Tous derrière, tous pareil ?

Le DOSSIER « Tous derrière ! » se voit ici complété par une incontournable distinction entre les trois équipes ayant fait polémique pour leur stratégie ultra-défensive depuis 2010 : l’Inter en Champions League en 2010, les Pays-Bas au Mondial en 2010 et enfin Chelsea en Champions League en 2012.

Chelsea et les Pays-Bas étaient face à la possibilité de faire un exploit historique : remporter pour la première fois une Ligue des Champions ou une Coupe du Monde. L’Inter et Chelsea étaient des équipes formées par des vétérans jouant certainement leur dernière chance de briller au sommet européen. Les trois équipes rencontraient en face les maîtres absolus du football depuis 2008, la sélection espagnole et le FC Barcelone. Que de points communs qui ont provoqué des rapprochements hasardeux et plutôt négatifs sur les performances de ces trois équipes. A ceux qui croient encore que les stratégies de l’Inter et Chelsea ont eu un impact négatif sur le football, voilà les leçons à retenir de leurs exploits, ainsi que les enseignements de l’échec des Oranje en 2010.

Inter, Chelsea, Pays-Bas, trois matchs, trois histoires, trois leçons.

Les Oranje – Non, tous les moyens ne sont pas bons

Et si les Pays-Bas avaient remporté la Coupe du Monde 2010, qu’aurions-nous dit ? Seraient-ils rentrés dans cette catégorie sélective d’équipes héroïques ayant résisté face à meilleur que soi ? En fait, la question n’aurait jamais du se poser si l’arbitre de la rencontre avait mieux fait son travail. L’impact physique proposé par les Oranje n’a strictement rien à voir avec l’organisation et l’exigence que demande la mise en place d’une belle défense. La faute à l’ivresse provoquée par un enjeu trop important pour la meilleure sélection n’ayant jamais remporté le sacre suprême ? Un cynisme désabusé ? Le 11 juillet 2010, menée par un Bert Van Marwijk au style « efficace » et plutôt limitée défensivement, l’équipe de Sneijder et Van Bommel met en place un jeu basé sur un impact physique ahurissant et installe une tension psychologique visant à déstabiliser des Espagnols « pas habitués aux finales ». Conscients de leur incapacité à rivaliser dans le jeu face à l’Armada espagnole, les Hollandais veulent à tout prix ne pas perdre une nouvelle finale après celles de 1974 et 1978. Cette obsession aboutit non pas sur la mise en place d’un plan tactique brillant ou sur une entraide collective fascinante, mais sur une terrible accumulation de fautes (28 fautes et 9 cartons avec un arbitre qui fait pourtant tout pour ne rien siffler). Un record pour une finale de Coupe du Monde. Les Pays-Bas du football total se sont mentis, se sont perdus et ont fini par perdre. Comme avait dit la pirate Anne Bonny à Jack Rackam : « Si tu avais combattu comme un homme, tu n’aurais pas été pendu comme un chien ! ».

Inter – Il y a différentes manières de dominer un match de football

Il y a deux ans, nous assistons à la création d’une équipe à l’intelligence tactique unique qui donne l’impression de savoir contrôler le jeu dans toutes les situations, avec ou sans la possession. Si l’histoire de l’Inter et le souvenir de ses succès dans les années 1960 ont forcément mis l’équipe de Mourinho dans la catégorie des équipes défensives après le match du Camp Nou, ne faisons pas cette erreur. Et retenons l’histoire d’une équipe de vétérans capables de s’adapter à tous les adversaires possibles et de les éliminer de manières toutes aussi convaincantes que différentes. Cette Inter « avait du football dans les pieds ». En prenant d’assaut Stamford Bridge à l’aide des quatre attaquants Milito, Eto’o, Sneijder et Pandev. En attaquant à la gorge l’arrière garde barcelonaise à San Siro à l’aide d’une répétition de longs ballons pour un Diego Milito qui finira en crampes dès la 70e minute. En résistant à dix au Camp Nou grâce à la concentration extrême des guides Cambiasso et Zanetti. Et enfin en faisant preuve d’un contrôle du jeu fascinant face au Bayern de Van Gaal : jamais vraiment inquiétés, jamais déséquilibrés, et pourtant toujours dangereux. Une Inter qui n’aura finalement existé que quatre petits mois, de février à mai 2010, mais qui aura ainsi remporté trois trophées sur trois et qui, quelque part, partira sans n’avoir été jamais battue. Fait incroyable qui souligne les dons tactiques de cette équipe : sur les deux matchs de la demi-finale de LDC, le Barça commet plus de fautes que les nerazzurri. L’Inter défend proprement, met une pression systématique sur le porteur du ballon dès qu’il rentre dans certaines zones dangereuses et repousse les attaques adverses vers le côté. De l’art.

