Franco Vázquez, génie pastoresque

Franco Vazquez tactique

Ils l’appellent El Mudo Vázquez. « Le muet ». Discret hors des terrains, Vázquez communique bien mieux avec son pied gauche qu’avec ses mots, à tel point qu’il est cette saison le leader du classement des meilleurs passeurs de Serie A. Et si l’attention est concentrée sur les buts de son compatriote Paulo Dybala en Sicile, lui aussi a des choses à dire au football européen. Un jeu de pause et de vision, oscillant entre esthétique et génie, à la Javier Pastore.

C’est presque comme si elle n’était jamais partie. Il y a un an et demi, Palerme est relégué en Serie B, et tout le monde croit y voir la fin de la méthode Zamparini. Miccoli et Iličić abandonnent le navire, et la cité sicilienne se retrouve dans le football en adéquation avec sa géographie : larguée au large de la Botte. Mais Maurizio Zamparini est bien plus malin que certaines de ses déclarations peuvent le faire croire. Si la suspension temporaire des investissements a fait mal au club au début des années 2010, le président a déjà la solution à la maison. Il fallait seulement lui laisser le temps de grandir. Le virage de la Serie B est finalement très bien négocié : un titre de champion autoritaire, de la continuité avec Giuseppe Iachini et de l’expérience pour tous les jeunes du club. Ainsi, cette saison, Palerme a déjà retrouvé sa place en Serie A. Celle d’une équipe de pépites sud-américaines au jeu raffiné. Et si les buts de Paulo Dybala (11 buts, 6 passes décisives) ont subtilisé l’attention des médias européens, un autre phénomène argentin se cache derrière les performances offensives du club sicilien…

Pied gauche, pause et coups de génie

Cette saison, Franco Vázquez est tout simplement en train de faire revenir les amoureux de Javier Pastore du côté de la Sicile. Un meneur longiligne, inventif, timide et originaire de Córdoba. Positionné en seconde pointe autour de Dybala, le gaucher dessine les attaques siciliennes avec un savoir-faire argentin. Une technique raffinée nourrie d’une pointe d’arrogance, et une vision du jeu bien servie par un physique inhabituel à ce poste (1m87). L’élasticité du 3-5-1-1 de Iachini, c’est lui. Très fort dans les duels, Vázquez protège, conserve, repousse avant de récompenser les montées de ses latéraux ou un appel bien senti de Dybala. Milieu offensif, numéro 10, seconde pointe : Vázquez est un trequartista, un enganche. Un type qui sait « voir le but » sans oublier de créer du jeu. Marquer et faire marquer : 6 buts et 7 passes décisives en 21 matchs de Serie A jusque-là. Lors de sa dernière saison sicilienne, en 2010-11, Pastore avait marqué 11 fois et offert 5 passes décisives en 34 matchs…

Si l’on entre dans les détails, Vázquez est bien parti pour grimper les sommets italiens les plus orgueilleux. Meilleur passeur du championnat, à égalité avec Candreva et Tévez, premier au nombre de dribbles réussis par match à égalité avec Gervinho et Perotti (3,5), neuvième au nombre de fautes subies par match (2,7) et même quinzième en nombre de tirs (2,7). Après la paire d’ouvriers Barreto-Maresca, Vázquez est le troisième joueur touchant le plus de ballons : 44 passes par match contre 32 pour Dybala. Omniprésent, donc. Et extrêmement séduisant. Des contrôles en cachemire, une patience très argentine balle au pied, des petits ponts (coucou Mapou Yanga-Mbiwa) et quelques coups de génie, comme ce lob parfait contre l’Atalanta… Ses performances contre la Fiorentina et la Samp peuvent être rangées du côté des rares chefs-d’œuvre riquelmesques disponibles en Europe.

Une vidéo du fond et de la forme de Franco Vazquez

Une cuisson difficile

Une nouvelle fois, la connexion Palermo-Córdoba a fait des merveilles. Mais si Pastore vient de Talleres et que Dybala a grandi dans la pension d’Instituto, Vázquez est l’un des rares joueurs de Belgrano à avoir fait le voyage jusqu’en Europe. Ricardo Zielinski, plus connu en Argentine sous le surnom El Ruso, le Russe, est l’entraîneur du club des Piratas depuis 2010. Zielinski entraînait donc Vázquez lorsque ce dernier s’est fait repérer par les recruteurs de Zamparini (les mêmes qui avaient flairé Pastore, Abel Hernández, Cavani…). À la suite de l’entraînement lundi matin, El Ruso abordait le cas Vázquez dans son bureau, armé de sa barbe et de ses gros bras de pirate : « Le joueur sud-américain qui arrive en Europe a trois équations à résoudre de façon immédiate : une question mentale de bien-être, une question physique de mise à niveau disciplinaire au niveau des entraînements et de l’alimentation, et une question footballistique liée à la compréhension d’un nouveau championnat, sans parler des nouveaux coéquipiers, et d’un nouvel entraîneur. Presque personne ne peut assimiler tout cela si rapidement. » Franco Vázquez n’a pas fait exception : tout n’a pas été aussi fluide que cette conduite de balle naturelle.

Vázquez débarque en Sicile en décembre 2011, à 22 ans, pour 6 millions d’euros. Après six mois en Sicile, il est envoyé en prêt à Madrid pour participer à la belle aventure du Rayo Vallecano. Quand il revient, Palerme a plongé en Serie B. Une aubaine pour son adaptation à l’Europe, finalement. Vázquez trouve enfin (un peu) de continuité, et convainc surtout Iachini d’en faire un intouchable. Mais du haut de ses 25 ans, l’Argentin n’avait pas encore atteint les 20 matchs disputés dans un championnat européen jusqu’à cette saison. Alors, un problème de talent ? Le Russe reprend : « En réalité, même ici, sous notre direction, il n’était pas tout le temps titulaire, il alternait. Mais la vente est arrivée très rapidement. Il a fait quelques grands matchs, et ça a suffi pour convaincre Palerme. Mais comme tous les joueurs argentins qui partent en Europe, il a mis du temps pour s’adapter, parce que les joueurs partent alors qu’ils ne sont pas prêts. Leur cuisson n’est pas terminée, tout simplement : ils partent avec peu de matchs joués, peu d’expérience, et le processus d’adaptation en Europe n’est pas facile. Ils sont confrontés aux meilleurs joueurs au monde. Vázquez ne s’est mis à bien jouer que l’an passé en Serie B. Mais il a eu de la chance ! Dans certaines équipes, tu joues un ou deux matchs, ça ne marche pas trop et un nouveau joueur est acheté à ta place. »

Après une telle saison, Vázquez risque plutôt d’être lui-même acheté. D’une part, avant qu’il ne renouvelle son contrat jusqu’en juin 2019, la Juventus avait tenté une approche en ce mois de janvier. Mais Zamparini doit au moins une belle saison à ses tifosi. D’autre part, dans le Nord de l’Italie, Antonio Conte est en train de faire le forcing pour convaincre le gaucher de jouer pour la sélection italienne. Et si les points communs avec Pastore sont si nombreux, la trajectoire capricieuse du Flaco sous les couleurs de l’Albiceleste est en train de donner des arguments au sélectionneur italien. Il Muto Vázquez, donc ?

Markus, à Córdoba

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Article publié le 14/02/2015 sur SOFOOT.com

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