Bonaventura, le joker fondamental

Alors que la fiction rêvait du retour d’Ibrahimović, que la réalité attend encore l’explosion de Balotelli et que les gros titres mettent en avant les buts de Bacca, le meilleur joueur du début de saison du Milan se cache entre les lignes. Milieu offensif tout-terrain, Giacomo Bonaventura – surnommé Jack – pourrait devenir le porte-drapeau du projet de jeu de Siniša Mihajlović. À condition qu’il soit aidé.

Jack n’a pas été le transfert le plus cher de l’histoire de la Premier League. Jack n’a pas cassé les reins d’Éric Abidal en mondovision. Jack n’est pas sorti avec la fille du président. Jack n’a pas été le fantaisiste Italien le plus talentueux des années 2000. Jack n’a pas vendu des milliers de maillots au Japon. Jack n’a pas été un prodige exubérant à l’Inter, à City et à Liverpool. Jack n’a même pas été un espoir andalou parti à Liverpool à 16 ans. Non, Jack n’est ni Robinho, ni Boateng, ni Pato, ni Cassano, ni Honda, ni Suso.

Jack, c’est Giacomo Bonaventura, ce type au physique ordinaire qui vient d’une ville ordinaire. San Severino Marche, une dizaine de milliers d’habitants dans les Marches, à 500 kilomètres de la Fashion week milanaise et de San Siro. Il n’a pas coûté plus de sept millions d’euros, il n’a pas d’attraction médiatique particulière et il n’a pas brûlé les étapes – débutant en Serie B avec Padova, puis l’Atalanta avant de faire ses preuves durant pas moins de trois saisons à Bergame en Serie A. En clair, Giacomo Bonaventura n’avait a priori rien à faire dans ce Milan parti à la chasse de son prestige perdu. Pourtant, il se pourrait bien qu’il en devienne l’élément le plus important.

Jack à l’ombre

Ce samedi à San Siro, le match contre Palerme aurait pu se transformer en soirée cauchemardesque pour les Milanais. Après Miccoli en 2009, Pastore en 2011 et Dybala en 2014, le Suédois et numéro 10 Oscar Hiljemark semblait avoir décidé de faire de San Siro un morceau de Sicile. Un doublé classe qui n’a pas suffi face à Bacca et Jack. Dans un style très sud-américain de sauveur de la patrie, le Colombien a signé un doublé autoritaire : une lucarne d’opportuniste et un coup de tête de héros. Mais alors que le Colombien, son numéro 70, sa tentative de coup du foulard et les 30 millions de son transfert faisaient les gros titres, Bonaventura a fait du Jack. Une talonnade aussi discrète qu’inspirée sur le premier but, puis un coup franc direct tiré tranquillement hors de portée de Sorrentino. Au-delà de sa passe décisive et de son but, l’ex d’Atalanta a aussi été le joueur du Milan à toucher le plus de ballons (95), à faire le plus de passes (73) et à provoquer le plus de fautes (4) côté rossonero. L’homme du match, malgré les gros titres.

Pour convaincre, Bonaventura ne peut compter ni sur son nom, ni sur son physique, ni sur son aura. En revanche, il peut toujours se reposer sur des prestations qui ressemblent parfois à un étalage de fondamentaux. Bonaventura sait tout faire un peu partout : tirs, jeu long, jeu court, tacles, têtes, centres, passes en profondeur, protection de balle, passements de jambe, crochets, coups de pied arrêtés. Un bon pied droit, du mouvement entre les lignes et une utilisation intelligente du ballon. Mais toujours en silence : un football limpide qui fait peu de bruit. Jack est ce joueur qui, aux abords de la surface, verra le petit filet se libérer avant les autres. Ce joueur qui a toujours le temps de faire l’extra-pass, même sous la pression de la surface, même si c’est une talonnade. Ce joueur qui voit le centre en retrait quand tout le monde imagine une frappe puissante. Ce joueur qui frappe au ras du sol lorsque tout le monde imagine une lucarne. Bonaventura joue avec ses yeux et voit avec ses pieds.

Compromis permanent

En ce début de saison où il se cherche encore, le Milan de Mihajlović se repose grandement sur cette vision : Jack est le leader du camp noir et rouge en nombre de tirs par match (3,3), passes clés (2,3) et dribbles réussis (1,8). Un franchise player, ou au moins un joueur fondamental. Mais le problème, c’est que le reste de l’effectif n’est pas vraiment adapté à son répertoire. Alors que Bonaventura aime se montrer décisif lorsqu’il joue près des cages adverses, les candidatures de Honda au rôle de trequartista et bientôt de Balotelli à celui d’attaquant font reculer le numéro 28. Au sein de ce Milan en formation, l’ex de l’Atalanta se rend ainsi utile à deux positions : dans le trio du milieu en intérieur et dans le trident offensif en trequartista. Dans les deux cas, Bonaventura semble toujours être un compromis. Il est soit un fantaisiste travailleur, soit un milieu offensif jeté dans la salle des machines. Parfois, il fait office de seconde pointe. Mais peu importe : son activité au milieu, sa verticalité dans la zone de création et sa lucidité près du but pourraient être encore plus exploitées par Siniša Mihajlović si elles étaient accompagnées de trois milieux capables de traiter le ballon proprement.

La question est de savoir comment le Mister serbe pense distribuer les autres cartes dans son 4-3-1-2. À la finition, Mihajlović a trois têtes pour deux places : Bacca, Balotelli, Luiz Adriano. À la création, Honda, Suso et Cerci ont encore tout à démontrer. Dans les relais, les solutions sont nombreuses, mais peu satisfaisantes : Kucka est plus travailleur que constructeur et Bertolacci est attendu, tandis que Nocerino et Poli tenteront de profiter de leurs rares opportunités. Et pour organiser tout ça, Montolivo et De Jong semblent encore en concurrence, même s’ils devraient évoluer ensemble ce soir à Udine. Bonaventura, lui, devrait à nouveau être aligné au milieu derrière Honda et une paire Bacca-Balo toute neuve. « Professeur remplaçant » de distribution du jeu, le discret Jack devra à nouveau s’adapter tandis que Supermario insistera pour frapper tous les coups de pied arrêtés. Suffisant pour faire crier son pied droit une bonne fois pour toutes ?

Markus

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Article publié le 22/09/2015 sur SOFOOT.com

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