(FT&Co) Le phénomène José Callejón

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José Callejón

Durant cette première moitié de saison, José Maria Callejón a disputé vingt-trois rencontres, dont dix en tant que titulaire, pour un total de 1091 minutes. Un temps de jeu qui fait de lui le douzième joueur du Real Madrid, alors que tout le monde le pensait condamné aux tribunes. En fait, personne n’a voulu considérer Callejón comme autre chose qu’une caution morale du Special One et du Real Madrid : son retour au club n’aurait été rien de plus qu’une opération de communication visant à séduire les socios désireux de voir jouer plus de joueurs madrilènes. Si bien que lorsque Callejón fait de bons matchs, plutôt que de louer ses qualités de footballeur, la presse madrilène choisit de nous faire croire à la résurrection du vieux concept marketing « Zidane y las Pavones » sous le nom de « Cristianos y Callejones ». Callejón est-t-il seulement un symbole ? Pourquoi est-il si important dans l’effectif madrilène ? Peut-il aspirer à plus ?

Franchise player de l’Espanyol Barcelone

Lorsque Callejón revient à Madrid, il est bien plus qu’un simple jeune qu’on rapatrie après un prêt. Il a 25 ans et sort de trois saisons avec l’Espanyol. En Catalogne, il découvre la Liga et laisse les observateurs découvrir son style, se distinguant en envoyant un missile dans les filets de Pinto lors du derby catalan et en provoquant l’expulsion de Casillas grâce à un appel assassin face au Real. Lors de sa dernière saison à l’Espanyol, il est d’ailleurs le joueur subissant le plus de fautes en Liga, devant CR7 et Messi. Callejón devient la star des Pericos et peut aspirer à une place de titulaire dans n’importe quel club de la deuxième Liga. Il se fait même approcher par le Barca de Pep. Finalement, il choisit de retourner au Real Madrid. Le choix du cœur, certes, mais aussi le défi le plus difficile.

Callejon avec l'Espanyol

Professionnel, polyvalent, performant…

« Je rejoins le meilleur club du monde ». Pas un mot sur un retour à la maison. José sait très bien que pour s’installer dans la durée dans un Bernabeu qui a vu partir Raul et Guti, seuls les résultats comptent. Cette préparation mentale, qui a fait défaut à des joueurs comme Pedro León ou encore Coentrao, est la clef de son intégration rapide à l’effectif. Callejón ne joue pas pour être le meilleur mais pour être compétitif : il accepte le banc, joue simple lorsqu’il est sur le terrain, et se donne toujours à fond. Un joueur très polyvalent que le Mou peut utiliser à tous les postes selon la situation. On a ainsi vu Callejón entrer en tant que milieu droit dans les dernières minutes du match contre l’Espanyol la saison dernière. Contre Séville, il est titulaire pour la première fois en Liga avec le Real et joue la première mi-temps sur le côté gauche de l’attaque avant d’être sacrifié pour l’équilibre de l’équipe après l’expulsion de Pepe…

À Majorque, il revêt le rôle de sauveur en inscrivant le but de la victoire dans les dernières minutes d’un match fou où Mourinho empile les joueurs offensifs pour remonter au score. Plus récemment, il a même joué latéral pour pallier l’hémorragie défensive madrilène. Callejón n’est pas un joueur de onze de gala, mais il le sait. Joueur d’équipe exemplaire, il connaît bien son rôle et ses limites. En somme : un bon joueur qui évolue parmi les meilleurs et apporte un véritable plus au collectif grâce à sa discipline et son engagement. Un professionnel authentique. De ce point de vue, Callejón ressemble beaucoup à Álvaro Arbeloa, avec qui il partage le fait d’être un canterano qui a dû briller loin de la casa blanca pour y revenir en tant que joueur accompli. Et quel joueur…

…et buteur

L’essence du football. Un joueur qui peut jouer partout, et qui marque beaucoup. Les buteurs ne manquent pourtant pas à Madrid : la technique de Benzema, l’instinct de tueur d’Higuain, la patte gauche de Di Maria, l’inspiration d’Özil, une éventuelle résurrection de Kaka, et surtout Cristiano Ronaldo qui sait tout faire. À côté de tous ces internationaux, Callejón apparaît désarmé. Et il l’est. Dribbles, frappes lobées, reprises acrobatiques ? Callejon ne possède aucune de ces armes, ou plutôt n’en maitrise aucune suffisamment bien pour tenir la comparaison avec ses coéquipiers. Ainsi, il se repose exclusivement sur une arme qu’il domine à la perfection : les appels dans le dos de la défense. Une technique d’appel extraordinaire qui fait qu’il a déjà éliminé la défense avant de toucher le ballon, lui assure d’avoir suffisamment de temps pour contrôler, et l’autorise à profiter d’une erreur de placement du gardien à bout portant. Le numéro 21 du Real a beau n’avoir qu’une seule corde à son arc, sa précision est étonnante : l’an dernier à la même période de la saison, Callejón possédait le meilleur ratio « buts par minute » d’Europe avec un but toutes les 75 minutes. Un espagnol choisi pour faire le nombre, vraiment ?

Ses nombreux détracteurs (à croire qu’un attaquant qui marque sans dribbler peut déranger) expliquent ses bonnes statistiques par le fait qu’il entre en jeu alors que la défense adverse est épuisée, dispute des rencontres contre des adversaires faiblards, et profite des caviars de ses coéquipiers… Mais Callejón en est à 11 buts en 21 matchs titulaires à Madrid, soit un but toutes les deux titularisations. Pour ce qui est de bénéficier des talents de passeurs de ses partenaires, il faut préciser que les passes décisives que reçoit le 21 du Real sont très souvent de longues transversales suivant une course à la limite du hors-jeu. Des buts sur lesquels l’appel est au moins aussi important que la passe. Un jeu simple avec le ballon aux pieds, une discrétion maximale, et un appel croisé à la limite du hors-jeu. Mortel. Chirurgical. Son sang-froid et sa précision font le reste.

Callejon

Supersub, de Madrid à Rio ?

Si le football était analysé au travers des statistiques comme les sports américains, nul doute que Callejón aurait une place de choix au moment de décerner le prix du « meilleur douzième homme ». Canterano, madrilène et madridiste, Callejón sait ce que représente ce club et le fait sentir aussi bien dans ses actes que dans ses déclarations. Son attitude et ses buts ont fait de lui un chouchou du Bernabeu en un temps-record. Ses célébrations valent d’ailleurs le détour. Celle où il met en avant l’écusson du Real est devenue sa marque de fabrique. Le but que le Mou célèbre en lui sautant sur le dos a fait le tour du monde. Et la célébration de la Liga où Callejón grimpe sur le dos de son coach est formidable.

Mais la plus belle de toute reste certainement la célébration de l’expulsion d’Adriano durant le retour de la Supercoupe à Madrid : alors sur le banc, Callejón se lève et s’avance les bras en croix. La même croix que celle du Cristo Redentor de Rio, qui accueillera le Mondial en 2014. Voir José porter le maillot de la Roja semblait inimaginable il y a moins d’un an, mais les malheurs de Villa et Torres conjugués à sa régularité et son profil rendent l’hypothèse envisageable. Comment dire non à un joueur à l’esprit d’équipe irréprochable, à la polyvalence sans limite et qui, en plus, marque des buts ?

Hadi

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