Merci Thierry (FT&Co)

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Oui Thierry Roland, tu as commenté 13 Coupes du Monde. 9 Championnats d’Europe. Plus de 1300 matchs, en 57 ans de carrière. En 1998, le 12 Juillet, Zidane était là, et toi aussi. Le 2 Juillet 2000, David Trezeguet était là, et toi aussi. Lorsque qu’Harald Schumacher s’est trouvé une passion pour la chirurgie dentaire face à Patrick Battiston, à Séville en 1982, il faisait chaud mais tu étais là. Lorsque ce salaud de M. Foote a sifflé un pénalty inexistant aux bulgares en 1976, tu étais là, comme le trop jeune Michel Platini de l’époque. Il ne faisait pas très chaud, mais tu étais là.

Aujourd’hui, un AVC de trop t’a emporté, à 74 ans. Alors, la moindre des choses que l’on pouvait faire pour toi, c’était d’être là. Et rien ne sert de ressasser tous ces détails, tous ces chiffres, toutes ces dates. Thierry, tu n’étais pas une bibliothèque, ni une base de donnée. Tu étais un homme qui, comme chacun de nous, vivait et vibrait selon ce que lui dictait son cœur. Alors, ce qui aujourd’hui importe dans la manière de te rendre hommage, c’est d’ajouter à notre discours ce que tu as su si bien nous transmettre au cours de ta longue carrière : de l’émotion.

Quand ils parlent de toi, rares sont les gens qui ne s’étendent pas sur ton exceptionnelle longévité, ta voix si singulière ou encore sur tes dérapages pas toujours contrôlés. Quand je parle de toi, je n’ai pas envie d’exprimer toutes ces généralités qui font néanmoins le grandiose de ton personnage. Tu es comme ces personnes qu’on aime et que l’on chérit tant, car tu inspires en tes admirateurs cette foule de petits détails qui te rendent exceptionnel et te sortent d’une affection qui pourrait être commune à d’autres.  Thierry Roland, ce ne sont pas que des chiffres, ni même un style, c’est avant tout une personne qui a révolutionné le métier de commentateur sportif en France.

Ton duo avec Jean-Michel Larqué, que l’on a tous vu très ému par ta disparition, a rendu le football plus sympathique, plus accessible, plus distrayant, mais surtout plus magique à la télévision française. C’est le savant mélange entre l’œil expert de ton camarade et ta passion évidente pour le sport Roi qui a fait de ces simples moments de télévision, des instants intenses ancrés aujourd’hui encore dans toutes les mémoires. Et tant pis si tu n’as pas toujours eu la correction de laisser un doute planer quant à un jugement arbitral abusif, tant pis si tu n’as pas toujours eu la politesse requise par une grande chaîne de télé vis-à-vis d’un adversaire ou d’un arbitre, tant pis si tu n’as pas toujours eu le recul nécessaire pour éviter une célèbre dispute avec ton compère à l’antenne, tant pis si tu n’as pas toujours été le plus renseigné sur les carrières des joueurs de seconde zone que la France venait à affronter. Tant pis si tous les suédois s’appelaient Larsson. Tu commentais avec tes tripes, avec ton cœur, et c’était cela que nous aimions, nous amoureux de football.

Depuis ton départ de la première chaîne, se sont enchaînés consultants au look de préretraités et commentateurs peu fameux, hommes de terrains inutiles ou encore intervenants quasi-muets, tandis que tu regardais le journalisme footballistique battre de l’aile tranquillement, sur ton canapé de région parisienne. Il serait injuste de cracher sur Christian Jeanpierre, mais il semble judicieux de signaler qu’il lui aura fallu la mort cérébrale de Pascal Praud, et la mort tout court de Thierry Gilardi, pour qu’il vienne aujourd’hui à occuper ce siège que tu as si bien su marquer de ton empreinte. Comme nos mémoires.

La mort nous a encore tous rattrapés la nuit dernière, mais il est quelque chose qui ne mourra jamais : Ton souvenir. Et si aujourd’hui, TF1 sait si bien te remplacer par des journalistes capables d’animer un match de coupe du monde de la même façon qu’un bal de village, il est certain que tu resteras à jamais, et pour toutes les personnes qui, comme moi, ont eu la chance d’entendre tes commentaires de leur vivant, l’irremplaçable voix du football en France. La seule, même.

En ayant une pensée émue pour ta femme et ton fils que tu laisses derrière toi, je te remercie au nom de toutes les générations que tu as su passionner, toutes les vocations que tu as suscitées, tous les français qui ont eu le privilège de vibrer à tes côtés. En espérant qu’après ta longue et fastueuse carrière, tu aies pu « mourir tranquille ». Repose en Paix, Thierry.

Ghislain

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