Conclusion du DOSSIER « Tous Derrière ! »

Si ce dossier a eu l’objectif de défendre esthétiquement et moralement les stratégies défensives de certains techniciens, il n’a jamais été question d’instaurer une hiérarchie avec les autres façons de jouer au football, du tiqui-taka au kick-and-rush. Si la défense est belle, cela n’empêche pas l’attaque de l’être aussi. Parfois plus, parfois moins. A la place de tenter de trancher entre les deux et de faire un choix qui n’a pas lieu d’être, rappelons-nous toujours qu’il n’y aura jamais assez de beauté dans ce monde. Retour sur ce dossier en six petits points. Pourquoi six ? Pour Baresi, ultime symbole du spectacle défensif.

La notion de mérite existe dans le football…

Et elle est même évaluée. Par le tableau d’affichage.

Discutons durant des heures de la manière, de la forme, des goûts des uns et des autres. Parlons de beauté, de philosophie et de style. Evidemment, chacun a ses préférences. Certains préfèrent les blondes et le 4-4-2, d’autres ont un certain goût pour les brunes et le 4-3-3. Mais ne transformons pas un style de jeu en une norme de jeu. Ne mettons pas en discussion le niveau de ces équipes quand l’on vise à attaquer ce qui ne reste qu’un style de jeu. Ne discutons pas le fond, ne remettons pas en cause la matière. On se trompe de cible ! La manière a toujours été discutée et la philosophie d’Helenio Herrera était par exemple fortement contestée, mais entendait-on, à l’époque, des commentaires affirmant que son Inter était nulle comme nous les avons entendus récemment sur le Chelsea de Di Matteo ? « Bétonner »… « Bourriner »… Comme s’il suffisait de mettre de la chair et du muscle pour empêcher les meilleurs joueurs au monde de marquer durant 180 minutes. Ces beaux Barça et Bayern auraient donc été incapables de  venir à bout d’une équipe formant un bloc banal ?

Quel cynisme ?

D’après le Larousse, est cynique « celui qui avoue, avec insolence, et en la considérant comme naturelle, une conduite contraire aux conventions sociales, aux règles morales. » L’une de ces conventions étant bien la volonté commune de vouloir gagner des titres, on peut se poser la question suivante : qui le cynique du football, celui qui admet chercher la victoire en toute occasion ou celui qui affirme que le plus important reste le respect d’un certain style de jeu ? Par exemple, José Mourinho est souvent qualifié d’homme tristement cynique quand il affirme haut et fort que « personne ne se rappelle des perdants ». En ce sens, il est très souvent opposé aux techniciens laissant la priorité à la « joie de vivre » sur un terrain de football. Et si l’on se trompait ? Mourinho affirme que tout style de jeu est bon tant qu’il est cohérent : l’important étant qu’une équipe ait son propre style de jeu, peu importe la tactique employée. De leur côté, les « philosophes » affirment qu’il y a une hiérarchie dans les façons de jouer au football. Et mettent la victoire au second plan, dénigrant ainsi toutes les autres façons de jouer. Il n’y aurait qu’un seul football ? Que sont les discours du type « malgré la défaite, le plus important est que nous soyons restés fidèles à notre philosophie de jeu » si ce n’est de l’autosuffisance ?

Chacun fait comme il peut

Il s’agit de faire un effort de compréhension et de savoir se mettre à la place des acteurs que nous jugeons. Certes, nous pouvons encourager les clubs à avoir des stratégies cohérentes basées sur le long terme. Comme l’écrit Sénèque : « Lorsqu’on ne sait pas vers quel port on navigue, aucun port n’est le bon ». Mais nous ne pouvons pas reprocher à un club de ne pas réussir à jouer un certain style de football, du fait de la difficulté extrême de l’entreprise. L’exemple de Chelsea est révélateur. En 2011, le propriétaire Roman Abramovitch décide de faire le pari du beau jeu en pariant sur le prometteur André Villas-Boas. La volonté et l’investissement sont convaincants (achats de Mata, Torres, Ramires, David Luiz). Après une année de rebondissements et de nombreux échecs, Chelsea remporte finalement la LDC en marquant un but sur corner. Comment poser l’étiquette de « grand méchant » à ce Chelsea plein de bonnes intentions ? Il est évident qu’Abramovitch aurait préféré voir ABV battre aisément le Bayern 3-1 en jouant comme le Barça de 2011 face à Manchester United. Si chacun quitte le port par la voie qu’il le souhaite, n’oublions pas que nul n’est maître de la mer et que chacun finit toujours par arriver à destination comme il le peut.

Les supporters de Stoke ne sont pas malheureux

Donner la priorité au beau jeu pour le public, faire plaisir aux supporters, apporter de la joie dans les chaumières. De bien belles idées, essentielles dans le football. Mais des idées qui ont pour conclusion que si Chelsea a remporté la Ligue des Champions, leurs supporters n’ont pas été heureux pour autant, à cause du pauvre jeu proposé par leurs Blues durant la saison. Comme si le bonheur offert par un titre était passager, comparant ainsi la victoire d’un titre à un simple orgasme momentané. Dans cette perspective, les supporters de Stoke seraient tristes et déprimés depuis plus de 149 longues années (vraiment ?). Evitons les préjugés sur le bonheur des supporters des autres équipes. Chacun sa culture, chacun son « truc », chacun ses valeurs, chacun son football même. Chaque club joue pour son histoire, ses rivalités, son public, ses traditions, la défense de ses couleurs. Nous avons tous des raisons différentes pour aller au stade, regarder un match de football à la télé ou l’écouter à la radio. Voir du beau en est une parmi d’autres. D’ailleurs, nous pouvons parier que le titre européen de Chelsea en 2012 mettra un sourire sur le visage des Blues durant de longues années. Et sur celui de leurs enfants. Et petits-enfants, corner à la 88ème ou pas. La victoire a ce pouvoir extraordinaire d’ancrer toute une équipe dans l’Histoire.  De faire durer le plaisir pour toujours. Posons-nous ainsi la question suivante : les supporters de l’Athletic Bilbao auront-ils été plus heureux grâce à l’aventure de 2012 ou grâce à celle de 83-84 ?