Jusque-là, non seulement Guardiola était imbattable, mais il était impossible de mieux jouer que son Barça. L’Inter l’aura fait durant 70 petites minutes, avant de s’adapter à ses limites physiques et de changer une nouvelle fois de stratégie. Le caméléon.

Chelsea – Tout est possible, le football est fou

Personne n’y croyait. Ni Drogba, qui était sur le point de partir en janvier. Ni Di Matteo, qui n’a même pas eu le temps de le voir venir. Ni même les supporters de Chelsea qui, certains de voir leurs vieux guerriers se faire balayer par les jeunes loups napolitains, avaient été des milliers à vendre leur season ticket à l’occasion de Chelsea-Naples (à lire, notre reportage FT y était). L’histoire de la qualification de Chelsea est fascinante : en plus d’être une merveilleuse revanche sur l’Histoire, cette victoire est celle d’un désespoir heureux. Le désespoir du but fantôme face à Liverpool en 2005. Le désespoir de la défaite en finale aux tirs aux buts en 2008. Le désespoir de l’élimination de 2009 à Stamford Bridge. Le désespoir de l’échec du prometteur Villas-Boas. Le désespoir de voir Drogba partir à la fin de la saison. Le désespoir de voir Lampard, Ashley Cole et Terry sur le déclin. Le désespoir face à Naples au San Paolo, jusqu’au sauvetage du fabuleux Ashley Cole. Le désespoir après la blessure de Cahill dès les premières minutes de la demi-finale retour. Le désespoir après le premier but de Busquets, puis celui d’Iniesta au Camp Nou. Le désespoir de se retrouver à 10 avec au moins un but à marquer, sans capitaine ni défenseur central. Le désespoir de se voir concéder un pénalty à l’heure de jeu. Le désespoir de voir qu’un Ballon d’or s’apprête à le tirer… Tout ce désespoir transformé petit à petit en ultime espoir pour toutes ces années, tous ces joueurs fantastiques, tous ces coachs passés sur le banc de Chelsea.

Si nous nous intéressons à ce qui s’est passé sur le terrain, le maître-mot devient alors la résignation. Résignés à défendre, résignés à attendre, résignés à prier pour que les poteaux leur sourient. Malheureusement, le geste de Terry (et sa réputation qui le précède) au Camp Nou a contribué à salir l’image de ces Blues auprès du grand public. Mais les deux raids de Ramires resteront certainement deux des actions les plus étonnantes que l’histoire de la Ligue des Champions a connues : deux opportunités, deux courses, deux gestes parfaits, deux buts.  Une victoire complètement irrationnelle, mais qui fait du bien. Oui, même en 2012, absolument tout est possible. Et c’est une belle victoire pour le football.

Markus

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Une réflexion sur “ Tous derrière, tous pareil ? ”

  1. Excellent, comme d’hab’ !

    Merci de rappeler que l’Inter de 2010 n’était pas une équipe si défensive. Se regrouper dans leur surface, ils l’ont fait seulement pendant 70 minutes d’un seul match, et les circonstances l’exigeaient (l’avantage de deux buts pris au match aller, le fait d’être réduit à 10 etc.).

    Je suis un « ennemi » rossonero, mais le traitement médiatique (en France en tout cas) de cette équipe a été scandaleux.

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