. Le bloc mancunien est construit de quatre blocs qui manquent de lien : le quatuor défensif presque 100% français, la paire de milieux brésiliens, Jesús Navas en ailier droit à l’ancienne avec un script tactique précis, et enfin le triangle flexible Silva-De Bruyne-Kun Agüero. La performance des Anglais ne livrera pas de surprises, si ce n’est un esprit de combativité typiquement british, malgré la présence d’un seul Britannique dans le onze. Surtout, City aura donné l’impression d’assumer parfaitement son football à réaction. Les hommes de Pellegrini se sont emparés du ballon quand le PSG n’avait pas les idées assez claires pour savoir l’utiliser, c’est-à-dire en tout début de match : à la 10e minute, les Citizens ont plus de 60% de possession. Puis ils subiront avec discipline la possession parisienne, se plaçant dans un 4-4-2 ordonné et sacrifiant ainsi les jambes de David Silva sur l’aile gauche. Si le schéma a peu évolué, on peut noter que la variété des armes de City a été réduit au fur et à mesure du match, ce qui révèle une vraie impuissance.

Schématiquement, les Anglais ont commencé avec le ballon, mais la paire Fernandinho-Fernando a vite abandonné toute tentative d’occupation du camp parisien, à la suite du penalty non sifflé de Matuidi. Pellegrini s’est ensuite reposé sur un City que l’on connaît mieux, porté par la fantaisie du trio Silva-Kun-De Bruyne, capables à eux trois d’accélérer, de conserver, de faire tourner et même de marquer, à l’aide de l’apport vertical de Fernandinho. Mais ces courses se sont épuisées : le ballon aura passé plus de temps dans les pieds des latéraux et de Fernando que dans ceux de De Bruyne, Silva et Agüero. Alors, la seconde période aura vu les Citizens répéter sans cesse le même circuit : une tentative de jeu long vers Agüero, une tentative d’exploit créatif pour Silva, ou alors Jesús Navas. Postionné en winger de la veille école, l’Espagnol a lu sa partition avec brio : disponible le plus près possible de la touche, il lui a suffi de quelques accélérations sans fioriture pour mettre le ballon dans la surface parisienne. Et amener le second but. À Manchester, ces options seraient toutes embellies par l’éventuel retour de Yaya Touré.

L’anarchie parisienne
En relisant le film du match scène par scène, l’inégalité de la prestation parisienne saute encore plus aux yeux que par la simple énumération des épisodes. Le tableau initial est influencé par la première action de la rencontre : le carton de David Luiz et le coup franc qui suit feront peser une ombre gênante sur l’entame de match parisienne. Alors que City installe une possession importante, le PSG manque ses transitions rapides, et les Anglais font croire à un projet de jeu qui inclut le contrôle du ballon. Mais à la 7e minute, alors que les Citizens occupent le camp parisien sans conviction, Cavani lance Matuidi vers un penalty non sifflé. À partir de là, City reculera, et Paris entrera enfin dans son match. À la minute suivante, une possession française vient enfin visiter les deux ailes. Deux minutes plus tard, une belle manœuvre de Rabiot et Motta infiltre enfin l’axe pour atteindre Ibra sans que le Suédois ait à créer le décalage. Paris s’est retrouvé, obtient un penalty, puis se crée des occasions. L’ordre semble rétabli. Mais ces initiatives – possession collective, passe éclair de Motta, les bons appels d’Aurier et Maxwell – sont vite plombées par un milieu désordonné et anarchique.

