L’équipe de l’année 2014 de FT

Mascherano Robben

Faute Tactique a choisi son équipe de l’année 2014. Pour commencer, étant donné qu’une saison de football ne se joue pas sur le calendrier civil, il s’agit forcément de choix insensés. Mais bon, puisque le football est lui-même insensé, célébrant 90 minutes de jeu pour ne compter que les buts, cela ne semble pas dérangeant. Pour choisir parmi la centaine de héros qui ont émerveillé l’année par leurs beaux gestes, leurs fautes vicieuses et autres actions inestimables, il a fallu définir quelques critères. En premier lieu, cette équipe devait avoir un sens tactique : il était impossible d’aligner Cristiano et Messi ensemble, ni même deux latéraux brésiliens dans la même équipe, et encore moins Zlatan Ibrahimovic et un numéro 10. Il fallait une équipe cohérente sur la forme et le fond : il ne s’agissait pas d’aligner, comme Luis Figo, un milieu Neymar-Robben-Kroos derrière Messi-Cristiano-Ibrahimovic.

Dans un second temps, il a fallu former un groupe ressemblant à l’idée du football qu’essaye d’idéaliser Faute Tactique : romantisme, héroïsme, esthétique et forcément intelligence. Ainsi, la capacité des joueurs à se surpasser lors des moments les plus importants de la saison aura été capitale dans cette sélection. Capitale, mais pas non plus irrationnelle : Mario Götze n’en fait pas partie. Dans un troisième temps, il fallait créer une équipe compétitive et réaliste : un équilibre entre leaders naturels, travailleurs de l’ombre et étoiles individuelles. Cette équipe n’est donc pas la liste des meilleurs joueurs à chaque position. Ce n’est qu’une équipe de rêve parmi tant d’autres. Mais il se trouve qu’elle est imbattable. D’ailleurs, elle ne perdra jamais un match.

Entraîneur : Diego Simeone

4-3-1-2

Diego Simeone

#1 Manuel Neuer, gardien de but : Pour les gardiens de but nés au 20ème siècle, le monde devait pour toujours se limiter à la surface de réparation. Pionnier, Neuer a changé ce monde-là. Libéro, tacleur gourmand ou gardien de but avide de sensations fortes, l’Allemand a repoussé les limites de son poste, tout en lui rendant de merveilleux hommages sur sa ligne. Et puis, sans Götze, il est évident qu’il aurait eu le courage d’aller mettre son tir aux buts en finale contre l’Argentine. Cette histoire était écrite, et ce n’est pas parce qu’elle n’a pas été lue qu’il faut l’ignorer pour autant. Neuer, numero uno.

Manuel Neuer contre l'Algérie

#5 Miranda et #4 Diego Godin, défenseurs centraux : Parce que Diego Godin aura été aussi décisif que Sergio Ramos (finale de C1, finale de Liga, Coupe du monde). Parce que Miranda aura été plus constant que Pepe, Kompany, Thiago Silva et n’importe quel autre défenseur central de la planète. Parce qu’ils forment la meilleure défense du monde, tout simplement, et que FT voulait choisir une paire de centraux non seulement complémentaires, mais habitués à jouer ensemble, parce qu’on ne prend pas la défense à la légère. Et enfin pour rendre hommage au sens de la géométrie de Tiago et Gabi, les sacrifices de Koke et Arda Turan, et toute l’organisation défensive de l’Atlético Madrid.

Godin Miranda

#2 Branislav Ivanovic, latéral droit : Parce que la Yougoslavie, c’est le Brésil de l’Europe. Et parce qu’Ivanovic est capable de couvrir un couloir long de 100 mètres, comme les latéraux brésiliens les plus fantasmés de l’histoire du football. Comme Maicon, Ivanovic est un colosse, « un char », comme l’a ressenti Raheem Sterling après une confrontation Liverpool-Chelsea. Ivanovic, c’est ce défenseur que tu ne surpasseras pas. Et qui se transformera en seconde pointe lors des quinze dernières minutes de la rencontre.

