Les leçons tactiques de PSG-Barça

Suarez petit pont

Malgré des circonstances exceptionnelles, le quart de finale aller a permis de tirer quelques enseignements tactiques majeurs, des failles individuelles aux erreurs collectives. L’identité de jeu parisienne dépend bien des pieds de ses deux Italiens, et la force du caractère de son groupe repose sur la présence de cadres qui se comptent sur les doigts d’une main. Côté barcelonais, Luis Enrique a eu l’occasion de donner une idée très précise du visage de son ambition dans le jeu, et il a un superbe profil mourinhesque.

Laurent Blanc n’avait pas le choix. Cavani en pointe à la place d’Ibra, Cabaye devant la défense à la place de Motta, et Rabiot à ses côtés dans les pompes de Verratti. Le PSG entame le match en 4-3-3, avec Pastore qui défend le côté gauche et Lavezzi le flanc droit, Matuidi qui vient coller Rakitić, et Rabiot-Cabaye en couverture. Cavani n’agresse pas Busquets : Paris tente plutôt de couper les lignes de passe du robot catalan. Le PSG commence ainsi son match avec des idées prudentes : le ballon tourne derrière jusqu’à que le pressing de Suárez devienne insupportable, et tente d’attaquer vite devant par l’intermédiaire d’un Pastore en tenue de soirée et d’un Matuidi aux appels intelligents. Même Cabaye propose de se projeter. Une organisation qui semble parfois incertaine, mais qui paye presque dès la 8e minute lorsqu’une belle transversale de l’ex de Newcastle met Matuidi, Lavezzi et Pastore dans des conditions idéales pour dévorer les espaces barcelonais. En face, Luis Enrique arrive avec ses certitudes. Le trio infernal, évidemment, et un milieu devenu classique cette saison : Iniesta-Rakitić-Busquets. Puisque Paris ne se montre pas pressant, Mascherano et Piqué peuvent monter jusqu’à la ligne médiane pour assiéger une moitié de terrain parisienne plutôt conciliante. Après 12 minutes, personne n’a tiré et les Blaugrana n’ont que 53% de possession de balle. Une introduction paisible.

Le beau profil mourinhesque du Barça de Luis Enrique

Après neuf mois de travail, Luis Enrique a accouché d’une belle fleur printanière qui se dévoile au meilleur moment de la saison. Car avant même de dresser le portrait d’un PSG en souffrance, il faut souligner la partition finement jouée par l’ex-joueur du Real Madrid. Une performance toute en mesure. D’une part, le Barça n’a plus de complexe à l’idée d’abuser du jeu direct. D’autre part, il utilise avec précision et rigueur la possession pour ce qu’elle a toujours été : une terrible arme défensive. Une possession pragmatique pour laquelle l’Asturien a monté un 4-3-3 bien plus rigide que celui de Guardiola, dans le sens où le jeu catalan n’est plus un concert de mouvements autour du porteur de balle. Moins virtuose, donc : lorsque Montoya monte côté droit, Rakitić redescend systématiquement au niveau de Busquets pour couvrir une éventuelle perte de balle. Côté gauche, c’est Mascherano qui s’en occupe comme un grand. Deux joueurs à coffre qui couvrent, offrent des solutions, décalent et ne perdent jamais un ballon. Mais deux joueurs qui défendent en reculant : le Barça presse moins et subit plus, comme l’ont montré les nombreuses situations dangereuses nées de contres parisiens. Moins dominant, mais plus imprévisible, par choix. 18e minute : Busquets récupère dans les pieds de Rabiot près de la touche, sert Iniesta, qui sert Messi, qui offre l’ouverture du score à Neymar. En trois passes, le cadenas a sauté. Avant, le Barça donnait le tournis. Aujourd’hui, dans un style mourinhesque, il aime mettre des claques.

Malin, le Barça appuie là où ça fait mal

Dans toute équipe, il existe une panoplie de faiblesses individuelles et de failles collectives. Il suffit de les repérer et de les provoquer. Mercredi soir, la mission du Barça était précise : attaquer le flanc droit du PSG, celui de Van der Wiel et Rabiot. Avant même que Neymar ne vienne se glisser dans le dos des Parisiens, les deux uniques situations dangereuses des Blaugrana (à part l’action individuelle du poteau de Messi) avaient été les débordements de Neymar, puis Jordi Alba. Comme souvent, tout vient des déplacements de Messi. Replacé rapidement dans l’axe, le gaucher aura passé la première demi-heure à tourner le dos au côté droit pour insister, encore et encore, sur le maillon faible parisien. À droite, Montoya et Rakitić ne servent qu’à faire respirer le jeu. Et un Maxwell endormi en perd même sa concentration sur son placement à l’ouverture du score. À ce moment-là, le destin s’acharne cruellement sur une équipe du PSG déjà sonnée : sortie de Thiago Silva, entrée de David Luiz. Deux très mauvaises nouvelles, tant l’ex-joueur de Chelsea n’aurait jamais dû disputer cette rencontre dans cet état-là. Mené, Paris change la donne en phase défensive : formation d’un 4-4-2 où Matuidi s’écarte côté gauche et Pastore revient dans l’axe.

