FT y était : How Wonderful is West London

Queens Park Rangers – Everton FC, Loftus Park, 27ème journée EPL, Londres, 03/03/12

Une fois n’est pas coutume, il y avait beaucoup de football à Londres ce weekend. De l’alléchant Tottenham-Man United suivi par une bonne partie de la planète foot à un Milwall-Reading qui faisait froid dans le dos, il y en avait même pour tous les goûts. Entre les deux extrêmes, la ville aux cinq clubs en 1ère division nous proposait aussi un Fulham-Wolverhampton et un Queens Park Rangers–Everton pour le moins authentiques. FT a fait le choix de vous raconter le dernier, malgré la suspension de Djibril, et surtout pour Joey Barton.

Reportage au Loftus Road, la maison de l’ovni QPR.

Cet ovni QPR, c’est l’essence du football anglais moderne. Le meilleur et le pire de cette Barclays Premier League si habile pour mêler traditions du british football (fighting spirit, chants à la bière) et money football (stades Disney Land, innombrables interdictions, propriétaires étrangers, etc.). En ce samedi, les allers-retours entre le passé et le futur étaient incessants, entre la beauté de l’esprit George Best / Brian Clough et les restrictions qui nous rappellent que de nos jours tristes il faut faire des sacrifices pour recevoir de l’investissement (Premier League, plan Leproux). Les clubs ressemblent de plus en plus à des franchises, les supporters authentiques ne peuvent plus se payer leur season ticket, mais cet esprit so british reste ineffaçable malgré tout.

QPR, c’est tout ça. Les proprios Malaisiens et le public populaire. Barton et Taarabt avec le même maillot. Les quotas de touristes scandinaves et de roux robustes sont bien respectés, welcome to England.

L’avant-match

Le tube s’arrête station Shepherd’s Bush, en plein West London. Les beaux maillots aux rayures horizontales bleues et blanches se multiplient. Sponsor Malaysian Airlines, flocage Taarabt ou Barton, le contraste est déjà saisissant alors qu’il nous reste une centaine de mètres pour arriver au Pub des Home Fans, The Defectors Weld. A l’entrée, alors que le pub se trouve à plus d’un kilomètre du stade, le vigil nous demande de lui montrer nos billets. Mesure sécuritaire de plus ou façon exclusive de se sentir déjà dans le stade, c’est insolite. On est tous des Rangers, on peut donc rentrer et retrouver les supporters des premières heures, ceux qui ont connu les divisions inférieures. Une bonne ale locale dans la main, le discours n’est pas très positif. « On a bien joué lors de la première moitié de saison…bon ok, le premier tiers, mais virer le coach qui nous a fait monter en PL n’a pas été très intelligent. » QPR reste sur trois défaites de rang, Mark Hugues n’a gagné que deux fois sur sept.

Certes, mais au niveau du jeu que valent les Rangers ? « Il y a quelques années, aller à Loftus Road était toujours un moment spécial, bien loin de la Barclays Premier League. Partout en Europe on parlait du rythme si intense du football anglais, symbolisé par l’image du fan qui tourne la tête d’un bout à l’autre du terrain comme s’il regardait un match de tennis. Nous, les fans de QPR, on bougeait  aussi sans cesse la tête, mais seulement de haut en bas, de bas en haut, de haut en bas. Eh bien finalement, ça n’a pas beaucoup changé. ». Nous voilà rassurés, le fameux « One-Two-Three-Goal » (dégagement-déviation-tir-but) n’est pas mort.

QPR a une histoire longue, mais peu intense. Créé en 1882, le club n’a pas un ratio « titre par saison » très spectaculaire. Mais cela n’a pas empêché ces Western Londonians de se trouver des ennemis, en la personne des beaux Blues de Chelsea, cinq kilomètres plus au Sud. « Quand j’étais petit, entre sept et dix ans, au coup de sifflet final, les hooligans de Chelsea sautaient par dessus la barrière et traversaient le terrain afin d’aller donner quelques coups à nos fans de QPR. Sauf que le temps qu’ils traversent le terrain, les fans de QPR avaient eu le temps de se barrer, et les hooligans de Chelsea étaient reçus par les chevaux de la police. C’était marrant de les voir se faire marcher dessus par des chevaux ».  Il n’y a pas d’âge pour la haine, ou la passion, tout dépend du point de vue. A l’opposé de Chelsea, les quinze dernières années de n’ont pas été glorieuses à Loftus Road. En 2008, les fans élisent le « All-Time XI » sur le site officiel du club, et il est assez embarrassant de voir que le joueur le plus récent a quitté le club en 1998. Trevor Sinclair, ça vous dit peut-être quelque chose.

