Kevin-Prince Boateng en 10 mots

Boateng tactique

Kevin-Prince Boateng est une lueur d’anarchie dans le football des années 2010. Si le milieu de Schalke 04 a toujours été limité techniquement, il a indéniablement réussi à faire son bout de chemin sans écouter les règles. KPB est non seulement devenu un joueur de lucarnes et de tacles spectaculaires, mais s’est aussi construit une réputation extra-sportive bien remplie : clopes, belles poitrines, numéro 10, lutte contre le racisme, numéro 9, danse et Éric Abidal.

1. Vengeance. En mai 2010, Boateng est une promesse du football allemand en pleine relance à Portsmouth, après avoir échoué à s’imposer à Tottenham et Dortmund (le Borussia n’exerce pas l’option d’achat malgré un prêt au bilan positif). En finale de la FA Cup, face à Chelsea, Kevin-Prince croise le chemin de Michael Ballack. À la 32e minute, après un échange virulent, Ballack lui file une claque. Deux minutes plus tard, la sanction tombe : tacle par derrière, cheville pétée. À un mois du Mondial… Vingt minutes plus tard, Boateng manque un penalty, et Chelsea s’impose 1-0. Surtout, les médias allemands en font l’ennemi public numéro un. Évidemment, cela ne le dérange pas du tout.

Les images de Ballack vs. Boateng

2. Show. Kevin-Prince Boateng est un milieu de terrain anarchique, plutôt désordonné techniquement et loin d’être régulier défensivement. Mais s’il y a une chose qu’on ne peut enlever au numéro 9 de Schalke, c’est cette faculté à être toujours spectaculaire. Uli Stielike, sélectionneur allemand des moins de 19 ans, avait dit de Boateng : « Au haut niveau, Kevin a besoin de s’extraire du monde du football spectacle. » Évidemment, il ne l’a pas écouté, et a certainement bien fait. Ainsi, KPB s’est montré capable de gagner la réputation d’être un homme-lucarne au Milan, faire monter la température comme personne à Gelsenkirchen, imiter Steve Urkel pour les besoins du département marketing de son club, séduire Rihanna sans rien faire ou encore devenir la tête d’affiche des célébrations milanaises du Scudetto 2011 avec un moonwalk princier. « Danser, j’ai ça dans le sang », dira-t-il sans étonner personne. Dans un entretien accordé à So Foot en 2012, KPB ne cachait pas son amour pour la fame : « Moi, ce que je vois, c’est que si un gars s’assied et écrit sur moi, c’est que je dois être très important. Et tu ne trouveras pas un footballeur dans le monde qui n’aime pas voir sa tête dans les journaux. On travaille pour cela. Voir mon nom dans la presse, oui j’aime ça. »

Les pas de danse de San Siro

3. Abidal. Novembre 2011. Le Barça rend visite au Milan pour une rencontre prestigieuse de poule de C1. Ce soir-là, Kevin-Prince Boateng invente le Vine footballistique un an avant la création de l’application. Sous un maillot marqué par le patch « UEFA Respect », il réalise un enchaînement sans pitié pour Éric Abidal, qui passera en boucle toute la soirée : contrôle aérien, dribble derrière le pied et frappe en force au premier poteau. Alors que Kaká aurait tout fait en douceur au sol, Boateng soigne son action d’une succession de petits rebonds. Une sorte de dunk appliqué au football, qu’il raconte ainsi : « J’ai fait ça sans calculer. Mais quand j’ai revu les images, je me suis dit : « Mon Dieu, comment j’ai fait ça ? » Si tu me demandais de te le refaire aujourd’hui, j’en serais incapable. » Au fait, ce soir-là, le Milan s’est incliné 2-3.

