Les Leçons Tactiques de Real Madrid-PSG

Le football a ses secrets, et parfois, une défaite peut s’avérer plus intéressante qu’un match nul. Mardi soir au Bernabéu, le PSG a paradoxalement perdu mais convaincu : si les hommes de Laurent Blanc n’ont pas marqué, ils ont beaucoup joué et créé, portés par un Di María révolutionnaire. Les soucis de finition peuvent s’avérer inquiétants pour les Parisiens, mais pas autant que le manque d’élaboration et de création de leur performance au Parc il y a deux semaines. Une défaite réjouissante, en poule, ça existe.

La nuit est déjà tombée alors que les troupeaux de la Castellana s’empressent de sortir des bureaux pour aller assister au saint-spectacle. L’Estadio Santiago Bernabéu affiche complet pour la première fois de la saison, mais l’effectif de Rafa Benítez ne peut pas en dire autant : l’automne n’a pas attendu Benzema et Bale pour imposer son air frais à Madrid. En revanche, il a soufflé dans le dos de Luka Modrić pour faire revenir le playmaker. Par rapport à l’aller, l’entraîneur espagnol abandonne le 4-4-2 compact et lance un 4-3-3 quelque peu déséquilibré. Alors que le trio Casemiro-Modrić-Kroos est cohérent au possible, rythmé, puissant et intelligent, le trident offensif ne danse pas comme il faut. Isco et Jesé tentent de percer, mais dialoguent peu, et Cristiano Ronaldo se retrouve sans mot. Dans une position de numéro 9 libre, le Portugais avait besoin de vitesse et de soutien. Thiago Silva et David Luiz – mais aussi Aurier et Maxwell – lui ont refusé ce luxe. Et ce Real Madrid a accouché d’une performance européenne bien pâle, malgré un super Casemiro – celui que l’on attendait le moins, finalement. Avec Benzema, les contres auraient été chantés avec plus de justesse et de volume, évidemment. Mais la lecture défensive des hommes de Blanc a sa part de responsabilité dans le manque de production de jeu des Blancos.

Test réussi sans Saint-Marc

Un petit quart d’heure, et pas une minute de plus. Dans l’arène où Carlo Ancelotti rêvait de le voir imposer son génie technique à une Liga qui aurait adoré ça, Marco Verratti n’a pas fait long feu. À la 15e minute, l’Italien abandonne ses coéquipiers, et Blanc choisit Adrien Rabiot pour le remplacer. Du poste pour poste ? Pas exactement. Si le Français se place bien à droite de Motta, son entrée en jeu bouleverse le fond et la forme du jeu parisien, pour le meilleur. En 15 minutes, Verratti avait caressé 22 ballons. Lors des 15 minutes qui suivent, Rabiot en touche seulement 8. Moins de contrôle, plus de liberté. Le Français accompagne l’animation offensive parisienne de telle sorte que le PSG s’appuie sur un seul milieu défensif : Motta. Le résultat est une accumulation d’occasions : la frappe de Matuidi, l’enroulé et le coup franc d’Ibra, le poteau de Rabiot, le centre fuyant de Maxwell, le un-contre-un de Cavani…

Malgré un premier dégagement craintif de Maxwell et une erreur de marquage de Rabiot sur Casemiro dans la foulée de la blessure de Verratti, Paris tient le coup pour trois raisons. D’une part, Thiago Silva et David Luiz réalisent un enchaînement d’interventions audacieuses qui coupent le souffle des contres madrilènes, et mettent notamment en échec les remises talentueuses de Cristiano. D’autre part, Paris parvient à se projeter dans le camp madrilène et à insister : Ibra, Cavani, Matuidi et Di María pressent avec une intensité que l’on n’espérait plus, et le camp parisien n’en finit plus de monter. En plus, Zlatan remporte ses duels aériens et multiplie les solutions. Enfin, si la relance parisienne est moins brillante et fluide en l’absence de Verratti, la science de Motta, ainsi que la patience de Maxwell, Thiago Silva, David Luiz, Aurier et Trapp permettent à Paris de ne pas reculer. Le jeu au pied du gardien est crucial, malgré sa sortie hideuse. Et mardi, les longs ballons de David Luiz ont tous été précis (6 sur 6).

