Welcome Back, Spurs.

En Septembre dernier, FT condamnait les Spurs d’Harry Redknapp à une inévitable saison anonyme, tiraillée entre le désir de s’affirmer dans le top 4 et son mercato qui ne semblait pas à la hauteur. Pourtant, cinq mois après et malgré une défaite injuste à Manchester, Tottenham pointe à une solide troisième place de la Premier League à huit points de l’Armada Sky Blue de Mancini. Analyse des trois facteurs décisifs dans le succès d’un club légendaire qui peut désormais voir en grand. Très grand.

L’audace

Audere est Facere (« Oser c’est faire » en VF, « To dare is to do » en anglais) récite le motto du club du Nord de Londres. L’audace, le courage, l’envie d’aller vers l’avant ont toujours fait partie de l’ADN de cette équipe. Ces qualités semblaient avoir disparu lors des années 2000, avec une série de saisons moyennes qui ne rendaient pas honneur à la mythique Histoire des Spurs, l’un des clubs les plus anciens du Royaume Uni, fondé en 1882. Première équipe anglaise à gagner une compétition européenne, la Coupe des Coupes de 1963, les Lilywhites faisait de leur mental et de leur audace leur atout numéro un pour triompher.  A l’instar du mythique manager Bill Nicholson (68 années passées à consacrer sa vie au club) des années 60’ et 70’, Harry Redknapp a réussi à rallumer la flamme du club, en convaincant ses joueurs que oui, Audere est Facere.

En effet, Harry prône une philosophie très offensive, et laisse une grande liberté d’action à ses joueurs les plus talentueux, de Modric à Van der Vaart, de Bale à Lennon. En échange il leur demande une seule chose : l’audace. L’audace de frapper des 35 mètres, l’audace de chercher  l’une-deux compliqué plutôt que de garder le ballon dans les pieds, l’audace d’essayer une passe en profondeur impossible plutôt que de ralentir le tempo avec une passe en retrait. Et c’est exactement ce que font  ses joueurs. D’après les statistiques d’Eurosport UK, Van der Vaart est le joueur qui tente le plus de frappe par matchs en Premier League. Sur son aile gauche, Bale n’hésite jamais à défier son adversaire en un contre un alors que Modric est la définition parfaite du milieu relayeur moderne qui va toujours vers l’avant.

Cette philosophie intrépide a été décisive pour remettre les Spurs sur de bons rails suite à un début de saison catastrophique. Battus 3-0 à Manchester par United, puis humiliés à White Hart Lane 1-5 par Manchester City, les Spurs semblaient confirmer le coup de moins bien traversé à la fin de la saison dernière qui les avait vu se faire exclure in extremis du Top 4 et recevoir une branlée en Ligue des Champions par les Merengues. Pourtant, Redknapp a su remotiver ses troupes,  qui ont  enchaîné 10 victoires en 11 rencontres de Premier League. Petit à petit, très lentement, mais surtout dans l’indifférence la plus totale du public et des analystes anglais qui ne s’intéressaient qu’au duel fratricide United-City, Tottenham s’est réaffirmé par son jeu audacieux comme une des puissances du championnat anglais. Aucun doute à présent, Audere est Facere.

 

Friedel & Parker

Dans une équipe aussi audacieuse, il est essentiel d’avoir dans son effectif quelques joueurs solides, capables de limiter les prises de risques des coéquipiers les plus doués techniquement. Des joueurs consistants, qui font toujours le boulot, qui ne commettent que très rarement de bourdes. Benoit Assou-Ekotto à gauche et  le duo des excellents Younes Kaboul et Michael Dawson en défense centrale (avec l’addition de Ledley King lorsqu’il n’était pas blessé) assuraient une certaine stabilité à une équipe complètement vouée à l’attaque. Le problème, c’est ce qu’il y avait derrière : Heurelho Gomes. Capable du meilleur comme du pire, le brésilien n’était pas le gardien qu’il fallait à une équipe si spectaculaire. Il alternait des parades de classe mondiale avec des bourdes comiques, inacceptables pour le haut niveau. Le Tottenham-Chelsea 1-1 de la saison dernière est révélateur de la précarité de Gomes. Les Spurs gagnent 1-0 sur un but de Pavlyuchenko, mais à 20 minutes de la fin Gomes se fait surprendre par un faible tir de Drogba qui passe lentement entre ses jambes. Puis à la dernière minute, il commet une faute inutile sur l’ivoirien et concède un penalty ridicule. Ironie du sort, il le stoppe avec un arrêt spectaculaire sur sa gauche. Trop imprévisible, trop fragile, trop rarement constant. Pour que Tottenham s’affirme dans le top 4, il leur fallait un gardien complètement différent. L’exact contraire du brésilien, c’est-à-dire un goal peu spectaculaire, mais solide sur sa ligne comme dans les airs, avec un grand charisme et une capacité à diriger sa défense. Or, Brad Friedel correspond parfaitement à cet identikit. Vieux (40 ans), chauve, ricain, il n’y a rien de spectaculaire en lui… Pourtant, depuis son arrivée à White Hart Lane, il a toujours répondu présent en ne commettant aucune bourde. Friedel n’est pas un grand gardien ; il est tout simplement le gardien qu’il fallait à ce genre d’équipe offensive et sans grosse expérience. Bien vu Redknapp.