Les contres de Paris, le rythme du Barça

La suite de la rencontre ne changera plus de scénario. D’un côté, le Barça continue ses habiles phases de possession lui permettant de faire reculer le PSG, de décider du rythme de la rencontre et de trouver quelques décalages. De l’autre côté, le PSG se montre « pas si mauvais que ça dans le domaine de la contre-attaque », comme l’a souligné Laurent Blanc. En clair, le Barça balance d’assommants coups du fond de court comme un vrai spécialiste de terre battue, tandis que le PSG alterne fautes directes et brillantes montées au filet. Quand Pastore met la semelle sur le ballon, les transitions parisiennes prennent des couleurs. Déviations du talon, doubles contacts, crochets saillants : plus les espaces sont petits, plus l’Argentin répond au défi barcelonais. Le problème, c’est que c’est le désert technique autour de lui. Alors que Lavezzi ne propose que du cœur et des poumons, Cavani offre une carcasse vide. Pendant que Suárez s’incruste à la fête barcelonaise sans y être invité (5 ballons touchés lors des premières 25 minutes), El Matador, lui, n’aura jamais remisé dans le bon tempo, ni pressé avec courage, ni fait des appels intelligents. Si de nombreuses passes de Pastore se sont transformées en déchets, c’est bien parce que les appels de Cavani étaient à jeter. Finalement, l’Argentin (75 ballons touchés, leader parisien mercredi) parvient à dialoguer avec trois joueurs : Rabiot derrière pour les relances courtes, Cabaye pour faire ressortir le ballon, et enfin l’indispensable Matuidi (2 occasions créées, 93% de passes réussies, 2e Parisien à toucher le plus de ballons). En seconde période, les attaques rapides se transforment en bonnes séquences de possession, qui aboutissent le plus souvent sur un centre ou une frappe lointaine, faute de relais axial autre que Pastore (sans Ibra, forcément).

Un tableau sans son cadre

Il y a la domination du ballon, et il y a l’agressivité. Sans Verratti ni Motta, le PSG a perdu les deux. En septembre dernier au Parc, Motta avait surclassé le milieu du Barça, et cela s’était traduit par 69 passes et 6 longs ballons réussis sur 6. Cabaye est resté bloqué à 42 transmissions, et 3 longs ballons sur 6. Mais sans ses cadres, le PSG n’a pas seulement perdu plus facilement la bataille de la possession, et donc une partie de son identité de jeu. Sans ses têtes fortes, le PSG a surtout perdu en caractère et en capacité de réaction, et c’est bien cet élément-là qui l’a fait couler. Certains talents ont le don de transformer les autres, et lorsque Verratti résiste au pressing de trois milieux adverses, forcément, ça pousse les autres à se surpasser. Mercredi soir, la passivité parisienne a peu à peu creusé sa tombe. Alors que le Barça a eu plus de 65% de possession de balle, le PSG a aussi perdu la bataille des tacles : 13 à 25 ! En septembre, le bilan avait été de 29 à 18 : Motta était allé chercher le ballon 8 fois dans les pieds barcelonais, Verratti 3 fois. Cabaye et Rabiot mercredi soir ? Cela n’est jamais arrivé. Et alors qu’elles auraient pu être celles de la révolte, les quinze dernières minutes auront été l’occasion d’assister à une désorganisation totale dictée par les mouvements aléatoires de David Luiz. Latéral gauche, puis milieu et enfin libéro cinq mètres derrière ses coéquipiers sur le 3e but, le Brésilien s’est fait trouer les jambes et a fini par perdre la tête. Bilan : Robben, Ribéry, Schweinsteiger et Benatia à la maison, et 3-1 pour Porto. Ibrahimović, Verratti, Motta et Thiago Silva ailleurs, et 3-1 pour le Barça. La soirée européenne de ce mercredi a eu le mérite de rappeler aux remplaçants pourquoi ils sont remplaçants. Sans son cadre, le tableau n’a plus la même tête.

Markus

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Article publié le 16/04/2015 sur SOFOOT.com

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