Arturo Vidal, l’élastique tactique

Vidal Messi

À Santiago, Arturo Vidal n’a pas seulement fait parler de lui avec sa Ferrari. Depuis le début de « sa » Copa América, le roi Arthur a aussi fait preuve d’un ordre tactique et d’une polyvalence hors du commun. Attaquant contre l’Équateur, milieu défensif contre la Bolivie et parfois ailier, le joueur de la Juventus rappelle la belle ère des milieux box-to-box des années 2000.

Les années 2000 ont donné naissance à une génération de milieux de terrain à l’influence globale, symbole d’un jeu de Premier League au rythme effréné. Un jeu qui allait d’une surface à l’autre avec la cadence d’un match de tennis. Un jeu où les coups de raquette étaient giflés par Paul Scholes, Frank Lampard, Steven Gerrard, Patrick Vieira et Michael Ballack en Angleterre. Mais aussi Dejan Stanković, Daniele De Rossi, Clarence Seedorf, Edgar Davids et Esteban Cambiasso en Italie. Né au Chili de Marcelo Ríos et révélé dans l’Allemagne de Nicolas Kiefer, Arturo Vidal devait forcément avoir un caractère spécial. Mais aujourd’hui, c’est en Serie A qu’il a réussi à repousser les frontières des rôles académiques du milieu de terrain.

Attaquant, milieu offensif, milieu défensif, milieu latéral…

Cette saison à Turin, Vidal a mis du temps à retrouver sa condition physique idéale, mais ça ne l’a pas empêché de se démultiplier pour servir les variations tactiques d’Allegri. Alternant le poste de milieu intérieur droit du 3-5-2 – comme les autres saisons sous Conte – et celui de trequartista derrière le duo Tévez-Morata, Vidal a toujours exercé un football multifonctions. Leader de la charge du pressing aux côtés de Tévez, ses récupérations hautes auront souvent été décisives. Face à Dortmund et au Real, Vidal aura aussi eu la fonction de « défenseur entre les lignes », chargé de réduire les options de relance de schémas qui aiment s’appuyer sur leurs milieux constructeurs. En clair, Vidal a fait l’élastique d’un bout à l’autre du terrain, poussant toujours plus une corde que l’on pensait bien plus courte. Acheté pour seulement 10 millions d’euros après quatre saisons au Bayer Leverkusen, Vidal a apporté en attaque (46 buts en 4 saisons) et en défense (4,3 tacles réussis par match sur ses 4 saisons).

Lors de la Copa América, le Chilien est allé encore plus loin. Contre l’Équateur, Rey Arturo a joué la première période dans un rôle de 9 et demi derrière Alexis Sánchez. Contre la Bolivie, il a joué dans un double pivot formé avec l’offensif Aránguiz. Face au Mexique, Vidal est apparu partout : à la réception du corner pour le premier but, au centre pour le deuxième, et au penalty pour le troisième. Le joueur de la Juve aurait pu ajouter deux passes décisives à son tableau de chasse si le but valable d’Alexis n’avait pas été annulé et si Valdivia avait cadré sa frappe croisée en deuxième période. Difficile de définir le rôle de Vidal dans cette sélection sans énumérer toutes les fonctions possibles d’un milieu de terrain. Dans un style de jeu différent de ce que la Juve a proposé cette saison, le numéro 8 se montre plus offensif : 3,2 tirs par match contre 1,9 ; 58 passes par match contre 49 ; 1,8 tacle et 0,8 interception par match contre 3,1 et 1,6 à Turin. Avec le Chili, Vidal change complètement de rôle d’une période à l’autre, comme le montrent les schémas ci-dessous.

Vidal en première période contre l’Équateur : attaquant de soutien

Vidal Equateur

Vidal en seconde période contre l’Équateur : milieu défensif

Vidal Equateur tactique

Un Steven Gerrard chilien

Alors que le Chili avait placé tous ses espoirs en Alexis Sánchez, présent sur les murs de Santiago et auteur de la meilleure saison de sa carrière, le Gunner a déçu. Souvent enfermé sur le côté gauche et moins présent dans le circuit de la possession chilienne que les autres offensifs de Sampaoli, le jeu d’Alexis a semblé frustré. Car si Valdivia a dynamisé, créé et changé le cours des matchs, si Vargas s’est montré mortel dans la zone de vérité, si Aránguiz a participé à la fluidité d’un système élaboré, c’est bien Arturo Vidal qui a été l’élément le plus complet et le plus difficile à limiter dans le camp chilien. C’est simple, le numéro 8 est décisif à la construction au milieu, avec son pied droit et son pied gauche, dans le mouvement grâce à ses appels et ses déviations, mais aussi à la finition à l’aide de son jeu de tête, ses bons centres et sa présence dans la surface.

Si Valdivia n’était pas dans l’axe, on pourrait aisément l’imaginer en Steven Gerrard chilien. Maillot rouge, position centrale, influence globale, duels gagnés, penaltys tirés, des buts et des tacles de toutes les parties de son corps. La polyvalence de Vidal, qui pourrait évoluer au poste de défenseur central si Medel venait à se blesser, semble illimitée. Un élastique tactique qui ne cesse de s’agrandir. Face au jeu entre les lignes de Messi, Pastore et Di María, la charge de travail défensif de Vidal pourrait être très importante ce samedi soir. Suffisant pour qu’il montre ses limites ?

Markus, à Santiago du Chili

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Article publié le 03/07/2015 sur SOFOOT.com

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