FT y était : La « Curva » de Stamford Bridge pour Chelsea-Manchester United

FT était à Stamford Bridge pour le choc opposant Chelsea à Manchester United. Attention, le vrai, celui pour hommes, pas celui pour enfants et avec des enfants en défense. Celui de la Premier League, la seule compétition qui compte réellement de ce côté-ci de la Manche. 

La Curva de Stamford Bridge

Ce Dimanche 28 Octobre, le ciel a beau être gris sur Fulham Road, dans les beaux quartiers de la capitale anglaise, le terrain lui regorge de couleurs. Avant même d’être un match de football, un Chelsea-ManU est un tableau. Bleus contre rouges, blues against reds, eau contre feu, deux couleurs primaires qui ne se nuancent pas mais s’opposent. L’effet visuel est réussi et offre au regard un ballet de  pastel que n’aurait pas renié Kandinsky. En arrière-plan, derrière et partout, le vert de la pelouse vient compléter le spectacle visuel. Bref, Chelsea-ManU précède le football.

Bien installés dans le lower tier de la tribune Matthew Harding, nous quittons l’abstrait pour nous précipiter dans le concret. Le Matthew Harding est aujourd’hui le  virage, la curva de Stamford Bridge. Du moins depuis le milieu des années 90 et la démolition/reconstruction du célèbre Shed, le virage d’en face. Debout tout le match, les supporters qui l’habitent peuvent être regroupés en trois catégories. D’abord les vrais, les « Chelsea boys ». Ceux sont les anciens, ils ont le crane rasé, la quarantaine et revêtent un simple t-shirt bleu peu importe le temps et les saisons. Ils n’ont peut-être pas grand-chose à voir avec le quartier huppé de Chelsea, mais sont parmi les derniers survivants de ce que représentait le club avant les années 90. Debout, ils chantent et surtout insultent durant tout le match, mais sont plutôt tranquilles, malgré leur look de dur du pub d’à côté. A plus de 50 pounds la place, on imagine qu’ils doivent se saigner pour venir au stade, au contraire de la seconde catégorie : les Chelsea gentlemen. On reconnait à ces derniers  un petit côté Daniel Craig. Comme le vrai James Bond, ils vivent à Chelsea, passent la semaine en costume/cravate puis garent leur Aston Martin pour s’encanailler le dimanche dans les travées du Matthew Harding. Enfin, les Chelsea golden boys sont des étrangers (beaucoup de russes et est-européens, quelques indiens) plutôt friqués et ne connaissant pas forcément grand-chose au ballon rond. Des mini Roman Abramovitch, qui comme lui ont décidé de supporter l’équipe de leur quartier. Il va sans dire que nos Chelsea boys sont les plus vocaux de tous.

La gloire John Terry, la cible Rio Ferdinand et le pauvre David Luiz…

4pm, kickoff time. Les joueurs entrent dans l’arène. Ah, la belle proximité des stades anglais. Dans la cacophonie ambiante, s’il n’est pas certain que les joueurs perçoivent tous les encouragements dont ils sont l’objet, les insultes arrivent sans doute à leurs oreilles. A ce jeu, Rio Ferdinand est la victime #1. La faute à la polémique John Terry, accusé d’avoir traité  Anton, le fréro de Rio, de fucking black cunt, littéralement « putain de chatte noire ». Au-delà du caractère raciste du propos, il faut savoir que l’insulte cunt est une des plus vulgaires et agressives de ce côté-ci de la Manche. Le scandale dure depuis un an, et tant pis si Chelsea est aujourd’hui un des clubs anglais à la plus mauvaise presse, nos Chelsea boys resteront envers et contre tous ultra-loyaux avec leur capitaine emblématique, formé au club (après être passé par West Ham). One England captain, there is only one England captain sera le chant le plus repris durant tout le match. Un capitaine fidèle aux blues avant toute chose, et qui en avril dernier affirmait sans hésiter une seconde qu’il préférait remporter la Champions League avec Chelsea plutôt que la Coupe d’Europe avec l’Angleterre. Bref, le pauvre Rio se fera martyriser durant tout le match, à coups de your mother is a cunt, your brother is a cunt et même de  you are not even black, you are not even black… Il n’empêche, on imagine qu’un grand nombre de supporters de Chelsea ne seraient pas contre un échange Rio Ferdinand pour David Luiz…

