Le retour de la colombienne

Falcao Colombia

Un maillot aux couleurs exotiques qui sent fort la jungle et les Caraïbes, des joueurs frisson sur toutes les lignes et un professeur classe et respecté de tous : depuis environ trois ans, la Colombie est l’équipe que tout le monde aime adorer. Et ce soir contre le Brésil, elle est de retour. Enfin, on l’espère.

Chaque été depuis tout petit, il allait à la mer. Là-bas, il retrouvait toujours au même endroit le même sable, le même vent et le même soleil. Il y avait aussi les mêmes vagues, le même bruit des oiseaux et les mêmes vélos démodés datant d’un autre siècle, usés par le sel et l’humidité. À la mer, il retrouvait également ceux qu’il appelait affectivement « mes amis de la mer ». Ils étaient trois, quatre, cinq, deux ou un, en fonction des années. Mais ils étaient toujours là, et c’étaient toujours les mêmes. D’ailleurs, ils jouaient aux mêmes jeux qui ne vieillissaient jamais – à part le ballon, qu’il fallait changer chaque année. À la mer, il retrouvait aussi les gâteaux au citron de la boulangerie du coin de la rue. Il aimait profiter des dernières caresses du soleil sur les joues à la tombée du jour et de la grenadine de sa maman après le vélo. Et puis, enfin, à la mer, chaque été, il retrouvait la fille.

Tous neuf

La même fille. Une créature avec qui il n’avait rien en commun, à part la mer et l’été, évidemment. Une fille dont il était tombé amoureux dès la première rencontre, sans savoir pourquoi. Et chaque année, le même mécanisme périodique s’enclenchait sans raison : il arrivait à l’oublier durant des mois, mais ne pouvait s’empêcher de retomber amoureux à l’approche de l’été. Il l’attendait impatiemment, l’été. Il ne savait pas pourquoi et elle n’en savait rien. Mais peu importe, l’attente était toujours au rendez-vous. Cette fille, aujourd’hui, c’est la sélection colombienne de football. Le gâteau, c’est la patte gauche de James. La grenadine, c’est l’accélération de Cuadrado. Et le soleil, c’est le sens du but de Falcao. Parce que la Colombie s’est transformée depuis deux ou trois saisons en cette sélection frisson que tout le monde aime trop attendre chaque été.

Le tigre Falcao, l’homme des finales, buteur et capitaine. James Rodríguez, numéro 10 moderne, pied doux du Real Madrid et expert des lucarnes voltigeuses. Juan Cuadrado, ailier sprinteur aux dribbles explosifs. Mais aussi Jackson Martínez, Carlos Bacca, Teo Gutiérrez, Victor Ibarbo, Luis Muriel, ou encore les blessés Quintero et Guarín. Ces dernières années, la Colombie a accumulé les talents de classe mondiale les uns après les autres après une longue période de disette. À chaque découverte, le monde s’exclamait : « Mais non ! Lui aussi, il est colombien ?! » avant de conclure une rapide réflexion d’un « Mais qu’est-ce qu’elle va être forte cette sélection dans quelques années… » Aujourd’hui, quelques années ont passé. Les pépites jouent pour Manchester United, le Real Madrid, Chelsea, le Milan, Séville, River Plate, la Roma, la Sampdoria, l’Inter ou Porto. Elles se sont toutes exportées et ont – relativement – réussi. Et la sélection ? S’il donne des frissons sur le papier, le groupe emmené par José Néstor Pékerman au Chili semble être destiné à relever du fantasme : tous ses meilleurs éléments interviennent seulement dans les trente derniers mètres. Et c’est bien pour ça que le retour de la colombienne est tant attendu. Parce que quatre numéros 9 ne peuvent jouer ensemble, d’une part. Et parce qu’on aime croire à l’impossible, d’autre part. Surtout avant l’été, ivre d’impatience.

Déséquilibre et (dés)espoir

Le problème de l’ivresse, c’est qu’elle est trompeuse. Attendue, imaginée et rêvée, elle provoque impatience et excitation. Mais une fois qu’elle est là, la déception remplace bien souvent l’euphorie. Pire qu’éphémère, cette Colombie ne s’est pas montrée du tout contre le Venezuela dimanche dernier. Le seul grand Rondón a même suffi pour la faire douter, puis plier. Mais comme la nuit, la Copa América est longue. Une victoire et même un match nul contre le Brésil remettraient la Colombie sur le chemin de la qualification. Il faudrait pour cela qu’elle réussisse le miracle d’ordonner une défense improvisée et de dynamiser un milieu de remplaçants. Armero et Zapata ont joué une poignée de matchs cette saison. Zúñiga n’a pas joué du tout. Et Murillo a dû prendre le temps de récupérer d’une vilaine blessure.

Au milieu, Edwin Valencia et Carlos Sánchez (seulement 62 passes à eux deux) semblent difficilement en position de faire tourner la manœuvre pour un quatuor aussi offensif que Cuadrado-James-Falcao-Bacca. Et ces derniers, garants de la qualité de cette sélection, n’ont pas montré la forme de leur vie contre le Venezuela. Alors, pourquoi y croire ? Parce que l’été n’est pas fini. À la suite du Mondial brésilien, celui de la reprise de volée cinématographique de James Rodríguez, on était restés sur notre faim. On voulait savoir à quel point cette Colombie aurait pu compliquer la vie des Allemands en demies, et on mourrait d’envie de voir ce que les Cafeteros auraient pu faire avec Falcao. Alors, on s’était donné rendez-vous l’été suivant. Et aujourd’hui, encore contre le Brésil, on va enfin savoir. Enfin, on espère. Au pire, on attendra un nouvel été à la mer.

Markus, à Santiago (Chili)

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Article publié le 17/06/2015 sur SOFOOT.com

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