Cette histoire est finalement bouleversée en 2007, lors du rachat du club par les boss de la F1 Flavio Briatore et Bernie Ecclestone, rapidement suivis par la famille Mittal. Après quatre saisons laborieuses ponctuées d’un joli happy ending (montée en 2011), le club est revendu au millionnaire malaisien Tony Fernandes. En plus de diriger d’innombrables compagnies aériennes asiatiques, Tony est le patron de la Lotus Team en F1 et de la ASEAN Basketball League. Mélange exotique de Briatore et de David Stern, il est le Tony Montana du tigre malaisien. Samedi, il s’est montré au deuxième rang de la tribune côté Loftus Road End, derrière le but, « parmi le peuple ». Un peuple qui paye tout de même une quarantaine de pounds sa place, Barclays oblige.

A 14h, nous partons sillonner les petites rues anglaises aux pavillons mignons et mal décorés, le tout en brique of course. Les policemen font les malins sur leurs chevaux, kawé jaune fluo immonde et regard autoritaire sur les petits fans inoffensifs de Zamora&Co. La Serie A et la Premier League n’ont définitivement pas la même classe…

 

Le match

La classe en moins, certes, mais un charme fou. L’entrée du stade est un mélange très rock’n’roll de briques et de barbelés, façon Fred Perry. L’espace pour passer les tourniquets est minuscule, à l’ancienne, comme il faut. Prends ça, l’Emirates. Une fois dans l’enceinte, hot-dogs, burgers, french fries et bières sont commandés à de jeunes waitresses, tout près des écharpes et bonnets vendus par papy QPR. Le nouveau logo du club nous avait fait croire à un stade princier et raffiné, mais il n’y a pas grand chose à voir. D’ailleurs, tout le monde reste dehors, pour boire et discuter.

Vers 14h30, on rejoint nos places situées dans le corner de la tribune Ellerslie Road Stand, au cinquième rang avec vue directe sur les « bad boys » d’Everton, les plus durs des Toffees. Là, à quelques mètres, dans ce coin sombre, se retrouvent les vestiges du football anglais avec lequel on a grandi. Des types aux « têtes pas possibles », faisant des grimaces défiant les lois de la géométrie faciale, et lançant des injures ignobles que seul Darren Tulett pourrait comprendre. La BBC nous l’avait promis, ce samedi après-midi s’avère merveilleux pour un match de football : soleil massif, no wind no rain, que du bonheur. Et puis surtout un stade de 18 000 places qui respire l’herbe, la vraie, la pelouse. Des airs de campagne étonnent nos narines et le territoire du poteau de corner est aussi boueux que celui du stade munucipal où vous jouez tous les dimanches. Nous sommes au Loftus Road et London Calling résonne dans nos heureuses oreilles.

Après avoir vu l’échauffement ha-llu-ci-nant de Leo Messi (et pourtant on n’est pas ses plus grands fans, cf. l’article The Pulga’s Speech) à l’occasion d’un superbe Atlético Madrid-Barça dimanche dernier, les mines de Royston Drenthe ne nous impressionnent pas tant que ça. Enfin un peu quand même… D’ailleurs, l’échauffement donne un avant-goût des caractéristiques du match : beaucoup de frappes, des courses dans tous les sens et très peu de passes, c’est à dire tout le contraire de ce qu’on voit en Liga. Hommage à l’Athletic Bilbao de Bielsa. Sur le terrain, c’est bien plus sexy que ce que le supporter non averti pourrait croire : pas moins de treize internationaux représentant huit nations différentes. Le mythique Joey Barton, Anton Ferdinand le « bro de », Bobby Zamora le vice-champion d’Europe, Shaun Wright-Philips dont la carrière aura été aussi rapide que ses accélérations d’il y a dix ans à City ou encore le prince fougueux Adel Taarabt. Imaginez notre déception face à la cruelle réalité de l’annonce des formations : si nous ne verrons pas Djibril, nous ne verrons pas non plus Taïwo. Nostalgie Neuf Telecom. De l’autre côté, Everton a toujours un effectif aussi sympa, du roi Felaini à l’antilope Piennaar en passant par le kangourou Cahill, le Lord Baines et les autres Heitinga, Distin ou encore Howard.  Sans oublier Captain Neville, Phil, bien sûr.

Les premiers  « How wonderful is West London ! » sont lancés quand les joueurs rentrent sur la pelouse, l’atmosphère se chauffe. A première vue, Everton part favori : si les deux équipes comptent un nain partout (Drenthe et Wright-Philips), les Toffees ont deux chauves. Imparable. Notre tribune insulte avec énergie celle des away fans, le stade résonne bien, ça respire le football. Alors que le début de match est un enchaînement de dégagements imprécis, à la 4e minute, Joey Barton se présente à Baines d’un tacle de malade rageur/ dangereux/engagé/correct, selon les goûts. La photo plus haut vous laisse imaginer le crime. Pas forcément très bon ce jour-là, Captain Barton conserve une aura toujours aussi impressionnante. What a player. Lorsqu’il se relève, la foule l’acclame : le message « je serai toujours là pour mettre le pied » est bien passé. Deux minutes plus tard, Cahill lance un missile sur la barre. Le match est lancé. Vu la joie des deux camps à l’obtention de chaque corner, on se rend compte de l’importance des coups de pied arrêtés dans un championnat où le mot possession ne veut rien dire.

