Lassana, le triple A pour sauver l’Euro ?

« Depuis août 2010, il n’a plus été sélectionné suite à l’émergence d’Abou Diaby, de Yann M’Vila et de Blaise Matuidi ». Wikipédia le prend peut-être avec humour, mais on ne peut pas sérieusement envisager l’Euro 2012 sans Lassana Diarra. Devenu indispensable au Real avec le numéro 24 de Maké, Lass s’affirme à la fois comme étant l’un des tout meilleurs milieux défensifs au monde, mais aussi un arrière droit de classe mondiale. Alors qu’il n’est pas sélectionné depuis août 2010, la France devrait ouvrir les yeux : Benzema n’est pas le seul français à avoir séduit le Bernabéu en 2011.

En fonction des sélectionneurs, les critères pour choisir tel ou tel joueur varient très souvent, voire toujours. Certains ont des principes arrêtés (le joueur en question doit avoir un temps de jeu important, le joueur doit être titulaire en club, le joueur doit jouer au même poste qu’en sélection, etc.), d’autres choisissent les joueurs selon leur mentalité, leur talent ou encore leurs affinités avec le staff… Certains choisissent le système puis les joueurs, d’autres font l’inverse. Il n’y a pas de règle dans ce domaine. Et on pensait avoir tout vu jusqu’à ce que Benzema et Nasri soient mis de côté par Raymond en 2010…  Néanmoins, en plus de rendre le collectif plus fort, toute sélection devrait toujours vérifier deux principes : le joueur en question doit être en forme et il doit être meilleur que tous ses compatriotes au même poste pour le(s) système(s) utilisé(s).
La candidature de Lassana Diarra remplit ces deux conditions, et même beaucoup plus.

Incontournable au Real Madrid

Quand le Real Madrid joue, la France n’a d’yeux que pour Benzema. C’est bien, Benzema est un joueur magnifique – le meilleur joueur français depuis Zidane – et vous pouvez d’ailleurs relire à l’occasion notre article sur l’explosion imminente de Karim (août 2011). Mais au risque de surprendre les moins avertis, il y a d’autres français au Real Madrid. D’abord Varane, qui réalise des performances proprement hallucinantes au vu de son peu de vécu. Et surtout l’incontournable Lass. Souvent préféré à Khedira pour épauler Xabi Alonso au milieu, le parisien est devenu un bonhomme à Madrid. Une partie du public du Bernabéu en a même fait son chouchou et hier soir, nombreux étaient les madrilènes qui se sont mis debout pour l’applaudir à sa sortie. « Les deux meilleurs pour le moment, c’est Lass et Cristiano, comme souvent dans les gros matchs« , entendait-on d’ailleurs à la mi-temps dans les gradins de Chamartin. En France, soit on ne s’en rend pas compte, soit on ferme les yeux. Après tout, c’est un mécanisme français classique : on parle de Coentrao et de Khedira pendant toute la coupe du monde en disant que ce sont des phénomènes, puis Lass s’impose dans la hiérarchie des milieux du Real, et on n’en dit pas un mot.

La forme, la continuité, le temps de jeu et les performances : Lass a tout les ingrédients d’une bonne sélection. En 2010-2011, dans la « deuxième meilleure équipe du monde », le gamin de Belleville dispute 41 matchs dont 27 dès le coup d’envoi. Cette saison, il en est déjà à dix-huit dans ce qui est certainement l’effectif le plus concurrentiel au monde. Pour ce qui est de cette expérience du plus haut niveau, ô combien précieuse à l’heure d’aborder une compétition internationale aussi relevée que l’Euro, Lass est d’ailleurs le milieu de terrain français le mieux paré. Titulaire lors des deux Clasicos des demis de Champions League la saison dernière, Lass  a l’habitude des matchs à enjeu. Cette saison, le Mou l’a aligné en Liga face à tous les grands : Barça (deux fois), Valence, Atlético, Séville. Toujours là dès le coup d’envoi, Lassana n’a pas déçu et a toujours répondu présent quand le niveau s’est élevé, en témoignent ses quatre-vingt minutes de moyenne sur le terrain lors de ces cinq confrontations. Et si un Mister comme Mourinho compte tellement sur lui, on a du mal à croire qu’il ne pourrait pas servir à notre pauvre équipe de France en quête de prestige.

Lass est aussi le milieu de terrain français le mieux préparé à l’Euro. Quand on jouera contre l’Espagne, l’Allemagne ou les Pays-Bas, les made in Ligue 1 M’Vila, Gonalons et Alou Diarra seront mis au défi de faire déjouer Xabi Alonso et Xavi, Ozil et Khedira, ou encore Sneijder et Robben. C’est à dire des joueurs que seul Lass connait bien, qu’il a longtemps côtoyés ou alors qu’il a affrontés à de nombreuses reprises.