David aussi était riche

A force d’en parler, tout le monde a oublié l’histoire. Le texte de David contre Goliath, épisode de la Bible, relate plus précisément le combat entre le Roi David et le géant Goliath. Vous aurez senti l’analogie avec Chelsea, à qui le statut de « David », ou autrement dit d’outsider, a été refusé par la masse à cause des millions de son propriétaire. Salaires astronomiques ou pas, quand l’équipe considérée comme la plus faible dès le stade des quarts de finale finit par remporter la compétition, il s’agit d’un exploit. Et quand elle bat sur sa route la meilleure de ces équipes, elle est rapprochée à David face à Goliath. En clair, le Roi Roman est venu relever le petit club de Chelsea pour défier l’Europe et ses grands clubs historiques. Et il a triomphé. Ce n’est pas beau ?

La victoire garante d’une justice sociale dans le football

Zeman l’a dit et répété : « La défaite n’est jamais une humiliation ». Il a parfaitement raison. Mais nous ajouterons également que la défaite n’est jamais non plus une victoire. Cela peut paraître idiot, mais parfois le fait de bien jouer ou de mieux jouer que l’adversaire donne ce sentiment de supériorité qui participe à minimiser le poids de la victoire d’un adversaire plus modeste dans le jeu. Xavi Hernandez l’a encore répété cette semaine : « Chelsea a peut-être remporté la Champions League cette année, mais le Barça reste encore la référence footballistique dans le monde« . L’une des seules vérités qui règnent dans le football est le fait qu’il n’y a jamais plusieurs vainqueurs. Le reste n’est que philosophie. A partir de là, chacun est parfaitement libre de préférer la philosophie et Zeman en est un merveilleux exemple. Mais il faut maintenir un respect infini pour la grandeur de la victoire. Chelsea a montré que tout le monde peut gagner alors que tout le monde ne peut pas bien jouer au football. En ce sens, la victoire est le garant d’une certaine justice sociale dans le football. Une justice sociale qui en fait un sport unique.

Il n’y a pas de mal à jouer au football dans ses trente derniers mètres.

Retrouvez l’ensemble du dossier « Tous derrière ! » ICI

Markus

FAUTETACTIQUE.com

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5 réflexions sur “ Conclusion du DOSSIER « Tous Derrière ! » ”

  1. C’est vrai que c’est tellement beau le kick-and-rush…
    Il faut vraiment pas avoir jouer (ou voir) des matchs d’amateurs pour aimer ça…

  2. Le seul petit problème de ce dossier, que je relis régulièrement avec un grand plaisir car il traduit ce que j’aime dans le football et ce que je défends au quotidien, c’est qu’il peut être interprété par ceux qui y sont dénoncés à leur avantage.

    L’une des phrases finales de cette conclusion : « Chelsea a montré que tout le monde peut gagner alors que tout le monde ne peut pas bien jouer au football », me gène car elle contredit l’ensemble du dossier … qui démontre justement que Chelsea a bien joué au football et que le « bien jouer », comme le « beau jouer », est multiple dès lors qu’on s’enlève les œillères que les médias veulent nous imposer et qu’on prend la peine de vraiment aimer le football.

    Mon avis est un peu extrême je l’avoue (voire même il flirte avec la philosophie de comptoir), mais j’ai une sainte horreur de ces termes de « beau jeu » et de « spectacle » tels qu’ils sont reliés et employés quand on parle de foot. Quand on l’aime, le football est forcément beau, « le beau jeu » (sous entendu celui du FC Barcelone actuel, qui s’opposerait à « l’anti-jeu » des équipes défensives) n’existe donc pas !
    Idem pour le terme de spectacle. Le football dans son intégralité est, par définition, un spectacle, mais pas dans le sens artistique et/ ou dans la mise en scène médiatique, que tout le monde sous-entend. Tel qu’il est employé par la majorité, le concept de « spectacle » est rattaché à un idéal de beauté qui amène à dire que « les équipes défensives tuent le spectacle » ou qu’une équipe de niveau moyen/mauvais ne mérite pas d’être regardé car elle n’est pas spectaculaire.

    Bref, encore une fois, la pensée simpliste, l’influence des médias et le manque de culture sportive de ce pays font des ravages. A mes yeux, le meilleur moyen d’éviter les confusions et les raccourcis tout en tirant l’analyse vers le haut, c’est d’essayer, autant que faire ce peut, de virer les termes de beau jeu et de spectacle pour fuir les poncifs et rester dans le fait sportif, la tactique, l’opposition et l’adversité.

  3. « La personne qui me convaincra qu’il existe un style plus attractif, plus séduisant que d’autres n’est pas encore né » dixit le Mou dans son interview à France Football. Une déclaration pleine de bon sens et qui m’a immédiatement fait repenser à votre dossier

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