Portrait à lire : Ivanovic, le spetsnaz de Mourinho

Ivanovic

#3 Pablo Zabaleta, latéral gauche : S’il fallait dessiner Pablo Zabaleta, la première couleur à mettre en scène serait le rouge. Celle du sang. Deux choses transpirent des veines de Zabaleta : l’envie inépuisable de combat, d’une part, et l’intelligence de jeu, d’autre part. Un guerrier qui ne perd jamais sa lucidité. Si le choix d’Alaba aurait donné une allure plus sexy à cette formation, tout comme Filipe Luis, il fallait donner à cette défense une couleur de Coupe du monde réussie. Et au Brésil, jusqu’à l’ultime marquage de Götze, Zabaleta a été intraitable. Enfin, s’il a joué à droite durant la majeure partie de la saison, personne ne saurait faire la différence avec son rendement à gauche.

Portrait à lire : Pablo Zabaleta, l’autre âme de City

Pablo Zabaleta

#6 Javier Mascherano (capitaine), meneur d’hommes : Ce n’est pas le plus grand des héros. C’est le chef des héros. Impérial lors du Mondial brésilien, il est la première raison (la seule ?) de l’équilibrage in extremis de l’Albiceleste au Brésil. Surhomme face à Robben, leader fabuleux devant la terre entière, il est aussi le cerveau défensif du FC Barcelone. Vous savez, l’équipe de Busquets.

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Mascherano sofoot

#8 Luka Modric, animateur de jeu : Nous sommes en juillet, en pleine pré-saison, et l’entraîneur se gratte la tête. Il a toujours voulu jouer avec un pur numéro 6 devant la défense, parce que l’équilibre. Mais en même temps, il en a marre de devoir perdre un joueur qui pourrait servir à son animation offensive, parce qu’il aime le jeu. Depuis que José Mourinho est allé le chercher à Londres, Luka Modric a résolu cette équation ancestrale. A Old Trafford pour Mourinho, il avait à lui tout seul créé plus de jeu que tout Manchester United réuni. Cette saison à Madrid, il est la principale raison de la polyvalence du milieu de Carlo Ancelotti. Les idées de Sacchi, peut-être. Les pieds penseurs de Modric, assurément.

Modric

#7 Angel Di Maria, relayeur explosif : Quand Modric pense, Di Maria agit. Placé en milieu relayeur penchant à gauche, capable à la fois de déborder sur l’aile, de défendre le couloir et de construire au milieu, Angel Di Maria n’a pas fini de nous montrer à quel point il peut faciliter la vie de ses entraîneurs. Avec une allure aussi indescriptible que l’angle de ses crochets, Di Maria est le premier atout surprise et spontanéité de cette équipe jusque-là très cérébrale. Avec lui en finale, l’Argentine serait championne du monde.

Angel-Di-Maria

#10 Javier Pastore, le parfum : En cette année 2014, Javier Pastore a beaucoup couru. Toujours aussi maigre, mais paradoxalement plus volumineux, le Flaco a réussi l’immense défi de ne pas perdre son flair dans la métamorphose. Inaltérable. Pastore, c’est Jean-Baptiste Grenouille dans Le Parfum. Peu importent les consignes tactiques, les coéquipiers et les adversaires, il ne peut s’empêcher de sentir les passes risquées et les gestes tentants. Et cette équipe de l’année se veut surprenante, jouissive, imprévisible.

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Pastore contre Bastia

#11 Luis Suarez, seconde pointe géniale : Avec Luis Suarez, Liverpool aurait dû remporter la Premier League. Sans Luis Suarez, Liverpool se situe actuellement entre West Ham et Swansea. Avec Luis Suarez, l’Uruguay a battu l’Angleterre de manière héroïque – avec les formes d’un certain Diego en 1986 – et éliminé l’Italie avec vice et rigueur. Sans Luis Suarez, l’Uruguay s’est fait balayer par la Colombie. Franchise player en club, porte-drapeau en sélection, premier défenseur, meilleur buteur, artilleur, pistolero, combattant des ténèbres du football. Luis Suarez a réalisé une année 2014 héroïque. Et si le Barça a décidé d’en faire le plus grand passeur décisif de l’histoire, il saura un jour choisir le bon moment pour partir, comme Samuel Eto’o. Chez nous, Luisito est la première arme offensive de l’équipe. Une équipe qui se veut aussi explosive, spontanée, malicieuse et libre que son jeu.