Après une énième désorganisation défensive qui ferait vomir Trapattoni, le public nous fait plaisir avec le classique « You don’t know what you’re doing ! » adressé à Mark Hughes. L’atmosphère est chaude, animée, mais la Police veille. Après dix minutes d’insouciance, les officiers nous demandent d’arrêter de prendre des photos (?!) et cinq types à la dégaine de Simon Pegg dans Hot Fuzz scrutent la tribune avec leur caméra, à la recherche de méchants malfaiteurs. D’un coup, il y a du mouvement, ça cherche quelque chose ou quelqu’un. Quelques instants plus tard, pour des raisons inconnues, quatre fans de QPR sont forcés de quitter les gradins, sous les sifflets du public. Personne ne comprend. L’atmosphère était pourtant (très) bon enfant. Tant pis, même à Disney Land il y a des règles ! Un doigt d’honneur ? Une insulte raciste ? Aucune idée, mais ça jette un froid dans une ambiance qui était jusque là fantastique.

Le match reprend. A la 31ème, Drenthe (arrière gauche au Real et milieu offensif droit à Everton…) marque d’une frappe imparable. Zamora égalise de la tête à la 36ème juste devant Tony. Puis QPR nous fait un double poteau dramatique juste avant la mi-temps, au grand dam de Taarabt, qui n’a toujours pas fait trembler les filets dans la top division. Pendant ce temps-là, ce samedi nous propose un moment que seul le championnat anglais semble pouvoir nous offrir. Aux alentours de la demi-heure de jeu, un écureuil fait son apparition sur la pelouse, du côté de la tribune « South Africa Road Stand ». Ses courses sont suivies d’énormes applaudissements, le pauvre ne sait pas où se mettre. Après quelques minutes de sprints dans tous les sens, l’écureuil passe la ligne de but d’Everton sous les acclamations du public. Au moment du double poteau à la 44e, le public se met à chanter « He should have passed it to the squirrel, passed to the squirrel ! ». L’humour britannique, inimitable.

La seconde mi-temps est moins excitante en termes de jeu, et se résume à des corners d’un côté comme de l’autre. QPR est poussé par son public mais butte sur des Toffees compacts. Adel Taarabt nous offre quelques perles et démontre qu’il peut effacer n’importe qui en Premier League, mais ses pertes de balles sont étonnamment dangereuses. Joueur frisson. A tous les dégagements de Tim Howard, les plus bruyants des Rangers se font remarquer avec leur « He’s gonna swear in a minute ! Swear in a minuuuute ! » (L’américain est atteint du syndrome Gilles de la Tourette). Certains pères de famille choqués les regardent avec des gros yeux, et se disent certainement que les prix ne sont pas encore assez élevés puisque des abrutis peuvent se payer des places. Les dernières minutes sont chaudes. Coup de pied arrêté face à coup de pied arrêté, mais personne n’arrive vraiment à se montrer dangereux, malgré le style du chouchou hongrois Akos Buzsaky. Coup de sifflet final, tout le monde semble content. Thank you, gentlemen.

A la sortie du stade, après avoir traîné un peu, on tombe nez à nez avec Shaun Wright-Philips, qui nous check volontiers. En comparaison avec l’Espagne, l’Italie ou la France la proximité entre le public et les joueurs est fabuleuse. Wright-Philips et Buzsaky sortent du stade en marchant, tous les joueurs d’Everton s’arrêtent longuement pour signer des autographes. On discute rapidement avec Denis Stracqualurci, venu tout droit des matadores du Tigre argentin et a priori pas encore à l’aise dans son nouvel environnement.

Finish line

Avant une mondialisation poussée à l’extrême, l’arrêt Bosman, l’arrivée des managers étrangers (Wenger, Mourinho, Benitez, entre autres) et l’installation d’un système de marques, le football anglais était plutôt bien résumé par cette citation de Brian Clough :« I can’t even spell spaghetti in italian. How could I tell an italian to get the ball ? He might grab mine. » (traduction : Je ne peux même pas épeler spaghetti en italien. Comment voulez-vous que je dise à un italien d’aller prendre la balle ? Il se pourrait qu’il prenne la mienne.) Oui, le football anglais a bien changé et a changé de mentalité : l’esprit c’est bien, mais les résultats c’est mieux. Jusqu’à tout perdre en cas d’absence de résultats ? Absolutely not. Même à l’heure des mauvais résultats européens de nos amis insulaires (à nuancer fortement), l’English Premier League continue à nous faire rêver par ses petits stades, ses fervents supporters et cette odeur de football. Que ça plaise ou non à Canal +, il est là le charme du football anglais ; les Basques présents à Old Trafford jeudi nous le confirmeront. Même sans pluie, même sans hooligan, même sans grande star, il y avait indéniablement de la passion ce samedi à Londres.

Markus

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