Di María le révolutionnaire

Le match nul du Parc il y a deux semaines avait soulevé de nombreuses interrogations autour de la capacité de l’animation offensive parisienne à retrouver de la fluidité. Certains avaient vulgairement pointé du doigt la supposée lenteur et les imprécisions d’Ibrahimović. D’autres préféraient remettre en cause la mauvaise utilisation de Di María (et Cavani, évidemment) dans ce trident qui semblait incapable d’interagir. Mardi soir, Blanc a trouvé une solution pour lier à nouveau élaboration et création : déplacer Ángel Di María. Placé entre les lignes à l’intérieur du jeu dans un rôle de milieu offensif droit, l’Argentin a révolutionné le jeu parisien. D’une, Di María touche bien plus de ballons et se montre plus influent dans une zone historiquement abandonnée par Paris en l’absence de Javier Pastore : 108 ballons, autant que Motta. De deux, il libère le couloir droit aux appels explosifs d’Aurier. De trois, Ibrahimović retrouve deux pieds malins pour venir semer le trouble aux abords de la surface adverse. De quatre, l’Argentin se retrouve au centre du jeu dans une position où il peut aussi bien lancer Aurier à droite, repiquer sur son pied gauche ou prolonger l’action vers Maxwell et Cavani (13 longs ballons réussis sur 16 !).

Ainsi, le 4-3-3 se transforme rapidement en 4-2-fantaisie avec Di María et Matuidi (superbe en début de match, plus discret ensuite) entre les lignes, Cavani en attaquant gauche (l’énigme : pourquoi ?) et Ibrahimović en avant-centre mobile. En seconde période, le PSG a été carrément dépendant de sa recrue estivale : toutes les occasions ont été pensées par sa gourmandise. Un bon appel dans le dos des Madrilènes suivi d’une reprise molle, un corner-tir et un coup franc sur la transversale. Jamais découragé par ses pertes de balle et ses excès de confiance, l’appétit de création de Di María semble inépuisable. Une arme capitale à l’heure de se confronter aux meilleures défenses d’Europe. Si la rigidité de Van Gaal en a eu assez de ce surplus d’improvisation, Blanc aurait tort de ne pas encourager son numéro 11 à continuer à essayer. Dans son ancien jardin, l’amoureux de Rosario Central a réussi 8 dribbles mardi soir, soit bien plus que tous les joueurs madrilènes (5).

La déception de la scène finale

Mais en seconde période, le reste de l’équipe a semble-t-il arrêté d’essayer, lui. L’intensité de la première période y est pour beaucoup, tant il semble évident que le PSG a manqué de jus pour maintenir un rythme élevé durant toute la rencontre. Mais alors que la première heure avait offert pressing, transitions et occasions, la dernière demi-heure s’est limitée à un contrôle du jeu stérile tristement typique de l’équipe de Blanc. Si l’entraîneur se satisfera peut-être d’avoir assiégé le Real Madrid de Benítez au Bernabéu, il ne faudra pas oublier que ce contrôle du jeu a coïncidé avec une absence totale de création (hormis l’insatiable Di María). Alors que Maxwell, Aurier, Lucas et Rabiot multipliaient les passes en retrait au nom d’un gain de territoire illusoire, Ibra et Cavani se battaient futilement dans la surface adverse. Mobile et même omniprésent en première période, le Suédois a tout intérêt à continuer à évoluer près du ballon si le PSG veut réussir à accélérer le jeu avec constance : mardi comme souvent, le jeu de position parisien s’est montré plus défensif qu’autre chose. Le problème, c’est que les hommes de Blanc étaient menés au score.

Markus

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Article publié le 04/11/2015 sur SOFOOT.com

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