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luisito9

#9 Diego Costa, la pointe : Il en faut du courage pour être la première ligne de cette équipe représentant le monde entier. Et s’il y a bien un numéro 9 qui a de la témérité à revendre, c’est Diego Costa. En offrant à l’Atlético une Liga et une finale de C1, Costa a fait mieux qu’Agüero, Forlan, Torres, Vieri et Hasselbaink réunis. Et s’il a réalisé un Mondial à la Cristiano, fait d’une récupération in extremis et de grossières erreurs collectives, ce n’est pas vraiment de sa faute. Surtout, cette équipe avait besoin d’un tueur. Pas un buteur qui sache tuer, un buteur qui aime tuer.

à lire : Diego Costa, joueur de rue

Diego Costa équipe année

N.B. : Des joueurs comme Leo Messi, Cristiano Ronaldo, Neymar, Karim Benzema, Gareth Bale et Zlatan Ibrahimovic ne figurant pas dans le onze titulaire, il aurait été ridicule de les mettre sur le banc des remplaçants, étant donné qu’ils nous auraient immédiatement envoyé une demande de transfert. Et nous ne faisons pas ça pour l’argent, donc ça n’avait aucun intérêt. D’autre part, pour que cette équipe devienne véritablement la plus belle au monde, il fallait qu’elle ait à affronter les plus grands adversaires au monde. Si Diego Godin et Miranda ne peuvent défendre sur Cristiano Ronaldo, et si Javier Mascherano ne peut pas prendre Messi au marquage, où est l’intérêt ?

Idées de jeu : Animé par le football passion de Diego Simeone, mais avec bien plus de talent qu’à l’Atlético Madrid, ce 4-3-1-2 se veut tactiquement coriace, techniquement attractif, et surtout très intelligent. Des attaquants qui pressent sans relâche, s’associent au milieu, étirent le terrain et prennent la profondeur. Un numéro 10 qui illumine des attaques rapides, invente, fait respirer ses milieux et récupère des ballons dans la moitié adverse. Un milieu à trois équilibré, flexible et joueur, nourri par les manoeuvres orchestrales de Modric, la couverture et la distribution de Mascherano, mais aussi la verticalité, la vitesse et la surprise de Di Maria. Derrière, la question est de savoir si cette paire de centraux sera capable de jouer haut et de manière conquérante contre les petites équipes, mais la présence de Mascherano, Zabaleta et surtout Neuer devrait apporter la confiance nécessaire à Godin-Miranda pour partir à l’abordage. Enfin, l’équilibre droite/gauche est respecté : Ivanovic, comme à Chelsea, n’a besoin de personne pour l’aider à défendre son couloir, même si les petits tacles malins de Modric aideront. Et à gauche, la paire Mascherano-Zabaleta devrait donner des ailes à Di Maria, qui sera bien souvent considéré par les experts comme un pur ailier dynamiteur, du fait de la timidité offensive (toute relative) de Zabaleta dans son couloir. Enfin, la philosophie de FT voulait une équipe énervante à jouer, rusée, infatigable, taquine. Bref, une équipe qui joue avec un sourire en coin. Et pour ça, la paire Luis Suarez – Diego Costa est inégalable.

///// BANC /////

Tim Krul, gardien remplaçant : Parce qu’il a réalisé le rêve de tout enfant gardien. Tel le dernier joueur d’un roster NBA marquant un shoot au buzzer sur son premier ballon, Krul a envoyé le terme clutch vers de nouveaux cieux en gagnant sa séance de tirs aux buts contre le Costa Rica.

Philipp Lahm, trop jeune retraité : Si Neuer a encore un monde à découvrir, Philipp Lahm en est le maître. Au Bayern et avec la Mannschaft, le surdoué a parcouru tous les recoins de toutes les pelouses les plus prestigieuses de la planète, avec toujours cette capacité extraordinaire à jouer ordinairement juste. Evidemment que Lahm a été le meilleur latéral de la saison. Il a même été meilleur qu’Ivanovic et Lahm. Mais prendre sa retraite internationale à 30 ans alors que ton pays règne sur le monde, ce n’est pas vraiment un exemple d’héroïsme. Philipp Lahm avait tout pour être l’héritier de Javier Zanetti : la polyvalence, la longévité, l’humilité et l’intelligence. Mais Zanetti, lui, n’a jamais pris de retraite internationale. A 40 ans, il était même revenu d’une rupture du tendon d’Achille pour espérer partir au Brésil, même s’il aurait fallu couper des oranges pour Marcos Rojo. Zanetti en rêvait, alors que Lahm s’est arrêté de rêver après le sacre mondial. Espérons qu’il revienne sur sa décision.

