Neymar, trop rapide pour le destin ?

Neymar Zuniga

En club, la carrière de Neymar poursuit son chemin vers des sommets aussi inconnus que glorieux. En sélection, Neymar va encore plus vite. Mais après la blessure du Mondial 2014, la suspension de la Copa América ressemble à un nouveau coup du destin placé pour ralentir sa course effrénée. La prochaine fois, saura-t-il éviter le tacle ?

Il allait à toute allure, conduisait avec maîtrise et imprudence, ne se souciait de rien et jouait avec les pieds relâchés. Jusqu’à son expulsion contre la Colombie, la carrière de Neymar en sélection ressemblait aux débuts tonitruants d’un chanteur de country à l’ascension irrésistible, ou alors à celle d’un pilote de Formule 1 aussi fougueux que talentueux. Un prédestiné battant tous les records, aux airs d’un prince n’ayant pas besoin de couronne pour se comporter comme un roi. Au lendemain de sa leçon de football contre le Pérou, le numéro 10 affichait le bilan suivant pour la Seleção : 44 buts et 25 passes décisives en 64 sélections, à 23 ans.

Et Neymar ne se contentait pas d’aller vite. Il accélérait. Sur ses 24 dernières apparitions en jaune, l’attaquant avait marqué 20 fois et donné 10 passes décisives. De quoi faire croire qu’en 2015, à l’heure des difficultés – relatives – de Messi et Cristiano, il existe encore des « joueurs de sélection ». Ces types qui, à l’heure d’écouter un hymne, de jouer pour leurs proches et d’affronter les médias locaux et le jeu fermé, n’ont peur de rien et grandissent sous la pression. Seulement, un ennemi n’a pas besoin de faire peur pour te faire chuter.

Jamais de sa faute ?

Pourquoi le destin ? Parce que lorsque le navire brésilien a sombré, Neymar n’était jamais sur le bateau. Lors de la Copa América 2011 en Argentine, le joueur de Santos a 19 ans. Aux côtés de Ganso, Pato et Robinho, le numéro 11 est élu homme du match contre le Venezuela, puis marque un doublé contre l’Équateur. En quart de finale, le Brésil s’enlise dans un 0-0 et s’incline aux tirs au but contre le Paraguay. Mais Neymar est sorti à la 80e minute, remplacé par Fred, qui manquera d’ailleurs son tir au but. Lors de la Coupe des confédérations 2013, Neymar porte enfin le numéro 10 de Pelé. Cinq matchs et cinq victoires toutes marquées par son habileté à se montrer décisif : un bijou contre le Japon, une reprise de volée du gauche contre le Mexique, un coup franc contre l’Italie et ce missile du gauche dans la lucarne de Casillas. Neymar est élu meilleur joueur du tournoi et rêve d’une autoroute vers le sacre du Mondial l’été suivant.

La Coupe du monde arrivée, Neymar ne perd pas le rythme : deux doublés d’entrée de jeu contre la Croatie et le Cameroun, une passe décisive contre le Chili, puis une autre contre la Colombie… Et là, le destin intervient encore. Après le remplacement non désiré, voilà la blessure. La vivacité du 10 ne suffit pas pour éviter le genou de Zúñiga, et Neymar se fait faucher par le destin. Si la Seleção se qualifie, elle tombera d’encore plus haut contre l’Allemagne en demies. Et évidemment, Neymar ne fera pas partie de la catastrophe : même quand le Brésil connaissait la plus grande déconvenue de son histoire, Neymar, blessé, en sortait avec quelques centimètres de plus dans l’histoire de la Seleção. Un an plus tard, la Copa América chilienne était un périlleux chemin fait de souvenirs pénibles et d’une revanche improbable.

Et maintenant ?

Après un chef-d’œuvre contre le Pérou – but, passe décisive et bien plus – la Colombie de Zúñiga se dressait encore face au 10 et ses coéquipiers. Là encore, le destin est intervenu. En trois temps. D’une, Neymar apprend le jour même que la justice espagnole a ouvert une enquête pour « escroquerie » autour de son transfert au Barça. Interrogé sur la question, il dira que ça ne l’a pas affecté sur le terrain. De deux, à la 43e minute, l’arbitre siffle une main de Neymar et sort un carton jaune. La main est indiscutablement involontaire. De trois, la Colombie joue son jeu à merveille pour limiter la vivacité du 10. Jeu rugueux, provocations, vieux démons. C’en est trop pour Neymar, qui réagit. Plusieurs fois. Un dégagement pour rien dans la joie victorieuse d’Armero. Un coup de tête pour rien dans le fier torse de Murillo. Et des insultes pour rien envers l’arbitre. De l’absurdité, des nerfs et un rouge. Cette fois, Neymar a mérité son absence du terrain. Mais toujours est-il qu’il n’était pas sur le terrain pour jouer contre son destin face au Paraguay en quarts de finale.

Ainsi, Neymar est tombé au moment où il était le plus haut. Trois jours plus tôt, il avait sauvé son pays au milieu d’une embuscade péruvienne. Un but, une passe décisive et une démonstration de l’infinité de ses possibilités. Dix jours plus tôt, il avait gagné un triplé sensationnel avec le Barça, marquant en finale de Ligue des champions. Finalement, sa suspension l’a privé de deux matchs de Copa América et l’écartera des terrains pendant deux nouvelles rencontres de la CONMEBOL. A priori, maintenant que l’élimination est digérée, cette suspension ne changera rien à la course de Neymar. Après deux matchs d’absence, le numéro 10 remontera son col et viendra une nouvelle fois jouer pour son pays avec la maturité d’un vétéran. Mais il est toujours plus difficile de se remettre sur le circuit après un choc à toute vitesse. Et Neymar allait très vite après son tour de piste contre le Pérou. Verdict : cette Copa América a laissé des traces chez tout le monde, aussi bien chez Messi, Neymar et même Suárez, qui a souffert devant son grand écran. L’organisation d’une immense revanche en l’honneur du centième anniversaire de la compétition aux États-Unis en 2016 semble plus que jamais une belle idée. Qui sait si les crochets supersoniques du Brésilien suffiront cette fois pour dribbler les tacles du destin. Vexé, Neymar choisira probablement le coup du sombrero.

Markus

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Article publié le 09/07/2015 sur SOFOOT.com

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