L’autre faiblesse des Spurs version 2010/2011 était l’absence d’un milieu défensif qui puisse couvrir les percées offensives de Modric et Bale. A ce rôle, Jenas et Palacios ont échoué alors que Sandro est encore un peu tendre pour tenir le rythme une saison entière. Problème résolu avec l’arrivée d’un underachiever qui se voit offrir par Redknapp la dernière grande chance de sa carrière pour montrer qu’il fait partie des meilleurs milieux anglais : Scott Parker. A 31 ans, le londonien semble avoir enfin acquis la maturité nécessaire pour s’imposer dans un grand club, chose qu’il n’a pas réussi  à faire à Stamford Bridge. Mais alors qu’à Chelsea (et ensuite à Newcastle) il avait un double rôle de milieu créateur-destructeur, Redknapp lui a bien fait comprendre que la priorité chez les Spurs est celle de protéger la défense. Alors bien sûr, avec les pieds qu’il a, il se permet aussi de lancer les attaques de son équipe, mais cette tâche est confiée généralement à Modric. Libre de la double responsabilité offensive-défensive, Parker est en train de jouer la meilleure saison de sa carrière. Toujours bien placé tactiquement, il est là où il le faut pour boucher les trous laissés par ses coéquipiers et faire déjouer l’adversaire. Dur sur l’homme et avec un grand esprit de sacrifice, il est prêt à prendre son petit carton jaune pour éviter la contre-attaque adverse. Lorsque l’équipe a la possession, son rôle est de demander le ballon aux défenseurs, dicter le tempo du match et trouver Modric ou les deux ailiers, les vrais détonateurs des attaques des Spurs. Ses performances, si « subtilement intelligentes » (dixit Redknapp), lui ont quasiment assuré une place dans les 23 anglais que Capello amènera en Pologne-Ukraine cet été. Incroyable pour un mec qui l’année dernière était capitaine de la dernière équipe de la Premier League (petite pensée pour les Hammers qui, on l’espère,  reviendront bientôt parmi nous).

Friedel et Parker amènent donc l’expérience et la solidité nécessaire pour permettre aux Spurs de lutter pour les premières places du classement. En absolu, ce ne sont pas des top players, mais exactement les joueurs qu’il fallait pour élever le niveau et les attentes à White Hart Lane. Parce que l’imprévisibilité, sans des bases solides, ne se révèlera jamais décisive.

La baisse de niveau des grands clubs anglais

Les deux Manchester en Europa League ; l’Arsenal de Wenger qui perd Nasri et Fabregas, symboles de l’échec de tout un projet ; Liverpool qui galère pour s’imposer à nouveau comme un grand européen. Tous ces évènements ne sont pas des actes isolés ou des coïncidences mais sont la preuve que « le championnat le plus excitant au monde » traverse un moment difficile. Tellement difficile, que le rappel de légendes telles Thierry Henry et Paul Scholes par Sir Alex et Arsène ne peut être interprété comme un acte nostalgique mais plutôt comme un symbole de l’impuissance technique (et financière) des équipes de la Perfide Albion. Ses grands clubs ne dominent plus l’Europe. Malgré le fait qu’en une décennie les anglais ont squatté régulièrement les finales de LDC, seul Liverpool en 2005 et Manchester en 2008 ont réussi à remporter la Coupe aux Grandes Oreilles. Mais ce qui préoccupe le plus est que lors des deux dernières éditions de la LDC, seul Manchester en 2010/2011 a su se qualifier dans le dernier carré de la compétition. Et avouons-le, la situation ne risque pas de s’améliorer cette saison avec Mancini et Ferguson relégués au Thursday Night Football et Arsenal et Chelsea qui risquent sérieusement de se faire éliminer par les deux italiennes dès les huitièmes.

Dans ce contexte difficile pour le football anglais, alors que Manchester City doit encore éclore comme une très grande équipe et que les traditionnels grands clubs traversent une période turbulente (le Guardian a défini le Manchester United version 2011/2012 comme le pire United depuis 20 ans), Tottenham a su profiter de la baisse de régime des Liverpool, Arsenal, Manchester et compagnie pour se réinsérer dans le top 4. En effet, avec le même nombre de points (46) à la même journée du championnat (la vingt-deuxième), les Spurs n’auraient occupé que la cinquième place ex aequo de la Premier 2009/2010. Tottenham a donc réussi à s’infiltrer dans le vide laissé par les grands d’Angleterre et a un projet ambitieux qui devrait l’amener au sommet du pays. Économiquement stable, avec un manager qui semble pouvoir s’installer dans la durée (n’est-ce pas Villas-Boas ?), une des équipes les plus jeunes de la Premier (bon, okay, Brad Friedel à part) et un nouveau stade en construction ( malheureusement on devra bientôt dire adieu à White Hart Lane), il est temps pour les Spurs d’utiliser cette saison 2011/2012 comme le parfait tremplin pour avoir l’audace de triompher en Angleterre et en Europe et mettre fin à cinquante et une années de disette en Premier League. Après tout, les Spurs le savent bien : Audere est Facere.

Ruggero

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