Sergio Ramos, tête de buteur : L’Andalou a tout simplement redéfini le terme « décisif », marquant 4 buts cruciaux pour le Real Madrid. Les chiffres de Passarella, l’esprit de Juanito.

Raul Garcia, héros obscur : Un joueur revenant de l’enfer (un prêt à Osasuna en 2011) qui se montre capable de jouer à la fois avant-centre, seconde pointe, ailier droit, trequartista et milieu central dans le même match a forcément sa place dans cette équipe de l’année 2014 de FT. Caméléon tactique. Et puis, cette faute tactique magnifique sur la scène la plus médiatique qui soit, en finale de la Ligue des Champions…

James Rodriguez, déclencheur d’actions : James Rodriguez est un numéro 10 sud-américain qui a fini meilleur buteur de la Coupe du monde brésilienne. Que faut-il de plus ? Ah oui, il est gaucher. Et peu importe si le Real Madrid d’Ancelotti est quelque part en train de limiter sa liberté.

Alexis Sanchez, le joker aux dents longues : Parce qu’un banc bien formé est un banc polyvalent apportant diverses solutions, Alexis Sanchez est le remplaçant parfait. Et vu qu’il n’a pas encore été élu meilleur joueur de la Premier League, c’est peut-être la dernière fois qu’on peut se permettre d’asseoir un joueur aussi complet : pressing infatigable, duels gagnés, construction du jeu et création individuelle. S’il avait été plus chanceux au Mondial…

Mario Balotelli : Parce qu’il faut défendre les héros même quand ils chutent. Certains sont nés en sachant se relever tout seuls. D’autres ont besoin d’un coup de main ou de bons mots. Mario Balotelli n’a rien réussi en cette année 2014, ni à Milan, ni au Brésil, ni à Liverpool. Rien, rien, rien. Peut-être, d’ailleurs, que Mario Balotelli ne sera plus jamais héroïque. Mais il faut de tout dans un monde parfait, et il fallait de l’imperfection dans cette équipe mondiale.

à lire : Ce qu’il faut retenir de l’année 2014

3 réflexions sur “ L’équipe de l’année 2014 de FT ”

  1. Votre équipe est parfaite!
    Seulement j’aurai remplaçé Zabaleta par Maxwell. L’élégance, la technique, la simplicité.

    Vive le foot et vive Faute Tactique!

  2. Allez, avec le 11 de la FIFA, il n’y a même pas de match, voici un peu de challenge :

    #1 Thibault Courtois, royal sur sa ligne : on attend la finale de LDC Chelsea-Bayern (6-5 aux tab) où il ira claquer une bise à Neuer pour le réconforter.

    #4 et #5 Sergio Ramos et -un peu de chauvinisme- Raphaël Varane histoire d’avoir un peu d’automatismes dans le jeu.

    #2 Philip Lahm, capitaine : peu dépanner aux cages et à l’aile gauche si besoin.

    #3 Filipe Luis, latéral gauche : Diego Costa, il connait.

    #6 Paul Pogba, il parait que l’équipe manquait de génie. et #8 Yaya Touré, meilleur joueur africain de la décennie pour apporter du muscle au milieu de terrain et casser les pattes de Angel et Javier.

    #10 James Rodriguez, le crack colombien nous avait manqué

    #7 et #11 Cristiano Ronaldo et Arjen Robben : les éclairs. De la vitesse sur les côtés, des crochets dans tous les sens et deux instincts de buteurs.

    #9 Wayne Rooney , plein axe, complément idéal aux deux ailiers par ses qualités de déplacement et de passes.

  3. Superbe équipe les gars !

    Néanmoins, dans la constitution d’une équipe héroïque et esthétique, comment ne pas prendre James ? Décisif dans les moments clefs, espoir suprême de toute une nation qui aura déferlée dans les stades du Brésil, il méritait peut être de prendre la place de Pastore.

    Mais bon, qui sait, il saura peut être prouver sa valeur en entrant en jeu 😉

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