Le talon du Prince (FT&Co)

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Antonin Panenka en finale de l’Euro 1976, Rabah Madjer en finale de la Ligue des Champions 1987 ou Marco van Basten en finale de l’Euro 1988 : les grands joueurs choisissent les grands matchs pour signer des gestes d’exception. Ce qui nous amène donc à Fernando Redondo…

Fernando Redondo, dit « Le Prince ». Ce joueur d’une élégance rare, à la technique de velours, numéro six légendaire du grand Real Madrid de la fin des 90’s. Celui-là même qui avait manqué le mondial 1998 parce qu’il refusait de se couper les cheveux, comme l’imposait le sélectionneur, Passarella. Ce joueur qui, étant blessé, allait refuser d’être rémunéré le temps de son invalidité, lors de sa fin de carrière au Milan AC… La classe à l’état pur, en somme. Ce 19 avril 2000, son club, le Real Madrid, se déplace sur la pelouse de Manchester United, en 1/4 de finale retour de la C1 et le score est de 2-0 (0-0 à l’aller) pour les Merengues, en noir ce soir-là, quand un dribble va faire entrer ce joueur, et ce match du même coup, dans la légende du ballon rond.

Tout partit d’une offensive mancunienne et, ironie du sort, d’une talonnade de Dwight Yorke interceptée par Karanka. Roberto Carlos récupère et trouve Redondo, qui contrôle puis écarte de l’extérieur du pied vers McManaman, collé à la ligne de touche. L’Anglais, d’une pichenette inspirée, redonne à son capitaine, seul à l’entrée du camp adverse. Il accélère alors, filant vers la légende, qui ne demande qu’à l’accueillir.On jouait la 53è minute de jeu et Redondo allait entrer dans le cercle très fermé des joueurs ayant un geste technique portant leur nom.

On jouait la 53è minute quand Redondo prit le ballon avec son pied droit et le poussa devant lui, pour un contre mené à toute allure. Il avait alors Berg devant lui, et deux joueurs à ses trousses. Il feinta de revenir vers l’intérieur, une première fois, puis une seconde fois, le temps de prendre de la vitesse sur l’extérieur, grâce à un crocher exécuté du gauche. Mais l’étau se resserrait, et avec trois joueurs susceptibles de l’encercler, l’argentin semblait destiné à s’enfermer et à perdre le ballon. Seul un coup de génie pouvait le tirer d’affaire. Dos au jeu, dos à Berg, il inventa ce dribble que l’on n’a plus jamais revu depuis, suspendant le temps…

On jouait la 53è minute de jeu quand Redondo exécuta cette talonnade, ce « taconazo » avec le pied gauche toujours, vers l’avant, dans le sens du jeu et du but, pour contourner Berg en lui glissant le ballon entre les jambes. Le défenseur norvégien n’eut même pas la vivacité de faire faute sur le milieu argentin, parti dans son dos avant qu’il ait eu le temps de comprendre ce qui lui arrivait : tout était allé trop vite. Redondo filait déjà après ce petit pont d’exception, qui avait réussi à lier l’intelligence tactique et le génie technique. C’était le talon du Prince (référence au célèbre « talon de Dieu » de Guti).

On jouait la 53è minute de jeu quand Redondo récupéra le ballon sur la ligne de sortie de but, leva la tête, s’avança, fixa Japp Stam, et glissa le ballon dans un trou de souris, entre le colossal (par la taille et le talent) défenseur néerlandais et Van der Gouw, qui bouchait l’angle. Le ballon roula devant le but, où Raúl l’attendait pour le glisser au fond des filets et ainsi parachever de la plus belle des manières le travail de son coéquipier. Jamais le Théâtre des Rêves n’avait autant mérité son surnom que ce soir-là…

Lorsqu’on lui demandera en 2008 de relater ses plus grands buts européens, lui qui est le recordman de buts marqués dans cette épreuve, Raúl citera celui-ci en premier, en ne retenant qu’une chose : la talonnade de Redondo. « Ce soir-là, je marque deux fois, mais c’est celui du 3-0 qui est inoubliable. Ce que fait Redondo est extraordinaire. Il attire trois défenseurs anglais, fait s’avancer le gardien et quand il est complètement encerclé, il me fait la passe d’une talonnade. Le ballon roule devant le but vide, je n’ai qu’à le pousser au fond. » Même Raul, qui était au premier plan, croit se souvenir que Redondo lui a passé le ballon avec le talon. D’autres, spectateurs ou téléspectateurs, affirmeront même que la balle est passée entre les jambes de Stam ! C’est aussi ça, la légende.

Ce geste fut tellement soudain, fulgurant et génial, qu’il laissa une trace indélébile dans la mémoire des amoureux du ballon rond. D’ailleurs, le 24 septembre dernier, lors d’un sondage paru sur Marca.com, plus de la moitié des votants élisaient la talonnade de Redondo comme étant « el mejor taconazo » de l’histoire du Real. Il n’était pas loin de 22h ce 19 avril 2000 quand Redondo passa du statut d’excellent milieu de terrain au statut de joueur mythique auteur d’une action, d’un geste, d’un dribble, d’anthologie. Le Real Madrid, par la grâce d’un homme touché par le divin, menait alors 3 à 0 sur la pelouse de Manchester United…

On jouait la 53è minute de jeu.

Une vidéo du chef-d’œuvre

Marc

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2 réflexions sur “ Le talon du Prince (FT&Co) ”

  1. Encore un plaisir énorme à lire un de vos articles mais ce qui est dommage c’est que qd on clique sur un lien, il s’ouvre ds la même page et c’est un peu saoulant à force

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