Jouer pour gagner

A vrai dire, il ne fait aucun doute que Lass serait « utile » aux Bleus, par son expérience, son aura et son talent. Mais on a même des raisons de croire qu’il serait capable de transcender cette équipe en quête de confiance, de repères. On ne pense pas vous mentir lorsque l’on dit que Lass ne se bat plus pour faire partie des meilleurs milieux de terrain français, mais plutôt pour être pris en considération dans les débats qui concernent les meilleurs au monde. Au poste de « récupérateur-agresseur », très peu sont devant lui. A son meilleur niveau, comme lors du match retour des demis de Champions League 2011, Lass est  peut-être même le meilleur. La vivacité et l’agilité d’un milieu offensif avec les poumons et la puissance d’un défenseur. Ce n’est pas un hasard si Lass est surement le joueur ayant remporté le plus grand nombre de un contre un face à Messi ces dernières années (vidéo). Certes, Messi ne sera pas là à l’Euro, mais s’il pouvait déjà nous aider à stopper Jack Wilshere ou Sebastian Larsson, ce serait déjà pas mal.

Sauf que Lass n’est plus sélectionné depuis un an et demi en Bleu, et il semblerait que Yann M’Vila fait tout pour mériter sa place devant la défense française. Admettons, mais Yann n’empêche pas Lass ! Blanc joue sur deux systèmes : un 4-4-2 avec double pivot (M’Vila et Alou Diarra contre les Etats-Unis) et un 4-3-3 plus constructeur avec M’Vila aux côtés de relanceurs comme Cabaye ou Martin (où Nasri et Gonalons ont aussi profité de temps de jeu). Dans ces deux systèmes, sur les cinq postes, Lass peut en jouer quatre, comme au Real. A côté de Xabi Alonso dans un milieu à deux, et avec Khedira (ou Coentrao ou Pepe) et Xabi dans un milieu à trois. Dans toutes ces configurations, Lass joue avec un passeur qui dicte le jeu, un dictator comme disent les anglais. Yann M’Vila s’occupant de dicter le jeu aux Bleus, Lass pourra s’occuper de ratisser. Il le fait si bien en blanc, pourquoi pas en bleu ?

D’autre part, Lass n’a que 26 ans. Si l’on en croit la rumeur qui dirait que Mourinho a demandé à le prolonger en décembre, cela signifie qu’en 2014 pour le Mondial, Lass aura deux années de Real Madrid de plus dans les jambes et dans la tête. On se priverait d’un tel joueur durant les deux prochaines années encore, privilégiant le développement de jeunes de Ligue 1 (Gonalons et Matuidi entre autres) ? C’est inenvisageable. On a assez perdu de temps : Lass doit être une figure de l’EDF en 2012 et en 2014, au même titre que Benzema. Un milieu Lass-M’Vila, ça a de la gueule. Du muscle, de la course, du versatile comme disent les américains, de l’impact, de l’esprit. Si Blanc a su donner de la stabilité à son équipe (l’EDF est invaincue depuis seize matchs et elle encaisse très peu de buts), à présent il faut commencer à penser à transformer ces matchs nuls (dans tous les sens) en victoires conquérantes. Oh, une compétition approche ! « Il faut aller le plus loin possible à l’Euro […] Gérer un groupe en compétition, c’est l’heure de vérité. L’équipe de France doit faire mieux sportivement. Le temps de la gagne est venu ». On remercie d’ailleurs Noël Le Graet pour le coup de pression.

Le meilleur arrière droit français ?

Depuis le début, Laurent Blanc suit bien son plan. Donner le rythme international à une équipe jeune, presque neuve, les frotter progressivement au haut niveau, et créer un groupe à la structure la plus « claire » possible. Du coup, un type qui débarque avec un talent énorme à deux postes différents, ça dérange forcément l’esprit de Monsieur le sélectionneur. Mais ça peut changer.
Hyper polyvalent, Lass peut jouer aussi bien devant sa défense, en relanceur ou alors latéral droit. C’est idiot de coller des étiquettes sur des joueurs qui savent aussi bien s’adapter, et même changer de poste en cours de match. Principe débile, mais principe quand même. Sauf que le cas Lassana Diarra est différent. Ce n’est pas comme Abidal par exemple, qui joue à gauche au Barça et en défense centrale en France. Sur ses dix-huit apparitions en blanc cette saison, Lass a joué cinq fois arrière droit et treize fois milieu défensif : il ne s’agit pas d’un changement de poste radical. Lass a du temps de jeu aux deux postes et son rendement n’est pas perturbé par ces changements de position, même lors d’un même match.