Le but contre le Barça

4. Sexe. En Italie, Boateng n’a pas seulement conquis les travées de San Siro. Melissa Satta, qui présente sur son CV le combo « présentatrice – mannequin – ex de Bobo Vieri », est aussi tombée sous le charme. Après une bonne première saison milanaise, qui le verra remporter le Scudetto 2011 aux côtés du tempérament d’Ibra, les flashs de grandeur de Pato et les magies de Cassano, KPB joue moins la deuxième saison : seulement 19 matchs de Serie A, et quelques problèmes musculaires. Sur un ton plus provocateur que sérieux, Satta avance une explication : « On fait trop l’amour, de sept à dix fois par semaine, c’est pour ça qu’il ne récupère pas rapidement ». Évidemment, l’Italie la prend au sérieux. Boateng, lui, préfère en rire : « Sérieusement, comment peut-on croire ça ? Des gens sont venus me dire sur Twitter d’arrêter de baiser parce que j’allais me blesser. C’est de la merde. Blessé à cause du sexe ? Conneries ! Sinon, tous les footballeurs devraient être blessés… » En toute logique, il s’agit aussi de sa saison la plus prolifique en buts : 9 pions, toutes compétitions confondues.

5. Son. Parce que la carrière de Boateng, c’est avant tout beaucoup de son. Celui de ses frappes qui s’écrasent violemment contre la transversale. Mais aussi la musique de ses surnoms. D’abord « Ghetto Kid », « parce que je viens d’un quartier de Berlin (Wedding, ndlr) que les gens en Allemagne considèrent comme un ghetto ». Puis « Le train sans frein », sur une invention de Thiago Silva lorsqu’ils étaient coéquipiers au Milan. Et enfin deux autres marques sorties de la créativité de la presse italienne : « Big Bang Boateng » et « Le Boa ». Derrière toutes ces expressions, Kevin-Prince Boateng aura surtout réussi à convaincre la direction technique du Milan de lui confier le numéro 10, autrefois porté par Liedholm, Rivera, Gullit, Savićević, Boban, Rui Costa et Seedorf…

6. Ghana. Après avoir fait ses armes dans toutes les catégories de jeunes de la sélection allemande, KPB réalise une superbe Coupe du monde 2010 pour le Ghana, sans avoir jamais mis les pieds dans le pays d’origine de son père. Un an plus tard, en novembre 2011, peu avant la CAN 2012, il annonce sa retraite internationale, pour un tas de raisons différentes : « À cause de tous les voyages, les changements d’horaires… », à cause d’un genou souffrant ayant besoin de traitements quotidiens, et à cause du sélectionneur Rajevac, aussi. Boateng refuse les convocations pour jouer pour son pays, se fait tatouer la carte du Ghana sur le bras, et tout roule. Deux ans plus tard et quelques mois avant le Mondial brésilien, Boateng revient évidemment sur sa décision et « s’engage » à nouveau. Lors de la compétition, il est finalement exclu du groupe ghanéen par son sélectionneur Appiah, pour avoir « utilisé des mots vulgaires tels que le mot « fuck » à de très nombreuses reprises, notamment devant les jeunes ». Pour Boateng, « Appiah avait un problème avec moi et il cherchait un prétexte pour me renvoyer ». Rendez-vous en octobre 2017 pour sa 16e sélection avec les Black Stars.

