Derby della Madonnina : La bomba Alvarez ?

Le mec s’appelle Ricardo et se fait appeler Ricky. Il est sud-américain, joue à Milan et a la même dégaine qu’un certain Ballon d’or brésilien. Dimanche, le Corriere dello Sport ose le parallèle : « Les comparaisons avec Kaka ne sont absolument pas des blasphèmes. » L’élégance et la finesse du jeu de Kaka auraient trouvé leur héritier dans le pied gauche de Ricky « Maravilla » Alvarez, qui révolutionne l’Inter depuis deux mois. A tel point que Sneijder pourrait débuter le derby de ce soir sur le banc…

Retour sur le parcours compliqué d’un joueur qui est sur le point d’exploser. Dès ce soir ?

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Des débuts difficiles : un bidone ?

L’été dernier, le Velez Sarsfield est sacré champion d’Argentine et se fait dans la foulée dépouiller comme il se doit. Moralez à l’Atalanta, Silva à la Viola. Le troisième mousquetaire s’appelle Alvarez et n’est connu que depuis six mois. Pourtant, Arsenal, l’Inter et la Roma se l’arrachent. Wenger croit longtemps le voir débarquer à Highbury, les ricains de la Roma sont bien contents d’avoir enfin trouvé un mec dont ils peuvent prononcer le prénom, et Moratti se met à rêver… Qu’y a-t-il de mieux pour l’Inter que de ramener Kaka, le fils prodige des cousins milanistes ? Trouver un nouveau Kaka, mais argentin. En juillet, Moratti met de côté le Fair Play Financier et pose onze millions sur la table. Quand on rêve, on ne compte pas. Même si Ricky a déjà 23 ans. Même si Ricky vient de jouer trente et un matchs en quatre mois sur un autre continent. Même si personne n’a vraiment une idée précise de la valeur de ce type.

Après une pré-saison très convaincante, Ricky déçoit lors de ses débuts officiels. D’abord, la Supercoppa à Pékin, face aux cousins du Milan AC. Titulaire, Alvarez est trop tendre, trop lent, pas encore adapté à ce niveau-là. Il sort à l’heure de jeu et les premiers doutes naissent. Puis, de septembre à octobre, c’est la traversée du désert. Dans une équipe plongée dans une crise profonde, Ricky est loin d’être le sauveur tant attendu. Sur les huit premières journées de Serie A, l’ex de Velez ne joue que trois matchs pour trois défaites et cent minutes de jeu en cumulé. Les bons mouvements sont rarissimes, les erreurs très nombreuses, le timing inexistant.

Rapport qualité-prix désastreux, il est choisi par la Gazzetta comme étant l’un des flops les plus importants du mercato. Paolo Rossi n’est pas tendre : « On ne peut pas renouveler l’équipe avec des joueurs comme Alvarez ou Castaignos. Avec des renforts de ce genre, tu ne deviens pas plus compétitif ». Le voyant comme un objet mystérieux, les fans de l’Inter ne sont pas plus patients. Après avoir été copieusement sifflé lors de sa sortie à San Siro face à Naples, l’argentin se mange un tweet de l’autre Rossi, Valentino : « Avant on avait Eto’o, Milito, Stankovic et Samuel… et maintenant je vois Alvarez, Castaignos, Obi et Jonathan. L’avenir est sombre ». En clair, les nerazzurri ont bien l’impression qu’on s’est moqué d’eux avec la vente de Fils et l’arrivée de ce type dont la classe était sensée être d’un autre monde… Ricky n’est plus sélectionné par Sabella, et les premières rumeurs de transfert apparaissent : Arsenal, Malaga, Villareal, Porto ?

Ranieri fait renaître la merveille

Non, car c’est trop tard : Massimo Moratti est tombé amoureux. Et personne ne lui enlèvera son joyau. Si Berlusconi s’est émerveillé devant Kaka, Moratti s’émerveille devant Alvarez, du moins à l’entraînement… Du coup, dans la casa Inter, tout le monde se met à chercher des explications afin de faire renaître le talent brut. Trop de pression ? La fatigue ? En fait, Alvarez souffre simplement du mal que beaucoup d’autres sud-américains ont connu avant lui : l’adaptation à l’Europe. Une autre vitesse, un autre rythme, une nouvelle façon d’occuper le terrain. Les plus lucides rappellent qu’arrivé à Palerme en 2009, Pastore avait du attendre six mois avant de planter son premier but et  jouer un match entier. Lui aussi, on l’appelait bidone à l’époque. Javier lui-même défend  son compatriote : « En Argentine il a brûlé les étapes et maintenant il s’adapte au football italien. S’il est bien physiquement, c’est un excellent joueur », dit-il en novembre.