Peut-on envisager que Blanc sélectionne Lass pour le faire jouer seulement arrière droit ? Parfaitement. A lui de faire ses choix, mais le crime serait de ne pas l’emmener tout court, d’opter pour le non-choix. A Lyon en match de poule de Ligue des Champions cette année, ou face à Malaga en Coupe du Roi au Bernabéu il y a deux semaines, Lass a fait ce qu’aucun arrière droit français ne serait capable de faire. Courir, défendre haut, agresser, récupérer, anticiper, mais aussi relancer et même dribbler ! (attention toutefois à ne pas employer des mots qui donneraient des allergies à notre équipe de France loin d’être audacieuse). Face à Malaga, Lass a même fait croire au Bernabéu qu’il y avait deux Marcelo sur le terrain, un de chaque côté. Depuis que le Mou est au Real, Lass tente plus de choses, Lass ose, Lass prend des risques. Oui, Lass fait tout ce que Sagna ou Réveillere n’ont jamais fait (et ne feront jamais).

Alors, où réside le problème ?

Certains diront qu’il est déjà trop tard et que Lass n’aura pas le temps de s’adapter aux « systèmes » de Laurent Blanc, ou encore au groupe. C’est sous-estimer encore une fois l’expérience du joueur, qui en connait un rayon niveau adaptation rapide. Quand Lass débarque au Real en décembre 2008, c’est sous les ordres de Juan Ramos, tout juste arrivé. En cinq mois, jusqu’au 2-6 fatal, le Real engrange 49 points sur 51 possibles. Diarra se révèle être la recrue la plus intéressante de la Maison Blanche et à la fin de la saison, on lui fait une telle confiance qu’il hérite du numéro 10 de Sneijder. Voilà ce qu’on appelle s’imposer rapidement. L’ancien du Havre a cette capacité à transcender l’équipe dans laquelle il débarque.

L’autre argument anti-Lass serait de dire que l’hommejoue au Real, se prend pour un champion et ne souhaite pas venir sans la garantie d’être titulaire à son poste souhaité. Lass aurait peur de la concurrence ? La seule garantie du parisien, c’est son talent. Et celui-ci lui a déjà permis de virer des joueurs comme Gago, Mahamadou Diarra ou de mettre sur le banc des Granero, Van der Vaart, Sahin, voire même Khedira.  A 26 ans et seulement 28 sélections, Lass n’a plus de temps à perdre et on peut parier sur son comportement exemplaire. D’après Diego Torres d’El Pais, Benzema et Varane le suivraient comme un « prophète » dans le vestiaire madrilène.

Un joueur qui prend des risques, qui ne joue pas de façon aseptisée, qui tente, provoque, se manque parfois de peu mais qui sait faire des miracles, l’équipe de France en a besoin. Il nous faut de l’audace, il nous faut de la fierté, il nous faut un esprit guerrier. Ou alors il faudrait nous expliquer : pourquoi va-t-on à l’Euro ?

Markus

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8 réflexions sur “ Lassana, le triple A pour sauver l’Euro ? ”

  1. C’est vrai qu’on à tendance à l’oublier pour l’équipe de France alors qu’il est un des rares qui s’est imposé dans un très grand club avec Benzema,Evra,Ribéry et Abidal.

  2. Comment vous arrivez a me faire aimer un joueur que je déteste (Fan de barca oblige :p) !
    Vous aviez déjà réussit pour Pepe mais la par contre sa a très vite rechanger 😀 grrrrr

    Encore un article superbe 🙂 Merci !

  3. très bon article mec! au début des dernières saisons ou demie saisons on se dit qu’il ne joue pas parce que les autres sont forts et que Mou ne prend que les meilleurs et quand on le voit jouer on se dit : »mais pourquoi il ne jouait pas déjà??? »
    en arrière droit je le mets cash en EDF déjà! et au milieu au Real il est monstrueux dans ses dribbles et sa vivacité surtout! super beau à voir jouer par rapport à un « lent » comme Xabi qui distille ses passes alors que Lass il cavale et est partout!
    San Siro boy

  4. Bel article et très bons jeux de mots !

    Lassana est un de mes joueurs préférés et à mon humble avis une référence à ce poste. De plus un footballeur capable de jouer aussi bien à deux postes pourtant bien différents est un atout considérable que le Real ferait bien de conserver. Après le petit « problème » de ce récit est qu’il omet un petit peu le « côté obscur » de Lass. En effet des changements aussi fréquents de clubs peuvent traduire certains travers dans son comportements.

    En tout cas beau boulot Markus ! 😉

  5. @Fantantonio
    Tu parles de ses fréquents changements de clubs qui en disent long sur son comportement; juste pour ton information, les dirigeants ont voulu le vendre mais il tenu à rester coûte que coute à Madrid malgré la concurrence féroce à son poste

    1. Peut être a t-il trouvé une certaine stabilité à Madrid qui sait ? En tout cas c’est le club dans lequel il est resté le plus longtemps et où il a disputé le plus de match (ratio match/saison). Je ne dis pas que ça en dit long mais que peut être ces changements de clubs reflète un certain aspect de sa personnalité, comme c’est le cas avec Anelka par exemple

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