Le PSG de Blanc sans Marco Verratti n’est plus la même équipe. C’est un fait avéré et supporté par les performances des Parisiens depuis quelques semaines. Mais cette prestation du milieu parisien nous fait croire à un diagnostic encore plus grave : le PSG de Blanc sans Verratti pourrait ne pas être une équipe tout court. Lorsque le projet parisien gravite autour des courtes pattes de l’Italien, il gagne tout d’abord de la réflexion grâce à la maturité de Verratti. Une fois la passe de Silva arrivée aux pieds de l’Italien, la philosophie collective du PSG dépend entièrement du jugement de Saint-Marco. Lorsqu’il ralentit, l’équipe ralentit. Lorsqu’il accélère, elle suit. D’une part, ce rôle a disparu avec le milieu Motta-Rabiot-Matuidi : Verratti n’est pas remplacé. Lors de la dernière rencontre pleine de C1 de Verratti, au Bernabéu, la distribution des ballons touchés avait été la suivante : 149 Motta, 115 Verratti (en 79 minutes, retour de blessure), 76 Matuidi. Hier soir, la distribution était la suivante : 130 ballons touchés pour Motta, 74 pour Matuidi et Rabiot, 71 pour Di María, 70 pour Ibra. D’autre part, Motta et Matuidi perdent leurs conditions idéales pour briller. Motta a besoin de dialoguer en permanence au milieu pour pouvoir mieux surgir de l’ombre et distiller l’une de ses passes éclair. Pour cela, il lui faut une possession permanente, laisser passer des appels et avoir le choix. Matuidi, lui, a besoin d’une structure pour pouvoir laisser parler librement ses courses. Mais le tandem Motta-Rabiot n’apporte ni dialogue ni structure.

Ibrahimović, roi sans couronne
Si le PSG récupèrera rapidement le ballon – 58% de possession à la 20e minute –, il ne mettra pas pour autant le pied sur le contrôle du jeu. À l’aide de l’activité de Di María à Stamford Bridge – 118 ballons touchés ! – ce diagnostic pessimiste sur le milieu parisien n’a jamais conduit à un changement majeur. Hier soir, l’Argentin est apparu pour la première fois à la 46e minute et n’est jamais parvenu à utiliser sa créativité au service du contrôle du jeu. À partir de la 10e minute, seul Ibrahimović sera parvenu à se proposer en pôle créateur constant. Les meilleurs moments parisiens de la première période sont d’ailleurs marqués par l’omniprésence du Suédois, replacé par nécessité en playmaker de 95 kilos. Seul Ibra semble alors capable de faire accélérer cette équipe, mais aussi de lui donner du contrôle. Cavani se montre utile et productif dans le combat du milieu qu’invite le nombre ahurissant de pertes de balle, mais il ne propose pas du jeu. Ibra, lui, se montre très fin techniquement, bien plus qu’à Stamford Bridge, par exemple, plus mobile et plus inspiré. Mais moins efficace devant le but.

Dans les deux cas, avec l’excès de participation de Di María ou d’Ibra (ou de Pastore la saison dernière), force est de constater que sans Verratti, le milieu parisien ne suffit plus jamais pour que le PSG développe un football ordonné. Et cela nous mène à des questions sur la stratégie parisienne : pourquoi ne pas avoir recruté un milieu supplémentaire au profil de toque de Verratti ? Pourquoi remplacer l’Italien par Rabiot sans adapter le reste de la structure ? Très loin à Santiago, David Pizarro s’est peut-être dit qu’il aurait pu rendre quelques services aux Parisiens hier soir. Sans parler de Borja Valero. Parce qu’une telle dépendance – il ne s’agit pas d’un joueur qui fait la différence, mais d’un joueur qui détient les codes du projet de jeu – n’est pas dangereuse, elle est suicidaire. Finalement, les 25 premières minutes de la seconde période seront les plus intéressantes pour Paris et feront alors croire à une lente montée en puissance, voire une pluie de buts. Paris mène alors 2-1, jouit de 70% de possession, a déjà tiré 15 fois et domine outrageusement City techniquement : 89% de passes réussies contre 73%. Mais cette domination sera gâchée par une erreur défensive de trop. Et dans le dernier quart d’heure, les hommes de Blanc ne trouveront jamais le jus et la lucidité pour retrouver patience et vitesse.

Markus

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Article publié le 07/04/2016 sur SOFOOT.com

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