Fin octobre, c’est Inter-Juve, et Alvarez se retrouve miraculeusement sur la feuille de match après l’énième blessure de Motta. En cette soirée de Derby d’Italia, FT voit rentrer en jeu un mec sans complexe, bourré de talent, tout simplement au-dessus de ses coéquipiers en attaque (à lire, l’article « FT y était »). Ranieri a sa méthode : l’insérer petit à petit, sans pression, le temps d’apprendre et d’observer le football italien. Le déclic, le romain l’obtient en le décalant à droite. Au départ ailier gauche avec Gasperini, puis relanceur en l’absence de Motta, Ricky se perd. Face à la Juve, Ranieri le met à droite, pour faire du Robben. L’accélération en moins et les centres en plus, ça marche.

Lors du match suivant, à San Siro face à Cagliari, le 19 novembre, Alvarez rentre à la mi-temps et bouleverse la rencontre. Le Corriere dello Sport lui met un joli 7 : « Il entre et enfonce les rossoblu dans la crise. Sur les deux buts il y a son pied. ». La semaine d’après, il marque son premier but en nerazzurro, face au Trabzonspor. Le gamin est lancé. A Gênes, il rentre une nouvelle fois à la mi-temps et délivre un amour de passe décisive sur la tête de Nagatomo (gage de la qualité de la passe), avant de toucher lui-même le poteau de Frey. 0-1. Avant de fêter 2012, Ricky célèbre une nouvelle titularisation à San Siro contre Lecce. Assist et premier but en championnat : Ricky Maravilla est non seulement lancé, il est déjà décisif. L’Inter revient à la 5e place.

L’explosion d’un futur fuoriclasse ?

De retour de vacances, ce samedi contre Parma, Ricky a fait ce qu’il voulait. Utilisation de l’extérieur, de la semelle, de l’intérieur, accélérations, feintes, coups de frein, Ricardo s’est baladé sur tout le front de l’attaque nerazzurra dans le 4-4-2 de Ranieri où il occupe le poste de « trequartista décalé ». Ranieri, protagoniste principal de cette réussite, n’est pas surpris : « Je l’ai toujours soutenu, il avait juste besoin de changer de chip. Maintenant il commence à jouer verticalement, il provoque des un contre un dans les zones dangereuses. C’est un joueur de très grand avenir ». Une fois le match plié, la Maravilla sort sous les ovations du Meazza, qui espère le voir faire les mêmes prouesses ce dimanche, contre les cugini.

Car Alvarez a tout pour devenir un grand. Il y a d’abord le talent, indéniable, inimitable. Ce pied gauche racé, cette frappe de balle puissante, cette aisance, cette capacité à « saltare l’uomo » (éliminer l’adversaire en VF), cette vision du jeu… Et il y a surtout la façon d’exprimer ce talent : la même nonchalance, la même apparence de facilité que les Zidane, Kaka ou Redondo. De l’élégance pure née sous le rythme du tango argentin, venu séduire le vieux continent par son exotisme. La tête haute, le pied gauche intriguant, abondant de richesses inconnues, Ricky Maravilla est ce qu’on appelle un « beau joueur ». Sa conduite de balle est une merveille, toute en surprise et en déséquilibre. Ses feintes réalisent l’exploit d’être à la fois lentes et soudaines, prévisibles et imparables. Et puis Alvarez est un player qui ne cesse de tenter, de provoquer : petits ponts, louches, frappes lointaines… Comme Lamela, Ricky sait dribbler et faire la différence sur le côté. Mais il sait aussi faire jouer les autres, prendre l’axe, mener le jeu.

En clair, Alvarez est un créateur. Et dans une Inter fatiguée et souffrant des absences à répétition de Sneijder, l’argentin s’impose comme le leader technique de l’équipe. Le mec dont le pied gauche lancera Pazzini. Celui dont les accélérations sauront ramener Milito à la vie. Celui qui fera jouer tout le monde, le lien, le passeur, le trequartista. La lumière, quoi. La Maravilla.

Sur les quatre derniers matchs de son équipe, la note de Ricky Alvarez dans la Gazzetta dello Sport a une moyenne hallucinante de 7,25. Plus que Ibra (6,88 – qui traverse sa meilleure période en rossonero). Plus que Milito. Plus que n’importe quel autre joueur qui sera sur la pelouse de San Siro ce soir. Alvarez pourrait bien devenir la révélation de l’année 2012 en Italie. Décisif lors de quatre des sept dernières victoires nerazzurri, il est probable que Ranieri le préfère à Sneijder ce soir pour le grand Derby della Madonnina. Il aurait alors l’occasion de rappeler aux nombreux milanistes présents come si fa senza Kaka

Markus

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2 réflexions sur “ Derby della Madonnina : La bomba Alvarez ? ”

  1. Je viens de découvrir ton blog et depuis je dévore tous les articles c’est vraiment très bien fait nettement mieux que ce qu’on peut lire sur des journaux spécialisé donc continue comme ça c’est vraiment cool

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