Quatrième minute de jeu, perte de balle de Chelsea, Wayne Rooney récupère, débordement de ManU sur l’aile droite, centre à raz de terre pour Robin Van Persie, étrangement seul dans la surface, tir but non poteau non la balle a rebondi et… but contre son camp de David Luiz… 0-1. De l’autre côté du stade, on n’a rien compris à ce qu’il s‘est passé, sauf que David Luiz a encore frappé. David Luiz, encore lui… « No way, again!« , s’exclame le lower tier. Et pourtant il est marrant Luiz, il a une coupe de cheveux vraiment rigolote. Voilà presque deux ans qu’il porte le maillot de Chelsea, mais il donne encore l’impression d’avoir débarqué la veille, de courir comme un chien pour se faire aimer des fans, mais de ne pas encore être au top niveau concentration…. douzième minute de jeu, le David Luiz Time continue : débordement de ManU sur l’aile droite, centre à raz de terre pour Robin Van Persie, étrangement seul dans la surface, tir, but … Ca vous dit quelque chose ? Où était David Luiz ? Où était Gary Cahill ? 0-2. D’un coup, on comprend mieux l’amour inconditionnel que les fans portent à John Terry…

Chelsea fashion victim de la mode russe ?

Chelsea décide enfin de se réveiller et allume son moteur. Un gros moteur même. Parce qu’une fois lancés, ses trois chevaux Juan Mata – Eden Hazard – Oscar font très mal. Ajoutez à cela Torres, qui n’est plus le Falcao de ses débuts mais dont les appels pèsent terriblement sur les défenses, et Ramires le steepler qui ratisse comme un taré derrière, et vous aurez une très belle mécanique. A laquelle manque  néanmoins une solide base arrière, et peut-être aussi un peu de présence au milieu de terrain. Comment l’équipe qui conquit l’Europe par la défense est-elle soudainement devenue si fébrile ? Une piste de réponse touche au vilain petit défaut de Roman Abramovitch. Comme beaucoup de ses compatriotes, le russe est obsédé par les marques. Et si l’original n’est plus en stock, qu’à cela ne tienne, on achète une copie au marché.

Plus de Mourinho disponible ? Je prends Villas Boas. Mickael Essien est trop souvent blessé ? Pas grave, j’achète John Obi Mikel. Mince, Didier Drogba sera bientôt périmé ! Je trouve vite un Lukaku de rechange. Fernando Torres m’a mis plein de buts. J’achète son frère ! J’ai battu le Barça, mais tout l’Europe trouve que les catalans jouent mieux que moi ? Je vais copier le jeu des catalans. Et de fait, Mata, Hazard, Oscar et Torres permutent dans tous les sens, ça titikaka un peu, et c’est très joli à regarder. Mais en termes d’efficacité dans le pressing, on n’est pas encore au niveau barcelonais. ManU en profite : une fois passé le premier rideau de pressing, un boulevard s’ouvre aux mancuniens, notamment sur les ailes.

Rooney le fuoriclasse, et Sir Alex le nez

A ce petit jeu, Wayne Rooney se fait plaisir. Le numéro 10 est époustouflant. C’est bien simple, ce dimanche 28 octobre, Rooney avait décidé de faire un urban sur Londres avec des potes : attaquant, trequartista, défenseur, le roux était sur tous les fronts, et a taclé aux quatre coins du terrain. A tel point qu’après un premier jaune, Sir Alex Ferguson décide de le sortir. Il a du nez, Sir Alex. La différence entre grands entraîneurs se joue sur les détails, voire sur quelques secondes. Di Matteo s’apprêtait à faire sortir Torres, quand l’Espagnol prit un second jaune et partit rejoindre dans les vestiaires Ivanovic. Pas de chance, Chelsea était revenu à 2-2, suite à un magnifique coup franc platinesque de Mata, et à une belle tête de Ramires. Oui, une tête de Ramires. Souhaitons à Vidic de ne pas avoir vu cette scène déconseillée aux mancuniens majeurs.

Mais à 9 contre 11, cela devient difficile, surtout avec Chicharito dans les parages. ManU reprend l’avantage suite à une petite fourberie de son mexicain de poche, auteur d’un joli but inzaghesque qui l’aura vu tomber dans les cages et marquer du talon dos au but en position de hors-jeu. On a envie de dire que c’est logique, mais mêler Chicharito et la logique serait intellectuellement malhonnête. Evidemment, on entre dans le détail parce qu’on a vu et revu le ralenti durant Match of the day sur BBC1. Car sur le moment, on ne distingue pas grand-chose. Enfin, on comprend surtout que les décisions de l’arbitre Mark Clattenburg ont plus que pesé dans la balance. On voit aussi Chicharito fêter son but juste devant le Matthew Harding, et se prendre un siège bleu sur la tronche. 2-3 score final. Chelsea a perdu le match. Chelsea a perdu sa défense. Mais les Chelsea Boys savent encore qui ils sont : We know what we are ! We know what we are ! Champions of Europe ! We know what are…

Alexandre

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