7. Anti-racisme. En janvier 2013, le Milan effectue un match amical contre l’équipe de Pro Patria, membre de la quatrième division italienne. Ce jour-là, des chants racistes pleuvent dès que Boa, Niang, Emanuelson et Muntari touchent le ballon. Au bout de 25 minutes de malaise, Boateng ramasse la balle, la balance dans les gradins, retire son maillot et quitte le terrain. Le capitaine Massimo Ambrosini indique à tous ses coéquipiers de le suivre. Un mois plus tard, Boateng rejoint l’équipe anti-racisme de la FIFA, puis se fait nommer ambassadeur de la lutte contre le racisme des Nations unies. Lors d’une conférence ayant lieu le 22 mars 2013 au siège de l’ONU à Genève, il donne le discours suivant : « Quand j’ai joué pour le Ghana, j’ai appris comment combattre la malaria. De simples vaccins ne suffisent pas. Il faut aussi assainir les zones infectées. Je pense que le racisme et la malaria ont beaucoup en commun. Il n’y a pas de vaccin ou d’antibiotique à prendre. C’est un virus dangereux et infectieux qui est renforcé par l’indifférence et l’inaction. Les stades de football, comme d’autres endroits, sont remplis par des jeunes. Si nous ne nous battons pas contre la stagnation, beaucoup de ces jeunes qui sont en bonne santé aujourd’hui, pourraient se faire aussi infecter par l’une des maladies les plus dangereuses de notre époque. (…) Les sportifs, artistes et musiciens ont une chance, une opportunité et une responsabilité uniques pour se faire entendre, car nous avons la possibilité d’atteindre des parties de la société que les discours politiques n’atteindront jamais. L’Histoire nous démontre à quel point la contribution des athlètes peut être importante. Le fait que le président des États-Unis partage la même couleur de peau que moi n’a pas seulement à voir avec Martin Luther King, mais aussi avec Muhammad Ali. (…) Ce serait une erreur fatale de croire que nous pouvons combattre le racisme en l’ignorant et en espérant qu’il parte comme s’il s’agissait de maux de tête. Cela n’arrivera pas. Nous avons le devoir de nous lever et d’agir. » En pleine lucarne, encore.

8. Clope. En février 2014, Schalke 04 l’emporte 2-1 contre le Bayer Leverkusen. À la suite de la rencontre, le nom de Kevin-Prince Boateng apparaît dans la liste du traditionnel test anti-dopage. Une photo de Bild fait alors le tour du monde. Dans la salle d’attente du test, KPB est posé sur un lavabo, just chilling avec son smartphone, mais aussi une clope à la main, de la fumée aux lèvres et une bière à portée de main. L’image entre dans la symbolique d’un joueur qui a toujours été plus show-man qu’athlète. Le manager général du club, Hors Heldt, réagit vite : « Boateng s’est permis une cigarette pour se relaxer après la victoire, et la bière est donnée de façon systématique quand il faut pouvoir uriner rapidement et faciliter la réalisation du test. » Mais pas assez : cela n’empêchera pas la démission du médecin du club.

9. Jérôme. Durant de nombreuses années, chez les Boateng, il y avait Kevin-Prince, ses frasques et ses lucarnes d’un côté, et Jérôme, sa grande carcasse de central tantôt maladroit, tantôt puissant de l’autre. Partageant le même père, mais n’ayant pas grandi ensemble, les deux hommes jouent pour des sélections différentes, mais « s’aiment comme des frères », dixit Kevin-Prince. Et si, durant toutes ces années, la lumière de l’aîné avait protégé le futur du petit frère ? Après une saison munichoise et un Mondial de grand joueur, Boateng – le champion du monde, donc – est enfin sorti de la lumière. S’il est moins brillant, il s’avère bien plus fort que son grand frère.

10. Frissons. Si le football se souviendra de Kevin-Prince Boateng, c’est avant tout pour des frissons. Des moments ponctuels, mais ineffaçables. Et c’est bien pour cela qu’il manquera ce mardi soir contre le Real Madrid, dans ce qui aurait pu être une nouvelle occasion de faire rugir sa frappe de balle. Le frisson le plus fort qu’il ait donné à ses supporters reste certainement le triplé contre Lecce lors de la saison 2011-12. À la pause, l’équipe d’Allegri a au moins un genou à terre, perdant 3-0 sur la pelouse du modeste Lecce. Remplaçant, Boateng entre en jeu et met un triplé en moins d’un quart d’heure : une lucarne du gauche, une autre lucarne du droit, et une égalisation farfelue. Sur une tête de Mario Yepes, le Milan s’impose 3-4…

Le triplé contre Lecce

Markus

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Article publié le 10/03/2015 sur SOFOOT.com

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